Streaming : A chaque mois son record

In 2017 : Focus 2 by Florian ReapHitLeave a Comment

Des disques d’or comme s’il en pleuvait, et chaque mois, des records d’écoute sur les plateformes de streaming. Le rap en 2017, c’est dans la poche que ça s’écoute. « Ta pochette, on la brûle, on arrache les pages une par une /On fait des tons-car, on la fume, […] On va voler ton CD, on va cogner ton CD ». La mort du disque, pour Orelsan et Gringe, sera violente et fera couler le sang. Nous étions en 2013, quatre années sont donc passées. Le Compact Disk est maintenant en baroud d’honneur face à un ennemi aux armes nouvelles : le Stream. La bataille est vaine, Deezer, Spotify et autres Apple Music sont en passe de s’imposer définitivement dans cette industrie, du moins c’est ce que semble indiquer les chiffres de cette année, qui avait commencé sur un record, déjà impressionnant. Nekfeu en décembre 2016 voyait son album « Cyborg » devenir le plus streamé en un jour avec 1.99 millions d’écoute, et ce, pour un album surprise et uniquement digital.

Risqué ? De moins en moins, tant le streaming a pris le pas sur le physique durant cette année, devenant pour la première fois la solution d’écoute rapportant le plus de financement. Fini le disque fraichement acquis a la Fnac, et l’écoute les yeux fermer casque Sennheiser vissé sur les oreilles. L’auditeur devient l’utilisateur, et la musique un service comme un autre, qui a l’ère du numérique doit se défaire au maximum de ses contraintes physiques. Un titre dans la file d’attente du supermarché, un album dans la voiture et une playlist pour courir, l’offre digitale est variée, personnalisée, instantané et sans limite, ou presque. Que ce soit ça, ou le prix, une chose est sur, le streaming est plus que jamais séduisant. Et pour preuve, c’est 750 millions d’écoutes par semaine en 2017, soit 30% de plus que l’année d’avant. La formule séduit beaucoup plus que l’achat de titres ou d’albums en téléchargement, qui accompagne le disque dans sa chute.

La musique en 2017, et particulièrement le rap, se consomme plus que jamais façon « chewing-gum » pour reprendre les mots de Vald. Un titre que l’on use et que l’on jette, propice à l’établissement de record éphémères. Après Nekfeu il y a eu Lacrim, et finalement Booba pour ne citer qu’eux. Mais il y a eu aussi Niska puis Kalash et Damso explosant tour a tour le classement titre par titre. Une liste qui s’allonge dans chaque catégorie, avec une seule constante : le rap est l’acteur majeur de ce jeu digital qui ne cesse d’attirer de nouveaux auditeurs, quitte à laisser sur le bord de l’autoroute les autres genres musicaux comme le rock, la variet’ ou la pop qui prolongent leur union avec leur ancien support. 73% des ventes dans la catégorie musique urbaine proviennent du streaming, cette proportion est presque 3 fois moins grande pour le Rock par exemple. Le rap est il devenu une machine à record de stream ?

Ces chiffres font réfléchir les professionnels du secteur, qui commencent à prendre l’eau face a cette pluie de certification tombant sur le rap français, prolongement logique de la prise en compte des écoutes en lignes dans les ventes physique. Le disque d’or serait trop facile a obtenir, et ne privilégierait que les musiques urbaines. Ce mot-valise masque en réalité un phénomène plus complexe. Si le rap est aussi apprécié des utilisateurs de streaming, cela tient plus de sa popularité chez les utilisateurs de ces plateformes, qui sont de plus en plus jeunes, plus qu’un format que la presse traditionnelle a tendance a qualifié de « facile d’accès ». Les jeunes sont les premiers utilisateurs de ces plateformes et le hip-hop est la musique de la jeunesse. Ça matche encore mieux que sur Tinder. Le vrai débat, s’il y en a un, serait celui du mode d’évaluation des certifications, qui divisent et réduisent l’album en une somme de titres, qui écoutés un a un, feront le succès de l’album. Peut être faudrait-il alors penser différemment le succès en ligne des artistes d’aujourd’hui. Avec un peu d’imagination dans une époque ou Youtube vient concurrencer la télévision, le stream, par sa facilité d’accès et ses algorithmes qui privilégient les hits populaires, pourrait faire penser à une nouvelle « radio », une webradio 2.0 avec programmation à la carte. La bataille ne se joue alors pas vraiment sur le même terrain et l’idée de « ventes » derrière le streaming pourrait perdre le peu de sens qui lui reste. Quoi qu’il en soit, et peu important comment on rapproche chiffres de vente physique et succès virtuels, 2017 fût l’année du stream.

Florian ReapHit