Le Téléphone Arabe – Sand Nigga

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Le Téléphone Arabe a débuté le rap il y a une quinzaine d’années. La première trace qu’il aura laissé sur skeud ? C’était en 2002 sur le classique L’Ombre sur la Mesure, de La Rumeur, et le morceau « A les écouter tous ».  En 2004, il revient avec L’EP Mélodie criminelle, distribué sur le stand commercial de La Rumeur durant la tournée du groupe. Dans un soucis d’urgence, LTA avait alors enregistré son projet en home studio.

S’en suit une période de silence, même si on le retrouve sur quelques projets, notamment au côté de La Rumeur, sur le deuxième opus de la mixtape Nord Sud Est Ouest, paru en 2009.

C’est à peu près à cette période que le MC va commencer à devenir plus prolifique. Il sort son seul et unique album en 2010 : Renégat. Considérant que le format album est un pur produit de label, le rappeur ne souhaitera par réitérer l’expérience.

Par la suite, on le retrouvera donc uniquement sur MP3, dans des projets aux formats divers. Il sort notamment The Project en janvier 2012, avant de récidiver, un an plus tard, avec Fesses B.
Le Téléphone Arabe nous revient finalement en septembre 2013 avec un nouvel EP intitulé Sand Nigga. Cinq titres, et seize minutes de violence lyricale, dans la droite lignée de ses projets précédents.

Ces cinq morceaux forment un bloc compact, qui peut sembler difficile à approcher pour ceux qui découvriront LTA à cette occasion. Les lyrics sont précis, incisifs, et le flow toujours aussi chirurgical. La manière dont le rappeur pose peut sembler banale, mais elle est bien plus technique qu’elle n’y paraît. En effet, le MC y soigne chacune de ses intonations, et ses textes s’ancrent parfaitement dans le carcan offert par l’un de ses producteurs attitrés, M.U.S.

Le beatmaker nous offre une production assez dépouillée, les samples sont recherchés mais relativement discrets, tandis que les drums tapent très fort. M.U.S balance des programmations de batterie originales, et assez casse-gueule pour son compère, qui s’en sort pourtant avec une aisance impressionnante.

C’est bien là où le rap présenté par Le Téléphone Arabe et son producteur surprend. Sous des apparences minimalistes, ils offrent un son très travaillé, et bourré de références, qu’elles soient françaises ou new-yorkaises.

« Tu captes y’a pas grand chose qui m’excite,
à part ces rimes illicites que j’te récite … »

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Le rappeur possède aussi un excellent sens du refrain, typique des MC’s de la grosse pomme. Il parvient à faire mouche en quelques mots bien placés, comme en témoigne l’incantation que l’on retrouve sur le morceau « Trop haut ».

« Mec j’suis monté trop haut,
J’sais plus comment atterrir … »

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Revenons aux lyrics. Le Téléphone Arabe a un réel univers, que l’on pourrait rapprocher de celui de son pote Ekoué. Son rap pue la mauvaise humeur, et est alimenté de quelques images fortes. Et contrairement à certains, LTA ne fait pas que tirer sur des ambulances …

« Si un flic me gifle,  je le droite,
Lui enfonce mon doigt dans œil et le fond de son cerveau,  je gratte. »

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« Écoutez bien bande de dépravés, voilà l’homme pour qui la coupe est pleine. L’homme qui s’est dressé contre la racaille, le cul, les cons, la crasse, la merde. Voilà quelqu’un qui a refusé »
C’est par ce sample du film Taxi Driver que démarre le morceau éponyme de cet EP, « Sand Nigga ».
Dans ce film, le personnage principal, Travis Bickle, cherche à perdre toute sa graisse, et à fortifier chacun de ses muscles afin d’obtenir un corps parfait, forgé dans de l’acier. Il a pour but de se dresser seul face au monde, et de l’affronter à mains nues.

Le Téléphone Arabe nous livre lui une musique froide et minimaliste, dans laquelle rien ne dépasse. Seul sur son trône, confortablement installé dans les catacombes parisiennes, il s’oppose au monde entier. Une main pour se gratter les couilles, l’autre pour tenir son fusil …

 En écoute et en téléchargement légal ci-dessous.

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Nadsat

Nadsat

Rédacteur chez ReapHit
J'aime les commentaires indignés d'auditeurs de rap, et quand les filles mettent des petits cœurs sous mes articles. Et la musique aussi.
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