Le voyage Opiacé d’Eli MC

In Interviews by Théo Comments

Par un lundi de grisaille comme on en voit beaucoup à Nantes on retrouve Eli MC ainsi que son ami et beatmaker Mellow Cotton à la terrasse d’un café pour discuter de Trace d’Opium son premier album. Les deux comparses sont en pleine discussion, espérant le prompt rétablissement de leur cafetière tout en débriefant des dernières interview. La couleur est donnée, nous sommes prévenus : la redondante question liant femme et rap est à prohiber. La rappeuse quelque peu blasée par cette entêtante demande nous le dit explicitement la prochaine fois qu’on la lui pose elle ne répondra pas. 

Mais finalement le sujet viendra sur la table après l’interview. Elle nous répondra qu’elle n’aurait fait que reprendre les mots de Casey trouvant inutile de débattre sur un truc qu’elle n’a pas choisi et qui au fond n’est qu’une différence de chromosome. Une longue discussion qui nous permet de replonger dans les méandres opiacés de son album et en apprendre d’avantages sur ce qui fait la force de ce projet envoûtant nous emmenant de son salon aux lointains paradis hindous…

Pour commencer, jouons là classique, pourquoi ce blaze, Eli MC qui paraît minimaliste ?

C’est tout con, c’est le diminutif de mon prénom qui est Elisa. Du coup Eli c’est mon surnom de toujours, tout simplement.

On sent que l’écriture a chez toi valeur de catharsis, que chaque morceau est le reflet même de ce besoin d’écrire, de dire les choses. Comment et pourquoi as tu commencé à écrire ? Le rap a t il été dès le début ton style de prédilection ?

Alors non, je n’ai pas toujours écrit du rap. J’ai d’abord écrit en prose et ce depuis toute petite, j’écrivais des histoires et ce genre de trucs. C’est un pote qui lui rappait, qui a lu mes textes, les a appréciés qui m’a incité à les rapper. Ca c’est fait petit à petit, au début je n’étais pas forcément trop pour et puis finalement je me suis lancé, je me suis prise au jeu. Depuis je rappe !

Pour l’idée de catharsis que tu évoquais, je pense que c’est valable pour la plupart des gens qui font du rap, c’est avant tout un exutoire. Après à force de le faire on prend un peu de recul sur la chose et c’est un peu moins emplie de tripes. Tu peux t’aventurer sur une multitude de terrains, aborder de nouvelles choses mais néanmoins la base reste indéniablement très personnelle.

Tu développes dans tes morceaux et sur scène une ambiance très intimiste avec ton public. Certains de tes morceaux ne présentent d’ailleurs pas de refrain sont livrés presque comme une longue tirade, un monologue, une critique. Depuis des années, beaucoup aiment penser le rap comme une forme de poésie moderne, une nouvelle forme de prose plus urbaine. Qu’en est il pour toi, comment vois tu ce « rap poétique » ?

J’écris autre chose que du rap, ça dépend des périodes. Mais bon ces derniers temps, je ne te cache pas que cela devient un peu plus rare, puisque j’étais sur l’album. Mais j’ai longtemps écrit de courtes nouvelles, des pensées. J’espère pouvoir continuer à le faire, avoir le temps de le faire et développer cette facette de mon écriture qui à mes yeux a toute son importance.

Tu serais prête à publier ces textes et ainsi révéler une autre facette de ta plume ?

Ouais je serais prête à le faire. Après là j’étais à fond dans l’écriture pour la musique, pour le rap. J’ai donc passé moins de temps sur l’écriture disons pure et dure. Mais ouais je serais prête à le sortir puisque pour moi un texte de rap doit pouvoir être lu, il doit pouvoir s’apprécier extrait de sa musique. Alors bien sûr la musique l’habille, lui confère une sorte de valeur ajoutée. Mais pour autant je pense qu’un texte de peura c’est de la poésie moderne qui doit porter un sens en lui même et être lu « à nu » libérer de tout ce qui l’habille.

Maintenant peux tu nous en dire un peu plus sur ceux qui t’inspirent, tes maitres à penser, tes modèles dans la littérature, la poésie ?

Beaucoup de Philo puisque j’en ait fait mes études, j’adore Cioran un philosophe roumain du 20e siècle que je trouve très très chaud. Je lis beaucoup Sartre et puis tous les classiques que ce soit philosophie ou littérature en général, je lis aussi un peu de SF. En fait je suis très curieuse, je lis de tout. J’adore la lecture, j’ai toujours lu.

Du coup tu penses que ça influence directement tes textes, on peut y retrouver tout ce bagage littéraire ?

Ah oui à fond ! En plus, plus tu lis plus tu vas enrichir ton vocabulaire et donc t’éviter de tourner en rond, te permettre de trouver le mot juste, ça t’inspire des thèmes et après libre à toi de remanier tout ça. Donc oui clairement la littérature est l’une de mes sources d’inspiration.

D’ailleurs en parlant de ça ton album s’intitule Trace d’Opium, une référence claire au milieu poétique. On pense au paradis artificiel de Baudelaire qui font l’éloge du hashish et de l’opium. Considères tu que ces excès, ces paradis artificiels soient une porte à la créativité ?

Euh c’est un peu sur le fil ça c’est presque tendancieux, ta question est dangereuse ! (rires) Non en réalité, moi je ne consomme rien même si j’ai un passé disons trouble. Mais je dirais que le titre Trace d’Opium se voulait être une référence à l’expression « l’Opium du peuple » de Marx. Le fait que ma musique c’est quelque chose qui veut s’adresser à tous et qui doit s’adresser à tous, quelque chose qui se veut simple et authentique. Et puis aussi Trace d’Opium, par rapport à l’inspiration bien sûr mais avec Opium dans le sens voyage. C’est pas à prendre au sens propre de la drogue mais plutôt dans le sens de l’élévation, du fait d’être transporté par quelque chose d’un point A à un point B. Le titre je ne l’ai pas vraiment réfléchi, ça c’est fait tout seul en référence au morceau éponyme, notamment pour la phase « Trace d’opium sur la page et la plaie se déleste » , pour mettre en lumière le fait que l’écriture soit la drogue, ma drogue.

On note aussi un changement dans ton écriture, une évolution, une certaine prise de maturité dans tes textes depuis ton premier projet, Crépuscule d’une pensée. Du coup comment ça se passe pour toi l’écriture d’un morceau aujourd’hui ?

Déjà je fais beaucoup plus gaffe à la technique que sur Crépuscule d’une pensée et je pense que ça s’entend. Après les textes, c’est toujours pareil, ça vient tout seul, ça part d’une idée qui me passe par la tête et que je vais noter noter sur mon téléphone au moment où je fais mes courses, par exemple et après tout s’enchaîne. En général et notamment sur l’album, les textes sont quasiment tous des premiers jets, que je retouche très peu. Je vais essayer pour le prochain album de palier à ça, de réfléchir en terme de thèmes, de reprendre ce que j’écris, de faire plusieurs versions et quelque part, de mieux élaborer mon truc. Mais sur Trace d’Opium, c’est quasiment de l’écriture instinctive, voire automatique pour refaire un clin d’œil à nos amis poètes ! Tu peux demander à Mellow une fois que j’ai commencé à gratter en général en une journée c’est fait, une fois lancée tu m’arrêtes plus. Pour le morceau « Trace d’Opium » par exemple, il m’a envoyé la prod, deux jours plus tard il recevait la maquette posée.

Et du coup l’album tu as mis combien de temps à l’écrire puisque à t’entendre on a l’impression que tu es rapide et prolifique ?

Je l’ai écrit en deux ans. Le premier morceau que j’ai écrit qui est l’intro date de Mai 2013 donc ouais ça a deux piges. Après il s’est passé bien une année de peaufinage de texte, de mix, de récupération des pistes à droite à gauche. On va dire que la majorité du truc c’est écrit en un an et puis après ça c’est peaufiné sur une autre année le temps de récupérer les pistes pour les feats et tout, ce qui prend pas mal de temps…

Après ta première mixtape tu n’as rien sortie, tu es passée directement à l’album…

Oui, et là encore cela s’est fait tout seul, je n’avais pas forcément l’intention de faire un album, mais j’ai multiplié les collaborations avec Clem Beatz, LaCraps et quelques autres personnes. Et puis après en arrivant ici à Nantes y a deux ans on a commencé à former le label Goloka, à travailler ensemble, à s’échanger des idées et tout ça. J’ai commencé à coffrer des morceaux et c’est là que je suis parti sur l’idée d’un album. Mais c’est après avoir enregistré un certain nombre de morceau que j’ai vraiment pris la décision de partir sur un skeud. Je n’avais pas envie de faire un projet court et puis j’ai trouvé qu’il y avait une certaine cohérence dans les textes pour pouvoir en faire un vrai projet qui tienne la route et qui me ressemble.

Tu viens de nous parler du label que tu as fondé, Goloka. Le nom est une référence au paradis du dieu hindou Krishma pourquoi ce clin d’oeil, d’où vient ce nom ?

Olala, c’est n’importe quoi ! On était en train de fonder le label et il nous fallait un nom, on avait plusieurs idées. On voulait une référence à un truc paradisiaque quelque chose comme ça, moi j’adore l’Hindouisme. Mais je trouvais pas LE nom qui me convenait vraiment… et puis j’étais chez moi et j’ai vu une boite d’encens sur la table et la marque c’était Goloka… chez pas quoi. Du coup j’me suis dit « mais putain c’est lourd ». Bon Mellow Cotton a trouvé ça stupide mais il avait qu’à être là ! C’est après quand j’ai regardé la signification du terme que j’ai trouvé que ça représentait vraiment ce qu’on voulait créer donc on est restés là dessus.

Dans l’album tu te montres souvent très amère et dure envers la société du spectacle et ses acteurs, à commencer par l’industrie musicale. Tu dis vouloir te libérer de l’emprise de« chorégraphes », d’où le choix de l’indépendance. Du coup pourquoi ce choix et comment ça marche pour toi, qu’est ce que ça représente concrètement  ?

L’indépendance c’est beaucoup de travail, de fatigue mais surtout la liberté de tout créer soit même de A à Z. C’est à la fois ne pas avoir du tout de direction artistique et aussi être soit même sa seule direction artistique et ce à 100%. C’est une grande qualité et un grand inconvénient en même temps. Je vais pas te mentir, l’indépendance c’est pas le st graal pour moi mais je tenais tout de même à faire un album en totale indé. Le premier en tout cas. Pour moi c’était une façon de mettre les deux pieds dans le plat, de savoir ce que c’est de créer un album avant de signer où que ce soit et ce avec mes propres moyens. Je voulais me donner le temps de le faire moi même, de voir ce que c’était réellement que de réaliser un tel projet.

Quel est ton regard sur une potentielle professionnalisation de ton rap, tu es toujours restée lucide sur le fait qu’il était difficile de gagner sa vie ainsi ? Que répondrais tu à un artiste comme Sentin’l qui se dit que « la passion meure quand naissent les calculs » ?

Ouais bien sûr c’est pas simple mais moi je veux en vivre de cette passion. Pour ce qui est de la phase de Sentin’l je trouve que c’est vrai sans l’être. Être indépendant ça veut aussi dire que tu dois remplir des montagnes de paperasses, faire du commerce parce que quand tu vends des cds ou des t-shirts en indé tu lâches ton statut de rappeur pour enfiler celui de commercial. Quand tu fais tout ça tu n’exerces plus ta passion non, tu négocies des tarifs, tu remplis papiers sur papiers. Moi j’ai parfois plus l’impression d’être rappeuse. Finalement quand t’es signé tu te délestes aussi de tout ça pour te contenter d’écrire des textes, être en studio, écouter de temps en temps ce que ton directeur artistique a à te conseiller, lui dire oui ou non. Après si t’es pas con t’en choisis un qui ne l’est pas non plus. Et là tu peux enfin te consacrer à ce que tu es censé faire c’est à dire de la musique. La paperasse etc c’est ton équipe qui gère ça à côté. Donc je suis plus ou moins d’accord avec sa phrase, l’indépendance c’est une médaille qui a son revers et réciproquement.

On ressent dans ton rap tout un héritage assez revendicateur et contestataire. Pour toi se doit-il d’être forcément porteur de message forts et dans une certaine mesure, engagés ?

Ouais quand même, pour ce qui me concerne moi en tout cas je ne me verrais pas défendre un morceau avec un texte qui est vide de sens. Pour autant j’écoute des trucs qui n’ont rien à voir, absolument pas revendicateurs genre des morceaux cainri qui rappent n’importe quoi mais qui pour la musicalité me font kiffer. Mais pour ma part j’aurais du mal à sortir un album de morceaux « j’fais la fête avec mes copines, c’est trop génial »…

Et donc, la désormais classique maxime d’Arsenik, « Qui prétend faire du rap sans prendre position » ?

Ah bah je valide, je valide carrément même. Pour moi, faire de la musique qui est distrayante et faire de la musique qui a du sens c’est loin d’être incompatible. Pour le moment on est encore trop dans le clivage du : le rap indépendant va délivrer un message, le rap de maison de disque ne va pas en véhiculer et va faire du rap de distraction. A mon sens on a tout à gagner à essayer de faire comprendre aux maisons de disque qu’on peut faire les deux à la fois et que ça marche.

La collaboration sur Mafalda avec Rebecca Lane apparaît comme le morceau le plus atypique de ton album, à on l’a découvert sur la mix tape du bon son. On imagine qu’il doit revêtir une certaine valeur à tes yeux puisque tu as fait le choix de l’intégrer aussi à ton premier album. Comment s’est fait ce morceau où le contraste aussi bien textuelle que vocale entre le refrain et les couplets est fort ?

En fait j’avais envie de mettre une chanteuse sur un des refrains de l’album mais je ne savais pas du tout qui choisir. J’en ai parlé à Juliano qui avait lui, maquetté les deux couplets sur la prod de Mafalda et il y avait un trou pour le refrain sur le morceau. J’hésitais, je ne savais pas trop quoi faire et lui il m’avait alors proposé de capter Rebecca avec qui il avait fait un projet et qui connaissait ma musique. J’ai regardé ce qu’elle faisait, j’ai bien kiffé du coup on a lancé le truc. Elle elle était au Guatemala donc on lui a balancé les pistes et elle a tout fait là-bas.

Le contraste linguistique m’a bien plus aussi, d’autant plus que j’ai des origines espagnoles donc ça sonnait comme un joli clin d’œil. Je sais qu’il y a beaucoup de membres de ma famille qui ont apprécié le morceau de par cette collaboration. Mais aussi parce que Rebecca c’est une artiste qui si elle n’est pas très connu en France l’est en Espagne et au Guatemela. Notamment pour ses prises de positions féministes où elle intervient musicalement par rapport à l’image et à l’histoire de la femme. Le personnage au final me plaisait. Ca me paraissait important de mettre quelqu’un comme elle sur un refrain plutôt que n’importe quelle autre chanteuse qui aurait eu une jolie voix mais rien d’autre derrière. C’est aussi une forme de satisfaction personnelle, elle apporte un certain cachet, c’est pas n’importe qui, y en a pas deux comme elle. Je m’en fous qu’elle soit connu ou pas en fait, c’est le fait qu’il soit atypique ce morceau qui me plaît d’autant plus.

Sur Mafalda justement, tu dis, « Pour toucher mes rêves, ben je me suis dis que j’en avais peut être pas ». Aujourd’hui ton rap a atteint un autre niveau tout de même, tu as une plus grande exposition, tu es passée au stade de l’album c’est quelque part l’aboutissement d’un rêve non ou bien tu n’y as jamais cru, jamais voulu y croire ?

C’est certes un peu pessimiste mais je suis comme ça, c’est comme mon humour, toujours très noir, très sombre. « Pour toucher mes rêves, j’me suis dit que j’en avais peut être pas » ça reflète l’idée qu’il faut rester terre à terre et garder en tête que rien n’est jamais acquis et surtout que rien n’est simple à réaliser.Faut pas se lever le matin en disant « j’ai fait 100 000 vues sur une poignée de punchline ça y est c’est la teuf, demain je fais un feat avec AKH ». Non au final je suis ce que je suis et pour moi des rêves y en a pas. Y a que des choses qu’on fait ou qu’on fait pas.

Tu évoquais avec ironie et auto dérision la poignée de punchline justement. Mais tu en retires quoi de ce morceau qui est un petit succès mine de rien ?

C’était avant tout un bon exercice de style. C’est un style de morceau que je ne fais pas d’habitude, de la punchline drôles ou des phases qui taclent un peu c’est vrai que c’est pas forcément ma marque de fabrique. C’est pas mon style mais l’exercice porte son nom, on m’a proposé le truc j’ai rempli ma mission et ça m’a fait kiffer. Ca prouve aussi des choses, de l’égotrip je sais en faire aussi quoi (rire). Mais ça m’a apporté aussi un peu plus de visibilité, ça a permis à l’album de s’étendre un peu plus par la suite donc je suis contente.

Demi Portion cartonne aujourd’hui et l’avoir sur son album n’est pas un feat négligeable, pour autant on le sait toujours aussi simple et humain. Comment c’est passé cette collaboration qui apparaît comme une véritable fusion tant le son est harmonieux au point qu’on en arrive au constat suivant,« Eli MC, Dragon Rash, la frappe d’une super guerrière ».

Bon ça c’est l’idée de Demi P, il m’a envoyé sa piste j’ai fait « Ah l’enfoiré » (rires). Moi je viens de Montpel’ et on a un pote en commun, Jean Baptiste Durand avec qui j’ai fait le tournage de mes premiers freestyles et qui a réalisé deux clips pour Rachid. Donc on avait ce mec en commun et puis on avait été amené plusieurs fois à se croiser sans pour autant prendre le temps de se parler. Ca faisait un moment qu’on se suivait mutuellement et à la base je n’avais pas prévu de l’inviter sur l’album. Il était en train de faire Dragon Rash et je me suis dit que c’était peine perdue, que j’allais lui courir après et que ça servirait à rien.

Mais il m’a envoyé un message un jour parce qu’il avait kiffé la poignée de punchline sur la prod de Juliano. Il m’a proposé qu’on fasse un son ensemble mais à une seule condition, que ce soit sur une prod de Juliano et de personne d’autre. Il avait jamais eu l’occasion de taffer avec lui et en avait vraiment envie. Du coup on en a choisi une ensemble et ça c’est fait en mode freestyle, sans thème imposée mais je suis super contente que ça se soit fait de cette manière : vraie et spontanée. Surtout qu’il s’est rendu super disponible alors qu’il était lui même dans la finalisation de son album. Donc big up à lui, un mec motivé comme il y en a peu !

Tu évoquais les prods et sur l’album tu as fait le choix d’en faire certaines toi même, une volonté de plus vers l’indépendance ou bien un choix de s’ouvrir encore davantage au monde du hip hop et de tenter toi, de nouvelles choses ?

J’ai fait « l’interlude 1″ et « l’interlude 2″ c’est moi aussi qui l’ai fait mais c’est juste une nappe musicale habillant le propos de Deleuze. Si j’ai passé le pas et réalisé ces instrumentales c’est parce que je suis touche à tout et musicienne de base. Je fais du piano, de la guitare, du saxophone… Faire de la musique c’est mon dada quoi (rires). Donc forcément en faisant du rap, en côtoyant des beatmaker ben ça m’a donné l’envie de mettre la main à la patte. Ca doit faire 3 ans que je fais des prods. Enfin 3 ans que je fais des prods que j’estime pas dégueulasse. Je comptais pas faire d’instrus pour l’album mais finalement y en a une que j’aimais vraiment et Mellow trouvait que la mettre sur l’album était un clin d’oeil sympathique. Du coup je l’ai mise en interlude, c’était un compromis. Je ne rappe pas sur mes prods mais il y a quand même quelque chose venant de moi, dirons nous.

Tu ne serais donc pas prête à t’auto-produire sur un projet avec des beats que tu aurais exclusivement composés ?

Clairement non, une fois que t’as passé des heures et des heures à faire une prod, tu ne la vois plus de la même façon. C’est différent que quand tu reçois une prod déjà toute faite et qu’elle te saute aux yeux, t’inspire des trucs dans l’immédiat. C’est une question de ressenti. Mais par contre j’ai fait des prods pour le projet de Mez qui est sur Goloka en plus d’être mon backeur. Donc y a un truc qui va sortir mais là il traîne il traîne… !

Alors bien que les centres névralgiques du hip hop commencent à se faire de plus en plus nombreux et à voir le jour un peu partout en France et ailleurs, tu es toi à mi chemin entre Nantes et Montpellier. Ca fait quoi de ne pas être dans « l’émulsion » parisienne ?

Ah ben déjà ça fait du bien ! Montpellier j’y vais souvent, je vois les gars de LaClassic, d’ailleurs Big Up à eux ils ont contribué à la fabrication du CD ainsi qu’au mastering. Paris j’y vais et je vais y aller de plus souvent puisque je prépare le prochain projet avec Lionel des SoulChildren donc on va se coltiner Paris !

Et du coup on peut s’attendre à quoi pour ce prochain projet ?

Rien à voir avec Trace d’Opium. Déjà y aura la patte des SoulChildren, on les connait. Fidèles à eux mêmes, ils n’ont plus rien à prouver. Je vais bosser entièrement avec Lionel. Ce sera pas de la prod super classique comme on a l’habitude d’entendre de leur part. On va plutôt vraiment essayer d’élaborer autre chose. Ca va aussi être une manière différente de travailler pour moi, je sors de mon environnement pour aller dans un studio à Paris et on bosse autrement. Niveau textuel je vais essayer d’être plus dans les thèmes, moins dans les premiers jets, je vais retravailler le tout. Mais au niveau de l’écriture c’est et ça reste moi tout en essayent de faire un truc plus ouvert musicalement.

R c’est R comme résistance. Pourquoi le choix de cet extrait de l’abécédaire de Deleuze comme interlude de ton album ? Le propos philosophique est fort, quel est toi ce que tu retiens de ce discours, ce qui t’a poussé à l’intégrer dans ton album et peut être en perdre certains ?

Parce que comme je l’avais dit j’adore la philo et Deleuze tout particulièrement. J’aurais pu le citer tout à l’heure d’ailleurs parce que j’ai regardé en boucle les 8h que forment son abécédaire. A la base l’interlude 2 on avait idée de laisser le micro branché à la maison dans le salon et enregistrer les gens sans rien dire, avoir des discussions un peu inédites le tout sur un fond sonore. Mais c’est tombé à l’eau, on arrivait pas à avoir des prises qui nous convenait… mis à part des conneries ! On aurait eu des soucis ! (rires). Du coup j’avais envie de placer un extrait de quelque chose, un discours un peu fort. Et ça c’est décidé sur Gilles Deleuze parce qu’il mêle art, résistance et Hommes et que j’avais adoré le passage.

C’est également un clin d’oeil pour ma passion pour la lecture et la philo et puis aussi parce que dans le rap on a pas forcément l’habitude d’entendre ce genre de personnages ou de discours. Je ne suis pas la prof du rap français hein, loin de là, mais si les plus curieux vont voir qui c’est, ce qu’il a écrit, j’en serais ravie. C’est une référence un peu plus inédite et qui invite à la réflexion et c’est également quelque peu ma démarche. Au final je trouvais que le discours rejoignait ce que je faisais moi, à mon échelle, et avait donc tout son sens sur l’album. Qui plus est, il a une manière de dire les choses et de s’exprimer qui est extraordinaire, j’allais pas mieux faire que lui, il le faisait très bien alors je l’ai laissé faire. Suffisait de mettre sa voix sur de la musique et laisser la magie opérée.

Pour finir on va se la jouer Gilles Deleuze alors, si on te dit R pour Rap tu réponds quoi ?

Alors R pour Rap… Beaucoup de temps dépenser à se fatiguer, de l’argent aussi parce qu’on prend des risques à lâcher des billes dans un truc qui peut ne pas marcher… Mais surtout beaucoup de satisfaction et d’aboutissement personnel. Ca donne un skeud dont je suis plutôt fière. Alors R pour Rap je dirais R pour réussite espérons en tout cas !

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Théo

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Juré, le jour où il y aura un partiel de Hip Hop à Sciences Po j’serai major de promo en attendant j’pointe aux RAPtrapages option francophonie punchlinée.
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