Clipper #QLF, la véritable stratégie du bénéf ?

In Dossiers by Théo Comments

« Fuck vos interviews, j’aurais pu passer dans vos reportages de chien », en rentrant Dans La Légende, PNL n’a pas oublié d’en placer une pour ceux qui ne savent pas. Cette pique assassine est peut-être la phrase que le milieu journalistique spécialisé à le mieux retenu, affirmée par un sourire en coin, un ricanement jaunâtre ou un juron craché à demi-mot.  Mais surtout, c’est une phrase qui a pris tout son sens avec l’achèvement de la trilogie de clips qui a suivi la sortie du second album. Point d’orgue d’une idéologie QLF et d’une stratégie du bénéf.

Le puristes s’en arrachent les cheveux mais la méthode PNL, c’est l’indépendance à son paroxysme, et lorsqu’il s’agit de promo, le duo fraternel n’a besoin de rien ni de personne pour qu’elle soit des plus efficaces puisque largement relayée par une mif de chicos/chicas. Un premier projet, estampillé QLF au cœur bariolé de billets, un produit parmi d’autres vendu sous le manteau avant de tout miser sur l’imagerie. Des clips tournés aux 4 coins du monde comme pour mieux cristalliser dans le paradoxe leur rap aérien chantant le ter-à-ter des banlieues. Des milliers de pochons aux milliers de vues, on ne refait pas ses addictions, et Ademo se prend à rêver qu’il vendait des barrettes à ses fans, puisque leurs clips méritent le festival de Cannes. Au cours d’un flashback aux allures de confession à une Bambina, il déclare « Faut qu’j’voie l’Japon, faut qu’j’voie la Chine, faut qu’j’voie l’Mexique, faut qu’j’voie l’Afrique » avec comme point de finalité le retour aux sources, la nécessité  de (re)voir sa jungle, parce que Mowgli doit s’exprimer tel qu’il est. Le serpent se mord la queue, l’Ouroboros arrive à son terme et à son commencement avec le clip de « DA », sorte d’atterrissage en douceur des hauteurs de la tour Eiffel à celles des tours résidentielles, du duplex luxueux de bord de Seine au disque d’or accroché dans la MJC essonnienne.

Nos et son frère ont, en deux albums, orchestré un go-fast sur Namek à bord de Choupette, et alors qu’ils sont posés sur leur planète verte, jettent un coup d’œil dans le rétroviseur et se remémorent leurs années de galère qui ont volé une enfance morte née. En accordant leur unique interview au légendaire magazine The Fader, ils ont porté un dernier coup de maître à la presse, une interview donnée à un magazine américain, une interview qui n’apporte que très peu d’informations (si ce n’est sur leur style vestimentaire que le journaliste a eu loisir de pouvoir développer…), une interview qui finalement ne fait qu’entretenir le mystère PNL tout en lui apportant une visibilité hors norme. L’ombre est lumière, « écoute l’album. C’est la vérité… » élude TrackBastardz. Quant à Skyrock, il ne fait aucun doute que la radio se souviendra amèrement de leur Planète Rap, ils ont voulu le Monde et n’ont rien eu. Les auditeurs, eux, ont pu allègrement se moquer d’un Fred Musa ridiculisé et perché au milieu d’un studio décoré différemment chaque soir de la semaine. N’ayant d’autre interlocuteur qu’un singe sournois, il sera contrait de faire de son studio le point de vente du merchandising des deux frères quand ceux-ci daigneront enfin se pointer, paroxysme d’un pied de nez, #CiseauRetourné.

« Les vainqueurs l’écrivent, les vaincus racontent l’histoire », PNL en prenant Le Monde a inscrit la sienne dans la Légende et a décidé, en vainqueurs, de montrer au Duc qu’il était autant possible de l’écrire que de la raconter. Un tableau en 3 parties, un triptyque dont la longueur, la composition et la symbolique n’a fait que mûrir au fil des séquences. La veille de la sortie de leur second album, le clip de « Naha », second extrait, est dévoilé. Un clip ? Non, bien davantage, un court métrage dont la mention « Part.1 » amorce la possibilité d’une suite, pas au morceau mais bien au mini film qui se veut la première partie d’une trilogie. Les maillots floqués « Béné » et « Onizuka » qu’Ademo offre aux petits confirment cela et révèle les titres des tracks qui formeront la bande son du dit triptyque. Les kheys du quartier jouent leur propre rôle dans ce qui semble, sans surprise, annoncer d’ores et déjà une sombre histoire de règlement de compte, avec la drogue en trame de fond. Nos et Ademo ne jouent pas leur rôle mais apparaissent, fantomatiques, au côté de leurs alter egos cinématographiques.

« Naha » plante le décor d’une intrigue qui sent le shit et le sang. Alors que l’on tombe sur cousin Casper aka Nos travaillant, la tête entre les mains, sur un mac tombé du camion et/ou acheté avec l’argent de la drogue, on voit Ademo gérer son business et les complications qui vont avec. Lorsqu’un de ses sergents se fait allumer dans une baston entre bandes rivales, ce dernier se précipite pour rendre justice lui-même, mais se retrouve seul devant la porte d’un hall fermé, s’en va s’enfumer. Aux larmes du sang il n’y a qu’une réponse, et elle réside dans la violence. Après s’en être pris à ses hommes, la bande rivale vient emmerder sa sœur, les veines d’Ademo se gonflent et c’est devant le fantôme de son frère qu’il règle ses comptes, récupérant des poings. Mais « la peur [pour les siens] mène à la colère, la colère mène à la haine… La haine mène à la souffrance ! » et cette dernière est un cycle sans fin, personnifiée par un jeune homme aux cheveux rouges et à la peau sombre passant lentement, sans crainte, devant son terrain. Celui-ci ne tarde pas à rééquilibrer la balance, ouvrant un cercle de vengeance, il tarit la source en dérobant la marchandise de Tarik. Béné voit alors son frère armer le calibre pour s’en aller en guerre, c’est sans compter sur les bacceux en planque depuis le début de l’épisode, qui, sous les yeux du petit, interpellent Ademo sans manquer de mettre Nos sur la corde à linge, la bouche emplie de l’odeur âcre de son sang. En réponse au sourire cynique et maléfique de Django le rouge, le petit Yanis aka Béné écrase un pavé sur la caisse guidant son frère vers le placard, la mif est dans l’impasse.

Face aux coups du destin, il faut savoir prendre le taureau par les cornes, ou la moto par les poignées. Ademo dort à l’ombre des barreaux, c’est donc à NOS de veiller sur la mif, de mettre la nitro dans le moteur façon GTO. Plutôt que de continuer à s’élever sur le chemin de l’école, Nabil s’enfonce dans une bouche de métro, prend son premier kilo. Au détour d’un feu il s’arrête au rouge, croise son rival, hume le froid fumet de la vengeance. Alors que Béné sombre peu à peu dans une folie vengeresse en confisquant un calibre factice à des petits du quartier pour pouvoir en financer un vrai, il carjacke une BMW aussi noire que son dessein et les nuits de Paris. On ne sait pas ce qu’étudiait NOS avant de délaisser les bancs de l’école pour les escaliers du hall, mais son business plan vaut bien celui du film Chouf : demander une feuille pour débusquer le fumeur, la lui échanger contre un pochon d’herbe et le numéro du fournisseur. De l’ouvrier cassé au jeune (Hervé ?) des beaux quartiers, tous reviennent satisfaits. « Petit frère n’a pas de grand, prince de la ville », Nabil fait les ronds dans leur monde, et plus il se rapproche du sommet, plus il entend le ciel qui gronde. La punition n’est pas encore divine mais lorsque Django respire l’odeur de l’herbe de son jeune concurrent, il ne peut s’empêcher de voir naître un sourire approbateur sur ses lèvres, un sourire, certes, mais de mauvais augure. Les ordres sont alors donnés, et à nouveau c’est le comparse qui se fait allumer, jamais d’attaque frontale, l’ennemi est sournois. S’en est trop pour Nos, qui comme son frère a ce sens de l’honneur du voyou qu’avaient les grands du banditisme à l’ancienne, tu touches à la mif, on te saigne. Sa colère explose et il laisse l’homme aux cheveux rougeoyant au sol, englué dans son propre sang. Or celui-ci est de ces hydres auxquelles il faut couper la tête pour qu’elle ne repousse pas, et lui plante par derrière une lame entre les côtes, ultime coup bas. Dans sa cellule, Ademo se réveille en sursaut, une invisible balafre lui déchirant l’âme et la peau.

Nos et Ademo content sans cesse leur syndrome de Peter Pan, évoquant inlassablement leur réalité d’adultes se rêvant encore enfants. Sur un air de reggaeton, PNL fait de Corbeil-Essonnes la Cité de Dieu et leur petit frère embrasse le même destin que Béné, prêt à tout pour se venger, quitte à devoir balafrer pour le prouver. La partie trois met en scène le cadet et son vieillissement accéléré dans un univers où il embrasse une violence continue, lui dérobant à son tour l’enfance. En réponse au sang qui coule, la BAC pourchasse Macha qui constamment leur échappe, passant de la folie sanguinaire à son nid de vipères. Un flash-back met en lumière ce qui semble l’origine d’une telle colère : un après-midi de 1998, le jeune Django voit son ballon crevé gratuitement par les grands du quartier. En écho au premier clip, Béné se retrouve lui aussi face à une porte muette et se console dans la fumée d’une cigarette. Macha met in extremis les voiles pensant s’être fait poukave, il n’y aura pas de combat final, la peur du placard a pris le dessus sur le lascar. Du moins jusqu’au prochain épisode… Mais le terrain se tient ou se perd, les alliances se font et se défont, si bien que les hommes de Django, privés de chef, perdent le filon, tandis que Yanis prend du galon. Ce dernier est alors pourchassé par ceux qu’il vient de voler et le bruit de leurs balles perce la nuit, résonne tel le chant du cygne.

Trois clips pour trois morceaux phares d’un album inscrivant le groupe Dans La Légende, et dont l’évolution est remarquable. Du mini film au court métrage, des ponts séquencés aux dialogues, PNL révolutionne le genre et démontre une fois de plus la pertinence de sa machinerie. La musique passe au fil des clips presque au second plan, tant l’imagerie captive et intrigue, si bien que l’on regretterait presque le choix du dernier morceau, qui colle moins à l’univers développé. Mais c’est le sang, et PNL est et restera QLF. Un véritable coup marketing donc, où rien n’est laissé au hasard. Ainsi, pour promouvoir la sortie de « Béné », le groupe a fait coller des avis de recherche dans tout Paris, sur lesquelles figurait un numéro rouge accolé au portrait de Django Macha. Un numéro qui une fois composé renvoyait au son en question… En tout cas, c’est ce que l’on croyait jusqu’au 14 février où chaque personne ayant appelé le dit numéro a reçu un sms de la part de PNL, leur indiquant le début d’une tournée à travers les Zéniths de France et mieux encore, un concert à Bercy. Un coup de com réussi avec brio puisque l’AccorHotels Arena a été rempli en quelques heures, et ce alors que le groupe n’a que très peu de scènes à son actif, si ce n’est la perspective de Coachella… Un engouement suscité par une communication maîtrisée d’une main de maître. Lorsque l’on veut Le Monde Ou Rien, on s’en donne les moyens ! Une trilogie haute en couleur donc, qui en pleine période de tension sociale vient rappeler l’amère et violente réalité des quartiers. Une réalité quelque peu romancée où les péchés sont minimisés, voire expliqués, afin de mieux faire naître un sentiment de compréhension. On pourrait presque leur excuser d’avoir vendu la mort… Mais on aurait tort :« Igo la vie est moche donc on l’a maquillée avec des mensonges ». L’argent sale le restera, mais NOS et Ademo ont au moins le mérite de se blanchir la conscience, à défaut de réécrire leur enfance.

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Juré, le jour où il y aura un partiel de Hip Hop à Sciences Po j’serai major de promo en attendant j’pointe aux RAPtrapages option francophonie punchlinée.
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