« Afterwords », le nouveau disque d’Edo G chez les français d’Effiscienz

In Chroniques by Thadrill Comments

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Edo G, 44 ans et toutes ses dents, fait partie de cette infime caste de MC’s qui traverse les décennies avec leur style sans chercher à suivre la tendance du moment. Comme son acolyte Masta Ace, il a aussi ce don d’éviter de fournir des albums qualitativement misérables comme la plupart des rappeurs de plus de 40 ans. Excepté Intelligence & Ignorance, la discographie d’Edo G est un vrai trésor pour les amateurs d’albums rap à sonorités boom-bap traditionalistes. Habitué depuis 3 années à lâcher un nouvel album par an, c’est avec Effiscienz, le label français, qu’il s’est allié pour son special delivery cuvée 2015.

Un choix peu surprenant, puisqu’Effiscienz démontre depuis plusieurs années une capacité à fournir des albums de qualité. Une qualité qui ne transparaît pas uniquement sur le talent du MC ou des beatmakers, mais aussi dans l’ensemble du processus de création, que ce soit au niveau des détails des visuels ou sur les conditions d’enregistrement et de mixage. Une équipe bien en place qui a su travailler intelligemment en alliant tradition et modernité, une recette qui matche complètement avec l’esprit d’Edo G et qui fait donc de cet Afterwords un album avec un fort potentiel.

Plutôt en phase avec les artistes underground de la nouvelle génération (Fel Sweetenberg, Dirt Platoon, Blak Union), Edo G est le premier old timer à faire équipe avec Effiscienz sur un album entier. Si vous vous attendiez, par habitude, à retrouver DJ Brans à la production, avec cet Afterwords ça ne sera pas le cas puisqu’on y retrouve un duo de beatmakers nommé Street Wyze. Effiscienz a tapé le all-in en misant sur de nouvelles têtes, un choix risqué, certes, mais plutôt audacieux, DJ Brans ne pouvant pas éternellement être attelé aux rênes de tous les albums estampillés Effiscienz.

Street Wyze, c’est donc l’entité composée de deux beatmakers, Dj Tren et GG, tous les deux originaires de Paris, que la plupart ne connaissent pas. Le sang frais ne faisant jamais de mal, et les choses n’arrivant pas sans une première fois, c’est donc tout à leur honneur. On se doute que le nom d’Edo G et sa position de rappeur d’élite ont sûrement suffi à motiver les deux larrons à rendre un travail propre et soigné. Afterwords transpire clairement cet état d’esprit où les Street Wyze ont su rendre un univers musical propre : une touche de boom-bap classique et une composition aérienne assez efficace, voilà ce qu’il fallait à Edo G pour passer la 5ème. On pourrait parler de réminiscence des 90’s, mais ce serait faire offense au duo qui reste tout à fait dans l’air du temps, capable de rendre une copie soul à caisse claire comme « The City » (très bien remixé version jazzy par Mil) ou du street banger efficace comme sur « Sorta Way » sans chercher à rendre leurs snares et drums trop dirty.

La force musicale de l’album repose aussi sur une des constantes qui fait la marque Effiscienz, l’utilisation efficace du scratch dans les tracks, le plus souvent par DJ Djaz, habitué du rôle dans le label. Parfois insérée avec une certaine délicatesse (« MCing ») parfois bien plus incisif (« EFFISCIENZ Time »), les scratchs de DJ Djaz rappellent à quel point cette pratique de moins en moins usée est capable de pimenter une instru, voire même la suppléer. Sur 10 productions délivrées, les Street Wyze frôlent le perfect comme sur « EFFISCIENZ Time », « Trending » et « G-Lo (RIP) » et n’ont pas à rougir des versions remix distillées par DJ Brans, Union Blak, Fel Sweetenberg et Mil (la famille quoi).

A partir de là, il ne reste plus qu’à Edo G de faire le boulot avec son delivery reconnaissable par tous. Le MC ne joue pas sur le flow, mais sur sa capacité à modifier la tonalité de sa voix, évitant ainsi de se retrouver dans la fosse commune des rappeurs linéaires et donc sans intérêt. A 44 ans, le flow reste toujours dans la rythmique, en phase avec la rue, l’homme délivre sa vision sans tomber dans le trip négro-mongolien du rap actuel. Edo G peut parfois paraître répétitif dans ses thématiques, ou trop donneur de leçon à la KRS-One mais son style d’écriture arrive à retranscrire de réelles émotions comme sur « G-Lo (RIP) » bien entouré de G.Dot et « Sorta Way » avec Reks. De l’intimisme au thème généraliste, il y a toujours de quoi s’alimenter avec Edo G. Homme d’honneur comme sur « Last Man Standing », Edo G vient donner sa leçon aux MC’s sans figure. Du rap qui s’écoute, tout simplement.

2015 est donc une nouvelle année placée sous le signe d’Effiscienz. Alors que le label a réussi l’improbable résurrection du mythique groupe Mood (dès à présent disponible), Afterwords s’insère comme une flèche meurtrière supplémentaire au catalogue du label. Le duo improbable que compose le old timer de Boston avec la révélation des Street Wyze surmonte le scepticisme de la formule, pour le plus grand bien de nos oreilles.

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Rédacteur chez ReapHit
Etablis depuis 2009, les abattoirs Thadrill vous proposent une large gamme de découpe rapplogique.De l’accrochage à la levée de mc en passant par la saignée des beatmakers mais aussi la ligature du turnatblism, cet établissement se veut dans la longue tradition de l’abattage traditionnel avec sa fameuse technique de la chronique sans concession.
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