C’est la rentrée ! Voilà ce que l’on a écouté cet été

In Dossiers by Florian ReapHit Comments

 Entre cours de rattrapages et nostalgie des nuits d’été, ReapHit fait sa rentrée. Pour l’occasion, chaque rédacteur revient de façon non exhaustive sur les projets qu’il a le plus écouté durant notre trêve estivale.

Gucci Mane – Everybody looking
26 mai 2016, Gucci Mane est finalement libéré. Un retour célébré en grande pompe à Atlanta, entre morceaux hommages et scènes d’exaltation. Restait à savoir si le pape de la ville n’avait pas trop rouillé en prison… Et avec Everybody Looking, c’est un retour assez surprenant qui nous est offert. Servi par les pontes du coin, et notamment chapeauté par l’inénarrable Mike Will, Gucci Mane nous offre une nouvelle mue. Le flow se fait un poil moins incisif, tout en se reposant sur des variations de timbre toujours aussi fascinantes, et se construit autour d’une diction claire destinée à mettre en avant des textes aux thématiques bien définies. Exit donc le Gucci allumé et tiraillé de l’avant-incarcération, le rappeur revient sur des bases plus stables, et se rapproche en quelque sorte d’un terrain qu’il avait déjà arpenté avec un morceau comme « Tragedy ». La différence résidant principalement dans le fait que ce Everybody Looking a quelque chose de plus positif, de plus fédérateur. Reste à savoir si cette évolution sera aussi marquante que certaines des précédentes périodes de sa carrière.


AlKpote – Sadisme & Perversion
Cette année, on était prêts pour la guerre mais on a une fois de plus préféré partir à la mer… On a passé des heures à cramer au soleil, à claquer toute notre oseille, à s’étouffer en allumant des barbeuc, à s’enfumer à la skunk, à s’enfiler rhums et merguez, à gérer les uns après les autres nos dièses. Seule quête de l’été : ne pas se faire contaminer par le syndrome de La Tourette distillé par l’Empereur du Sale. Pourtant perdus dans les excès d’une soirée reggaeton, on s’est suicidés comme à France Télécom. Entrapercevant la pyramide, on a touché le charisme et la perfection du bout des doigts, mais les reptiliens ont eu raison de notre foi… On a sombré dans le sadisme et la perversion. PUTE


Lucio Bukowski – Oderunt Poetas
Nous n’avions plus connu la ville qu’en lutte, enfin sous le soleil nous nous enlaçons sur la butte. Parenthèse amoureuse dans une époque tumultueuse, le silence comme refrain bientôt brisé par un homme d’airain. Celui qui rapplique a quelque chose de l’Homme en plein renoncement utopique. De l’Homme qui sourit dans un nuage de lacrymogène, les yeux bouffis et rougis à l’extrême, mais dont la brillance fait écho à son éternelle espérance. De cet Homme qui lève les yeux au ciel quand on lui parle de spirituel, réchauffant dans le spiritueux de son fiel, sa foi personnelle. Avant de disparaître dans un prisme, il nous confie un syllogisme : Oderunt Poetas. Tous haïssent les poètes, Ludo est un poète, donc tous haïssent Ludo. Lucio Bukowski, poète haï.


21 Savage & Metro Boomin – Savage Mode
Quand on pense été et rap, on pense entertainement, on pense g-funk, on pense positivité et fun, mais on oublie souvent que le soleil finit tout de même par se coucher. C’est là qu’un projet comme celui de 21 Savage et Metro Boomin a son importance. Les deux natifs d’Atlanta nous livrent ici une mixtape moite et collante qui a l’odeur de la pluie sur le sol brûlant. Les productions de Metro Boomin racontent à elles seules des histoires tour à tour crapuleuses, tragiques, ou exagérément violentes. 21 Savage agrémente le tout d’un rap minimaliste, frondeur, et ponctué de multiples bruits de gorges et onomatopées qui viennent parapher un des disques les plus cinématographiques de l’année, au cœur de l’esprit détraqué d’un rookie qui va commencer à prendre de plus en plus de place.


Jamila Woods – HEAVN
La chicagoanne réussit avec ce petit bijou d’album à mettre du sens dans ce qu’il y a de plus musical. Son r&b allie blues et rythme comme l’originale, et sa défense contre l’oppression quelle qu’elle soit est le fil conducteur de ce disque, messages facilités par son doux phrasé, sa voix de miel, mélancolique et introvertie. Optimisme lucide sur subtiles productions, Heavn est à ranger dans les disques qui donnent espoir dans ce marasme permanent.


Phonte & Eric Robertson – Tigallerro
Toujours dans les meilleurs coups, ce bon Phonte s’associe au talentueux artiste néo-soul qu’est Eric Robertson pour un mini-album commun. Dix titres qui allient à merveille hip-hop, soul et rythmiques funk, parfait pour traîner au soleil. Une facilité d’écoute qui peut contraster avec la multitude d’arrangements et une musicalité toujours présente, loin de cette mode minimaliste qui peut prendre certains artistes rap en ce moment. On attend désormais le prochain solo de Phonte qui ne devrait pas tarder.


Ka – Honor Killed the Samurai
Ce n’est jamais l’été dans la tête du rappeur de Brownsville, et son dernier projet aurait pu sortir fin octobre comme si de rien n’était. Chaque syllabe, chaque note de piano est toujours à sa place, la psyché s’exprime, mélange fureur et contrôle, et fait de Ka l’un des meilleurs auteurs-compositeurs de son époque, si l’on ose se pencher pleinement sur son travail d’écriture. Le décor change, mais il travaille toujours dans l’ombre ressassant chaque construction jusqu’à la perfection, tel Hattori Hanzo et ses fameux sabres.


Rae Sremmurd – SremmLife 2
Propulsé l’an dernier avec la sortie de leur premier album, le duo originaire du Mississippi enfonce le clou cet été avec Sremmlife 2, collection de bangers plus efficaces les uns que les autres. Bien aidés par Mike Will Made It, les Rae Sremmurd distribue une musique festive, répétitive et entraînante, parfaite pour l’alcool et la fête. Le produit fini est solide, calibré aussi bien pour la radio ou les clubs de strip que les salles de sport, tout en restant intéressant musicalement. Pure entertainment, comme ils disent.


Snoop Dogg – Coolaid
Annoncé comme étant le tant attendu Doggystyle II, ce 14ème album de l’OG californien sort finalement sous le nom de CoolAid. Un titre modifié pour une prise réévaluée. Inutile d’entacher le nom de son classique pour un album bâclé, Marshall Matters nous l’a suffisamment démontré. Le Dogg renomme mais garde l’esprit. Groove, samples soul funk et disco, Snoop est ici depuis longtemps en terrain conquis. Et c’est peut être le souci, la copie n’a que rarement l’éclat de l »original, et ce revival sur 20 pistes d’auto-plagiat ne tient pas la comparaison avec le Doggystyle pur jus. Pour plus d’effet à écouter à fond par temps ensoleillé en faisant le tour du quartier en Clio tunée ou ZX rincée. Roubaix, c’est pas L.A non plus…


Z-Ro – Drankin & Drinvin
Z-Ro est aujourd’hui l’une des incarnations les plus pures de la musique rap de Houston. Heureusement pour nous, il continue à refaire régulièrement surface, et ne déçoit que rarement, du moins lorsque c’est bien lui qui choisit ce qui sortira sous son nom… Capable de transformer n’importe quelle production basique en hymne, celui qui est désormais le crooner numéro 1 de sa région nous livre encore un disque solide, autour des thématiques qui sont habituellement les siennes, tout en allant chercher quelques angles inédits pour les traiter. Drankin’ & Drivin’ ne marquera pas un tournant dans la carrière de Z-Ro, mais fourmille de jolies mélodies et de courts instants de grâce. Impossible de bouder son plaisir tant le talent du bonhomme est constant et unique.


Despo Rutti – Mixtape Frontkick de Canton
Sortie sans vraiment l’être, cette mixtape accompagne la promo de Majster, le controversé nouvel album du Rutts. Composé de quelques inédits et regroupant les singles et collaborations aux sorties disparates, le projet par nature se veut frontal et brut. Avec Frontkick de Canton, Roots nous confirme qu’en termes de rap street, il n’a depuis longtemps plus rien a prouver. S’amusant sur son terrain de jeu habituel, dans un univers sombre et violent, Despo crache le feu et pue toujours autant la rue. Correspondent musicalement à l’image d’un Despo pur souche, ou presque, Frontkick de Canton nous offre un joli panel des différents essais et tentatives ainsi que des évolutions techniques de Despo sur ces dernières années. Un très bon moyen de se rattraper son retard, et une bonne immersion dans l’univers avant de s’immerger dans l’écoute de Majster. Moi, je n’ai pas réussi à décrocher de l’été. Comment ? Ensoleillé vous avez dit ?


Despo Rutti – Majster
Une sortie chaotique et ratée pour un album maintes et maintes fois annoncé. Ces considérations écartées, que reste t’il du pavé dans la mare qu’est Majster ? 33 titres inégaux, des intrus pas toujours au niveau, oui, mais au milieu de tout ça… il y a Despo. Majster est indubitablement un disque réservé à un public d’initiés et fortement averti. Obscur, complexe, parfois divaguant, ce double CD nous offre une plongée sans filtre dans le cerveau d’Azu, et ne s’apprécie pleinement qu’à la connaissance du parcours artistique et de la vie du principal protagoniste. Le niveau d’introspection frôle ici l’éventration, et la sincérité sans filtre de Despo se mue en véritable expiation. Fascinant et totalement obsédant, la compréhension de l’album et de toute sa dimension prend du temps. On doit l’avouer… on a toujours pas tout compris.


Fizzi Pizzi – C1C2T
Avant le grand départ estival vers son Portugal natal, Fizzi Pizzi sort C1C2T. Gros album de rap français empli de sincérité et de vécu brut, jamais romancé. Le rap des vrais gens, de ceux qui charbonnent en silence sans s’inventer des vies ou s’escrimer à jouer un personnage. C’est aussi le rap de daron qui n’a d’autre vrai but que d’offrir une vie des plus confortables possible à la marmaille. Épinglant souvent au mur du game les cuistres semi-mondains, Fizzi reste droit et fidèle à lui même, le pied sur l’accélérateur. TATATATATATA comme le cri d’un homme sincère, livrant un rap honnête et brut « Big up, peace etc… » pour la confirmation. Ponctuation hip-hop. Une virée en taxi, Fizzi au volant, compteur bloqué.


Le R.E.P – Slim C
Seul travail à la chaîne de l’été, siroter un liquide violet en roulant un joint de purple dans une Slim C… La vision se brouille, les sons s’alourdissent et la nuque oscille au rythme de cette plongée dans les tréfonds des catacombes rapologiques du Mangemort Squad. Un onirique maléfice entre rap ultra-américanisé et dialecte africanisé, pop culture et apologie de la verte culture, violence verbale et aisance lyricale. Codéine, Sprite et prométhazine. 667, le diable plus un verre de lean.


Loopwhole Beats & Eastkoast – Only In AmeriKKKa
Encore inconnu il y a deux ans, Eastkoast semble avoir le vent en poupe depuis son fameux projet sorti l’an dernier – MK Ultra, entièrement produit par Lewis Parker. Après écumé le fond des abysses maritimes avec Phalo Pantoja, Eastkoast nous livre un nouveau projet en collaboration avec Loopwhole Beats, auteur des très sympathiques Newyorkism vol I & II. A la sortie, douze morceaux dans une vibe jazzy assez proche du travail de Ray West, mais sans y amener cette touche qui fait la différence. On se balade tranquillement sur cet opus où les tracks se limitent à une durée de 2 minutes, à l’image de « The Heart Of New York » ou « Things Of A Different Nature », formatés pour finir la soirée en douceur. Si la matière est là, on reprochera à Loopwhole Beats de manquer clairement de relief alors que les habitués d’Eastkoast retrouveront le MC à son niveau habituel, tranchant au mic mais lyricalement limité.


Skizz – Cruise Control
A l’aise derrière le volant, le moteur vrombissant, la copilote aussi carrossée qu’une Ferrari,  le plein à ras le goulot et la route vide, bref le monde est à vous. C’est dans cet esprit de ride estivale que Skizz, anciennement DJ Skizz, nous livre son second opus après le très new-yorkais B.Q.E. en 2013. Fini l’univers crade de la grosse pomme, et bienvenue dans une vibe qui sent l’asphalte brûlante et les palmiers de bord de plage. Un contre-pied bien maîtrisé par Skizz qui livre avec Cruise Control son meilleur travail. Une vibe très lisse et mélodieuse ayant un effet relaxant direct, on passe la cinquième sans se soucier des radars et on laisse faire les soupapes comme Milano Constantine, Big Twins, Roc Marciano, Your Old Droog et pas mal d’autres valeurs sûres. Si vous cherchiez l’album beatmaker de l’année, Cruise Control concoure pour le moment en tête sur le circuit.


MC Gels – Wandering Soul
A l’image d’un Moïse nouvelle génération, Joey Bada$$ et son Pro Era ont ouvert une nouvelle voie dans la mer du rap US. Remettre au goût du jour de l’ancien sans renier l’époque actuelle, un challenge que peu d’old-timers peuvent se targuer d’avoir réussi. Dans le sillon de Joey, plein de jeunes rappeurs n’ayant pas eu la chance de vivre cette fameuse golden era ont suivi le filon avec plus ou moins de réussite. Dernier né de cette génération, MC Gels débarque sans prévenir en lâchant son premier album sans support et appui. Un pari risqué qui se transforme en totale réussite dès la première écoute de Wandering Souls. Une vibe 90’s assumée, voire même trop avec son mix caverneux à la limite de l’amateurisme, mais qui clairement démontre que certains angles old school sont exploitables en 2016. Boom-bap, scratches, flow enfumé aux blunts, le jeune MC Gels use de l’ensemble des codes sans taper dans la surenchère du « c’était mieux avant ». Sur des textes introspectifs qui, sans être techniques, transpirent le vécu, le natif du Bronx nous sort une galette qui finira surement dans le top 3 des fanatiques de la grosse pomme.


Pat Project  – Street God 3
Project Pat fait partie de ces rappeurs qui ne déçoivent que rarement. Son identité est solidement ancrée dans ses terres, son son est clairement défini. Au moment d’appuyer sur Play, on sait que l’on sera en terrain connu. Ce qui aurait pu être un défaut pour bon nombre de rappeurs aux capacités limitées est une force pour Project Pat. C’est au cœur du carcan bien défini qui fait l’identité de sa musique qu’il parvient à innover. Une innovation qui s’ancre ici, encore une fois, dans les patterns choisis et dans la manière d’appréhender chaque instru. On y retrouve ainsi des schémas et des intonations assez typiques de Pata, qui laissent parfois place à quelques surprises purement techniques. Et inutile de dire que le membre non-officiel de la Three 6 Mafia manque rarement sa cible… Celui qui s’est construit comme un outsider est, depuis quelques temps déjà, devenu une source d’inspiration pour bon nombre de rappeurs, et ce n’est pas prêt de s’arrêter.

Florian ReapHit

Florian ReapHit

Co-Créateur, Co-Rédac Chef chez ReapHit
Tente d'animer tout ça depuis maintenant quatre ans. Master exploitation de rédacteurs. Spécialiste en rhum vieux, vinyles et mauvaise foi.
Florian ReapHit