‘Ténébreux’ de PLK, du plus sincère au plus ostentatoire

In Chroniques by Antoine Comments

Pétris dans l’univers des années 90 – décennie qui les a vu naître – les membres du Panama Bende peuvent s’appuyer sur le meilleur de l’ancien temps pour fabriquer la musique de demain. Un subtil équilibre entre classicisme et futurisme qui est en passe de séduire la critique comme le public.

PLK fait partie de ce crew de très jeunes rappeurs parisiens écumant des salles de plus en plus grandes, partout en France, et Ténébreux, la mixtape solo du jeune artiste est désormais disponible sur toutes les plateformes de streaming. Le rappeur parisien d’origine polonaise sait jouer collectif, mais il est aussi capable de percées solitaires, emporté par son ego et sa rage. Une occasion unique de profiter de l’avantage de l’équipe pour se distinguer du groupe. ReapHit refait le match, et vous dit pourquoi PLK va la mettre au fond.

Il y a parfois des moments singuliers, où le timing est profitable, où les conditions sont favorables. Dans les cartons avant même la sortie de Dedans, son deuxième projet, Ténebreux  jouit d’un contexte particulièrement favorable. De quoi potentiellement faire prendre un tournant à la carrière de PLK. En effet, le Panama Bende, collectif dont il est issu, a le vent en poupe depuis ADN – album qui confirme l’élan dont le groupe profite cette année. La recette fait l’unanimité, aussi bien chez les jeunes mentors d’1995 que chez les anciennes légendes comme MC Solaar, qui assure que le Panama Bende « a pris ce qu’il y a de meilleur dans les années 90 ». Ne pas oublier ses classiques sans rester bloqué dans le passé, voilà semble-t-il le mantra de l’équipe parisienne qui profite du soutien de nouveaux grands noms du rap actuel comme Nekfeu,  ou encore Alpha Wann, originaire du même arrondissement que PLK.

Le jeune artiste est à l’image du Panama Bende : d’apparence jeunes et débridés, ses camarades et lui sont en réalité de vrai obstinés de la communication et de la gestion en indépendance.  Une des phases du très acidulé single « Ténébreux » souligne ce paradoxe : « Tout l’temps, j’suis jeune et con gros/Faut croire, et pourtant j’fais les choses carrés en ordre, bien en place/Le Panama monte par rapport au groupe d’en face« . Ce n’est pas un hasard si le rappeur signe chez Panenka Music en juin 2017 pour produire Ténébreux. Le label ne vous dit peut être rien, mais son co-fondateur est une pointure (presque)  accomplie dans le monde des labels et est déjà connu pour ses quelques rimes : Fonky Flav. En solitaire ou en équipe, cette nouvelle scène parisienne a su s’entourer et se faire aiguiller par plus expérimentés qu’eux, ne laissant passer que très peu d’erreurs, et s’attachant le moins possible à des intermédiaires, maisons de disques ou communicants qui dans le passé se sont montrés trop gourmands .

PLK pratique surement le rap le plus égo-trip du groupe. Il est le plus insolent, et a l’habitude de faire mouche avec des bangers excentriques comme  « Skuu », ou exotiques comme le single « Ténébreux ». Malgré le peu d’expérience du rappeur et un Planète Rap décevant, il ne faut pas sous-estimer sa connaissance du milieu de la musique. A 15 ans à peine, il participe à son premier Planète Rap, et fera le 8 décembre prochain, alors âgé de 19 ans, son premier concert solo au Flow à Paris. Le projet qu’il signe est diversifié dans les ambiances comme dans le flow. On y retrouve des titres « trap », efficaces et démonstratifs comme « Amigos », ou «  Yeux  » qui laissent place à des balades à l’ancienne comme « Fin de mois » ou  le  surprenant «  Casino » , qui se rapproche plus des classiques du rap français. PLK laisse transparaître, dans ce titre en particulier, son amour pour Salif et le storytelling façon banlieusarde, l’art de raconter ses déboires nocturnes et ses virées en caisse.

Ténébreux comporte 11 titres et seulement un featuring, partagé avec le brillant Krisy qui signe (une fois de plus) un refrain lumineux sur le titre « Pas ce soir ». Le compère de PLK est l’archétype même de cette génération autodidacte qui, la vingtaine fraîchement passée, maîtrise le beatmaking, le mixage et le rap. Une collaboration qui avait déjà fait des étincelles sur le génial « Skuu ». Alors qu’il aurait été facile d’inviter quelques gars du Panama, PLK semble s’être concentré sur ce qui justifie le titre de cet album. « Ténébreux » ne qualifie pas plus l’attitude du rappeur que ses instrus. Il s’agit plutôt de revenir à ce qui a construit le personnage de PLK, son expérience de vie et ses vieux démons qu’il raconte dans « Aimer ». « Toujours cette boule au ventre comme si j’étais coupable d’un crime de guerre ». Livrer ses pensées les plus profondes, les plus ténébreuses, voilà un bien plus sombre exercice que de sortir un son violent et artificiel « Le rap, c’est pas ça t’as rien compris gros / C’est des cailleras que derrière la caméra, ton criminel préféré c’est ton ssiste-gro ».

A l’image du single éponyme, Ténébreux danse entre confessions humbles et sincères, et performances efficaces et enjolivées. Plusieurs facettes que l’artiste cultive et qui donnent tant de contraste à la mixtape, bien loin de n’être qu’un simple patchwork de titres décousus, mais bien plus proche d’un projet étendard, arborant la palette variée de style que PLK maîtrise. Ses chiffres de streaming toutes plateformes confondues culminaient à plus de 2 millions d’écoutes avant la sortie de Ténébreux. De bon augure pour la réussite du projet.


 FOCUS SUR :
All Night de PLK, la ride et la réussite ?

Un paysage rural, un style épuré pour un titre simple et mélodieux, voilà de quoi est fait le nouveau clip de PLK. Ambiance « Ride » dès l’ouverture du morceau, qui reprend un autre son tout aussi routinier, celui de « Casino », déjà évoqué précédemment. Une routine de vie donc, que l’artiste décrit simplement et sincèrement. Ce morceau a l’étoffe d’un son d’ambiance, celui qui ne dérange personne et qui peut aisément s’écouter en voiture, dans les transports, ou lors d’une longue soirée d’été. Mais c’est aussi le son du décollage, de la prise de hauteur. PLK monte un bord d’un coucou couleur camo à la carrosserie impeccable, de quoi symboliser sa jeune carrière a un moment clef. Un voyage dont l’issue est encore incertaine, malgré un certain engouement pour la fraîcheur qu’il apporte dans le jeu.

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