Camélia & Lenny, Entre Misanthropie et Optimisme

In Chroniques by Théo Comments

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On savait Akhenaton grand fan de cinéma. En 2000, il passe le pas et enfile la double casquette de réalisateur et de comédien pour « Comme Un Aimant ». Il y retrace sa jeunesse faite de magouilles, de sorties, mais aussi de solitude et de tristesse, car si le soleil de Marseille brille sur la ville, c’est la fatalité du quartier qui pèse sur ses épaules et celles de ses comparses.

Alors on ne sait pas si c’est le mistral soufflant sur la Canebière, ou le charme de la cité phocéenne qui constituent un terrain de prédilection pour les premiers pas cinématographique d’un artiste hip-hop, mais c’est dans ce décor que l’on découvre pour la première Camélia Pand’Orà l’écran. Elle y interprète le rôle de Lenny, une adolescente solitaire et sauvage des quartiers Nord, qui fait la rencontre de Max, une congolaise sans papiers. Débute alors une histoire d’amitié fusionnelle, ponctuée de coups de gueule et de crises de rire. Fiction et réalité se rencontrent lorsque la désormais actrice enfile sa casquette de rappeuse. Elle trouve dans l’écriture et dans le rap un exutoire à la difficulté d’un quotidien gris comme les tours qu’elle habite, mais aussi un échappatoire au travers duquel elle s’en évade. Le réalisateur Fred Nicolas a laissé carte blanche à ses deux actrices, et l’on y ressent ce que l’on savait déjà de Pand’Or : une intégrité à toute épreuve, des valeurs qui lui sont chères, mais aussi toute la misanthropie du personnage. Mais d’autres seront bien plus aptes que nous pour parler de ce film. Plongeons plutôt dans ce que nous savons faire de mieux, et tendons l’oreille du côté de la bande son que le réalisateur a également en partie confié à la rappeuse.

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C’est donc sous la forme d’un mini EP constitué de 4 titres et de 3 de leurs instrumentales que le projet prend forme. La pochette est la même que l’affiche du film, où l’on voit Jisca Kalvandaalias Max sourire en direction de Pand’Or qui, fidèle à elle-même, a le regard fuyant vers d’autres horizons. La tracklist, quant à elle a de quoi surprendre, puisqu’un seul des morceaux a un titre français, et que les thèmes abordés n’ont, au premier abord, que peu de similitude avec ce que l’artiste a l’habitude de nous offrir . Mais ce sont bel et bien plus d’une dizaine de minutes d’un rap bien de chez nous qui sortent des enceintes une fois le disque enclenché.

Assise sur les hauteurs de sa ville, Camélia Pand’Or se pose en paparazzi pour « People » , et ce en toute modestie n’étant qu’un « grain de sable parmi des milliards » dressant le triste constat d’une société de classes où « le monde clamse pendant qu’ils fabriquent des ignares ». Finalement, le côté introspectif reprend le dessus sur sa vision sociétale, et elle nous explique les causes et l’ampleur de sa misanthropie. Cette peur des gens et de leur traîtrise, le manque de confiance car « y’en a trop qui s’appellent frères, puis s’appellent plus ». Sur ce premier morceau, elle nous décrit comment elle n’est « qu’un grain de sable qui s’abrite sous la mer quand s’agite toute la merde ». La désillusion de la nature humaine et la prise de conscience « qu’avant de vouloir sauver le monde, commence par sauver ta peau » sont omniprésents. Le tout est bercé par la mélodie d’un piano qu’une voix chantante et lancinante vient dans la langue de Shakespeare sublimer.

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Si le paradis est tel qu’elle nous le décrit, rares sont ceux qui erreraient dans l’espoir de vivre « Another day in paradise ». Le sien n’est autre que son quotidien où la fatalité et le pragmatisme de ne plus croire en un utopique lendemain lui permettent de garder les pieds sur terre, et les idées claires. Rien ne régit sa vie, mis à part sa passion pour le rap, qu’elle nous livre une fois de plus comme un exutoire car si elle « tourne en rond et que tout le monde s’en balek » elle n’a pas besoin d’en parler, mais c’est en rappant fort ce quotidien qu’elle puise sa force. Et si c’est ailleurs qu’elle se voit en contemplant l’horizon, elle se sait non pas de ceux qui « médisent et qui se vautrent » mais « parmi ceux qui maîtrisent et osent ».

Accompagné par la sourde complainte d’un violon, le piano revient explorer le casse-tête caché dans la boîte de Pand’Or. Allongée sur le divan d’un psychiatre aux allures d’instrumentale, elle conte la difficulté de vivre en communauté avec ceux qu’on « pensait amis à mort ; mais c’est la mine qu’a morflé ». Grandie par une vie où « la balle est dans leur camp mais c’est dans le nôtre qu’on meurt en silencieux » Calamity Jane a passé le « cap capitaine » et fait de sa plume une carabine pour tirer sur ceux qui abusent de l’oseille. Sur ce morceau, Docteur Jekyll s’endort et c’est tard qu’elle devient elle-même car « c’est hardcore quand Mister Hyde sort » pour descendre en rythmique un système qui l’oppresse.

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A la lecture du track, on penserait finir sur une note plus « Peace and love » mais c’est mal connaître le personnage qui a « l’amour et la haine aux trousses qui se mélangent ». Toutefois, l’instrumentale est plus légère, plus entraînante, avec un piano ponctué de rythmiques cuivrées. On plonge cette fois dans un morceau plus égotrip où la rappeuse « vise pas les poches mais le crâne, bim bam crochet droit, alors papy protège-toi » car elle arrive telle dans les starting blocks pour emmerder « la Françafrique et en passant les français friqués ». Une rafale de rimes dans les dents de ses détracteurs, afin de confirmer son niveau de rappeuse à la plume aiguisée dont l’intégrité et les valeurs ne sont pas à remettre en cause sans avoir à en assumer les conséquences. La fin du morceau clôt l’EP par un refrain chanté comme du fond du studio, pour qu’il reste en tête tel un ultime avertissement.

L’homogénéité des trois premiers titres aux relents de mal-être et de misanthropie nous plonge dans sa boîte, avant que le dernier morceau teinté d’espoir et d’égotrip nous réveille d’une claque pour mieux nous emmener voir le film. C’est certain, si l’indépendance est un état d’esprit, il apparaît clairement que l’indéPand’Or est un art de vivre dans lequel Camélia excelle.

La bande originale du film Max & Lenny est disponible à 5 euros sur le bandcamp de Camélia Pand’Or. Le film est sorti le 18 février, et passe un peu partout en France, renseignez-vous sur les dates et lieux de diffusion sur la page facebook officielle du film.

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Théo

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Juré, le jour où il y aura un partiel de Hip Hop à Sciences Po j’serai major de promo en attendant j’pointe aux RAPtrapages option francophonie punchlinée.
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