Scred Connexion, Jamais dans la Tendance

In Interviews by Florian ReapHit Comments

Nous profitons d’une jolie date nordiste regroupant La RumeurPression I et la Scred Connexion pour interroger les derniers nommés. Tournée, rééditions, soutien aux artistesindépendants ou syndrome du deuxième album, la Scred a toujours des réponses intéressantes sur les quelques sujets proposés. Et on aura sûrement droit à un nouvel album estampillé du crew le plus connu des inconnus pour la fin de l’année, bonne nouvelle. Rencontre avec des mecs sans direction assistée.

ReapHit : La Scred tourne régulièrement et ce malgré les difficultés récurrentes des rappeurs à trouver des dates. « La scred en live c’est d’la bombe et les vrais le savent » . Le groupe est devenu un gage de qualité pour les organisateurs ?

Koma : Nous c’est simple, ça va faire 18 ans qu’on est en tournée. Avec la Scred, il n’y a jamais eu de tournée à proprement parler. On a toujours eu des dates toute l’année, et depuis des années. On a commencé comme ça, d’ailleurs. Dès le départ à faire des concerts, beaucoup de concerts. On est un groupe de scène et on a jamais attendu d’avoir une actu pour partir sur les routes. Des petites scènes, des festivals, des gros concerts. Que ce soit en solo, à deux, à quatre. Peu importe.

Mokless : Après est-ce que la Scred est synonyme de qualité pour le tourneur je ne sais pas. On ne se pose pas ces questions. Je pense qu’il y a des groupes, particulièrement dans le rap, qui n’aiment pas trop la scène. Chez nous, c’est un plaisir. C’est un moment particulier avec ton public, tu vois les visages des gens, tu leur parle après le concert.

Koma : Et nous, on a un vrai public. Il y a une connivence entre nous et les gens depuis des années. Quand on arrive sur scène, on fait pas la gueule. C’est une vraie interaction et ça se ressent. On rigole avec le public, quand on se trompe, le public nous reprend. C’est un moment. Et cette relation avec les gens, c’est ce qu’on a créé en 18 ans de carrière. Qu’il y ait beaucoup de monde, ou très peu, il y a toujours une ambiance particulière dans les concerts de la Scred, un bon esprit. Je pense que c’est ce qui plaît aux gens, et aux programmateurs aussi du coup.

On a l’impression d’un attachement particulier au nord de la France, avec des featurings mémorables pour les nordistes (Coup 2 Pression, Foudealer, La Jonction). C’est un esprit hip-hop que vous appréciez ? Comment se sont faites ces connexions ?

Koma : Ça s’est fait avec Fabe à la base. On faisait beaucoup d’ateliers d’écriture dans la région. A Roubaix, à Lille, enfin dans le coin. Il y avait déjà un esprit hip-hop et des MC’s à l’époque comme Attila, ou les premiers mecs qui ont rappé à Lille. Donc dès le départ, on a connu le mouvement lillois. Les premiers MC’s qui sont nés là, on les à tous connus.

Et puis ça a continué, on a connu toutes les générations, et c’est à 2h de Paris. Y’a DJ Veekash, y’a Call 911, y’a Foudealer et tous les copains qu’on a dans le secteur. Même Abdel, notre manager, est du Nord ! C’est notre banlieue ! Et puis Lille, Bruxelles, plus tu montes plus c’est hip-hop. Plus tu t’éloignes de Paris, plus tu as un rap décommercialisé. Du coup, les mecs sont restés puristes avec Paris et Bruxelles qui les observent.

Vous continuez les collaborations, et la mise en avant d’artistes underground méconnus, comme avec le Top 50 que l’on retrouve sur votre site. Comment se fait la sélection ? C’est seulement des artistes Scred, ou vous ne vous imposez aucune barrières de style ?
Koma : Y’a de tout ! Y’a du Youssoupha, du Médine, mais y’a des mecs comme La Smala, Saké, L’Indis… C’est juste un choix dans le rap français qu’on estime sérieux. Et même si tu passes sur Skyrock, comme Youssoupha, tu peux passer sur la Scred Radio, parce qu’on estime que tu es un mec qui travaille sérieusement.

Mokless : On recherche la qualité, il n’y a pas de discrimination, que ce soit dans le type de production, ou au lieu de vie du rappeur. Ce n’est pas que le rap parisien. On a juste envie de faire découvrir des mecs qui travaillent sérieusement.

C’est un discours que l’on entend pas souvent de la part de groupes déjà bien installés, qui sont souvent réfractaires à la nouvelle génération.

Koma : Et ben nous, non ! On a toujours essayé de mettre en avant des artistes qui en valaient la peine. Quand Sniper est sorti, Haroun à fait des trucs avec eux, pareil pour Seth Gueko et Mister You. Il y a Mokless et son groupe avec Despo Rutti et Guizmo…

On a toujours suivi le rap de chaque génération, à travers les rencontres ou les featurings. On ne s’est pas coupé des jeunes puisqu’on est issu de ça. On a eu leur âge et nous-même, des gens comme Fabe sont venus pour nous inviter sur leurs tapes, ou leurs albums. Nous on perpétue cet esprit, on a appris comme ça !

Vous vous faites assez discrets sur disque ou freestyle depuis quelques temps, mais êtes assez présent sur les réseaux sociaux en terme de merchandising et de réédition sur votre shop. C’est essentiel pour vivre de sa musique à l’heure actuelle ?

Koma : Mais non ! C’est juste pour que notre logo tourne. Nous on passe pas sur TF1 ou Skyrock. Notre promo c’est les gens, c’est nos t-shirt, nos auto-collants, nos affiches. Et on les vend pas cher pour que ça tourne beaucoup.

Mokless : Et je pense qu’un indépendant doit doublement s’organiser et se diversifier dans ses techniques de communication. S’organiser et mettre le paquet pour être présent sur le terrain. On ne vit pas du merchandising, mais ce n’est pas négligé. On sait qu’aujourd’hui, avec les modes de consommation qui changent et la chute des ventes de disques, on est obligés d’admettre que les gens consomment du virtuel avec internet. Les gens téléchargent ton album, mais vont dans le même temps venir sur ton site et acheter un t-shirt.

Koma : Mais on ne veut pas être une marque. On ne fait pas des baggy’s, des caleçons ou des mugs. Non. On fait des t-shirts, des sweats capuche, des casquettes, des teddys. On ne s’éloigne pas du hip-hop.

Ouais, vous ne faites pas des tongs comme Assassin…

Koma : Non, nous on se limite à ce qui nous représente. Par exemple on ne fera jamais de feuille à rouler « Scred Connexion » parce que c’est pas dans notre message. Par contre on va pouvoir faire un stylo, ou un agenda pour les ti-peus à la rentrée, avec des punchlines toutes les semaines, par exemple.

Et ce type de consommation aujourd’hui, c’est aussi du soutien aux artistes et aux groupes.

Haroun : Je pense que l’essentiel est là. Et si le mec achète et porte ton t-shirt, c’est avant tout pour ce qu’il représente.

Koma : C’est comme une équipe de foot ! Comme porter une écharpe du Real ou de Barcelone. Tu sais avant ce que je disais ? Deux mecs qui portent du Nike, ils se calculent pas, deux mecs qui portent du Lacoste, ils peuvent s’embrouiller, mais deux mecs qui portent de la Scred, ils vont se parler. Tu vois le délire ? Ça créé une communauté.

Le marché du vinyle fait un retour en force…

Koma : (nous interrompant) Ah ça c’est pour Haroun, il aime bien ça. C’est notre spécialiste !

Mokless : Spécialiste en rondelles ! (rires)

Koma : En rondelle, en donuts… le mec kiffe la galette !

Haroun : Bien sûr, le vinyle est un bel objet. Après, le « retour en force du vinyle » c’est un peu surfait. Il n’y a pas de retour de force, puisque le vinyle n’a jamais disparu. Il y a toujours eu les collectionneurs et les amateurs du format.

Je pense que c’est plus pour essayer de donner un coup de pouce, et relancer le marché, que les journalistes commentent ce soit-disant retour en force. Même les DJ’s aujourd’hui, n’achètent plus de vinyle puisqu’il y a le Serato. Mais ceux qui avaient la passion du vinyle à l’époque, ils en achètent toujours.

Mokless : Le mp3 et la musique dématérialisée a redonné goût à l’objet et au sentiment de possession du disque. C’est TON vinyle. C’est une autre manière de consommer.

Koma : Mais laisse les cons ! Laisse les cons acheter du numérique. Moi j’ai des vinyles dans ma cave qui maintenant valent 500 balles. Des pièces de collection, des James Brown, du Giorgio Moroder, des trucs de ouf. Alors laisse les cons…

Donc on peut espérer voir les rééditions du Réveil, de Au Front, de Du Mal à S’Confier ou des  Scred Selexion  ?

Koma : Ah bien sur, c’est prévu !

Morad : Même moi, Le Survivant j’aimerais bien le faire en vinyle !

Koma : Mais c’est les usines qui manquent ! Quand on a fait presser Ni Vu Ni Connu, il y avait plus que deux usines dans le monde qui faisaient ce format. Parce qu’il faut une machine spéciale, et c’est plus cher. On ne gagne pas une thune sur un objet comme ça.

Mokless : Et puis faut reconnaître que c’est toujours des galères. Tout est possible avec le vinyle ! Je crois qu’une fois, pour le pressage de Bouteille de Gaz, le fabriquant nous avait imposé la fabrication de 500 pochettes supplémentaires. Pour 1000 vinyles, on a reçu 1500 pochettes, donc 500 pochettes dont on ne pouvait rien faire. C’était n’importe quoi…

Vous avez presque crée un label qualité du rap du 18èmeVous êtes satisfait du berceau que ça représente, et de la continuité qui a été donnée, avec des gens comme Hugo TSR, Flynt, le C-Sen..?

Mokless : Ouais, je pense qu’il y a une école dans le 18ème, c’est clair. Y’a une touche, y’a une patte particulière. C’est souvent reconnaissable. Mais y’a aussi des mecs qui y ont jamais foutus les pieds, mais qui dans leur rap peuvent y être affiliés.

Haroun : C’est comme dans tout, y’a des précurseurs qui ont lancé un état d’esprit. Si tu regardes dans le 94 c’est pareil, et souvent les rappeurs ont tendance à suivre et à s’inscrire dans cette mouvance.

DJ Veekash : Et même avant le rap. Le 18ème a toujours été un quartier d’artistes, ça a toujours été quelque chose de mythique. A l’époque de Gainsbourg, et bien avant. Au niveau des peintres et des dessinateurs.

Mokless : Parce que c’est un carrefour social. Et je pense que ton discours est indissociable du milieu dans lequel tu vis. Et dans le 18ème on se mélange entre rebeus, renois, pakistanais…donc tu te dois d’avoir un message qui fédère, puisque toi même tu n’est pas sectaire ou communautaire.

Le rap de la Scred, c’est pas la banlieue – parce que la banlieue avec l’aménagement territorial, c’est sectaire et communautaire justement – c’est un rap parisien, du 18ème, avec son mélange, pas un rap ghetto mais un rap de quartier populaire, un rap social. C’est la principale différence, je pense.

Et justement, dans vos habitudes de mises en avant d’artistes underground, vous n’avez pas envie de refaire une compilation qui montrerais le rap du 18ème actuel dans l’esprit d’un Explicit 18 ?

Mokless : Ouais ça pourrait être pas mal, c’est le genre de truc qu’on aime bien. Mais pour l’instant on est sur d’autre projets.

Mokless, tu nous disais en off que la Scred était en train de bosser sur un nouvel album…

Haroun : On commence seulement à lancer la machine, on est à la recherche d’instrus. On essaie de faire avancer le truc.

Morad : Ouais, mais c’est pour cette année, je pense.

Mokless : En vrai, on a déjà maquetté une dizaine de titres, mais on a pas de dates limite. On le balancera quand il sera terminé, et qu’il sera à l’image de ce qu’on souhaite faire, et ce qu’on en attend.

Le site internet et la vente par correspondance permet de couper les intermédiaires entre les artistes et le public. Vous comptez exploiter l’auto-distribution pour la sortie ?

Haroun : Non, l’auto distribution c’est pas possible ! La distrib, c’est quelque chose que tu ne peux pas bosser en indé. Tu peux pas trimballer tes skeuds dans ton sac à dos et les ramener dans tous les magasins de France, de Suisse ou de Belgique, c’est pas réalisable. Après, pour tout le reste, et tout ce qui est réalisable en indé à notre niveau, c’est clair que ça s’inscrit dans notre manière de faire et nos objectifs. Et c’est vrai qu’internet nous offre des possibilités supplémentaires qu’on essaie d’exploiter au maximum.

Mais pour la distribution tu ne peux pas rivaliser avec la distribution de masse, même les magasins spécialisés à Châtelet ont disparu ! On parlait de vinyle tout à l’heure, mais les vinyles aujourd’hui, tu les trouves où ? Les gens se mettent même à acheter des vinyles en Fnac puisqu’il n’y a plus de magasins spé !

C’est là où la vente en direct, via le site internet, est utile.

Haroun : On le fait aussi ! Mais les gens ne sont pas habitués. C’est un nouveau mode de consommation qui ne s’est pas encore généralisé. Tu ne peux pas tout miser sur ça.

Koma : Et ce n’est pas un groupe comme nous qui allons pouvoir rivaliser en envoyant nos CD par la poste, avec de grandes structures comme la Fnac.

Haroun : Et puis tu as Apple qui est en train de diriger toute l’histoire. Ils verrouillent leur produits et leur catalogue de titres, pour obliger les gens à passer par eux pour consommer. Et ça dicte les habitudes de consommation des millions de possesseurs des produits Apple et utilisateurs iTunes.

Face à ça, nous on ne peut pas faire rentrer dans la tête des gens qu’il vaut mieux aller acheter son CD directement auprès de l’artiste, plutôt que de passer par ce genre de plateforme. Mais comme avec le vinyle, ceux qui aujourd’hui développent cette mentalité de soutien étaient déjà demandeurs avant l’arrivée des réseaux sociaux et de la proximité entre les artistes et le public. J’ai déjà reçu des mails du genre « Comment j’peux vous acheter votre album directement à vous, j’veux que l’intégralité du prix vous revienne », des mecs qui ont l’esprit. Mais la majorité ne calcule pas du tout cette dimension. Ils aiment juste le rap, ce que l’on fait, et souhaitent pouvoir nous trouver dans la Fnac de leur ville.

En parallèle du nouvel album de la Scred, On aimerait revenir sur vos possibles deuxièmes albums solos. On a l’impression d’un syndrome du 2ème album généralisé.  Il y a une certaine pression à donner un successeur à des albums comme Au Front ou Le Réveil ?

Haroun : Il y a un peu de ça, c’est vrai. Mais ce n’est pas ce qui va me freiner. Si le deuxième est moins apprécié, il sera moins apprécié et puis voilà, on passera à la suite. Mais c’est vrai qu’un premier album, il y a toujours un effet de surprise que tu ne pourra, de toutes façons, pas reproduire. Moi, à la sortie d’Au Front, je me sentais un peu vidé, c’est du taff de faire un album solo ! Surtout que derrière j’ai enchaîné avec Ni Vu Ni Connu et à un moment, j’ai un peu trop tiré sur la corde. Donc j’ai eu besoin de prendre du recul, même si je continuais à faire des morceaux petit à petit et au compte-goutte. Et au final il y a des trucs de coté qui se sont accumulés…

Donc tu est dans l’optique de sortir un nouvel album solo…

Haroun : Oui, mais je crois que ce serait peut-être le dernier. Sous cette forme, en tout cas. Parce qu’encore une fois, le mode de consommation a changé, et les gens ne sont plus demandeurs d’un format long comme l’album. Et au delà de ça, je m’amuse moins quand je prépare un album. Ne pas pouvoir sortir directement le morceau que tu viens d’enregistrer, d’être obligé d’attendre d’en avoir assez de coté pour proposer un projet complet…moi parfois, j’ai juste envie de faire des morceaux et de les balancer aux gens sur internet. Comme à l’époque du maxi, où tu pouvais balancer un ou deux titres indépendamment. Les gens étaient habitués au format. Aujourd’hui, les modes de consommation ont tellement changé…les gens veulent du massif, un projet complet tout de suite, et toujours plus.

Il y a le format EP qui représente un bon compromis. 5 ou 6 titres, un intermédiaire entre l’album et le maxi.

Haroun : Bah oui ! Mais de toutes façons, à un moment, ça va commencer à me titiller, vu que je ne m’amuse plus à produire un album complet. Donc je vais déjà sortir mon deuxième album, le projet qui est en cours, et si ça suit, tant mieux. Ça me permettra peut être de m’essayer à un autre format sur lequel je m’amuse plus.

Et toi Morad, tu comptes donner un successeur au Survivant ?

Morad : J’en sais rien, j’aimerais bien c’est sûr, et si c’est possible je le ferai. Mais je n’en fais ni un cheval de bataille, ni mon objectif. En vérité, j’ai plus envie de refaire un album Scred Connexion, que de travailler sur un solo. C’est plus intéressant, une autre méthode de travail. Regarde, on rappe depuis des années, et mon solo, Le Survivant est sorti en 2012. C’est la preuve que j’arrive à me sentir bien, seulement en évoluant à travers le groupe. Et puis c’est compliqué en vrai, de faire un album solo. C’est de l’énergie et beaucoup, beaucoup de travail.

Mokless : Quand j’ai fait des solos, c’est que je me suis retrouvé un peu seul chez moi. Y’avait personne, pas grand chose à faire, alors j’ai mis en route des solos. Mais en groupe, c’est plus facile, il y a une émulation, on partage nos idées.

Haroun : Et puis tu sais, il y a beaucoup d’albums où à l’écoute, tu décèles assez facilement que le mec avait 3 bons morceaux, et qu’il a comblé les vides pour être capable de sortir un album complet. Quand tu n’as pas envie de faire ça et de tomber dans le remplissage, bah forcément, un album prend du temps. Tu es obligé d’attendre d’avoir suffisamment de morceaux qui te conviennent, que tu juges bons, et qui soient cohérents entre eux, pour que l’album entier soit à l’image de ce que tu as souhaité dire, ce que tu as voulu faire. C’est long, mais pour nous c’est mieux que de balancer 3 cartouches et les entourer de vide.

Tu partages cette vision Koma pour ton nouveau solo ?

Koma : Mon nouveau solo ? Mais c’est un fantasme ça, tu le sais… ! (il s’éclipse de l’interview avec un sourire nous confirmant le contraire.)

Pour terminer, on aimerait revenir sur le reportage Un pied devant l’autre qui nous a marqué, où l’on voyait l’élaboration du « Réveil », l’album de Koma. Quels retours avez-vous eu sur ces images ?

Haroun : Moi j’vais te dire franchement, les retours je les ai même pas calculés parce que ça a été un plaisir personnel ce reportage.
J’ai pas de photos de moi, pas d’images, ou d’objets de l’époque. Mokless, lui, garde un peu ce genre de choses, il a des souvenirs. Pas moi. Et franchement, redécouvrir ces images, ça m’a fait kiffer. C’était vraiment un kiff perso, parce que c’était complètement inattendu. Ce reportage, c’est Julie Bonan qui avait fait un truc de son coté à l’époque, pour Arte je crois, et qui n’est jamais sorti. Et des années plus tard, elle a décidé de balancer ça sur le net. On était même pas au courant. Je clique et je découvre ça ! Non, un truc de ouf…

Le reportage montre bien sûr le processus de création de l’album mais diffuse un vrai message social. C’est une fierté de voir que des années après, le discours est toujours le même et toujours cohérent ?

Haroun : Ouais, mais ça nous on le sait ! Et je pense qu’au contraire, c’est pas une fierté, c’est presque déprimant. Voir que 10 ans après, la réalité contre laquelle on se bat, nos thèmes et nos frustrations sont toujours les mêmes…tu as plutôt l’impression d’avoir mis des coups d’épée dans l’eau pendant des années. Tu te prends une certaine fatalité dans la gueule : plus tu vieillis, plus tu te résignes. Et puis tu te ressaisis, tu prends une feuille et tu écris. Le rap permet ça aussi, de continuer à réfléchir sur ces thèmes, de continuer à s’indigner. C’est important.

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Florian ReapHit

Florian ReapHit

Co-Créateur, Co-Rédac Chef chez ReapHit
Tente d'animer tout ça depuis maintenant quatre ans. Master exploitation de rédacteurs. Spécialiste en rhum vieux, vinyles et mauvaise foi.
Florian ReapHit

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