Little Simz, women can be kings now

In Dossiers by Lalla Comments

« I don’t think you are ready. Let the world know ». Telle fut l’annonce de la sortie de Dead Body, part 2 and 3 en ce mercredi 23 septembre 2015, en featuring avec Stormzy et Kano. Ces mots sonnaient comme la Sainte Annonciation d’une nouveauté dans l’univers rap. Pourtant, Little Simz est loin d’être une arriviste. Elle fait parler d’elle discrètement, mais stratégiquement. Nous avons relevé les trois fondamentaux de sa stratégie de réussite.

Loin d’être nouvelle dans le rap game, La petite Simbi Ajikawo se jouait déjà des mots et des flows à l’âge de 9 ans. Sans pour autant être une bébé star ou un phénomène de foire, elle a su explorer divers milieux artistiques (entre 14 et 16 ans, elle a notamment joué dans les séries anglaises « Spirit Warriors » et « Youngers ») avant de s’accomplir dans le rap, si bien que l’artiste semble s’être construite dès le plus jeune âge son propre univers.

Fort de son travail, Simz s’est imposée très rapidement dans l’univers du rap. Dès 2013, on pouvait par exemple lire avec étonnement sur le compte Twitter de la jeune MC qu’elle était en studio avec le légendaire Dizee Rascal.

Mais c’est à l’orée de ses 19 ans que Little Simz fit vraiment parler d’elle, grâce à la mixtape Blank Canvas, relayée par Jay Z. Peu à peu, des liens se sont créés entre Simz et de grands noms de la new school comme Kendrick Lamar, qui a pu dire d’elle, dans le MistaJam show (sur BBC radio 1) :

« There’s a young lady out here that’s pretty dope by the name of Little Simz.
… She might be the illest doing it right now ».

.A écouter :

En featuring avec Stormzy et Kano, Little Simz se demande si elle ne devrait pas vendre son âme, car elle n’a plus envie de faire partie de notre monde. A la question répétitive« Will anybody miss me? », il serait bien euphémique de répondre par l’affirmative.

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C’est sans compter ses précieuses collaborations artistiques, et ce, dès son premier projet E.D.G.E, puis avec la sortie de la série d’EP Age 101 : DROP où l’on retrouve des beats du producteur anglais Jackwob ou du beatmaker américain DJ Dahi.

Le succès de Little Simz n’est donc plus un secret. La lyriciste a de plus un don pour le tourner en confession publique, comme sur son album Age 101 : Drop 4, dans lequel elle souligne son changement de vie dû à sa notoriété soudaine. «Sit Tight » décrit la solitude de n’être entourée que par une foule d’inconnus, « Heart Said » raconte les relations à distance imposées dans la vie de l’artiste par son succès, et « Mist », co-produite par Frank Dukes, est une lettre adressée à la fois à son personnage public, et à la Simbi qu’elle a toujours été.

Qu’importe le succès, Little Simz a décidé de faire les choses à sa manière. Elle reconnaît être le cauchemar des labels, et indique à ceux-ci d’essayer de la modeler sous aucune manière. Fière de son autonomie, elle souligne :

« It’s just like that, bruh. Stop trying to mold me. I’m the only person that gets to put pressure on myself.”

 

Son seul label, sa pierre angulaire, est son indépendance. Elle reconnaît avoir pendant longtemps voulu être signée par une maison de disques, jusqu’à ce qu’elle rencontre son manager, qui lui montra une nouvelle perspective de carrière. Se faire approcher par différents labels finit par la dégoûter de ce milieu, où d’après elles les artistes vendraient une partie d’eux pour en arriver la.

“They just didn’t get me, that’s fine. I’m not your average artist. But I’ve seen it again and again : they sign an MC who’s good because they’re being themselves, and then they try to make them into someone else. Fuck that.”

 

Pour le reste, l’artiste s’en sort plutôt bien, entre collaborations avec Red Bull et soutien de Vevo, ce qui lui donne à la fois la possibilité de superviser sa propre création artistique, mais en même temps d’être aidée dans le financement de ses projets.

A Ecouter : 

Avec la mixtape Blank Canvas, Little Simz a souhaité mettre en rapport la peinture avec la vie. « Tout au long de nos vies, nos expériences sont comme des coups qui nous forgent et participent à la création de notre propre peinture.» Au travers de Black Canvas, c’est cette toile vierge que représente l’être humain que Simz a voulu décrire.

Rap conscient, gangsta rap, grime, rap féminin… Il est bien difficile de mettre le style de Little Simz dans une petite case. Tout d’abord, car la jeune femme ne supporte pas d’être catégorisée. Elle se refuse en effet à être considérée comme une artiste provenant de la grime, quand bien même elle aurait été influencée par ce genre musical. L’artiste se défend en prétextant avoir été influencé par Lauryn Hill ou encore le rock, ce qui ne fait pas pour autant d’elle une rockstar.  De même, elle souligne dans plusieurs interviews son dégoût pour le terme « female rapper ».

 » And people always like to label me as a ‘female rapper.’
I hate that fucking label.”

 

Mais il apparaît également que Little Simz joue bien trop sur les thématiques et les productions diverses pour pouvoir être assimilée à quoi ou qui que ce soit. Le travail de l’artiste n’est ni plus ni moins que le reflet de sa personnalité. Elle avoue elle-même écrire sa vie, et les choses qui l’affectent car « That’s always been my thing and it’s worked. ».

A écouter : 

Avec ce live de « Sit Tight » au Great Escape Festival, Little Simz rappelle que la technique lyricale n’est pas fonction de l’âge.

.Mais la richesse des textes de Little Simz réside probablement dans le dédoublement perpétuel de sa personnalité. Elle reconnaît elle-même vivre dans un autre monde, quand bien même cette idée ne serait pas des plus saines. Ainsi, elle utilise plusieurs personnages dans ces textes, afin de faire ressortir un trait de sa personnalité, ou une émotion. Le mix Blank Canvas, par exemple, évoque les émotions humaines sous tous leurs aspects, détaillant et distinguant les hauts et les bas de la vie, les peignant ainsi dans leur entière exactitude.

Jeune femme réservée, elle semble désormais s’affirmer pleinement dans A curious tales of trials + persons : « Everybody should know that I’m a king now ». C’est dans cet album que Simz s’amuse à démembrer toutes les parties de sa vie pour en faire des personnages multiples, racontant tous une part de son monde. Elle est tour à tour un extra-terrestre, et un roi, une diva ou un vagabond. L’ampleur de ses récits semble démesurée face à ses seulement vingt années de vie sur terre.

La sortie de Dead Body part II & III n’a fait qu’ajouter une histoire aux multiples déclinaisons de la vie de Little Simz. En featuring avec Stormzy et Kano, la jeune femme prouve une fois de plus qu’elle sait bien s’entourer : Stormzy a en effet remporté cette année l’Award du meilleur artiste international lors des fameux BET, Kano a lui aussi connu cette distinction, en 2007 cependant, lors des BET Hip Hop Awards.

Bien que nominée, Little Simz n’a connu aucune distinction de la sorte. Mais qu’importe, l’anglaise peut être confiante : le récit de sa propre vie ne fait que commencer.

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