Ksir Makoza, blackout à Massilia

In Chroniques by Mylène Comments

Ksir Makoza Blackout

Avisé dans l’univers rap, Ksir Makoza vient tout droit de la cité phocéenne, et il en impose tant par son flow et sa technique que par sa prestance sur scène. Récente première partie de La Cliqua au Trabendo à Paris, gagnant du Buzz Booster 2014 et démonstration de force dans Talent Street, Ksir Makoza écume les récompenses au mérite de ses prestations scéniques qui en disent long sur le personnage.

Ksir Makoza, c’est 20 ans d’exercice dans le hip-hop français, et un dernier album solo Blackout sorti en mai qui confirme les influences du rappeur marseillais. En commençant par le featuring avec Specta, « Come On »,  qui reprend tout simplement le gimmick de Method Man et Busta Rhymes sur le titre « What’s happenin » sorti en 2004 (Tical Ø The Prequel).
Avec des prods taillées sur mesure et réalisées par Fuegostarr, et aux samples particulièrement évocateurs, Ksir Makoza s’inspire des rappeurs east et west coast sans pour autant les copier. Mais si dans son dernier album Blackout on sent le délire à la Busta et à la Xzibit, dans ses précédents opus, Dans la Matrice sorti en 2008 et Cause Effet, sorti en 2012, Ksir trempe d’avantage dans la sauce « rap français ». Il ne faut pas y voir un virage musical, mais plutôt un parcours linéaire qui dessine les contours de la culture hip-hop dans laquelle baigne Ksir.

Pour comprendre cela, on pourrait d’abord commencer par un rapide flashback dans les années 90. A l’époque, Marseille est en pleine effervescence des prémices de la culture hip-hop, d’abord côté funk, pour glisser ensuite côté rap. A cette période, on ne parle pas encore d’IAM mais de Lively Crew, et de fil en aiguille, la scène hip-hop marseillaise émerge, pour ne pas dire explose. Dans ce contexte, Ksir Makoza commence, lui, en 1992 avec Maîtres Kub, puis enchaîne avec son groupe 1K2Plus et l’album Investis les lieux, sorti en 2002. Un album qui reprend volontiers quelques scènes fétiches du Septième Art, une des marques de fabrique de Fuegostarr qui joue aussi avec les références cinématographiques dans les précédents albums. C’est ensuite au sein du crew Soul Classik que le rappeur continue (avec Klaustrophonik sorti en 2005), avant finalement d’avancer en solo, sans pour autant changer totalement d’équipe puisque Fuego Starr continue d’assurer les prods … Une vraie histoire de famille.

Pour ce qui est de la famille, Ksir Makoza collabore régulièrement avec les rappeurs Kalash L’Afro, Alkpote, Néoklash et La Méthode (pour ne citer qu’eux) qui lui donnent déjà la réplique dans l’album Cause Effet. Les connexions interatlantiques se font, elles, tout au long de sa carrière, exemple notable avec Sick Jacken des Psycho Realm, sur le remix « Stairs to the beast ».

A tout cela s’ajoute une vraie capacité à toucher plusieurs styles musicaux, capacité qui se ressent dans son dernier opus. Avec un côté rock dans « Stock de rimes », et un côté dubstep sur « Blackout », ce sont autant de cordes à son arc qui lui font dire qu’il « pratique le haut niveau ». Quant aux textes, ils rappellent le lien étroit entre engagement («J’extériorise ma haine au micro ») et pratique musicale. Ksir Makoza dit ce qu’il pense de l’industrie musicale mainstream : « au passage fuck les majors, Rihanna, Britney Spears ». Engagé, c’est le « Fuck you ! Fuck the judge ! Fuck Trial ! » d’Onyx (Face down) qui lui fait écho dans le morceau « Lethal Injection ». Mais si sa « façon de penser [vous] déplaît », il faudra faire avec, le rappeur underground tient à rester  « authentique, je suis un partisan de la rue » et il ne manque pas une occasion de saluer les rappeurs de « son espèce ». (Chope ça). Une libre expression qui se traduit avec autant de force sur scène. Et c’est d’ailleurs ce qui fait de Ksir Makoza un artiste complet.

Il n’est pas pour autant novice dans l’exercice scénique. Accompagné de son acolyte Le Fatt, il a partagé l’affiche avec Médine en 2013 pour le pré tour de Protest Song. Après sa victoire au concours Buzz Booster en 2014, il a fait les premières parties de Rocca, Onyx et KRS-One (festival L’Original de Lyon), et plus récemment La Cliqua à Paris.

Pour avoir un aperçu des capacités techniques du flow de Ksir dans Blackout, il faut s’arrêter un temps sur « Volt Flow » et « Enfile ton pare-balle ». « La folie des grandeurs » reste plus surprenant, et fera peut être rougir de colère quelques féministes. A prendre au second degré mesdames. Et sans que cet aspect prenne une part importante dans l’album, Blackout n’affiche pas de featurings à tout va mais plutôt des collaborations bien choisies. D’abord Specta du Saïan Supa Crew, et surtout le rappeur de Détroit, Guilty Simpson. DJ Djel de la Fonky Family et DJ Venum sont côté scratches et platines.

La scène marseillaise recommencerait-elle à pousser les murs du rap français ? Ksir l’ancien a révélé à toute la France un potentiel indéniable qui a tardé à exploser. Le dernier album est à l’écoute ci-dessous.

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Mylène

Mylène

Adepte de bons crus sonores, chercheuse en sons hip hop et histoire des caraïbes. Persuadée de cet adage : « il n’existe que deux sortes de musique : la bonne et la mauvaise. » (Le Duke)
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