Awon & Phoniks, savoir et pâte à crêpe

In Chroniques by Lalla Comments

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En ces temps où la pollution ne cesse chaque jour de contaminer un peu plus la terre, heureux l’homme qui croise sur sa route un joli arc en ciel, ou une étoile filante. C’est bien ça ; les plaisirs de la vie ne sont tels que parce qu’ils sont rares. En ces temps ou la pollution musicale ne cesse chaque jour de contaminer un peu plus la terre, soyez heureux mes frères : un nouveau petit plaisir de la vie est désormais disponible sur toute plateforme d’écoute en ligne. Le duo Awon et Phoniks revient. Ce sentiment d’apaisement a un nom : Knowledge of self.

On avait déjà connu telle sensation en 2013, lors de la sortie de Return to the golden Era. Ce premier projet se caractérisait par un retour réel au hip-hop 90’s, une narration sur le passé d’Awon sur fond d’apologie de la grandeur de la rue. Le 2e LP est largement marqué du sceau de ce qui constitue désormais la signature de ce duo . La plume est seulement plus consciente. Awon, laissant son passé derrière lui, se tourne cette fois vers le présent et l’avenir, tente d’éduquer la jeunesse dans « Reflections » et va jusqu’à nous faire réfléchir sur le climat social actuel dans « Summer Madness » et « Profit off my pain ».

L’adaptation de ces rimes à des sujets plus concrets n’empêche pas Awon de garder son flow, allant naturellement d’une idée à l’autre, tout en détente et sans pression, pour ainsi dire #OKLM comme paraphraserait la version 2015 du thug. Phoniks, bien loin d’être en reste, nous régale de prods bien rodées et des plus raffinées, avec pianos jazzy envoûtants (« Concrete confession »), mélodies à la fois douces (« Be real with it ») mais aussi promptes à introduire un album avec brio, comme on peut le remarquer avec la prod stimulante de « Certain presence ».

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Alors que le premier album avait été élaboré de manière isolée par les artistes, enregistrant chacun de leur côté, Knowledge Of Self est le fruit d’un travail commun. La recherche de l’esprit old school s’est faite via un enregistrement avec des micros de qualité et pre amplis, balancées sur des bandes sons analogues, dans le style cassettes. Un grain old school recherché et assumé, reconnaissable entre mille.

Ajoutons à cette composition une collaboration avec de talentueux artistes internationaux tel le norvégien Ivan Ave ou le londonien Heeni, et vous obtenez une pâte liquide, et sans grumeaux. Comme une pâte à crêpes qu’on aurait attentivement préparé, et bien laissé reposer, la réussite de cet album est sans conteste. Mais quel est l’intérêt de faire l’éloge du premier de la classe ? L’album est à consommer comme un petit plaisir de la vie. Il faut savoir l’apprécier avec parcimonie pour ne pas être lassé par une perfection répétitive.

Ce dernier LP, tout comme le précédent, sort sur le label indépendant Don’t Sleep Records. L’effort pour retrouver les sonorités old school est très présent sur le label, clin d’œil à l’âge d’or du boom-bap new-yorkais des années 90, source d’inspiration d’Awon et de Phoniks.

Mais au fond, si l’on compare avec Return to the golden Era, on retrouve ces prods lancinantes que l’on apprécie, cette marque de fabrique doublée du flow d’Awon… Les plus puristes d’entre nous pourraient alors être un peu déçus, ce à quoi je répondrais qu’il suffit de s’imaginer avec une suite de numéros gagnants à tous les Euromillions. Qui ne serait pas tenté de jouer et rejouer sans cesse ?

Une fois la recette miracle trouvée, il est difficile de ne plus l’appliquer, sous prétexte de rechercher des sonorités nouvelles. Quand bien même, cette recherche est-elle seulement nécessaire ?

Awon et Phoniks ont cette patte, ces prods jazzy et ce flow qui traverseront les âges. On ne reprochera pas à Awon et Phoniks de nous servir une nouvelle merveille à consonance US 90’s. Certes, on aurait peut-être aimé être surpris par ce premier de la classe qui connaît par cœur sa poésie et se contente de la réciter plutôt que de l’interpréter, plaçant sa voix et réglant son intonation minutieusement. On aurait aimé qu’il s’étouffe un peu, sourie ou bégaie, mais les 13 tracks de l’album défilent sans qu’on n’ait vu le temps passer, et satisfaits, on s’en retourne à notre train-train quotidien, apaisé comme après avoir mangé une de ces merveilleuses crêpes dont l’implacable recette perdure au fil des années.

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