Bambaataa : peace, love and molesting child

In Dossiers by Thadrill Comments

On connait Afrika Bambaataa comme l’un des piliers du mouvement hip-hop, et surtout pour son incroyable dévotion au mouvement via la fameuse Zulu Nation, institution messianique chargée de porter la bonne parole dans le mouvement à coup de Peace, Love and Havin Fun (ou pour d’autres, à permettre aux plus anciens de s’assurer une place au chaud, un espèce de Sénat du hip-hop en guise de pré-retraite). Ce que l’on sait moins, c’est que Bambaataa  aurait aussi toutes les qualités requises pour être ordonné prêtre au diocèse de Lyon. En effet, l’homme aurait un penchant très appuyé pour la jeunesse…

Au moment où s’écrit cet article, rien est acté, Bambaataa est accusé mais en aucun cas reconnu coupable. Mais les faits relatés ci-dessous sont assez éloquents pour qu’un doute raisonnable s’installe. Derrière le témoignage de Ronald Savage c’est aussi une rumeur depuis des années jamais vraiment clarifiée.

Avril 2013, Jojo Simmons, animateur du show Star Buc While sur la radio de référence US hot 97fm qui relaye les accusations de l’écrivain et « Guide spirituel du Hip-Hop gay » Khalil Amani sur l’utilisation de drogue du violeur et l’abus sexuel sur mineur du fondateur de la Zulu Nation. Amani attestant avoir des sources fiables pouvant démontrer ses propos, déclarant clairement Bambaataa comme gay, rumeur maintes fois colportée, un fait connu de tous mais jamais officialisé. Lever de bouclier au sein de la Zulu Nation qui érige Bambaataa en martyr : le Christ a été crucifié, le Prophète Muhammad a été persécuté et Marcus Garvey a été emprisonné, il est donc logique que Bambaataa soit calomnié… N’y voyez pas une sorte d’humour noir de ma part, ce sont exactement les propos de défense du Ministre de la Zulu Nation El Kamonzi Heur Bey, porte-parole international de l’organisation.

L’homosexualité reste donc un sujet assez sensible et tabou, surtout quand il est directement lié au leader. Pourtant, il y a moins d’un an, lors d’une interview donnée à VladTV, Bambaataa abordait pour la première fois le sujet épineux de l’homosexualité dans le rap, et plus précisément au sein de la Zulu Nation. En profitant pour lever les tabous raciaux et plus particulièrement le réel impact de la communauté blanche au sein du mouvement Hip-Hop (rappelons que la société américaine reste tout de même très communautariste), Bambaataa ouvrait une porte longtemps coincée en faisant du Hip-Hop une culture globale incluant toutes les races et les orientations sexuelles, sans pour autant aborder son cas (ou confirmer ou infirmer les allégations d’Amani).

Si on peut comprendre qu’une personne comme Bambaataa soit la cible de rumeurs plus ou moins calomnieuses en considération de sa position et de son exposition, on peut tout de même se demander pourquoi Ronald Savage prendrait le risque de se griller sous les projecteurs. Explications.

Ronald Savage rencontre Afrika Bambaataa en 1980. Jeune adolescent de 14 ans, curieux de la culture Hip-Hop, il voit en Bambaataa une source d’inspiration et devient le plus jeune membre de la Zulu Nation. En décrochage scolaire et rattrapé par la ferveur du mouvement, Ronald voit en Bambaataa un père spirituel ou un instituteur d’école. Un vrai accomplissement pour l’adolescent, jusqu’au moment où la relation amicale se transforme, selon les propos de Savage, en agression sexuelle, l’habit ne faisant pas le moine…

Hanté pendant des années à lutter contre ses pensées suicidaires, il décide de tout balancer dans son livre : 1980, Bambaataa l’invite chez lui histoire de taquiner de la platine, dans le salon un autre gars est en train de mixer, il lui propose de monter dans sa chambre où se trouve une télévision histoire qu’il se relaxe, Savage, docile et malléable, s’y rend sans arrière-pensée (le rap n’avait pas encore croisé Kanye West). Bambaataa le rejoint dans la chambre et commencerait à se masturber suivi par le gars qui mixait et qui se met à faire de même, la fameuse WTF situation. Le problème, sans que l’on ait réellement de détails et quelque part tant mieux, c’est que cela ne se serait pas arrêté à cette séquence. Savage va plus loin en accusant Bambaataa d’avoir abusé de lui au moins 5 fois, mais aussi de l’avoir séquestré : « Bambaataa est venu chez moi, il m’a attaché au lit et a abusé sexuellement de moi »

Belle promotion pour son livre, diront les plus sceptiques, sauf que Ronald Savage a du soutien, et un de premier plan en la personne de Chuck Gel, membre des Jazzy Five qui a connu les deux protagonistes personnellement et a participé à  la conception des albums de Bambaataa.

« Ronald est le genre de gars à qui vous pouvez faire confiance, un bon gars, sociable et intelligent. On n’était pas au courant à l’époque, et si nous ne l’avions su, nous ne l’aurions jamais toléré. Est-ce que je crois les accusations de Ronald envers Bambaataa ? Oui. ».

 

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Pour la Zulu Nation et son ministre de l’information Quadeer Shakur, les allégations de Savage n’ont pour but que de faire vendre son livre et donc de récupérer de l’argent sur des accusations mensongères. Du côté défense, l’avocat de Bambaataa reprend la même analyse. « Ce sont des déclarations diffamatoires qui ont été publiées […] et sont faites par une personne moins connue en recherche de publicité ».

Même si suite aux faits reprochés, Ronald Savage coupa clairement et définitivement les ponts avec Afrika Bambaataa, il ne s’est pas pour autant retiré du game, restant dans l’ombre et travaillant avec différents labels comme Strong City Records ou Dick Scott Entertainment. Il revient sur le devant de la scène avec son premier livre en 2014 « Impulse, Urges and Fantasies : Life Is a Bag Of Mixed Emotions, Vol. 1 », un mémoire sur l’histoire des pionniers du Hip-Hop, ou plutôt une auto-thérapie appuyée par son thérapeute à qui il se confie sur cette histoire. Le livre auto-publié ne fait pas de bruit, et réapparait sur le devant de la scène ces jours suite à l’interview exclusive du Daily News de Ronald Savage.

Cette affaire ne s’arrête pas là, et la ligne de défense de la Zulu Nation risque d’être dure à tenir puisqu’en 2010, soit 4 ans avant la sortie de son volume 1, Ronald Savage, qui sort d’un divorce plutôt tendu, est menacé directement par Daniel Harris, le petit ami de son ex-femme. Le ton monte pour finir finir par une agression physique où Harris sera ensuite reconnu coupable devant les tribunaux. Ce qui est intéressant dans ce fait juridique, ce sont les pièces au dossier, dont un enregistrement téléphonique entre les deux protagonistes où Harris rappelle à sa victime :

« Je suis au courant à propos des choses qui se sont passées avec Bambaataa ».

Si Harris ne donne pas plus de détail et si on souhaite donner raison aux allégations de Savage, on peut donc en comprendre que Savage avait déjà dû en parler à son ex-femme, donc avant 2010, et celle-ci s’est ensuite empressée de le raconter à son nouveau conjoint, ce dernier en profitant pour mettre la pression à Savage.

Mais cette hypothèse est à charge et à décharge, on pourrait très bien comprendre qu’en effet Harris a un dossier (ou pas d’ailleurs) sur Savage et Bambaataa, sans que pour autant cela concerne un présumé abus sexuel sur mineur. Des doutes, mais rien d’avéré.

Autre problème, c’est que l’analyse à décharge vient en prendre un coup supplémentaire avec de nouveaux enregistrements audios mêlant la Zulu Nation, enregistrements attestés par plusieurs journalistes. Deux haut-responsables de la Zulu Nation prennent contact avec Savage afin d’enterrer définitivement l’affaire Harris. Sur les enregistrements audio, les deux hommes cherchent à convaincre Savage d’organiser une médiation officieuse avec Harris avec dans le rôle du médiateur… Bambaataa ! Et les hommes d’accentuer l’initiative en proposant à Savage une coquette somme de 50 000$ pour en finir. Les conversations n’iront pas plus loin, Savage refusant l’argent de Bambaataa, attestant ainsi d’un certain lourd passif. Abus sexuels ou autre dossier, il est évident que l’histoire liant les deux hommes est loin d’être propre… Mais là encore, même si on peut y voir l’ombre de Bambaataa, à aucun moment ce dernier est directement en contact avec Savage, ce que l’avocat s’empresse de prendre comme ligne de défense : « aucun des deux haut-responsables de la Zulu Nation n’a reçu de directives d’Afrika Bambaataa pour parler en son nom »

Si Savage, qui était déjà en cours d’écriture de son livre, avait mené toute cette opération de communication pour son enrichissement personnel, pourquoi n’a-t-il pas mis directement la pression sur la Zulu Nation pour obtenir un montant bien plus considérable contre son silence ? La Zulu Nation étant capable de débourser 50 000$ pour de simples propos diffamatoires sans conséquence directe, il était fort à parier qu’un zéro supplémentaire était négociable pour éviter la sortie en livre de Savage.

 

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Reste alors une autre alternative via un procès médiatisé. Mais on parle de faits qui se sont produits il y a plus de 35 ans, il y a donc prescription, 23 ans à New-York pour l’ensemble des charges civiles et criminelles, ce que Savage sait pertinemment. Et malgré tous les recours qu’il pourra entamer, une révision de la prescription sur les abus sexuels à New York semble quasi-impossible. Mais voilà, l’homme semble avoir trouvé sa quête et veut se consacrer à faire du lobbying grâce à sa position politique, puisqu’il est membre du Comité du parti démocratique de l’Etat de New-York. S’ajoute à cela une problématique globale accentuée par une pression sociale forte actuellement, que l’on voit resurgir partout dans le monde (comme en France d’ailleurs, avec la prescription des abus sexuels dans  l’affaire Barbarin). Stephen Collins, acteur américain, accusé de pédophilie par 3 victimes grâce à des enregistrements de son ex-femme, a vu son cas classé sans suite pour prescription créant un tollé pour un accusé s’étant lui-même avoué coupable des accusations portées. Une éclaircie pourrait donner raison à Savage de militer dans le sens de la fin de la prescription pour les victimes d’abus sexuels, la loi du Minnesota permet de poursuivre des agresseurs présumés dans des cas prescrits, ce type d’initiative pourrait voir le jour dans d’autres Etats où le positionnement ou non des partis politiques sur la question pourrait influer des votes en leur faveur. Enfin, l’oscarisation du film Spotlight qui mettait en lumière une enquête de journalistes de Boston sur un scandale pédophile sans précédent rajoute une pression supplémentaire sur les autorités.

Du côté de Bambaataa, pour le moment, on reste en mode silence radio, mais il faudra absolument que le leader se positionne au plus vite pour garder une certaine crédibilité, et surtout pour ne pas entacher l’institution Zulu Nation qui, elle, n’a pas d’autres choix que de prendre parti pour Bambaataa. Il doit donc se positionner en tant que leader de la Zulu Nation mais aussi en tant qu’homme, car on parle ici d’abus sexuel sur mineur, en clair de pédophilie. Il est important de rappeler que si Savage avait 15 ans au moment des faits, Bambaataa lui en avait 23, on est très loin des écarts d’âge que l’on trouve dans les gros scandales de pédophilie. Mais la majorité sexuelle et le consentement à New-York est fixée à 17 ans, ce qui veut dire que même si Bambaataa peut démontrer un consentement, si les faits sont avérés, il n’en reste pas moins vu comme pédophile par la loi, et donc sévèrement condamnable en cas de levé de forclusion.

Quelques heurs après que l’article ait été mis en ligne (sans lien), Bambaataa a publié un communiqué via le site Internet du magazine Rolling Stone :

« Moi, Afrika Bambaataa, veux profiter de cet instant, sur les conseils de mon conseil juridique, pour réfuter personnellement toutes les allégations de tout type et de toute forme d’agression sexuelle venant de quiconque. Ces allégations sont sans fondement et sont une vile tentative de ternir ma réputation et l’héritage du Hip-Hop . Ces attaques sans fondement sur ma personne ne me empêcheront pas de continuer mon combat et de rester debout contre la violence dans nos communautés, contre la violence dans la nation et contre la violence dans le monde entier« .

Au lieu de chercher à se justifier ou à dénier les paroles de Savage uniquement à titre personnel afin de ne pas éclabousser la Zulu Nation, Bambaataa préfère se retrancher derrière le mouvement Hip-Hop. En attaquant Bambaataa, ce serait donc en fait le Hip-Hop que Savage attaquerait, manœuvre politicienne de Savage ? C’est certes un poids intéressant dans la balance, mais si Savage avait voulu attaquer l’héritage du Hip-Hop, et donc au fond la Zulu Nation, n’aurait-il pas dénoncé les pratiques de l’organisation dans le cas des accusations d’abus sexuels ? En se positionnant ainsi, Bambaataa remet la responsabilité sur l’ensemble, il sera donc très difficile de trouver des voix officielles dissonantes au sein de la Zulu Nation. Intelligemment, Bambaataa ne cite pas Savage, surement pour deux raisons : la première est donc de ne pas donner intérêt à Ronald Savage, ne pas le citer c’est le mettre dans le pot commun, limite de le rabaisser. Secondement, afin d’éviter une hémorragie de petits malins ou de réelles victimes à vouloir suivre le sillon de Savage, Bambaataa fait une déclaration qui lui évite de devoir se justifier si d’autres déclarations de victimes viendraient à sortir.

« Au nom de la Force suprême, qui est appelé par beaucoup de noms, louange à elle. Humain de bonne composition spirituelle, je prie pour vous tous et demande vos prières en retour, et faisons tous ce que nous pour changer nos manières diaboliques dont nous nous traitons les uns les autres, respect et amour aux êtres humains. Que la paix et la bénédiction soient sur chacune et chacun d’entre vous. Qui se battra pour nous et pour sauver notre planète  avec tout ce chaos ? Paix, amour, honneur et respect à tous« .

Le spirituel étant la corde sensible des États-Unis, Bambaataa joue intelligemment le rôle et inverse la tendance : Savage devient le coupable du chaos, un espèce de diable caché dans l’ombre et lui une simple victime qui s’en remet à la Force suprême pour le sortir de cet machination vile.

En attendant, il reste à Savage à apporter du concret car à ce stade, cela reste du parole contre parole, qui même avec la fin de la prescription ne lui permettrait pas de gagner sa bataille sans preuves concrètes. La communication de Bambaataa est bien rodée, coupable ou non, ce n’est pas à lui d’éclaircir point par point les accusations mais bien à l’auteur de celles-ci.

Le communiqué d’Afrika Bambaataa est-il prémonitoire ou pré-orchestré ? En voulant s’adresser à l’ensemble de ses détracteurs, Bambaataa prévoyait-il une tempête plus que Savage ?

Le 16 avril 2016, c’est au tour d’Hassan Campbell de sortir du silence et d’accuser Bambaataa d’actes sexuels à caractère pédophiles. Aka Poppy, l’homme dit avoir rencontré le leader de la Zulu Nation à 12-13 ans, à la fin des années 80. Enfant abandonné, il trouve au travers de Bambaataa une figure paternelle ainsi qu’une bouée en pleine mer. Pour se remettre dans le contexte, il faut s’imaginer l’effervescence autour du Hip-Hop à NYC, et surtout autour de Bambaataa, figure et porte parole immaculé du mouvement. Dans le Bronx, son appartement fait office de chapelle pour tous les acteurs du Hip-Hop : « C’était la maison la plus fun du monde. Il y avait des célébrités, des artistes et des acteurs du quartier. C’était le meilleur endroit où être, mais aussi le pire« . Pourquoi le pire ? « C’est un pervers qui aime les petits garçons. Je sais que Ronald Savage dit la vérité, car il m’a fait la même chose« . Dans son interview donné à DJ Star de la radio Hot97, Campbell parle d’actes sexuels similaires à ceux subis par Savage : attouchements et sexe oral, mais surtout, il avance le cas d’au moins 30 jeunes ayant été aussi abusés par Bambaataa, mais qui pour le moment ne souhaitent pas partager leurs mésaventures.

Campbell affirme qu’il y a quelques temps, il avait publié une vidéo accusant Bambaataa d’abus sexuels, mais l’avait retiré aussitôt, puis avait accepté de rencontrer des membres de la Zulu Nation et Bambaataa. Toujours d’après Campbell, qui avoue avoir été entretenu financièrement pendant plusieurs années par Bambaataa, le leader de la Zulu Nation s’était mis d’accord, lors de cette rencontre, pour accepter de consulter sur ses déviances un spécialiste, mais aussi d’ouvrir un centre pour les jeunes en difficulté et enfin démissionner de la Zulu Nation. « Il n’a pas tenu ses promesses. C’est un manipulateur, doublé d’un menteur« .

Comme on pouvait s’y attendre, Bambaataa n’a pas commenté jusqu’à présent les accusations de Campbell, et c’est malheureusement une nouvelle fois la Zulu Nation qui vient prendre sa défense, et de ce fait s’expose complètement. Pire qu’une entrave au devoir de réserve que l’organisation aurait du suivre, la défense de la Zulu Nation en est complètement pathétique : « Campbell est un menteur doublé d’un informateur de la police payé par le gouvernement« . Le fameux complot gouvernemental, il est tout à fait reconnu que Bambaataa fait partie de la liste officieuse des ennemis de l’intérieur à faire abattre par la CIA… Son pouvoir sur le mouvement Hip-Hop étant tel qu’il est devenu un contre pouvoir trop important pour que l’on le laisse nuire plus longtemps…

Mais Campbell n’est pas seul, puisque deux autres témoignages, anonymes pour le moment, font état des mêmes faits que ceux portés par Savage et Campbell. De son côté, DJ Star, à l’initiative de l’interview de Campbell, constate que les opinions sont toujours divisées sur ces accusations, mais que face aux témoignages qui se succèdent, les gens prennent l’affaire de plus en plus au sérieux.

21 avril, la pression monte et la stratégie de silence de Bambaataa qui, pour le moment, n’a communiqué que via un communiqué écrit ou par son avocat semble jouer en sa défaveur auprès de l’opinion publique. Sa seule possibilité pour renverser la vapeur est donc de s’exprimer publiquement, il choisit donc l’émission The Ed Lover Show sur la fréquence radio de The Boom 97.5/102.9 ATL, exercice peu périlleux puisqu’Ed Lover est lui-même membre de la Zulu Nation et doit une partie de ses finances aux soirées de la Zulu Nation où il officie comme DJ. C’est donc une tribune ouverte pour Bambaataa avec derrière l’assurance de ne pas se faire bousculer. Le leader peut donc s’exprimer pleinement à sa communauté et à ses frères et soeurs de la Zulu Nation :

 » Je nie totalement les accusations qui ont été portées contre ton frère Afrika Bambaatta (en s’exprimant à Ed Lover). Vous devez vraiment vous poser cette question : Pourquoi maintenant et qu’est-ce qui se cache derrière ça ? » faisant ainsi référence à ce fameux trip complotiste divulgué plutôt dans le mois par la Zulu Nation comme quoi leur leader était victime d’un complot du Gouvernement orchestré par Gouvernement Fédéral, la police de New York et le journal Daily News afin de détruire l’organisation Zulu Nation.

Il continue sa défense en ajoutant que les déclarations de Savage sont un coup de publicité pour son livre et surtout qu’il n’a jamais rencontré Savage de sa vie.

Une ligne de défense plutôt maigre. De son côté Savage a réagit en proposant à Bambaataa de passer au détecteur de mensonge pour savoir si oui ou non il l’avait déjà rencontré.

Cet épisode risque de s’éterniser un bon moment, Bambaataa va devoir maintenant témoigner sous serment dans le cadre d’une première action en justice.

L’université de Cornwell qui avait décidé d’archiver la collection de 20 000 vinyles de Bambaataa se retrouve sous les feux des projecteurs, Dj Star a l’initiative des autres témoignages a lancé une pétition afin que l’université stoppe son projet d’archivage tant que la lumière ne sera pas faite sur les accusations portées.

KRS-One

29 avril 2016, KRS-One est l’invité du podcast Drink Champs animé par N.O.R.E. et DJ EFN, les accusations portées sur Bambaataa sont forcément abordés avec le Teacha qui reste un des grands ambassadeurs de la culture Hip-Hop dans le monde et surtout fortement rattaché à la Zulu Nation. Connu pour être un peu le shérif du rap et la symbolique de l’esprit Hip Hop mais aussi proche de l’organisation et de fait d’Afrika Bambaataa, on s’attendait donc à un discours mi-figue mi-raisin, ce qui fut le cas.

« Pour moi, si tu gardes que l’esprit hip-hop, tu ne peux rien reprocher à Afrika Bambaataa. Mais si tu veux creuser profondément dans la vie personnelle d’Afrika et des accusations qui ont été faites, personnellement, j’en ai rien à foutre« . Une déclaration assez trash surtout qu’ici on parle d’accusation d’abus sexuel sur enfant, KRS-One essaie de se rattraper dans la foulée « si quelqu’un a subit un préjudice ou autre, on fera avec mais ça ne stoppe pas le Hip-Hop, ça ne remet pas en cause ce que l’on a fait pour le Hip-Hop, l’Histoire reste l’Histoire. Le reste c’est du personnel« .

Le Teacha ne semble pas vraiment pédagogue et encore moins soucieux des élèves du Hip-Hop ayant croisé la route de Bambaataa, ce que DJ Star s’empresse de rappeler « Je ne sais pas pour vous mais les propos de KRS-One m’ont beaucoup dérangé.Pourquoi le Professeur, ou soit-disant professeur, fait-il de telles déclaration ? Est-ce parce que les victimes sont des hommes noirs et que leurs accusations ne sont pas équivalentes à celles des hommes blancs ?« .

Silence radio de l’intéressé, mais en plus de DJ Star beaucoup d’autres voix s’élèvent face à la position de KRS-One qui réagit via un communiqué une semaine après :

« Je suis en effet préoccupé par les accusations portées contre Afrika Bambaataa, mais je ne vais pas me laisser prendre dans une controverse qui semble être plus de l’auto-promotion et de la vengeance qu’une volonté que justice soit faite« .  Donc pour KRS-One, il ne semble pas faire de doute quand aux manques de sérieux des accusations portées, il continue :  » Bien sûr, je me soucie si un jeune est victime de violences ou même abusé, toute ma vie est basée sur la protection et le développement des jeunes. J’enseigne et inspire les jeunes tous les jours! Mais, comme vous pouvez le voir, les titres irresponsables de certains médias ou messages postés sur les réseaux sociaux comme «KRS-One ne se soucie pas qu’Afrika Bambaataa est abusé des enfants », et en essayant de tourner une chanson drôle que j’ai faite il y a des années me remettant en cause est précisément le type de ragots sensationnalistes  auxquels je ne veux porter attention ! Restons concentrer et ignorons ces Haters« .

 

«Je le dis et je le dis encore, je ne dis pas que je ne me soucie pas du tout des accusations portées contre Afrika Bambaataa; » poursuit-il, «Je suis attristé de toute la controverse et la façon dont cela a est géré. Je ne dis pas que je ne m’en soucie pas, c’est juste que je ne souhaite pas en parler, je ne prends pas parti dans ce véritables différent qui ne me concerne pas, je ne veux pas calomnier les noms des personnes et je ne veux pas non plus abandonner nos amis quand ils peuvent être accusés de crimes ou quand ils ont fait des erreurs dans leur vie. Suis-je confus à sujet?  Ma position est claire! Actuellement, tout ce que je vois et entend concernant Afrika Bambaataa  sont des commérages et du sensationnalisme, et comme je l’ai déjà dit, «J’en ai rien à foutre de ça », je n’abandonne pas mon esprit à des commérages et aux calomnies. Calomnier l’accusé pour le bien de la calomnie n’est pas la justice, ni la recherche de la justice. Je voudrais voir la vraie justice et la guérison pour les deux accusateurs, ainsi que pour l’accusé. Mais la calomnie continue et le manque de respect n’est pas la solution. L’irrespect et la calomnie ne sont JAMAIS un indicateur de vraie justice. L’irrespect et la calomnie pure et simple démontrent une vendetta personnelle et une vengeance contre le calomnié, et je ne participent pas à ce jeu, je ne suis pas naïf.  »

Histoire de ne plus avoir à se justifier, Krs One nous invite à nous soucier de choses plus importantes : « Au lieu d’utiliser votre esprit et votre temps à ragoter sur Afrika Bambaataa, je pense que nous devrions examiner de près ce que  signifie cette haine. Il n’y a pas de pardon, de justice ou de guérison sur tous les niveaux lorsque la haine est impliquée. La haine est aussi un crime fédéral, ainsi qu’une maladie mentale. Il n’y a pas de victoire avec la haine, et la haine est ce qui mène la charge contre Afrika Bambaataa… Non seulement l’amour de la justice ou même la guérison ou la réconciliation vaincront mais l’amour c’est aussi le pardon et la guérison, et la fidélité ! Voilà ce qui est nécessaire en ce moment, la haine se révèle pour ce qu’elle est : le diable ! On ne peut pas voir clairement  si on est exposé à la haine, seuls, ceux qui aiment vraiment peuvent voir clairement. La haine est en effet auto-destructeur, et c’est ce que le vrai Hip Hop doit éviter à tout prix. Seul l’amour voit clairement, seul l’amour est cohérent parce que l’amour est inconditionnel. L’amour nous montre la vraie vie de l’accusé et pas seulement les accusations portées contre l’accusé. » On remarquera que KRS-One a une façon très propre de s’attarder à embellir la vision que l’on peut avoir de Bambaataa mais qu’à contrario il ne cherche pas à embellir celles des accusés… « Donc, en terminant, je vous demanderais de ne pas attendre de KRS-One de prêter sérieusement son attention à ces questions sensationnelles quand il y a de plus grands, et franchement plus graves, les problèmes relatifs à l’avenir et l’existence globale du Hip Hop ». Tout est une question de priorité donc, pour le Teacha l’avenir du Hip-Hop passe avant toute accusation d’abus sexuel sur enfant, pas sur que cela calme les esprits. « Par exemple, les questions relatives à la documentation correcte et la mise à jour de l’histoire mondiale de Hip Hop, la colonisation de Hip Hop par le système universitaire, Hip Hop et la santé, Hip Hop et l’éducation, Hip Hop et  la police urbaine, la relation du Hip Hop à la Maison Blanche, le Hip Hop reconnu comme une culture d’origine américaine avec une protection fédérale et ses propres avantages fiscaux, plus de tournées et de possibilités d’enregistrement pour nos jeunes, notre Hip Hop City, et ainsi de suite. ce sont les problèmes graves que  nos savants, artistes et journalistes traitent. Et au passage, Nore et moi avons  discuté d’autres questions relatives à l’écriture de chansons, de mon battle avec MC Shan, de l’incivilité policière et de la création d’une monnaie Hip Hop, mais pour une raison incompréhensible, seule la controverse autour d’Afrika Bambaataa a été retenue et réduite à des déclarations délibérément irrespectueuses comme «KRS-One ne se soucie pas qu’Afrika Bambaataa est abusé des enfants ». Toute cette affaire est bête et immature, ce qui est précisément la raison pour laquelle notre communauté reste dans un état d’impuissance actuellement. Suis-je le seul à voir cela? Je pense qu’il est temps que nous grandissions !

« Les étudiants sérieux et apprentis de notre culture peuvent examiner les paragraphes 20 à 29 de « Eleventh Overstanding of the Gospel of Hip Hop » pages 470 et 471 pour avoir un meilleur aperçu sur la question. Au cours de la  semaine Hip Hop (16 au 22 mai 2016), je vais aussi sortir une vidéo d’instruction spéciale intitulée « An Introduction To Hip Hop » pour les personnes intéressées à améliorer leur enseignement de Hip Hop, aller sur KRS-One.com pour la visualiser. Et bien sûr, je présenterai mon nouveau projet musical « Now Hear This ‘avec deux nouveaux titres bonus également disponibles sur KRS-One.com. C’est ce qui est important, pas les ragots et la calomnie sans tentative de vraie justice ». Bref ne cherchez plus KRS-One sur le sujet, il a assez à faire en s’occupant de sauver le Hip Hop.

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Ce qui devait arriver arriva mais alors que le bon ton aurait été qu’Afrika Bambaataa, de son propre chef, prenne ses distances avec la Zulu Nation afin d’éviter toute confusion si les accusations allaient plus loin que de simples allégations, c’est au final la Zulu Nation qui va couper les ponts. Dans un message très succin le 06 mai 2016 n’amenant aucune explication superflue : la Zulu Nation lance un processus de rafraichissement en cherchant un nouveau leader et à renforcer son point de vue face aux victimes de violence.

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Thadrill

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Rédacteur chez ReapHit
Etablis depuis 2009, les abattoirs Thadrill vous proposent une large gamme de découpe rapplogique.De l’accrochage à la levée de mc en passant par la saignée des beatmakers mais aussi la ligature du turnatblism, cet établissement se veut dans la longue tradition de l’abattage traditionnel avec sa fameuse technique de la chronique sans concession.
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