Virus & Al – Tout Seul

In Interviews by Florian ReapHit Comments

Asocial Club, concert d’ouverture des Hip-Hop Dayz #13, organisé par Call 911 et Echos d’en Bas, à Arras. Impossible pour ReapHit de rater la performance, maissurtout de passer à coté d’une interview de ces personnalités fortes. Nous laissons les autres membres du groupe à leur conférence de presse, et nous isolons avec AL et Vîrus, association inédite de vieux loups solitaires entendue sur le titre « Tout seul BVSC Remix ». Discussion.

ReapHit : Commençons avec un constat simple : le morceau s’appelle « Tout seul » et est le seul featuring de l’album. C’est ce paradoxe qui vous a motivé à poser ensemble, deux individualités sur un même son ?

AL : Je pense pas qu’on se soit posé toutes ces questions.

Vîrus : En réalité, c’est même après avoir enregistré le morceau, que j’ai appelé AL pour lui faire la remarque. Mais ce n’était pas calculé, et je pense que s’il y avait d’autres feats, on l’aurait moins remarqué. L’idée est venue simplement grâce au morceau de AL que j’ai kiffé, et à Tcho qui a fait le lien.

AL : Tcho c’était déjà projeté et avait déjà l’idée de faire un clip avec deux versions : une version avec le clip original, et une autre version pour le remix. Et ce morceau, le délire des lyrics, le thème, collait bien avec Vîrus, ça me faisait kiffer de faire un titre avec lui.

AL, tu as donc écrit deux fois sur le même thème, et on a l’impression que tu te confies moins avec Vîrus. Quelle variation as tu voulu amener dans ton second texte ?

A : Déjà c’était plus difficile à faire parce que j’avais l’impression…

V : (il le coupe)…mais déjà c’était difficile pour moi ! En écoutant le morceau, je ne voyais pas ce que je pouvais rajouter, à part peut-être un « angle d’attaque », mais le texte de AL englobe tout, famille, potes, il avait déjà quasiment tout dit. Donc non, ce n’était pas simple.

A : Après, te dire si je me suis moins confié sur le feat… Oui, c’est possible, mais ça tient au fait d’avoir du réécrire sur le même thème.

« J’rappe seul pour ne pas me retrouver dans ces groupes qui implosent » On retrouve cette idée même au sein d’Asocial Club. C’est un regroupement de personnalités, de visions similaires, plus qu’un groupe.

A : On partage beaucoup d’idées oui, forcément. Mais le collectif est né avec l’envie de faire un plateau en commun, faire de la scène ensemble. Ça nous est tous arrivé de jouer avec des gens avec qui on ne partage pas forcément le même point de vue, ou le même esprit, et ça nous a paru plus simple de faire ça ensemble. Et puis, c’est un kif de tourner avec des gens que tu connais.

V : Y’a le kif bien sûr, mais y’a un autre délire.
La date d’aujourd’hui [organisée par Call 911 et Echos d’en bas à Arras dans le cadres des Hip Hop Dayz #13, ndlr] était en fait prévue avec les mêmes rappeurs, les mêmes individualités, mais sur des sets différents. Donc avant que nous-même, on pense à se regrouper, les gens le mettaient en place sans nous, finalement, ils créaient déjà le lien entre les artistes.

A : Cette date a grave matérialisée le truc, on s’est dit « attend, on va se retrouver à Arras tous ensemble ? »

V : On n’a jamais fait de réunions, pour parler du projet Asocial. On évoquait vite fait un truc, mais sans se dire « bon, qu’est ce qu’on fait pour les années à venir ? », et en réalité, la date de ce soir, elle a un putain de rôle : c’est celle qui a rendu cette idée concrète. C’est pas la première scène d’Asocial Club dans le calendrier, mais c’est la première à nous être proposée, la première a avoir été pensée comme ça.

Cette réunion, un peu fortuite, fonctionne tout de même assez bien pour qu’en quelques dates, vous évoquiez un véritable album commun…

A : Ça fonctionne bien, c’est vrai, mais après c’est surtout dans le souci de faire un truc complet, d’aller jusqu’au bout du projet. On crée un plateau, on partage la scène, c’est bien, mais si on en reste à des morceaux des répertoires de chacun, on ne va pas vraiment jusqu’au bout.

V : Mais ça n’était pas une obligation, au final, on aurait pu rester sur ce que l’on fait là, ce plateau live. Mais en vrai, il y a une envie d’écrire ensemble derrière. Dans Asocial Club, certains sont habitués à cet esprit de collectif, et on ne s’est pas capté en se disant « faut absolument faire des ceaux-mor », mais au bout d’un moment, de fil en aiguille, l’envie vient naturellement.

A : Les gens qui écoutent Casey ou Rocé ne nous écoutent pas forcément, même si pour nous c’est naturel. De toutes façons, on ne cherche pas dans la musique à faire des choses contre-nature, même si chaque membre du collectif à un univers différent, mais cohérent, et qu’on apprécie les uns les autres.

V : Et les points communs ne se recoupent pas forcément que sur la musique, d’ailleurs.

Justement, ce qui vous lie, c’est l’idée de minorité mentale que l’on retrouve dans beaucoup de vos textes. Une mise à l’écart volontaire, « détachés de ce puzzle social » ?

V : Même si ce n’est pas la volonté première, on est effectivement obligés de se positionner par rapport « au reste », que ce soit la société, ou l’industrie musicale. Mais je ne calcule pas trop ce « reste », parce que sinon, ça m’obligerait à faire des choses dans une démarche d’opposition obligatoire. En réalité, j’ai plus l’impression d’être à côté de tout ça. Ensuite tu fais en fonction de ton tempérament et ta mentalité.
Beaucoup ont besoin de se rattacher à des groupes, dans la musique ou même dehors. Du coup, tu as plein de combinaisons, parfois bancales, qui se créent. C’est pour ça que quand on dit « C‘est naturel !», en vérité c’est chelou de dire ça, parce que tout le monde le dit. Même les mecs les plus opportunistes du monde, si tu fais une interview comme celle-ci, vont te dire « c’était très naturel, au feeling… ». Et du coup, ils nous ont baisés notre argument. Maintenant, quand on explique ça, j’ai l’impression que ça a déjà été dit par des gens ayant besoin de se rassurer, les mêmes qui ont besoin d’être toujours présents, de faire beaucoup de feats… Des carriéristes quoi.

A : Après, on peut trouver plein de raisons. Oui, c’était évident parce que ça, parce que ça, ça ou ça. Mais nous, on ne peut pas arriver avec ces calculs-là. Comme un logiciel qui te dit avec qui tu es synchro, avec qui tu es en accord, avec qui t’es en symbiose. Non ! A la base, on kiffe le travail des uns et des autres, on partage une certaine idée de la musique, et puis avant de faire ce groupe, on s’était déjà rencontré, et on sait qu’on s’entend.

V : Et puis le délire, il s’arrête pas qu’au son, tu as le trajet, tu as le repas, l’hôtel, tu vois ce que je veux dire ? La scène, c’est des moments, une vie commune, et passer ce temps avec les autres, si rien ne te lie vraiment, c’est pas évident du tout.

A : Il doit y avoir des formations, ça doit être Koh Lanta ! Ça doit être tendu entre les artistes. Si on avait pensé que ça risquait d’être comme ça, on n’aurait pas monté le projet.

Vous décrivez un mal-être, et plein de gens se retrouvent dans le message. Quand on connait les textes, c’est pas rassurant non ?

A : Je ne sais pas s’il y a des gens qui se retrouvent dans ce qu’on fait… Mais la question à se poser serait : pourquoi se retrouvent-ils dans des textes sombres ? Et bien parce que ce mal-être se retrouve chez beaucoup plus de gens qu’on ne veut se l’avouer.

V : Voilà, pour moi c’est simple : tout le monde va mal, à différentes échelles, à différents moments, de différentes façons, mais tout le monde va mal. Après, quand tu fais de la musique, tu jettes un truc brut, d’un ressenti ou d’un délire. Il y a des gens, quand ils vont mal, ils vont se bourrer la gueule, d’autres qui s’esseulent, d’autres qui auraient raconté leur vie dans cette interview ou à des inconnus, peu importe !

A : De toute façon, c’est la pression sociale qui fait que l’on se dit bonjour, qu’on se sourit et qu’on se parle. Quand tu demandes à un mec « Salut, ça va ? » et qu’il te dit « Non, ça va pas, c’est la merde… » c’est relou ! C’est juste cette pression sociale, et j’ai envie de dire : presque heureusement.

V : Mais je pense que c’est plus eux, les auditeurs, qui peuvent te dire si ça les a touché ou non.

C’est donc cette identification qui est importante ?

V : Tout est basé sur ça, dès que j’aime un film, un bouquin, c’est que je m’identifie quelque part. Et même pas forcément dans des trucs sombres. Mais je ne peux pas juger une œuvre, un film, un texte, si je ne m’identifie pas. Quand on dit d’une œuvre « ça ne me parle pas », c’est juste que le mec ne parle pas de toi dedans.
Je pense que ça a été un élément important dans Asocial Club. Quand on se voit, on parle de tout et de rien, et je pense que tu arrives à connaître des gens par ce à quoi ils se sont identifiés, parce que nous, on se raconte pas nos vies.

A : Et tu as l’impression que tu es comme ces gens-là, parce que vous avez kiffé les mêmes films, partagé les mêmes choses. Comme Vîrus vient de le dire, quand tu te prends une claque artistique, c’est parce que ça te parle, que le mec parle de toi. Et dans Asocial Club, artistiquement, musicalement, les choses qu’on aime sont souvent noires.

V : C’est les personnalités qui jouent beaucoup. Tu ne peux pas connaître la vie des gens en six mois, il faut du temps. Et les films que tu kiffes, ou les bouquins que tu lis, ce sont des moyens d’être rassuré sur les personnes qui t’entourent. C’est chelou, mais c’est une façon de justifier les affinités, parce qu’il y a des goûts communs.

Vos morceaux peuvent rappeler certains classiques de la chanson française, une musique discrète, laissant toute la place à la voix pour l’interprétation du texte et la gestion de son intensité. Ça fait partie de votre univers musical ?

A : Je n’ai pas de culture « chanson française » plus poussée que ça, j’ai eu 40 balais, j’ai été élevé au top 50 ! Ensuite, j’ai les influences de mes origines, ce qu’écoutaient mes grandes sœurs, et la musique des banlieues française. Brel, Léo Ferré… je suis tombé sur quelques morceaux, certains m’ont parlé, d’autres m’ont laissé indifférent, mais pour ma part, non, ce ne sont pas mes influences.

V : Moi plus quand même, mais tardivement. J’ai découvert la chanson française par le sample. Je n’apprécie pas forcément pour la musique en elle-même, mais surtout pour les personnages. Les Gainsbourg, les Brel, c’était des gens qui vivaient leur musique. Après, comme je disais, par le sample je suis allé découvrir pas mal de trucs, comme Barbara. C’est vraiment une chanteuse que je kiffe. Mais en même temps, je ne peux pas te parler de ces gens, je serais incapable de citer un titre d’album. Ce n’est pas non plus ma culture.

A : En revanche, dans mon histoire d’auditeur, dans le rap les groupes que j’ai tout de suite aimé sont ceux qui avaient cette orientation-là. Texte très mis en avant, son minimaliste, il fallait que j’écoute un message qui m’interpelle.

V : Le peu que j’ai été amené à écouter, il ne faut pas chercher à comparer. C’était toute une époque. Des personnalités comme ça, on n’en a plus en France. D’ailleurs ils se seraient déjà fait dégager à l’heure qu’il est, on ne leur laisserait pas l’espace pour exister.
Mais je vais être autant attiré que repoussé, la plupart des gens te citent Brassens, Brel et Ferré, et ça me fait chier ! Parce que c’est comme si tu me citais trois groupes phares du rap, moi forcément ce n’est pas ce qui m’intéresse, j’vais essayer de trouver autre chose. Vaut mieux pas trop les écouter en vérité, y’a des phases de Brel, la manière d’où il les sort, c’est chaud… Ces artistes ont des statuts de symbole, mais c’était des symboles pour de vraies raisons, parce que beaucoup de leurs sons défoncent.

A : Alors qu’aujourd’hui la visibilité fait croire au talent.

V : Quand tu vois les symboles actuels… quand tu entends que Zaz est la nouvelle Edith Piaf, c’est chaud non ? Le peu que j’en ai entendu, et puis même, ce qu’elle représente, on est à des millénaires de Piaf ! J’ai l’impression qu’on est dans une époque « nostalgique », où l’on essaie de trouver des ressemblances, des comparaisons à des grands noms, parce qu’on sait que c’est mort, que ça ne reviendra pas.
C’est comme si tu restais bloqué sur du rap des années 90, ça ne t’empêche pas d’aller écouter des trucs old school actuels, mais ça n’aura jamais la même saveur que les groupes de l’époque. On s’en approchera parfois, mais tu n’auras pas la même saveur parce que tu es en 2013 ! Mais je suis toujours curieux de tomber sur ce genre de chansons « à texte ». Ce qui est complètement débile comme expression, finalement, puisque même dans des grosses merdes, y’a du texte…

« Sur MSN je me connecte hors ligne ». Cette distance se ressent sur les réseaux sociaux ou à l’inverse de la majorité des artistes actuels, vous êtes quasiment absents. Vous comprenez ce palliatif à la solitude moderne ?

A : Effectivement, moi je ne pratique pas plus que ça les réseaux sociaux. Après, un palliatif, je ne sais pas si c’est le bon mot, je dirais que c’est une partie intégrante de la pathologie. C’est une nouvelle façon d’être seul.

V : Ça dépend si tu le vois comme une finalité ou non. Regarde nous (nous désignant) on s’est déjà parlé sur Facebook, on ne va pas le nier, y’a un côté vachement pratique et utile aux réseaux sociaux.

A : Il y a un côté pratique et utile comme outil de communication, mais il a aussi un côté pratique et utile pour combler quelque chose chez beaucoup de gens. Certaines personnes arrivent quelque part, et stressent si il n’y a pas le wifi, alors que c’est pas foncièrement vital de checker tes mails, ou la connexion du moment. Les gens ont l’impression d’être coupé du monde dès qu’ils n’ont pas accès à internet.

V : Ouais, mais ça dépend le degré du délire. Moi, j’ai essayé de vivre sans internet pendant au moins 3 mois. Et ben j’allais me connecter au Do Mac comme un connard ! Pas tous les jours, mais au moins toutes les semaines.

A : Bien sûr, d’une certaine façon, je suis aussi relativement accro, mais je connais des gens qui sont plus loin que ça. C’est peut être le phénomène qui a créé l’addiction, quand c’était pas là, les gens faisaient différemment.

V : Mais ça s’est développé en réponse à a quelque chose. Ça rejoint ce que l’on disait tout à l’heure, les gens vont mal.

A : Y’a un coté malsain, les gens ont l’impression qu’ils existent quand ils sont vus, quand ils publient un truc à la con. Ils cherchent la phrase ou la photo qui va le plus plaire, qui va faire le plus de likes.

V : C’est devenu un baromètre d’amour. Il y a des gens qui vont te mettre des statuts « Ouais ! ON est dix mille sur la page ». Mais non mec ! T’es pas dix mille, t’es tout seul. Déjà ta joie là, elle est bizarre. Mais ça rejoint le nombres de vues, le nombre de likes, de partages.

A : En ce qui concerne le rap, parfois je me dis que si j’étais plus actif sur ces trucs-là, peut être que j’en serais pas là actuellement, il y a des gens qui font leur business avec ça.

V : On parle des méfaits et des gens à fond dedans, mais en réalité les bienfaits, nous on les a vus. On est tellement pas dans la promo, que le seul geste qu’on a, c’est de partager un lien. Juste un truc que tu balances, après les gens ils prennent ou non, ils font ce qu’ils veulent.
Mais y’a des mecs du pera, ils rentrent du travail, ils publient « bonsoir, comment ça va ? ». Genre, ils parlent aux gens ! « Comment ça va ce soir mes insomniaques ? Y’a du monde debout ?! » c’est chelou ! Ça t’oblige à te demander ce que fait le mec, s’il est chez lui, dans son salon, s’il dort… Et ben tu vois, moi ça je devrais pas être au courant, et c’est là que ça me vénère ! Ils t’ont baisé le truc !
Même si comme moi, tu y es à petite dose, je suis obligé de voir des choses que je ne voudrais pas voir. Non, moi le jour où j’ai vu que ça m’énervait en vrai, j’ai pris mes distances.

Revenons sur l’aspect Live du projet, ce n’est pas l’univers le plus communicatif, comment vous réussissez à faire adhérer les gens en face à face ? Ça passe par un visuel, un jeu de lumière particulier ?

A : Déjà, si les gens viennent, c’est rarement par accident, c’est qu’ils ont entendu ton son quelque part et qu’ils viennent le découvrir en live. La scène, c’est un exercice bizarre. Au début tu as le trac de ouf, et puis quand tu y es, la montée d’adrénaline fait que tu kiffes. Pour moi, c’est la vérité, ça ment pas.
Tu prends un rappeur avec une grosse visibilité, qui a lobotomisé le cerveau des gens, aidé par les médias, tu lui soustrais ça et tu mets à côté de lui un bon rappeur, un kickeur, les gens verront la différence !

V : Normalement ton morceau, il est presque obligé d’être vivant sur scène. Un son qui te parle sur un CD, comment en live veux-tu que quand tu l’écoutes, il ne t’accroche pas ? Bien sûr que ça peut passer par les lumières, mais ça il faut le bosser, et puis il y a tout un tas de manipulations. Moi par exemple, je fais très peu de morceaux en entier. Un texte de 7 minutes sur scène c’est compliqué, donc tu le modifies légèrement, parce qu’à la base il n’est pas réfléchi pour ça.
Tu as des rappeurs qui cogitent vraiment sur le live, pendant l’enregistrement studio, ce n’est pas mon cas. Ça s’entend souvent, quand l’artiste a écrit son titre pour la scène, à base de « les bras en l’air ! » partout, c’est souvent trop.

A : C’est la même chose dans toutes les musiques ! Il y a des groupes de hard rock hyper-sombres qui font des concerts aussi, et qui arrivent à retranscrire leur univers sur scène. Sinon, ça voudrait dire que la scène est réservée aux musiques festives.

V : Oui, et il y a des concerts dans lesquels le mec se contente d’interpréter son truc, sans fioritures. Et ça crée un moment, une sensibilité particulière qui se suffit à elle-même. On parlait de Brel tout à l’heure, mais tous ces gens-là n’avaient rien comme show. Ils venaient seuls, une simple poursuite comme jeu de lumières, un micro et eux. Le plus important, c’est l’interprétation. Et comme disait AL, sur scène tu ne peux pas mentir. Si tu es dedans, tu peux faire un morceau de 15 minutes, les gens seront dedans.
On parle des textes de ces grands noms de la chanson, mais c’est leur interprétation qui m’ont mis les plus grosses claques.

A : J’ai vu des lives d’Aznavour, la vérité, le mec est habité.

V : Il y a des artistes qui sont arrivés à pleurer sur scène, tellement ils sont dans leurs morceaux, dans leurs textes. Mais c’est un contexte, ton son sur scène, tu l’entendras jamais aussi fort dans ta vie, donc déjà, toi t’es dans une ambiance propice. Le son te tabasse la gueule logiquement en concert, ce qui fait que même sur un son tout mou et triste, tu es obligé d’être un peu vénère.

Avec le succès, la tournée, cette solitude dont on parlait, est forcément brisée. Les auditeurs qui deviennent proches, amicaux, qui parfois se permettent de juger ouvertement votre travail…comment vous vivez cette « intrusion », comment gérer vous votre « personnage public » ?

A : Déjà, je ne sais pas si on peut parler de succès. On a 5 dates ! (rires)

V : …sinon tu mets « d’estime » après, ça marche bien en général. Le succès d’estime c’est un échec qui a marché ! (rires)
Non, mais il faut pas trop faire gaffe à tout ça, c’est pas des partis politiques qu’on monte, que les auditeurs vont soutenir. Le « fan » amical que tu décris, qui va venir discuter, la semaine suivante, peut faire la même avec un rappeur que tu n’oserais même pas comparer à ton délire. Tu ne peux pas le savoir, parce que tu ne connais pas les gens. En revanche, eux ont parfois le sentiment de te connaître à travers tes textes. Mais c’est une connaissance biaisée, c’est ce décalage qui est difficile.

A : Sans vouloir faire les artistes mal à l’aise par le succès, c’est vrai que le fait qu’il y ait de plus en plus de monde qui vienne vers toi, ça peut accentuer certains trucs. Malgré le fait que tu côtoies de plus en plus de monde, tu conserves ton univers, et tes petits bordels dans ta tête, qui font que ça ne va pas. Et puis il faut pas être trop fragiles non plus, faut pas que tout ça t’impacte.

V : Perso, ça aurait plus tendance à me repousser cette visibilité, cette popularité. Mais il n’y a pas de règles fixes non plus, les gens sont tous différents. Et je te dis franchement, y’a des gens, ça m’a fait kiffer de parler avec eux, souvent parce que c’est un échange. La personne ne parle pas à AL ou à Vîrus, elle nous parle à nous en tant que personnes.
Ce qui me repousse, c’est à partir du moment où tu vas me considérer comme un personnage, ça fait vachement extra-terrestre ou super-héros. J’ai l’impression dans ces cas là que la personne se rabaisse, et par conséquent, c’est comme si toi, elle te « gonflait ». Mais non ! Tu as pas de raison de me gonfler, pourquoi un mec qui fait de la musique serait sur un piédestal ? On ne fait pas de grandes choses, et il faut prendre vachement de recul sur cette « admiration » qui est portée. C’est repoussant, quand les gens te mettent dans une position dans laquelle tu n’as pas envie d’être. Y’en a qui ont besoin de se faire sucer, ben moi ça me gêne, j’suis pudique…

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Florian ReapHit

Florian ReapHit

Co-Créateur, Co-Rédac Chef chez ReapHit
Tente d'animer tout ça depuis maintenant quatre ans. Master exploitation de rédacteurs. Spécialiste en rhum vieux, vinyles et mauvaise foi.
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