Castle – Gasface

In Chroniques by Sonia Comments

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Le 23 juillet dernier, le MC et producteur Castle annonçait la sortie de son album Gasface sur Mello Music Group : un pas de géant pour celui qui s’apprêtait à le mettre en ligne gratuitement sous le nom de Sushi, quelques minutes avant d’être contacté par le label.

Elevé par un père lui-même rappeur, Castle aime confectionner ses propres instrus à l’aide de sa MPC. Dans Outchea déjà, on trouve un sample de The Sylvers, mythique groupe soul des années 70. Dans Gasface, les rythmes ont la saveur d’un morceau de hip-hop des années 90. Les accords mineurs au clavier – que l’on retrouve sur Krillz par exemple – sont délicieusement menaçants et la voix rocailleuse de Castle semble pouvoir déplacer des montagnes. Parfois, un hook survient et la voix de Castle, devenue lente et grave, vous alpague.

De cette passion de la fabrication de prods est né un album à son image, à mi-chemin entre le brut (No Prep Time, Soulfire) et le policé (OpiumShame On Me, One Time). Gasface, c’est le genre d’album qui vous accroche l’oreille et s’écoute plusieurs fois avant de se laisser apprivoiser. Comme une fille pas très belle mais au charme fou, chacun des petits défauts de l’album semble façonné pour vous coller à la peau.

Gasface, le « visage de gaz » est invisible, intouchable, insaisissable. Pourtant il est là, quelque part, de manière diffuse et inquiétante. Et c’est bien l’impression que nous laisse l’artiste. A travers l’album, se dessine en effet un personnage versatile : léger et cynique à la fois.

Léger quand il feint l’égotrip dans Prep Time :

 « So I stop telling squares I make music
. First thing they do is look at you like you’re stupid
 « Everybody raps and everybody makes beats » Yeah, that’s cool dude but everybody ain’t me ».

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« Donc j’ai arrêté de dire aux gens que je faisais de la musique. La première chose qu’ils font, c’est vous regarder comme si vous étiez stupide (avant de vous dire) « tout le monde fait du rap, et tout le monde fait des prods » Ouais c’est cool mec, mais « tout le monde » c’est pas moi ».

Cynique, lorsqu’il se fait l’apôtre des désillusionnés dans le très réussi « Krillz » :

«I caught a scene that derailed me.
Older head on the ave, the crack had reduced him to frailty.
Never spoke, but I heard his eyes tell me, ‘The system failed me’»

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J’ai vu un truc qui m’a bouleversé :
Un vieux sur l’avenue que le crack a réduit à néant.
Je ne lui ai jamais parlé mais j’ai entendu ses yeux me dire :
« Avec moi, le système a échoué ».

« High dose of that fructose making them folk obese now
Inflation increase now
Them McDonald’s burgers ain’t cheap now
It’s why that crackhead’s sucking dick for that sedative
It’s why my cousin’s hugging the block as if it’s a relative
Auntie calls him evil, he should be seeking a reverend
But homie has a daughter the fact it’s wrong is irrelevant
I just hope he survives
Pray that he’ll make it out
Shaking the devils off before they shake him out »


« Une forte dose de ce fructose a rendu ces gars obèses maintenant.
L’inflation augmente maintenant.
Ces hamburgers Mc Donald’s ne sont plus à bas pris maintenant
C’est pour ca que ce drogué deale autant.
Tatie dit que c’est un diable et qu’il devrait aller voir le prêtre
Mais le mec a une fille donc le fait que ce soit immoral est hors de propos
J’espère juste qu’il survive.
Je prie pour qu’il s’en sorte.
Qu’il se débarrasse de ses démons avant qu’ils ne se débarrassent de lui».

A l’image de son avatar The Punisher – un anti-héro appartenant à l’univers Marvel que l’on retrouve sur la pochette de l’album et dans le dernier morceau – le monde dans lequel évolue Castle est sombre et sans espoir. L’humour noir y est de mise, les références y sont multiples et loin d’être réfléchi comme un objet commercial, Gasface est le fruit d’un long processus artistique. Il a été assemblé, pièce par pièce, au fond du garage du MC.

Mais si l’on peut apposer quelques critiques à l’album, il faudrait mentionner son côté inégal. Bien sûr, dans l’ensemble, Castle taille dans le vif mais certains de ses morceaux impactent moins que d’autres. Ainsi dans Cruising On Fumes on regrette une instru presque grinçante et un texte moins passionnant que les autres.

Castle est tout de même une grande découverte et une mine de talent, nous ne manquerons pas de suivre son actualité, d’autant plus qu’il a annoncé le 26 octobre dernier que des nouveautés étaient à paraître, toujours sur l’excellent Mello Music Group.

En écoute et en téléchargement légal ci-dessous.

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