Diamond D, The Diam Piece

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Ça sent bon le détergent et les draps parfumés à la lavande en ce dimanche matin. Rien d’étonnant pour l’un des événements culturels les plus attendus de l’année au sein de cette maison retraite : le bingo animé par Diamond D. Et pour cette année, le Diamond est venu avec son The Diam Piece et une liste d’invités plus fous les uns que les autres, de quoi faire monter mamie aux rideaux. Pour l’occasion, on a réglé les pacemakers en mode économie d’énergie et augmenté la dose de codéine dans les cachetons. De là à ce que ça finisse en bal guinguette version Marc Dorcel, il n’y a qu’un pas… Par contre, pour ceux n’ayant pas atteint le 3ème âge dans le rap, il est fortement conseillé de fuir directement cette session bingo à la Diam Piece… 

Plus les années avancent, et plus on aimerait que certains MC’s et beatmakers prennent définitivement leur retraite. Dans un contexte où le rap s’écoute avec le même plaisir que de remplir un dossier administratif pour un prêt immobilier, on se dit qu’il est évitable que d’anciennes gloires viennent rajouter leur boulet musical à ceux de la nouvelle génération. Certains semblent avoir voulu appliquer ce désir bien au-delà de notre volonté, puisque Diamond D, lui, va directement se positionner avec son nouvel album dans la case maison de retraite, pour ne pas dire hospice. Une opportunité nouvelle qui nous fait penser que si le rap n’est pas mort, il attend sagement le passage de la faucheuse chaussé de ses plus belles charentaises dans un fauteuil roulant.

Évoquer Diamond D, c’est passer en revue ses albums StuntsBlunts and Hip Hop et HatredPassions and Infidelity, c’est déterrer une partie de l’héritage du plus gros crew de rap, le D.I.T.C., et enfin c’est croiser l’un des plus gros remixers du rap américain. L’auteur de « Let Your Thoughts Fly Away » sur le dernier Dilated Peoples fait partie du carré VIP des plus gros producteurs que le rap ait connu. Mais derrière ce portrait doré, il y a une part d’ombre qui démontre son incapacité actuelle à sortir un album de qualité complètement produit par ses soins depuis 10 ans. L’année 2014 en est la parfaite démonstration : là où le natif du Bronx continue à exceller dans la livraison de petites bastos ( « Cypher » pour Fat Joe en 2013, « No Time To Waste » pour J-Live en 2011, etc), il reste complètement terne sur long format. Premier exemple avec le DoomsDay de BIGREC où il gère l’ensemble de la production, une combinaison alléchante au premier abord qui finit en apocalypse de la consternation à la fin de la première écoute. C’est donc dans un sentiment d’euphorie et de méfiance que The Diam Piece vient intégrer nos playlists où Diamond D assure l’ensemble de la production, chose qu’il n’avait pas faite depuis Grown Man Talk en 2003.

The Diam Piece a donc tous les attributs, pour ne pas dire toutes les qualités, pour venir ambiancer les maisons de retraite, aussi palpitant qu’une session de bingo, ce nouvel essai de Diamond D est assez insipide pour éviter toute montée de palpitant. Offrir ce type d’album à un jeune en lui disant « ça c’est du vrai rap » aura autant d’effet que de lui offrir l’intégrale de l’Inspecteur Derrick en lui balançant : « ça c’est de la vraie série TV ». Diamond D étant au préalable plus un beatmaker de talent qu’un MC au delivery complet, on s’attendait à être bousculé par ses productions, mais malheureusement les vagues sonores sont aussi impressionnantes que celles de la Mer Morte. On est donc obligé de s’accommoder du meilleur du pire, une sélection pas plus longue qu’un fémur de nourrisson : « Rap Life » , « Only Way To Go » , « Handz Up » (mais vraiment que l’instru) et « Pain » .

Une fois ces 4 tracks mises de côté et avec la certitude que d’ici un mois, on les aura oublié, les 15 tracks restants sont un espèce de calvaire à vivre comme une punition. Entre ambiance smooth transparente à la « Were’s The Love » (et cet immonde hook) et « Hard Days » , sons boom-bap sans relief à la « I Aint The One To Fuc Wit » et « Take Em Off » , on se demande où sont passées les oreilles de Diamond D. Si en plus d’un manque évident de créativité musicale, vous arrivez à cumuler des prestations ridicules sur un refrain digne de la peine de mort, vous ne devriez pas tomber plus bas. Et à ce jeu, on peut aisément affirmer qu’avec « We Are The People Of The World » , Diamond D ne pourra jamais aller plus bas, on essaye de comprendre, mais on ne peut pas. L’album aurait très bien pu s’appeler « Diamond D & Friends » ce qui aurait pu légitimer de se retrouver à subir les prestations microphoniques de ses potes producteurs : Hi-TekPete RockNottzAlchemist et Scram Jones. Il est donc dur de pouvoir déblatérer sur le niveau actuel du mceeing quand les anciens se permettent de mettre derrière le micro des mecs qui n’ont aucun flow ni aucun talent d’écriture.

Pour le reste des invités, leur participation devrait leur permettre une réduction d’impôts pour participation à œuvre sociale d’intérêt public, on a donc une pensée émue pour Guilty Simpsonet Rass Kass pour devoir rapper sur « 187″ , on aimerait appeler les secours pour venir en aide à Talib Kweli et Elzhi sur « Where’s The Love » et on aimerait distribuer des couvertures chauffantes à Black RobKurupt et les Tha Alkaholiks plutôt que de les entendre rapper une seconde de plus sur les instrus proposés par Diamond D.

La place de ce The Diam Piece ne fait aucun doute : en maison de retraite là où les pensionnaires pourront être considérés comme chanceux que le temps passé ait détérioré leur qualité auditive pour pouvoir subir ce cauchemar musical. Diamond D a beau pouvoir se vanter d’être une part de l’histoire du rap, il n’en reste pas moins sur que cet album est complètement wack. Dur bilan certes, mais certainement moins dur que les amateurs de bon rap qui ont attendu avec impatience la sortie de cet album…

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Thadrill

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Rédacteur chez ReapHit
Etablis depuis 2009, les abattoirs Thadrill vous proposent une large gamme de découpe rapplogique.De l’accrochage à la levée de mc en passant par la saignée des beatmakers mais aussi la ligature du turnatblism, cet établissement se veut dans la longue tradition de l’abattage traditionnel avec sa fameuse technique de la chronique sans concession.
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