Jedi Mind Tricks : Amour, Gloire & Résurrection

In Chroniques by Thadrill Comments

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Pour beaucoup, Jedi Mind Tricks est à l’origine du renouveau de la scène rap de Philadelphie, symbiose entre des lyrics violents et portant à réflexion (corruption, religion, et on en passe) et les envolées guerrières des productions. Tout un programme qui a permis à JMT d’exister depuis 1996, mais aussi à faire exister toute une scène via le supergroup AOTP où l’on retrouve des MC’s à forte valeur ajoutée comme ApathyCelph TitledEsotericReef The Lost Cauze et toute une génération de beatmakers que Stoupe The Enemy Of Mankind a su influencer : DC the MIDI AlienThe White ShadowVandersliceC-LanceCrown, etc. Mais derrière ce côté underground à base d’armée de gorilles sanguinaires se cache au cœur de Jedi Mind Tricks ce côté jeune fleur fragile qui rend leur histoire aussi romantico-comique que Santa Barbara.

1996, Stephen Paz et Stephen Stoupe sont « bros for life » et histoire de rendre ça un peu moins gay friendly, ils décident de se lancer dans la musique quand ils s’enferment toute la journée dans la chambre de Stephen. Stephen et Stephen découvrent alors qu’ils peuvent aussi être fusionnels dans la musique, et même si Amber Probe, leur premier EP, relève d’un succès plus qu’anonyme, leur amour (pour la musique) les poussent à pénétrer plus fort ce monde via leur premier opus, au nom digne d’un SDF sous crack : The Psycho-Social, Chemical, Biological & Electro-Magnetic Manipulation of Human Consciousness. Suite aux bons retours, les amis semblent avoir fait leur trou, mais Stephen a besoin d’exotisme, d’essayer de nouvelles choses… Stephen, ne voulant pas le perdre, lui propose d’intégrer Stephen Allah dans leur groupe.

En formation threesome, le groupe va trouver sa cadence, mais la jalousie de Stephen envers Stephen pousse Stephen à quitter le groupe… Le duo reconstruit son intimité sur Violent By DesignVisions Of GandhiLegacy Of BloodServants In Heaven, Kings In Hell et A History Of Violence. 8 ans de bonheur en apparence, mais quand Stephen apprend que Stephen communique par texto avec Stephen, il décide de quitter le groupe « n’ayant plus le cœur à produire pour » Stephen, et réemménage chez sa mère où il revient à des pratiques moins toniques (flamenco électrowave et autres conneries). Stephen voulait juste rendre jaloux Stephen qui s’était permis un écart en allant se taper Stephen Canibus sur Rip The Jacker. Abattu et seul, Stephen, fou de rage devant la réaction de Stephen, décide de faire un album sans Stephen mais avec Stephen : Violence Begets Violence. Mais Stephen se rend vite compte qu’avec ce Stephen, c’est clairement moins fun et plus gueulard, tout dans le contact et rien dans la finesse, ce dernier le ressent et quitte une nouvelle fois le groupe (enfin Stephen, puisqu’il n’y a plus que lui) le cœur brisé pour se plonger dans toutes sortes de trips psychotropes. Stephen reste alors quatre ans célibataire, se projetant dans des expériences de groupe avec ses potes d’AOTP ou en solo, mais Stephen lui manque, ce qui est réciproque. Face à ces années de frustration, Stephen donne une seconde chance à Stephen en réaménageant avec lui, afin de donner vie au petit The Thief and The Fallen, le dernier né de leur union.

On retrouve donc notre adorable duo, et derrière eux une foule de fans remontée à bloc, espérant en prendre plein la gueule. On veut du violent, du brutal, des reefs de guitares de bourrin, des envolées militaires digne d’un bataillon en mode survie, bref rendre ses lettres de noblesses dans le sang à une musique qui vire petit à petit sa cuti. Que les fans se rassurent, ils en auront pour leur argent, et si leur rupture a été un coup dur pour les aficionados du groupe, on peut dire que cette prise de distance leur a fait un grand bien après le très insipide A History Of ViolenceThe Thief and The Fallen ne révolutionne rien, pire, il n’apporte pas grand-chose de plus à la discographie du groupe, mais permet quelque part de combler le trou de la séparation.

The Thief and The Fallen est donc un album 100% Jedi Mind Tricks formation originelle depuis 2008 et, excepté quelques courbettes de Stoupe avec C-Lance, le patron reprend place aux manettes afin de nous faire oublier la ligne musicale sans queue ni tête de Violence Begets Violence. De son côté, Vinnie Paz est le seul maître de cérémonie, ce qui nous évite de le voir se partager le manche avec ce qui ressemblait soit à un animal en rut, soit à un système de chasse d’eau révolutionnaire, vulgairement appelé Jus Allah. Tout est donc en ordre, voire mieux, puisque les escapades solos de Vinnie lui ayant ouvert les yeux sur la multitude de partenaires existant dans le rap game, on ne se retrouve pas avec des feat. exclusivement piochés dans AOTP ou avec Block McCloud au refrain. Excepté l’ami de longue date R.A. The Rugged Manet le MC Lawrence Arnell, on a le droit à du neuf : Dilated PeoplesAFRO le protégé du Rugged Man et les chanteurs Yes Alexander et Eamon, un casting relativement réduit.

Comme évoqué plus haut, The Thief and The Fallen ne se positionne pas comme un renouveau de la recette JMT mais bien comme une résurrection sous forme de compilation du bon et du moins bon du duo. Excepté l’epic fail qu’est And God Said To Cain, on navigue sereinement en connaissance de cause sur cet album. Pour revenir à ce track, And God Said To Cain était un titre plutôt attendu, puisqu’il réunissait A-F-R-OR.A. the Rugged Man et Eamon, l’idée d’un titre un peu disjoncté façon can’t fuck with us n’est pas mal, le Rugged Man aidant : « Yo, to the piano blue diablo, do an Amadou Diallo / Out the Kilimanjaro, animal, Italiano / Mario Bava giallo, I beat apollo, you eat a hollow / Hole in your middle, look like a seed of avocado” mais la production de Stoupe est imbitable. Le reste est égal à un rayon de supermarché, on passe très facilement de la marque haut de gamme à la marque premier prix, mais toujours avec cette subtilité qui identifie le travail de Stoupe. Certains s’arracheront sûrement les cheveux sur Rival The Eminent et son sample ultra cramé de Porque Te Vas de Jeanette, le genre de WTF qui rappelle que même cramée, au fond c’est l’exploitation de la boucle qui fait la différence, et sur ce point le Stoupe sait faire, « And you don’t want an issue with the Kings / Cause muhfuckas walk around with pistols in they jeans ».

Derrière ces grosses boucles que livrent dans l’ensemble Stoupe, il y a aussi le retour en graisse de Vinnie Paz, plus fluide, moins dans l’agressivité, son flow reprend toute sa dimension même si l’homme est capable de lignes inimaginables à la Big L «Your guns go boom-boom, mines go BAOW BAOW ». Le featuring avec Dilated Peoples sur The Kingdom That Worshipped the Dead est la vraie bonne surprise de l’album, avec une adaptation des deux mondes pourtant pas si proches par Stoupe.

8 ans d’attente pour revoir l’un des duos les plus marquants de la première décennie du 21èmesiècle, et à l’arrivée, The Thief and The Fallen, un album qui reprend les positions habituelles du duo, sans chercher à faire évoluer leur style. On dénotera un adoucissement dans la construction des samples de Stoupe, surement moins incisif qu’à son habitude, mais le résultat reste solide. Vinnie retrouve au final le seul partenaire capable de comprendre son univers et de le faire exceller. Il reste tout de même un goût de frustration, parce qu’à l’écoute de cet album, on a l’impression d’avoir déjà entendu tout ça sur les sept albums précédents. Va donc falloir se poser la question : après The Thief and The Fallen de savoir s’il faut évoluer pour survivre ou se figer pour mieux mourir une seconde fois.

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Rédacteur chez ReapHit
Etablis depuis 2009, les abattoirs Thadrill vous proposent une large gamme de découpe rapplogique.De l’accrochage à la levée de mc en passant par la saignée des beatmakers mais aussi la ligature du turnatblism, cet établissement se veut dans la longue tradition de l’abattage traditionnel avec sa fameuse technique de la chronique sans concession.
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