INTERVIEW EXCLUSIVE | ATCQ : We Got It !

In Interviews by Thadrill Comments

©Chad Batka – New York Times

EXCLUSIF – Alors que le projet d’un nouvel album de A Tribe Called Quest est resté secret jusqu’à un mois avant la sortie, ReapHit est le seul magazine d’influence internationale à avoir été contacté par le manager du groupe pour se rendre à NYC afin d’y rencontrer les membres, et d’y écouter l’album en première mondiale. Dans un souci de partage mais surtout de monétarisation sur vos clics, nous avons décidé de vous conter cette exceptionnelle et exclusive rencontre. Ce morceau d’histoire.

PREAMBULE
Septembre 2016, une journée ensoleillée (ou pas) d’une fin d’été en villégiature, le rédacteur en chef de ReapHit envoie un message au staff et aux 90 mineurs chinois en charge des news et clips du jour pour le site (rationalisation des coûts et augmentation des dividendes oblige) : « Salut, j’ai été contacté par le manager d’ATCQ pour que l’on couvre en exclusivité mondiale la sortie de leur dernier album surprise. Merci de garder cette information confidentielle afin de ne pas entraver les bénéfices de ce type de scoop ».

C’est l’effervescence dans le staff, une euphorie malsaine se forme, créant une attraction physique digne des plus grandes orgies d’agence de publicité ou d’une soirée DSK. En grands connaisseurs ou spécialistes labellisés BFM, les théories fusent sur cet album « ATCQ c’est le titre du nouvel album de SCH ou de PNL ? », « C’est le successeur de la trap à Orlando ? », « OKLM, c’est NDA, QLF igo »… En spécialiste reconnu du rap US, je coupe court à ces théories farfelues en expliquant qu’il y a de grandes chances que ce soit le nom d’un super groupe réunissant NWA et EPMD, que l’acronyme NWAEPMD étant imprononçable, ils en ont changés. CQFD… enfin non, ATCQ. Habituellement, je vais toujours sur Wikipedia avant de dire une connerie, si bien que celle-ci fut perçue pour un trait d’humour par le rédac chef et me valut un aller-retour OKLM en class business CDG-JFK pour NYC au frais de la princesse.


NEW YORK STATE OF MIND
Ma phobie de l’avion me permit d’expérimenter un nouveau trip à base de mini flasques de cognac et de Prozac m’amenant à faire des avances assez crues à l’hôtesse de l’air, qui s’avérait en fait être un steward. Après avoir passé plus de 30 minutes dans un état pitoyable à tenter de me faire scanner la rétine droite à la douane, je foulais, ou plutôt souillais l’asphalte new-yorkaise. En vrai hip-hop head, profitant de ma virée en taxi censée m’amener directement de l’aéroport sur midtown Manhattan dans ma chambre de l’hôtel Marriott surplombant Time Square, je fomentais tout un programme d’escapades underground à expérimenter dès le lendemain.

Après avoir profité des particularités culinaires de la grande ville au restaurant lounge panoramique et rotatif du dernier étage du Marriott et d’une bonne nuit de sommeil, je m’imprégnai de la faune urbaine de cette ville mythique en allant m’acheter quelques polos Abercrombie & Fitch, tout en matant de jeunes torses musclés et imberbes qui me rappelaient avec nostalgie mes voyages en Thaïlande. Dans un élan de folie, je montai dans un taxi et lui ordonna de me déposer devant l’Apollo à Harlem afin de prendre une photo, puis de vite me ramener sur la 5ème avenue, histoire de finir de compléter ma collection streetwear chez Banana Republic. Après m’être perdu dans Manhattan à la recherche vaine des Twin Towers, pourtant vivement conseillées par mon guide du Routard édition 1996, je décidai de rentrer dans ma suite et de tester mon nouveau gel douche cerise-cassis acheté chez Victoria’s Secret.

C’est après une dernière escapade sur le trottoir new-yorkais, qui me permis de tester le meilleur restaurant vegan de la ville à base de quinoa bio et de tofu au paprika, que je décidai de me consacrer enfin à cet obscur groupe au nom imprononçable. Mais comme l’ensemble des informations contenues dans le dossier de presse s’avéraient être en anglais – et je suis français ! Quelle faute professionnelle de mon rédacteur en chef ! – je me dis que lire demain la page Wikipedia en allant à mon rendez-vous avec le groupe serait amplement suffisant. En attendant, il me restait quelques heures pour profiter des bons de réduc au Hustler Club et faire péter la carte bleue. De quoi finir plus à découvert que la fille qui se frotterait sur moi…

©Chad Batka – New York Times

THE Q-TIP HOME STUDIO
Plutôt que de risquer ma vie dans un vol à l’arrachée dans les transports en commun, je pris le parti de cumuler des points Uber pour me rendre à l’endroit du rendez-vous. La conduite du chauffeur d’origine mexicaine me donnant la nausée, je lus en diagonale les informations sur le groupe, tout en me rappelant de le dénoncer dès que Trump serait élu. L’incompétent me déposa à Englewood Cliffs dans le New Jersey devant un petit immeuble en brique de style liverpoolois ou roubaisien, je ne pris pas le temps d’effriter la brique pour en avoir le cœur net. Je pris une grande respiration avant de monter les marches, et me remotivai en me rappelant que si j’étais capable d’écrire une chronique d’un album sans jamais l’avoir écouté, je pouvais simuler une rencontre avec un groupe de newbies inconnus de grands spécialistes travaillant pour notre webzine de réputation mondiale. Rassuré, je frappai à la porte du studio et accueillais mon hôte d’un « What’s up my man Phife Dawg ? What’s the deal yo ?». Je compris à mes dépends et par un ton froid, qu’en fait il voulait qu’on l’appelle Q-Tip, et me demanda de « put some respek on it » (je notai sur ma feuille d’alerter Wikipedia de changer le blase de Phife Dawg par Q Tip Respek). Le home studio ressemblait à un vrai studio avec des machines à boutons et des lumières, le tout entouré d’un bric à brac vieillot et inutile. Je lui fis remarquer qu’aujourd’hui pour 2 500€ il pouvait avoir la suite Pro Tools sur son ordinateur, et ainsi gagner de l’espace dans son studio. Ce type ne suivait visiblement pas les Keys to success de DJ Khaled. Sans doute n’avait-il même pas Snapchat.

Sur l’écran d’ordinateur, Skype fit apparaître un mec qui se présenta comme Ali Shaheed Muhammed, j’en déduisis donc que c’était l’imam du groupe et que je me retrouvais face à des five percenters, voire pire, des communistes. Super. Je pouvais toujours me toucher pour avoir des BBQ ribs… Dans un coin de la pièce, un autre homme vint se présenter avec un grand sourire « Hi man ! I’m Jarobi, the cooker ». Loin d’être né de la dernière pluie, et ayant regardé Breaking Bad en VOST, je compris que cet homme était donc le dealer du groupe. Spiritualité d’un côté et spiritueux de l’autre, voilà encore un groupe de rap qui n’avait pas peur de repousser les barrières du ridicule…

Après quelques échanges infructueux, je proposai que l’on communique chacun via Google Translate. Vu que leur argot anglais était incompréhensible et qu’ils ne voulaient visiblement pas faire l’effort de s’exprimer en français. Un comble pour un groupe ayant besoin de promo.

A cette idée, je sentis un certain froid s’installer. Surement dû à la timidité et à l’amateurisme de mon interlocuteur. Au même moment, le conseiller spirituel à distance sembla rire de la situation, et le dealer vint se poser autour de la table. Ne voulant pas être mêlé à une propagande djihadiste, ou au risque d’une condamnation pour recel de drogue, je décidai de me focaliser exclusivement sur Phife Dawg aka Q-Tip. Rien de mieux pour briser la glacer que de chercher à en savoir un peu plus sur le groupe (qui à ce que j’ai compris ne serait au final qu’un artiste solo, s’il n’était pas bipolaire), le tout au bluff : « Si votre réputation commence à dépasser les murs de briques d’Englewoods Cliffs, vous restez encore inconnus de nos lecteurs, parlez-nous de votre jeune parcours débutant à un âge plutôt avancé».

Après 40 longues secondes où le mec me regarde avec insistance sans cligner des yeux, la bouche bée démontrant que je n’avais pas à faire à une lumière, il m’étale son « street » pedigree, leur « succès » d’une époque passée et quand Internet n’existait pas, donc invérifiable, la fin du groupe avec les tensions dans les relations (en même temps avec un bipolaire…) et l’envie de revenir 18 ans après afin de rendre hommage à feu Phife Dawg (comprendre qu’il prend un traitement préventif pour réguler son problème) : « On était à la fin d’un cycle de 5 albums (ndlr : surement des mixtapes vendues au coin de la rue) qu’il fallait voir comme une épopée. Nos relations entre nous n’étaient pas au beau fixe, enfin surtout entre moi et Phife (comme par hasard). Le Contrat avec Jive (surement un dealer) étant arrivé à expiration, J Dilla repartant sur Detroit, nous n’avions plus l’envie de continuer ensemble et notre bilan était plus que positif. Bref, c’était le bon moment de partir chacun de notre côté et cet éloignement nous a permis de nous rapprocher humainement. Ces dernières années, le diabète dégénératif de Phife s’accentuait et n’annonçait rien de bon (effet du traitement préventif). On a commencé à réfléchir à ce sixième album il y a deux ans, mais musicalement, on avait perdu J Dilla quelques années auparavant ».

Je le remerciai de ces précisions et lui promettais de ne plus prononcer le blaze de Phife Dawg durant notre interview, par respect pour les progrès de son traitement. 40 secondes à nouveau de regard figé sur moi me fit comprendre que le traitement avait des incidences plutôt profondes sur son intellect.



THE DILLA’S LEGACY
Je décidai de rebondir sur le nom de J Dilla. Que faisait le Jésus Christ du rap dans cette histoire ? Comment un bipolaire du New-Jersey accompagné d’un imam radicalisé et d’un narcotrafiquant avaient pu croiser la route de J Dilla ?

Le barbu sans barbe m’explique : « Comme chacun le sait, James Dewitt Yancey est né le 7 février 1974 et… » « Amen ! » l’interrompis-je histoire d’appuyer la spiritualité judéo-chrétienne de cette date clef. 40 secondes supplémentaires de regard… « Bref, et tout le monde sait que cette date coïncide avec la naissance du hip-hop : une religion, un prophète. Nous, on est 4 potes d’enfance en quelque sorte, venant du même quartier du Queens (ndlr : où l’on apprend qu’il y a aussi un Queens dans le New-Jersey) et comme tous les jeunes, on est à fond dans le rap. Phife, Ja’ et Tip se débrouillaient pas mal au mic (ndlr : j’en conclus qu’il fut tripolaire dans sa jeunesse), moi je touchais un peu comme Tip niveau beats mais on n’avait pas le niveau. Un soir, en 1989, après une soirée bien arrosée de la Zulu Nation, Afrika Bambaataa nous a introduits ».

Silence, j’essaie alors de comprendre la logique des explications de Muhammad. Quel lien entre leur rencontre avec J Dilla et le fait qu’Afrika Bambaataa ait abusé d’eux ? Q Tip interromps le fil de mes pensées et m’avertit que la liaison Skype a gelé, et qu’il relance la session : « Ouais donc je disais que Bambaata nous avait introduits auprès de Dilla, le gosse avait 15 ans et dans le milieu tout le monde le voyait comme un prophète, et tout de suite le courant est passé, on a décidé de faire affaire. Une autre fois, on le rencontre avec sa mère qui nous explique le montage financier pour éviter des problèmes de droits à son fils alors mineur. On récupérait les crédits des productions contre versement sur un compte Suisse au nom de sa mère. Les mères dans le rap ont toujours été très protectrices, un peu comme la mère de 2pac, protégeant l’œuvre de leur progéniture de l’avidité. Nous en fait, on n’a jamais rien produit, ça a toujours été Dilla, ça explique pourquoi nos albums étaient des classiques. A la sortie de The Love Movement, Dilla a pris ses distances et on s’est retrouvé un peu comme Lauryn Hill à la sortie de The Miseducation Of Lauryn Hill, on était considérés comme des producteurs sans l’être, donc bon ATCQ était mort sans que les relations entre Phife et Tip aient réellement d’impact. Quand la glace a fondu entre Phife Dawg et Q Tip, l’idée d’un nouvel album avait donc germé, moi j’étais à L.A. où la mère de Dilla vivait, et je savais qu’elle retrouvait des beats dans la maison à chaque fois qu’elle faisait le ménage. » 

« Je l’ai contacté et je suis tombé au bon moment, elle s’apprêtait à faire un pot au feu quand elle a retrouvé 16 beats dans sa cocotte-minute. Elle nous a expliqué que pour éviter des problèmes de droits à son fils alors mort, on devait lui verser de l’argent sur un compte luxembourgeois à son nom. J’ai envoyé ensuite les beats à Q-Tip, il était ok, j’étais aussi ok et donc j’ai été crédité, ce fut ma seule contribution sur l’album ». Q-Tip prend le relais : « On ne voulait pas non plus que ça sonne trop Dilla, alors on a rajouté des éléments musicaux par-dessus avec la participation de Masaayuki Hirano, Casey Benjamin, Jack White des White Stripes, Mark Colenburg du groupe Robert Glasper Experiment, Louis Cato des Snarky Puppy, Chris Sholar qui avait déjà travaillé avec moi sur mon album The Renaissance et plein d’autres musicos vraiment incroyables… ». 

Je soutiens son regard en silence 40 secondes, histoire de lui faire comprendre que personne ne s’intéresse aux artistes crédités, et que c’était déjà bien sympa de citer les producteurs. « On est conscient que ce sera notre dernier album, c’est plus un hommage à nos fans, une espèce de version finale d’ATCQ, moderne et à la fois familière ». Encore un groupe qui se prend pour Jay-Z en sortant un Black Album pour mieux revenir nous la mettre avec des daubes du type Magna Carta Holy Grail…

©Chad Batka – New York Times

WE GOT IT FROM HERE…
Finalement je m’en étais bien sorti. Grâce à mes qualités et mon professionnalisme, j’avais réussi à établir une relation de confiance sans verser dans le copinage, malgré la situation dangereuse dans laquelle je me trouvais : non je ne me convertirai pas à l’islam radical sur Skype, et non je ne m’injecterai pas la cuisine chimique de l’autre drogué. Face à ma démarche stricte et sans concession, Q Tip décida de me faire écouter leur maquette, ce qui voulait dire une heure à passer à m’emmerder tout en bougeant la tête et en lançant hypocritement toutes les 2 minutes des « That’s dope my Gs » et autres « Damn, shit is good my nigga » (ce qui me valut, par le passé, quelques réprimandes physiques et viriles, et pas mal de procès pour propos haineux).

Je tentais donc un autre axe à mon interlocuteur : « tant qu’à faire, passez-moi directement le résumé de votre album que j’intégrerai dans mon papier ». Les 40 secondes de silence supplémentaires me firent comprendre que le groupe n’avait pas les moyens de se payer un manager pour leur pondre une chronique-type avec références qualitatives bidons, et que j’allais devoir compter sur mon imagination, ou plutôt sur la fonction synonymes de Word. Je mettais donc une croix définitive à ma manucure de l’après-midi.

L’écoute se passa relativement tranquillement, et j’avoue même y prendre du plaisir. Alors que mon cerveau ReapHitilien était formaté au cloud rap et aux onomatopées niveau moyenne section de maternelle, je réapprenai à apprécier les instrumentaux pour leur musicalité et leur groove, que l’abréviation de MC n’était pas master of clown, que l’engagement et le parti pris n’était pas un simple pet de fouffe baptisé Kendrick Lamar. Hormis la drogue gratuite, les filles faciles, les cds en avant-première offerts, les backstages en blackout et les sous de table des maisons de disques, je me rendais compte que ma sixième motivation à écrire sur le rap venait de ce type d’album, ma démarche n’était donc pas entièrement vénale. Dommage que cet opus était déjà voué à ne pas dépasser la sphère de grands spécialistes de l’underground comme moi, et un public raffiné et connaisseur comme celui des fameuses soirées parisiennes Thank You Jay Dee

L’ambiance était bon enfant durant l’écoute : Q-tip et son dealer essayant de prouver leur niveau en finissant les rimes genre concert privé, et l’ayatollah tapant la rythmique derrière son écran. De mon côté, je me joignais à cette jam session en lâchant des bruits de sirène en tous genres toutes les dix secondes grâce à une appli dédiée sur mon téléphone, ce qui me confirma un certain manque de swag de mes hôtes.

Q-Tip décida de me résumer l’album ce qui pour le coup me permettra de ne pas taper une synthèse du disque : « comme tu peux le ressentir, dès le début on a voulu donné une énergie colorée à l’album sur The Space Program . On reste jazzy mais pas que, tu trouveras du Black Sabbath dans notre échantillonnage. On a su aussi être moderne sans renier notre identité musicale comme les clins d’œil à nos anciens albums : « Black Spasmodic », « Ego » et « Dis Generation » sonnent très Midnight Marauders. Dans la conception musicale, on y est allé sans filet de sécurité et en plus des invités comme Jack White ou Elton John, on a poussé la réalisation musicale dans un énorme bordel sonore, ça semble fouillis au départ, et à chaque nouvelle écoute t’as un nouvel élément qui t’accroche ».

J’interromps mon interlocuteur et décide de montrer mon professionnalisme : « ce que tu viens de dire résume très bien mon ressenti, de ce fait, je le note et je m’en félicite. J’aimerais qu’on aborde, maintenant, le côté engagement politique assez atypique : vous êtes pour que l’on vire les mexicains et les noirs des États-Unis sur « We The People » et vous finissez l’album sur un hommage très humain à Donald Trump, candidat à la présidence américaine. C’est un positionnement courageux et malheureusement peu commun, hormis votre ami et invité sur l’album Kanye West, qu’est-ce qui vous a décidé à afficher votre côté pro-Trump ? ». Sans prévenir, Q Tip commence à s’énerver et à m’insulter de tous les noms, j’en conclus qu’il est en plein crise bipolaire et que son alter égo démoniaque, Phife Dawg, a repris le dessus. Au bout de 5 minutes de noms d’oiseaux, l’homme sort du studio, c’est son dealer qui se plante devant moi et me répond « Wow, t’as du mal comprendre. Nous, on est tout sauf pro Trump (ndlr : donc des communistes salafistes), on ne veut pas virer les noirs et les mexicains, on dénonce une montée du racisme dans notre pays qui voudrait conclure à ça. On est engagé face au racisme, à la xénophobie et aux violences policières contre les minorités ».

Je m’excuse de cette mauvaise compréhension, tout en relevant que ce n’est pas facile de tout comprendre quand les gens s’expriment dans une langue étrangère, et de surcroît en parlant vite. Sur les albums actuels, on s’exprime plutôt avec sujet complément, sans le verbe, et sans aucun rythme dans le débit, ce qui est bien plus simple à comprendre. Il continue « moi dans Space Program, j’utilise la formule « Mass un-blackening, it’s happening, you feel it y’all? », Phife s’en prend directement à Donal Trump sur Conrad Tokyo « Move with fuckery Trump ans the SNL hilarity”. On a fait venir des mecs comme Andre 3000, Kendrick Lamar et Anderson Paak pour venir casser cette impression d’impuissance actuelle, et pour dire aussi notre détermination à ne pas reculer comme sur « Movin Backwards », on a fait appel aussi au reste de la famille comme Busta Rhymes ou Consequence, ça fait un pont intergénérationnel pour montrer qu’au fond personne ne baisse les bras ».

J’acquiesce comme un enfant qui se fait réprimander par le prêtre, voire plus, et enchaîne sur un questionnement essentiel « Mais à part fournir la drogue pour le groupe, t’es qui exactement ? ». Il prend sa respiration en plusieurs fois, soufflant longuement, surement dû à son asthme contracté à force d’inhaler les vapeurs chimiques de sa came : « Personne se rappelle jamais de moi bordel ! Pourtant le groupe au départ c’est Q Tip, Phife Dawg, Ali Shaheed et moi Jarobi. Jarobi bordel ! Alors ok j’ai participé qu’au premier album, d’accord j’ai fait que les backs dans les concerts, mais je ne suis pas un putain de rastafari qui agite un drapeau à la con sur scène pendant tout un concert reggae ! Sur cet album, je kicke sur presque la moitié des morceaux. J’en ai marre que l’on me demande ma carte d’identité à chaque fois que je fais une scène avec le groupe… ».

Un mystère de résolu qui nous permet donc de comprendre que le groupe compte un MC uniquement bipolaire, et un MC narcotrafiquant, ce qui rend le truc un peu plus gangster.



THANK YOU 4 YOUR SERVICE
L’atmosphère redevint moins agitée, et Q Tip finit par nous rejoindre afin de finir l’interview. Malheureusement, j’avais coupé l’enregistrement sans faire attention en cliquant sur le lien FB d’une news de la plus haute importance publiée sur Booska-p « Booba en featuring sur l’album de Dosseh ! ». Le reste des 2h30 d’entretien ne pourra être retransmis, ce qui est fort dommage car de tête ça semblait plutôt intéressant…

La nuit tombant, j’abrégeai la discussion en les remerciant pour leur accueil, sans mentionner le manque de courtoisie à mon égard à certains moments. Je n’eus pas la chance d’avoir des remerciements en retour pour mon service, chose peu étonnante pour des noirs venant d’un quartier défavorisé du Queens, New Jersey. En professionnel averti, je leur proférai quelques conseils utiles pour la suite de leur carrière, comme la mise en gratuité de leur album directement sur Bandcamp, plutôt qu’on se fasse chier à aller le télécharger sur un forum russe écrit en cyrillique, le fait de mettre un loup ou un animal sauvage armé d’une AK47 en plus des putes et de la drogue dans leurs clips, et enfin, mais pas le moins important, le fait de me glisser une petite enveloppe de billets verts pour espérer avoir une promo haut de gamme de la part de ReapHit. Ce à quoi Q Tip me répondit en guise d’au revoir « Fuck you, deeply, sincerely from the bottom of my heart ».

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Thadrill

Thadrill

Rédacteur chez ReapHit
Etablis depuis 2009, les abattoirs Thadrill vous proposent une large gamme de découpe rapplogique.De l’accrochage à la levée de mc en passant par la saignée des beatmakers mais aussi la ligature du turnatblism, cet établissement se veut dans la longue tradition de l’abattage traditionnel avec sa fameuse technique de la chronique sans concession.
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