Hugo Délire de retour avec Grand Delirium

In Chroniques by Lilia Comments

HDjaquette

Hugo Délire ne fait pas de chichis : à l’heure où tous les rappeurs sortent en moyenne deux à trois EPs avant de se lancer dans ce qu’ils finissent par appeler leur album, Hugo, lui, se jette directement dans le grand bain et sort aujourd’hui son premier bébé, Grand Delirium, deux ans et demi et des poussières après Un Maxi en Taxi.

Il y a cinq ans, Hugo Délire se construisait, à la force de Youtube, une petite réputation dans le rap jeu indépendant. « Rap Jeu », l’expression correspond très bien au personnage : à l’image de la petite bouille barbouillée en couleurs sur la pochette d’Un Maxi en Taxi (sorti en septembre 2013), Hugo Délire, c’est ce filou de la classe qui fait les bêtises sans en avoir l’air. Et sans en avoir l’air, le vingtenaire a en effet distribué des gifles avec ses quelques freestyles postés sur Youtube à partir de 2011. Proche de Walter (Val Mobb), on le retrouve  en 2012 sur la mixtape 22h-06h avec beaucoup d’autres, et en 2013, au moment de la sortie de son maxi, sur la Grünt #14, pour un nouveau freestyle, mais à plusieurs cette fois.

C’est sans surprise que des éléments de cette grosse nébuleuse se retrouvent sur ce premier album, Grand Delirium : Lomepal, Kéroué, l’incontournable Nekfeu et bien sûr Walter et son acolyte Skyle (Ol’Kameez) sur « C’est pas moi c’est l’autre », ode à la biture joyeuse mais légèrement déniée. La thématique boisson, exploitée sous différentes formes – de manière abrupte dans le morceau sus-cité ou plus métaphorique sur « Limpide », est forcément attendu sur un opus dont le titre fait clairement référence à la folie qui suit parfois le sevrage alcoolique… le premier morceau éponyme fait d’ailleurs démarrer l’album en pétarade aux oreilles d’un auditeur content de retrouver la diction chirurgicale du Dr Hugo Délire. Mais au fur et à mesure que l’on déroule le fil de l’album, Grand Delirium devient de moins en moins rigolard, et finalement… assez sérieux.

Hugo Délire s’était un peu fait oublier depuis son premier maxi, et la tentation de se souvenir de lui comme d’un grand bonhomme rigolard qui rappe bien est assez forte, mais très erronée. Et la progression de cet album rappelle que le rappeur du 77 a certes un gosier solide, mais aussi de bons yeux ouverts sur ce qu’il se passe autour de lui. Cela donne des morceaux comme « Génération La Crise », un titre qui pourrait faire rire si le sujet était drôle, ou « Ah Nan Nan », qui pousse cette même génération à sortir de sa torpeur désabusée. Si les mots d’Hugo Délire sont justes, c’est qu’il semble parler de ce qu’il connait : s’il maîtrise tantôt parfaitement l’art festif de la cuite, le quotidien morose semble également faire partie de son domaine d’expertise, quand bien même le raconte-t-il sous forme de story-telling (E&Z). L’exercice n’est pas si simple, le mélange des genres entre thèmes légers et plus graves fait parfois mauvais ménage, les premiers servant de prétexte aux mauvaises langues pour discréditer les seconds sans ménagement. Les pensées qui fusent dans tous les sens, les cauchemars (Même Pas Peur feat. Hippocampe Fou), la bascule entre agitation et calme, font partie des symptômes du délire d’Hugo.

Un autre symptôme semble se manifester à travers la plume d’Hugo Délire, qui fait la qualité première de cet album; un poil d’innovation du côté du flow aurait été apprécié mais les textes ont le large mérite d’être travaillés et parlants à la fois, ce qui n’est pas rien. Sans prétention, ce premier album est assez représentatif d’une génération consciente – mais pas de tout, qui cherche à bien faire – en se laissant quelques moments d’absence, et qui persiste à chercher une petite fenêtre où passer la tête dans l’asphyxie que provoque parfois le pessimisme ambiant. Eh ouais, tout ça à la fois, sur 12 titres. Avec de bonnes imitations en prime.

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