Villain Park, always the same old shit

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villain park cover

Récemment, j’ai pu avoir ce genre de discussion qui n’en finissent pas sur les tenants et aboutissants du hip-hop. Mon interlocuteur a cru bon de la conclure par un « Hip-Hop is dead ». Ma réaction matérialisée par la voix de RZA sortie des entrailles de ma gorge sans permission : « How can Hip-Hop be dead if Wu-Tang is forever ? ». Mais j’étais peu convaincue, la punchline ayant sans doute été trop entendue.

Mais voila que Villain Park nous sortent leur premier EP, et l’on se prend à rêver à la pérennité du bon vieux hip-hop, un flow a la Camp Lo, des instrus qui font penser à celles utilisées par Masta Ace comme dans « Who U be » , parfois, cette hargne à la Wu-Tang et ce bon vieux boom-bap qu’on aime tant (One time). On a tout de même une fraîcheur nouvelle, une vibe différente, ce petit quelque chose qui fait qu’on monte un peu plus le son à chaque track, et nous empêche de décrocher en soupirant « mouais, déjà vu ».

Après avoir bougé la tête à l’unisson durant plus d’un quart d’heure, on se regarde et on se dit « Meeec mais qui sont ces gars ? ». Villain Park, c’est une clique de quatre gamins originaires du même quartier de Los Angeles, tout fraîchement sortis du lycée, mais qui génèrent déjà un buzz considérable sur internet du fait de leur technicité et du côté très classique de leur production.

On a donc affaire à de très jeunes individus souhaitant transmettre leur passion du HH underground aux nouvelles générations. A l’origine, le groupe se composait uniquement de Classiko et Smokey V, puis Niftee et KilaM se greffèrent au reste de la bande. Leur premier titre est sorti il y a à peine deux ans, pourtant chacun des membres bénéficient déjà d’un savoir faire et d’une technique extrêmement rodée.

Il faut dire que ces teenagers ne sont pas des arrivistes dans l’univers hip-hop, Smockey V n’étant autre que le petit frère de Double K des People Under The Stairs. C’est d’ailleurs sous l’œil attentif de celui-ci que la plupart des tracks ont été réalisées, Double K allant jusqu’à produire NWMA. Avec un « Explanatory » produit par DJ Zeph, qui a pu collaborer avec Boots Riley pour ne citer que lui, Villain Park compte déjà de précieuses relations.

« Much respect to a lot of cats doing their thing like Logic and J. Cole, but there are far too many people pushing that same played out ratchet sound. » Classicko.

Et quand on leur demande ce qu’ils pensent du rap actuel, la réponse est sans appel : « Way too much bullshit being pushed on the radio right now ! » (Smockey V). Villain Park, c’est en fait un nouveau souffle donné au hip-hop, reprenant des thématiques et flow du classic underground, y ajoutant une touche nouvelle, mais pas pour autant hésitante.

Déjà affirmés dans leur volonté de faire changer la perception du hip-hop en 2015, ils avouent eux-même avoir un style brut, cru, propre à un underground ne souhaitant pas être labellisé. « Villains » rappelle en effet leur envie de rester indépendants, ou tout du moins de rester loin de l’industrie musicale actuelle. « The villain part is supposed to represent us being Villains to the industry. ». 

On pourrait résumer Villain Park par un style old school doté d’une vibe nouvelle, ou l’inverse. Qu’importe au fond, cette « Same Ol Shit » qu’on a toujours adoré dans le hip-hop est là, transformée, retravaillée, voire améliorée.  L’EP se détache nettement de la masse actuelle tout en s’y insérant parfaitement. Same Ol Shit a été introduit au public avec la sortie de leur clip « Brain cells » qui dépasse les 12 000 vues en deux semaines.

On retrouve les thématiques propres à la old school, que ce soit dans les lyrics, ou les clips, dont le visuel rappelle ceux de la East Cost 90 : un streetstyle très loin du bling bling qu’on attache pourtant largement au rap West Coast. Les sonorités sont d’ailleurs beaucoup plus east coast. Étonnant pour un groupe de LA ? Non, pas tant que ça, si l’on en croit leurs influences, comme les Pharcyde ou Souls of Mischief. Mais – et c’est là ou l’on retrouve ce nouveau souffle propre à leur jeune âge – il n’est aujourd’hui plus l’heure à la dichotomie « West Coast/ East Coast ».

« Everyone that is calling this music that we’re creating “east coast” style needs to know that there is still real hip-hop in West LA. Just because you hear east coast influence doesn’t mean we’re jacking their style. Of course West coast hip-hop was ultimately influenced by the east because thats where it was created, but we took it and made it our own. » Smockey V.

( Chaque personne qui qualifie la musique que l’on crée d’ « east coast » doit savoir qu’il existe toujours un vrai hip-hop propre à West LA. Ce n’est pas parce que vous entendez une influence east coast que l’on chope ce style. Bien sur, le hip hop west coast a été influencé par le east coast, car c’est la que ça a été créé, mais on l’a pris et on l’a fait nôtre. )

Villain Park appartient à cette génération de musiciens dont la musique est indatable, tel un Kendrick Lamar, empruntant largement aux codes rassurants qu’ont élaborés les anciens, sans pour autant en faire une copie conforme, et amenant au détour de punchlines et de flows nouveaux, un peu de fraîcheur dans le paysage hip-hop underground.

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