Rocca, chronique d’un voyage sans frontières

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Aéroport de Bogota, un soir de septembre, l’avion décolle sur les pistes colombiennes. Il s’en est passé du temps depuis son départ. Hormis une rapide visite en 2012, cela faisait 12 ans qu’il n’était pas réellement revenu. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, et si Rocca a changé, il n’est pas le seul. De ses auditeurs au paysage rap tout entier, tout est transformé, et 12 ans après Amour Suprême, tout est à refaire.

En 2003 sortait Amour Suprême, qui aura marqué durablement le rap français. Par la suite, Rocca partait pour la Colombie, son pays d’origine, pour démarrer une carrière de zéro, en espagnol cette fois-ci avec Tres Coronas. Depuis, c’est entre ces deux pays qu’il jongle, et le titre Bogota-Paris annonce plus que jamais l’envie de marier ces différentes influences, jusqu’à réaliser entièrement le même album en deux langues différentes. Que vaut alors la vue du haut de ce pont qu’à tenté de composer Rocca ?

« Plus rien à prouver sur du boom-bap, je viens faire bouger des culs comme sur Maybach »

20 années de carrière sont passées et Rocca, en passionné de musique qu’il est, semble bien décidé à évoluer en assimilant diverses influences pour enrichir son identité sonore. Le rappeur prend grand soin de la musicalité de son œuvre et cela se ressent dans ce disque qui a pour première qualité d’être bien produit. Parfois même très bien produit avec de petites pépites, à l’image de « Fire Burn » ou de « El Limite es el Cielo », deux titres aux sonorités latines prononcées. D’ailleurs, à l’écoute de l’album, nul doute que Rocca n’est jamais complètement revenu en France tant les influences latines (les deux titres cités plus haut) et américaines (« Bogota-Paris », « Vatos Locos ») sont présentes dans la production.

Pour entrer un peu plus dans les détails, la musicalité a été particulièrement soignée, tout d’abord avec la présence de musiciens venant ajouter un plus indéniable à la profondeur du son et aux arrangements présents au sein de l’album. En témoignent des percussions bien vivantes, des basses qui groovent, une section cuivre efficace, et des scratches plus que bienvenus. L’autre atout de l’album est la cohérence sonore dont il fait preuve de par le choix des sons, mais aussi aidé par un tracklisting faisant évoluer les influences de pistes en pistes sur lesquelles le MC vient rapper ses valeurs, son environnement, sa personne. Rocca apporte un univers musical bien personnel et varié. Toutefois, la production n’est pas exempt de défaut, et certains morceaux apparaissent comme en-dessous du reste de l’album, à l’image de « Mythomanes.fr » qui nous ramène trop au reste de la production rap actuelle sans s’en détacher.

Se détacher des œuvres actuelles, c’est peut-être la bête noire de Rocca dans cet album. En termes de technicité dans le flow, le franco-colombien est fort, très fort même. Plus latino que jamais, cela donne un mélange intéressant lorsque le rappeur utilise le français, qui a toujours le punch qu’on lui connait. Toutefois, là où les choses se gâtent, c’est dans la rythmique même du flow. Alors que Rocca mettait une claque monumentale à la fin des années 90 en amenant de nouvelles sonorités dans son flow, ses performances dans Bogota-Paris peinent trop souvent à s’éloigner de ce qui se fait actuellement. Cela se ressent notamment sur les titres à consonance trap, où les gimmicks et les accélérations se retrouvent sur une grande partie de la production actuelle. Certes Rocca « fait de la trap avant même que ça ne s’appelle trap », mais dans la situation actuelle, sa réputation le dessert. Et si cela reste bon, on a tendance à en attendre plus de l’ex-membre de La Cliqua.

                L’autre déception est le texte moins musical, du moins dans la version française, comparé à ce que faisait l’artiste avant. Rimes moins inspirées, manque de figures de styles auditives, cela joue alors de façon négative tant sur les performances musicales de Rocca que sur l’impact du texte lui-même. Il est possible que ces mêmes textes aient pu marcher avec d’autres flows plus violents, comme ceux que Rocca débinait précedemment, ici la magie peine à prendre sur de trop nombreux titres. L’autre déception est la façon dont Rocca aborde certaines thématiques (quand il en aborde), de façon un peu trop impersonnelle, et donc de façon peu percutante.

« Moi j’suis d’l’ancienne école, la parole fait l’homme, c’est ce qu’on m’a appris. »

Malgré ces défauts, l’album réserve de très bons moments, comme la résurrection de La Squadra avec le très efficace « A l’Ancienne », où les deux anciens compères semblent avoir voulu se donner à fond pour l’occasion. En parallèle, le titre avec Tres Coronas fonctionne parfaitement bien dans le registre latino dans lequel évolue le groupe. Ce sont d’ailleurs les titres d’orientations plus latines qui constituent les plus belles surprises de cet album Bogota-Paris, en témoignent « Fire Burn » et « Asalto ».

Au final, Rocca revient en France avec un album travaillé, un univers musical varié tout en étant cohérent. Et si l’œuvre présente des inégalités et des déceptions, le franco-colombien a su apporter sa patte dans la production actuelle, la déception étant dans le fait qu’il ne s’en soit pas détaché un peu plus. Enfin, à l’écoute de l’album, nul doute qu’il doit prendre une toute autre dimension en live, le résultat promettant d’être explosif.

L’album est en écoute gratuite sur Deezer :

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Nicolas

Nicolas

Puriste de la première heure qui trouve que PNL, c’était quand meme mieux que la merde actuelle, je reste fidèle au principal : le coup de Coeur !
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