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2016
Le BILAN

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Les derniers jours de décembre passent et se ressemblent. Encore une belle année musicale qui s’achève, passée avec vous à travers l’écoute frénétique des nombreuses sorties de ce côté de l’Atlantique ou de l’autre. Comme tous les ans, l’heure est au bilan, que l’on essaie d’élaborer à travers les goûts de chacun, les évidences et les indispensables. Bien trop heureux de perpétuer ces traditions, c’est en famille que toute l’équipe de rédaction s’est réunie pour faire le point. Un an de rap, un an de d’écoute attentive et d’écriture enflammée : voici notre Bilan de l’année 2016.

Les Editos de la rédaction

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Il est des années plus riches en écoute que d’autres. Des années où l’on a le temps de se pencher sur bon nombre de scènes avec assiduité. 2016 n’aura pas forcément été de celles-ci pour ma part, mais j’aurai tout de même fait mon possible pour suivre les grands courants, et m’attarder avec précision sur mes scènes de prédilection. Beaucoup de rap francophone tout d’abord, car on ne se refait pas, difficile de se dépatouiller de son amour de la langue, quasi impossible de tenir plus de deux jours sans se faire une bonne cure de musique en français. Il se trouve que 2016 fut riche en manieurs de mots, du style narquois, codifié et bourré d’images de Freeze Corleone, au rap auto-fictionnel et halluciné de LK de l’Hôtel Moscou, sans oublier l’écriture unique de Riski et sa série de morceaux balancée sur bandcamp dans un certain anonymat. Pour le reste, ce fut une petite avalanche de style. Non, le rap français n’est pas prescripteur, mais on y trouve de plus en plus de personnages. Des personnages capables de sortir de vrais bons albums. Côté blockbusters, on pense évidemment à Damso et à PNL, voir à Kaaris et à Niro qui, sans faire bouger les lignes, en ont encore clairement sous la semelle.
Montreuil continue à briller de son côté. Triplego vole un peu plus haut pendant que Big Buddha Cheez nous emmène dans une vraie ride rétro, et que Ichon part encore un peu plus loin dans la fusion entre un rap street qui surprend par ses structures, et un côté beaucoup plus arty.
Côté Suisse et Belge, on retiendra bien évidemment les styles fous de Di-Meh et Slimka pour les helvétiques, la mixtape ghetto-mystique de Za., ou les prestations de JeanJass aux côté de Caballero. Et bien sur le Damso, déjà suscité.

Côté américain, l’hybridation reste toujours de mise. Young Thug explore de nouvelles terres, zieute vers la Jamaïque, et sort l’un de ses disques les plus aboutis avec No, my name is Jeffery. Danny Brown est en pleine redescente, et ajoute un peu de jazz à ses expérimentations électroniques criardes. La musique mainstream n’est pas en reste avec l’excellent disque de Rae Sremmurd qui parvient à emmener la trap et le crunk vers la pop sans jamais s’abaisser. Les frangins, bien épaulés par Mike Will, réussissent à créer un vrai objet de culture pop. Le courant bubblegum aura également fait des siennes avec l’incontournable Lil Yachty, qui m’aura plutôt laissé froid, mais qu’il convient de souligner car il pourrait incarner un mouvement de transition vers un sous-genre plus exigent.

D’autres jouent des cartes plus classiques et font moins bouger les lignes mais réalisent tout de même de très belles choses. On pense bien sur à Conway et Westside Gunn. Les deux rappeurs de Buffalo n’innovent que très peu dans les sonorités, mais touchent tout de même à quelque chose d’assez unique. Le Flygod de Westside Gunn, son flow traînant, sa voix nasillarde et son ironie donne lieu à un disque assez unique. L’innovation ne se joue pas forcément dans la fusion. C’est également ce qu’aura compris Gucci Mane avec son grand retour. Le rappeur n’invente rien mais sa nouvelle évolution nous intrigue fortement, et son grand disque de retour contient de belles chansons. On a à faire à un Gucci plus thématique, moins fou, mais aussi peut être plus proche de nous, du moins de manière plus directe. Quand on a pris plaisir à suivre une personne aussi longtemps, cela suffit à éveiller notre intérêt. Bilan relativement similaire pour Boosie qui revient dans une veine très introspective et qui nous livre une floppée de mixtapes, dont on retiendra surtout la première de l’année, In my feelings, sans oublier les moments de bravoure des autres.

La côte Ouest n’est pas en reste avec le nouveau disque de Y.G. On se plaît à retrouver cet univers G-Funk contemporain, d’autant plus que Y.G a fait de vrais progrès. T.D.E fait également le taff et commence à développer un catalogue assez impressionnant en sortant trois disques de poids cette année : ceux de Isaiaah Rashad, Schoolboy Q et Ab-Soul.

Enfin, côté anglais, Skepta livre un disque ultra-abouti qui devrait avoir une vraie importance historique, tant il marque la seconde percée internationale de la musique Grime.

2016 aura été une année à trous pour moi tant certaines scènes m’auront échappé. Mais il me semble qu’une polémique résume assez bien la manière dont les lignes sont en train de bouger. Au cours de l’année Lil Yachty déclarait qu’il ne savait pas qui était Biggie et qu’il s’en foutait complètement. Certains jeunes de sa génération ont approuvé de manière narquoise, ou en baissant un peu les yeux, pendant que les old-timers hurlaient à l’inculture et au non-respect des traditions. Il me semble que tout cela est assez significatif de ce vers quoi on se dirige : Lil Yachty incarne une nouvelle vague de rappeurs dont les modèles sont différents, alors que d’autres artistes de sa génération bousillés à Internet multiplient les références aux années 90. En balancier entre les différentes vagues, le rap vacille et se cherche. Fini le temps où tout le monde avait les mêmes références, cette musique oscille désormais entre plusieurs petits mondes. Les bases se solidifient d’un côté pendant que d’autres éclatent les frontières. Certains choisissent leur camp, ce n’est toujours pas mon cas.

2016. Une année de plus à tenter de suivre et décrypter avec ReapHit, la diversité de la scène HipHop française et internationale. Une année, en équipe, à tenter d’allier réactivité et qualité. Une année enfin, à tenter d’éviter désespérément l’édito de fin d’année.

Cette année encore, le rap était partout. Aux Etats Unis Kendrick Lamar était invité à la maison blanche, et NWA rentrait au Rock N Roll Home of Fame pendant que Tyler the Creator organisait son premier défilé de mode. Toute l’année, Netflix nous proposait des documentaires et séries de qualité traitant de long en large de la naissance de HipHop et de l’influences des pionniers. En France le rap s’est affiché en double page du Monde, en « sélection fnac » ou en dossier chez Libé, tandis qu’il était comme souvent, moqué chez Ruquier.

Si le millésime 2015, nous réservait quelques révélations, le 2016 nous a apporté quant à lui bons nombres de confirmations. A commencé par l’explosion du rap belge depuis si longtemps chroniqué. Damso, Hamza, Caballero & JeanJass, ont marqué l’année rap et réalisé parmi les meilleurs projets francophones. Chez les anglais, le Grime a retrouvé une seconde jeunesse, et l’émulation créé l’année dernière par Lady Leshuur et Stormzy a cette année profité au vétéran Skepta qui grace à Konnichiwa, bénéficie enfin d’une reconnaissance internationale et grand public. En France, Nekfeu fait Bercy et confirme avec Cyborg son statut de star. Les grands médias découvrent PNL et tentent désespérément de comprendre le phénomène, tandis que Booba dirige d’une main de maitre OKLM vers un succès assuré en créant #LaSauce et tout un tas d’émission spé.

Musicalement, c’est dans les rues de Montreuil qu’il fallait rider. A tel point d’avoir l’impression en 2016, de ne presque avoir écouté que ça. De Triplego à Ichon, en passant par Big Budha Cheez ou Issaba, la scène Montreuilloise se porte à merveille et regroupe quelque uns des rappeurs le plus intriguant du moment. Le Lyonnais Lucio Bukowski réalise l’un de ses plus beaux projets à ce jour et avec Oderunt Poetas marque sa carrière d’un disque intemporel. Niro, Nusky & Vaati, ou Biffty eux bien dans l’air du temps, nous offre de belles perspectives et se retrouvent allégrement parmi les artistes les plus écoutés et termine de compléter ce rapide tour d’horizon de mes coups de cœur de l’année.

Difficile de résumer une année entière en quelques phrases, on a écouté tellement de pépites, d’EP surprenants, de morceaux incroyables et de punchlines ravageuses. Difficile surtout, grâce à la richesse et la diversité de la production rap français de toute une année. Alors s’il ne fallait avancer qu’un mot, pour moi ce serait « dépassement » ; en 2016, le rap a une fois encore cherché à se dépasser, à repousser ses limites, et à se diversifier.

Diversification, à l’image d’un DJ Weedim jouant de la MPC tant pout Jorrdee que pour Alkpote ou Biffty… Biffty, Vald d’ailleurs, ces rappeurs qui suivent la voie tracée depuis longtemps par AlK, qui affichent l’exacerbation du jm’enfoutisme, le trash quasi absurde, sans rien perdre en qualité d’écriture, avec la splendeur de ceux qui ne prennent même pas la peine de passer par la case « Rookie ». Et oui, cette année encore les codes traditionnels du hip hop ont été manipulés, bouleversés et parfois ignorés, à l’instar d’un Momo Spazz de Triplego qui, magnifique de complicité musicale avec Sanguee, préfèrerait « crever que de jouer les bandits ».
Et puis le rap a, une fois de plus, trouvé d’autres moyens de se magnifier, au son de la mandoline de Vincent Beer-Demander sur l’album de Dooz Kawa ou au rythme chantant d’un accent québéquois sur l’interlude de Sadisme et Perversion. D’autres moyens de repousser les limites aussi, comme l’ont fait Nusky & Vaati, qui brouillent avec l’insolence des jeunes prodiges les frontières entre hip hop, pop et chanson française. Insolente également, l’exploration illimitée dans l’au-delà du rap, comme celle amenée par Hamza et sa réappropriation d’un dancehall moderne d’inspiration très US.

Tout cela forme un tout on ne peut plus éclectique, un seul et même rap évoluant à un rythme effréné, dans une direction qui confirme bien la décomplexion progressive à laquelle on assiste depuis un moment déjà, du rap francais face à son homologue et non plus père, outre-atlantique. Et Dosseh de nous rassurer sur les inquiétudes des accros de la première heure et autres puristes : « normalement si t’aimes la musique, y a pas de problèmes ». Le rap n’était pas mieux avant et ne le sera pas demain non plus : il évolue, constamment, et c’est ce qui alimente l’insatiabilité de notre passion et notre soif d’en bouffer encore plus.

Donc après une année rapistique de plus dans les oreilles, mon constat reste assez inchangé : l’éternelle guerre boom bap/tout ce qui est venu après, et la place toujours compliquée, hybride, du chant dans ce chaos, ne valent pas la peine d’être considérés aussi gravement qu’ils le sont souvent. Finalement ce ne sont que des éléments de ce grand tableau superbe et un peu en bordel qu’est le rap, magnifié, comme il l’est tous les ans, par la couche 2016.

Encore une putain d’année. Encore un putain d’édito… Comme il paraît qu’un comportement passé est le meilleur indicateur d’un comportement futur, une question se pose : Mais ou va-t-on ? Personnellement, je pars en thalasso à Biarritz, mais posant un regard pas paternaliste pour un sous sur l’année rap écoulée, c’est avec appréhension d’inquiétude que votre serviteur compte se pencher sur l’aube musicale de l’année naissante. Que reste-t-il de nos amours un fois la passion écoulée ? La preuve par trois la semaine passée, lorsque Jul fit monter sur scène les deux trublions pousseurs à la consommation de Lexomil 6mg, du PAF, démontrant sans efforts à qui est destinée cette musique. La vie suit son court et les choses reviennent toutes seules à leurs place par les gesticulations de cette sainte trinité.

L’auditeur rap a quant à lui, été magnifiquement fidèle à lui même. Avare, éternel insatisfait, juge de la cour suprême rapologique, allant jusqu’à démocratiser sans complexe ce merveilleux concept des « premières écoutes, mon cul sur la commode ». Coupant par la même occasion, l’herbe sous le pied de auditeurs consciencieux, gratteurs de papiers et autres êtres civilisées avec lesquels il est encore possible d’entretenir un semblant de débat, s’attelant pourtant encore et toujours à un nivellement par le haut. Parce que sans déconner, que ceux qui se posent en maîtres d’apprentissages mettent un frein à leurs gueules. La meilleure manière de respecter cette musique que l’on aime et qui nous fascine, trouvera un bien meilleur écho dans le partage simple, l’échange cordial et l’humilité, non plus dans une espèce de fascisme éducatif pervers.

Pour clore cet édito sur un peu plus de légerté, fêtes de fin d’année et esprit de noël oblige, je n’omettrais tout de même pas d’ajouter qu’encore une fois, cette année, j’ai pris de grosses claques musicales. Avec des valeurs sûres, des artistes suivis depuis des années qui au mieux évoluent et donnent de sacrés tournants à leurs carrières, au pire, gardent une constance pas désagréable. Pour ce qui est des petits nouveaux, personne t’oblige. Je terminais mon édito 2016 par la promesse que l’année allait frapper très fort, j’me suis pas trop trompé. Renouvellement de vœux pour 2017. Je re-signe mille fois. Paix sur vous tous.

 2016 aura été, musicalement parlant, encore un très bon cru. Tandis que nombre de nos classiques fêtaient leur vingtième anniversaire, et que beaucoup d’icônes populaires trépassaient, la scène continuait de se diversifier et de prendre des tournants que l’on aurait pas imaginé auparavant. Des frontières musicales qui s’abolissent petit à petit, des voix qui se font de plus en plus entendre face aux flows monotones, voilà qui ne pouvait que plaire à votre serviteur, qui écoute autant de r&b ou de nu soul que de rap (récap à venir). Des genres qui commencent à se confondre, et qui rendent cette musique encore plus populaire qu’elle ne l’a jamais été, à l’image par exemple de Rae Sremmurd, qui ont mixé à merveille pop et sonorités trap, ou de Childish Gambino, qui nous a sorti un album hybride de folie. Westside Gunn et Conway, ou encore Ka, ont également montré que l’on pouvait encore frissonner sur du son plus classique, sincérité et puissance instrumentale faisant fi des modifications vocales et autres outils du démon. L’écurie TDE nous a encore sortis de très bons disques, Los Angeles a trouvé un nouveau souffle avec YG, Anderson Paak ou Kamaiyah, et Atlanta n’est jamais avare de surprises, avec Lil Yachty, Saba, 21 Savage ou le retour vegan de Gucci Mane.

De notre côté de l’Atlantique, c’est en Belgique qu’il fallait poser ses oreilles en 2016. Damso, Caballero, JeanJass et toute la nébuleuse autour d’eux, en passant par Za ou Hamza, certains des meilleurs projets de l’année sont sortis du plat pays. Fraîcheurs différentes mais complémentaires, nos voisins ont ramené ce petit truc en plus qui a fait la différence. N’oublions pas l’éclosion d’un crew aussi mystérieux que talentueux nommé 667, l’hyperactivité toujours bienvenue de Lucio Bukowski, le retour de Taipan, les élucubrations de Grems, les claques de Kekra, la lenteur vénère Triplego, les soubresauts de Riski, la fraîcheur de Nusky et Vaati, l’omniprésence du grand Weedim, la confirmation PNL ou l’EP trop oublié de Zekwé. Beaucoup de styles et de personnalités différentes qui font la richesse de notre scène bien française, et de moins en moins singée.

Que dire de plus à part que j’aimerais que cela continue dans ce sens, que ces frontières soient pulvérisées et que tout ce petit monde se mette – au moins un peu – à la chansonnette ? Pas grand chose. Mais l’ouverture d’esprit rend meilleur, dans la vie comme dans la musique, et multiplie les possibilités. A bon entendeur…

Comme le dit l’adage « en 2016 vient là que je te … », et de l’amour 2016 en a donné si on occulte la purge artistique commencée avec David Bowie et qui, si on est pessimiste, devrait se clore avec George Michael. 2016 fut un joyeux bordel auditif si bien que de se focaliser sur tel ou tel artiste semble impossible sans créer de frustration. Ma consommation de Noël en breuvage festif rendant la tâche encore plus ardue, j’ai demandé à plusieurs personnalités de faire part de leur ressenti :

« Après NTM, pionier du mouvement transgenre piloté par Jean-Paul Gaultier, PNL via son 3ème opus continue le travail reptilien de sapage intellectuel en déconscientilisant la jeunesse étudiante strokiste à travers l’apologie de manifestation ultraliberaliste et du rassemblement marxiste Nuit Debout, symbole du « chacun pour sa gueule ». De son côté SCH en ne mettant de voyelle entre les consonnes fait écho à l’ultra-consommation des marques comme H&M, CGT, BMW, KFC et SNCF poussant ainsi à la fin au principe de Nation et de race » – Mathias Cardet, philosophe essayiste.

« Je ne reviendrai pas sur l’année 2016 puisque mon livre « les 100 albums de mes amis qui sont cools et gentils en 2016 » devrait sortir préfacé par mon ami Bambi Cruz avant ma biographie sur un personnage culte de la black music : George Michael. Mais récemment j’étais en studio avec mon ami Jay-Z pour donner mon avis sur son prochain album (j’ai réécrit certains textes), il m’a fait découvrir Shin Zen Clik et là j’ai vu un vrai potentiel si bien que j’ai contacté mon ami Solo pour qu’ils fassent partis de la B.O. de la « Haine 2, le retour » de mon ami Mathieu Kassovitz» – Olivier Cachin, le pote de ton pote

« 2016, c’est avant tout mon émission La Sauce sur OKLM radio et mon émission « Monte Le Son » sur France 4, j’ai ainsi permis à un public plutôt large mais étroit d’esprit de découvrir de vrais artistes à la fine plume : Kekra, Damso, Shay, Young Thug. En tant que spécialiste « banlieue et cocktail molotov » sur BFM TV, j’essaye de faire de la prévention sur le rap obscurantiste comme Perso, Tiers Monde, Swift Guad ou Droogz Brigade. Bref 2016 peut me dire merci » – Mehdi « Lilouh » Maizi, multipass.

« Vous ne savez pas ce que c’est que de vivre en Banlieue Reaphit, vous êtes des bourgeois, si le FN fait 30% aujourd’hui c’est parce que les gens en ont plein le cul de vos articles d’intello gaucho sur des météques romano-bolcheviques comme Dooz Kawa, Lucio Bukowski, Jorrdee ou les autres hippies sales Nusky & Vaati, achetez-leur du champoing bordel ! » – Daniel Conversano, sociologue

Pourquoi es-tu aussi passionné par le rap ? « J’ai pas la réponse, demande à Freud, j’passe à autre chose, il faut que j’écoute ce skeud… ». Hocus Pocus ! dit l’illusionniste, un tour de magie qui dure depuis une décennie.

Je ne pouvais encore comprendre que ce serait œil pour œil, dent pour dent mais un jour ce fut Traits Pour Traits. C’est un après-midi de mai 2006 dans le centre culturel d’une grande distribution du fin-fond de ma petite Bretagne que j’embrasse ma passion. Si l’on demande donc à Freud pourquoi, il nous parlera sûrement d’un acte manqué. Je me souviens que c’est en lisant les lettres S.N.I.P.E.R, en petit geek que j’étais, enfant du revolver, que je posais le casque sur mes oreilles. Ma passion scellée par le lourd casque audio d’un présentoir, enchaîné. Première balle. Première car en fêtant mes 20 ans cette année j’accomplis ma demie vie à marcher sur un beat de balle Hip-Hop.  Une camisole chimique puisque je passe toujours à autre chose, écoute un autre disque visite une autre prose.

Je suis de cette génération perdue à mi-chemin dans l’histoire du rap, trop jeune pour avoir vécu un âge dit d’or, pas assez pour être aveuglé par ses nouvelles dorures. D’une génération d’enfants du soleil anuitées dans l’équivoque qui vient aujourd’hui cracher son venin. Nos classiques ne sont pas NTM ou IAM, non dans nos premières soirées on allumait de mauvais joints en kickant les couplets d’Aketo, Tunisiano ou Blacko que l’on connaissait par cœur depuis l’enfance. Nous sommes de ceux qui ont crié des Pull-Up après chaque gimmicks de Nekfeu et son Entourage dans les RC avant que n’est lieu une scission. D’un côté ceux qui lui resteront fidèles et auront grâce à lui le rappeur de leur génération, suivi et adoubé depuis le temps où il levait encore son 5 Majeur. Du mien, ceux qui lui en voudront, qui auront perdu le génie qu’ils avaient cru déceler, agressés par son illumination et celle de ses homologues. Ceux qui se lanceront dans une quête un peu éperdue, passant sans cesse à autre chose, touchant à tout, tombant très tôt amoureux de l’exploration de bacs abyssaux, s’y noyant avant d’aller respirer à nouveau, ailleurs.

Jeter un coup d’œil dans le rétroviseur de ma longue route pavée de rap c’est réaliser la diversité de paysages musicaux que j’ai pu traverser, c’est également voir à quel point le rap m’a influencé, forgé le long de ces 10 kilomètres. Du jeune auditeur se politisant au rap que j’étais au jeune journaliste politisant le rap que je suis devenu. J’ai longtemps cru à certains de ses discours devenus moralisateurs, je me suis fait avoir par l’écueil qu’est le rap militant, j’ai ri amèrement des tentatives de certains et aussi admis que ce dont le rap comporte de politique est à trouver ailleurs, et qu’il faut suivre son Hourvari pour le débusquer… J’ai vécu la politique par le rap, quand j’ai vu fleurir partout ses épines sur une jeunesse s’octroyant la rue, fédérée par un même hymne des banlieues et j’ai alors souhaité Le Monde Ou Rien. En changeant de monde jusqu’au Nouveau j’ai aussi affirmé qu’il était évidemment et intrinsèquement lié à son effervescence sociale.

Alors après avoir longtemps pensé écrire R.A.P Rythm And Poetry, indéniablement aujourd’hui j’y lis Revolt And Poetry. Passant d’une année à l’autre aux côtés de Triplego je m’envole, eau frais de ReapHit, pour 2020 après avoir ridé dans leurs eaux oniriques. Je lève ma flute de lin aux diables du 667 qui vont bientôt réveillonner sur un game qu’ils viennent ombrer. Je guéris doucement ma TSRinite pour mieux attendre le retour du roi des punchlines légendaires mais bon il en fallait bien une, moi non plus « à 19 ans j’voulais pas grandir ». Omniprésence du temps fluidique, par essence, hantise rapologique. On a rechargé les batteries faibles et même si le mien aussi de groupuscule est minuscule, ridicule face au crépuscule, on a vu les siths et les jedis s’allier mais surtout les planètes s’aligner et le futur sera en mode ReapHit. A cette année, au fil des papiers !

Alors que les puristes prophétisent la mort du rap depuis le début des années 2000, force est de constater qu’il ne se porte pas si mal que ça. Car 2016 est une année aussi riche musicalement que les précédentes.

Comme en 2015, l’événement rap français de l’année est assurément PNL. Après avoir conquis l’Hexagone avec Le Monde chico, les frères Andrieu ont choisi d’entrer définitivement Dans la légende. Pour ce nouvel opus, Ademo et N.O.S. ont repris la même formule. Il est toujours autant question d’argent, de trafic, de leur famille ou de dessins-animés. La musique est toujours aussi hypnotique, quoique ce nouveau disque se révèle plus posé que le précédent. La recette fait mouche, puisque les frères ont vendu 51 957 albums en une semaine. Trois mois plus tard, PNL est triple disque de platine avec plus de 300 000 disques écoulés. Les clips de « Naha » et « Onizuka » sont également de francs succès sur YouTube. Ademo et N.O.S. se sont cependant peut-être trouvé un concurrent de poids en la personne de Nekfeu. Après une année 2015 marquée par la sortie de son premier album solo, Feu – qui a connu un vrai succès commercial, à défaut d’être une grande réussite artistique – le « petit grec » revient en forme. C’est d’abord avec ses potes du S-Crew (Nekfeu, Mekra, Framal, 2zer Washington), que le MC du XVe se présente, avec le générique français du film Creed : l’héritage de Rocky Balboa, puis avec leur deuxième album intitulé Destins liés. Ce dernier est certifié d’un disque d’or (50 000 ventes). Mais c’est avec son album surprise, Cyborg, annoncé le 2 décembre, que le rappeur actif mouvement social Nuit debout, fait vraiment sensation. Mieux écrit et plus engagé – sans tomber dans le « rap conscient » pour autant – que Feu, le disque est certifié disque de platine en deux semaines avec 106 000 exemplaires vendus (physique, digital et streaming).

2016, c’est aussi le retour de Seth Gueko, qui nous livre avec Barlou son meilleur album depuis longtemps. Souvent trop irrégulier, le rappeur exilé en Thaïlande – qui y connaît « des problèmes d’immigration » –, plus anarchiste que jamais, ne nous déçoit pas cette fois. Autre retour, encore plus attendu, celui de Despo Rutti. Revenu de HP et converti au judaïsme, le MC nous lâche Majster – où apparaissent notamment Seth Gueko, Lino et Kaaris –, un double album stratosphérique. Torturé, sombre et délirant, avec son intro de 17 minutes, ce disque, qualifié par nos confrères de Captcha de « plus grand album de l’année 2016 » mérite plus qu’une oreille attentive. Avec ce nouvel opus, Despo nous prouve qu’il est un génie encore trop incompris. Mais 2016 en France, c’est également les deux très bons albums de l’hyperactif Lucio Bukowski (ODERUNT POETAS avec Oster Lapwas et HOURVARI avec Milka), le premier disque de Damso, nouvelle perle belge du 92i qui confirme tout le bien que l’on pensait de lui, et le retour gagnant de Georgio, qui s’affirme comme l’un des espoirs du hip hop hexagonal.

Outre-Atlantique, après Kendrick Lamar, c’est à son compère Schoolboy Q d’écraser la concurrence. Avec Blank Face LP aux sonorités gangsta, le MC originaire de Los Angeles nous rend une copie plus propre que son bon mais irrégulier Oxymoron sorti deux ans auparavant. Des producteurs aux invités, rien n’est laissé au hasard par Schoolboy Q. On retiendra « THat Part », morceau phare de l’album, où collabore l’autre rappeur américain de l’année 2016 : Kanye West. Les grands médias se focalisent sur les déboires et extravagances de sa femme Kim Kardashian, qu’on en oublierait que Kanye est avant tout un grand artiste. The life of Pablo, où on retrouve notamment Kendrick Lamar, Chance The Rapper, Frank Ocean ou Kid Cudi, nous le rappelle. Parfaitement produit, cet album a en plus bénéficié d’une promo de qualité, avec le retour des G.O.O.D. Fridays : comme en 2010 avec My Beautiful Dark Twisted Fantasy, chaque vendredi un morceau inédit, faisant parti ou pas du disque est dévoilé. Une formule qui réussit toujours. En conclusion, si 2015 aura été l’année des révélations, 2016 a été celle des confirmations. Et on ne s’en plaindra pas.

5 Artistes Francophones

DAMSO – En quête du meilleur

Comment faire un tube ? Damso a la recette mais choisit la beauté de la prose et la liberté de la plume. Pour lui, créer est une histoire d’instinct, de vie, de mort et d’amour, et sa quête de justesse, de qualité et de profondeur semble ne pas avoir de fin. Perfectionniste, il nous avait fait patienter dans sa Salle d’Attente, et 2016 est l’année qu’il a choisit pour entrouvrir la porte des ses limbes, avec Batterie Faible, un Monde peuplé de chimères et de pensées errantes, avec une confiance sage et sans artifices. Textes bresoms, torturés parfois, mélancoliques souvent, les rimes sont délicieusement crues ; Damso n’est là que pour faire du sale.

Juste et jamais superficielle, de sa plume transpire le vécu ; la prose est un Exutoire, au travers de laquelle il se confie sur ses démons, pour que l’Amnésie jamais ne le frappe. Exutoire de ses désamours, de sa peur d’être sobre, de son quotidien de baise ou de bédos doux, le rap de Damso est harmonieux et profond ; il est introspection, humilité, et désir tout à la fois. Son rap, pour et face à lui-même, « fait l’effet d’un violent baiser dans le cou ». Il n’est qu’un sombre négro, elles ne sont que de sombres pussy, égaux parce que familiers des dégradations ; ils sont ceux qui se font baiser et sont faits pour être ensemble. Romantique malgré lui, amoureux des putes et briseur des cœurs innocents, Damso ne pense qu’à fuir le monde, il n’est « ni des leurs, ni des autres, ni des vôtres. » ; il lévite à jamais, jouant avec la beauté des mots crus, du sensuel sans inutile écrin de satin.

Loin du Pinocchio qu’il aurait pu être, Damso s’est révelé Padawan, fidèle au Maitre Booba qui l’a mené du bon coté, tout en cherchant sa propre voie/x. En 2016, 92i est le gang, Bruxelles est la ville, d’or est le disque. Vie. Maëlle

KEKRA – Avec pas moins de trois projets cette année, tous meilleurs les uns que les autres, le rappeur masqué originaire de Courbevoie a rapidement su rendre son public totalement addict. Une stratégie de communication habile (très peu d’interviews, deux projets gratuits), un mystère qui plane toujours autour de son personnage, des refrains archi-entêtants, une maîtrise parfaite de l’autotune couplée à sa voix particulière, des placements qui dépassent le cadre, Kekra est un tourbillon démoniaque qui mange tout sur son passage, cervelets de ses auditeurs inclus. S’il continue à ce rythme, 2017 sera pour lui. Julien

667 / FREEZE – Le Tenkaichi Budokai 2016 a été le témoin d’un fait rare, la fusion de Don Corleone et Freezer. Celui que l’on connait désormais sous le nom de Freeze Corleone est sorti des entrailles de la terre, libérant avec lui la Ligue Des Ombres. La Fin Des Temps a été annoncée, l’antéchrist a changé l’eau en lin, prononcé son apostasie. Le jour du jugement dernier a percé lorsqu’à l’Ouest le soleil s’est levé. Au-dessus d’eux il arrive en mode avion, et après avoir ridé l’espace Shengen, le Shen Zen arrive pour rajouter une unité diabolique. 2017 sera le diable plus un pour la concurrence qui va toucher l’euphon, une bénédiction à l’eau bénite par le 667. Théo

ALKPOTE – Plus grosse b(r)aguette moulée de la boulangerie française, mélange d’un cimetière de fin de soirée et d’une ambroisie olympienne, empereur auto-proclamé du sale aux armoiries P.U.T.E., cyborg tatoué d’une croix gammée souhaitant le corps de Netanyahu. Charisme et perfection ou Sadisme et Perversion, selon le bon vouloir de chacun. Toujours est-il qu’avec cet album aux allures de Kâma-Sûtra lyrical monosyllabique, Alkpote continue sa marche de l’empereur sur le game. Au sommet de sa pyramide, il urine un violet limpide, fume de la moonrock, avance en Moonwalk. Théo

NUSKY & VAATI – Entre mélodies faussement innocentes et phases sincèrement insolentes, jolis jeux de mots et pensées dites tout haut, le duo de super-héros nous entraîne dans un monde à part, décalé, spontané comme nos pensées. Loin du virilisme et d’à peu près tous les codes qui régissent le game, Nusky rappe, ou chante, au rythme de ses doutes et fausses routes, sur des prods de Vaati, transpirantes d’amour de la musique et d’envie de se réinventer. Pas complètement hip-hop, difficilement définissable mais finalement très complet, l’univers de Nusky & Vaati est une toile colorée et audacieuse, contemplée à la lumière du jour ou devinée dans le noir, mais jamais superficiellement éclairée au fond d’un hangar, sans fausse C ni faux espoirs. Maëlle

5 Artistes Anglophones

CHANCE THE RAPPER, UNE ANNÉE COLORÉE

Depuis sa très remarquée mixtape Acid Rap, on sentait que Chance The Rapper possédait ce petit truc en plus des autres. C’est avec un album distribué gratuitement, Coloring Book, qu’il se place définitivement dans les hauteurs du mouvement. Avec Surf déjà, son album accompagné du groupe The Social Experiment, on pouvait entrevoir la direction musicale que prendrait ce nouvel effort, mêlant à merveille rap et gospel. Références religieuses, spoken word, poursuite de rêves pas si lointains et chœurs frissonnants, quatorze pistes durant lesquelles Chancelor Bennett et ses invités réinventent le pattern laissé quasi vacant par l’ancien messie Kanye West, désormais gravure de mode améliorée, mais toujours idole du jeune homme, qui l’a à son tour invité sur le premier morceau de l’album, comme l’a récemment fait son aîné.

Un livre à colorier qui finit d’asseoir les dernières performances du rappeur de Chicago, qui lui permet aussi de toujours réinventer ses thèmes habituels, et d’y rajouter une bonne dose de spiritualité et d’espoir, notions essentielles en ces temps pas toujours simples. Un véritable rayon de soleil, cerise sur un gâteau musical fournée 2016 qui laisse rarement la place au positif. Julien

ANDERSON PAAK – Parce que Malibu. Après sa mise en lumière l’année dernière sur Compton, l’album-retour de Dr Dre et son premier album Venice, Anderson Paak a, en 2016, confirmé l’essai. Que ce soit avec Malibu, son deuxième album solo, Yes Lawd ! de NxWorries, ou une flopée de collaborations marquantes, Paak nous a dévoilé tout au long de l’année sa polyvalence et confirmé toute l’étendue de son talent. Une liberté artistique que peu sont capables d’aussi bien assumer. Malibu teste avec brio d’autres incursions musicales, et ouvre la carrière de Paak vers d’autres sonorités. Vivement 2017. Florian

SCHOOLBOY Q – Cette année TDE a révélé son plan de bataille et réunit ses lieutenants. En première ligne, Schoolboy Q qui, deux après la sortie de l’excellent Oxymoron, à de nouveau réussit à nous surprendre. Que ce soit par ses choix de communication, avec un Blank Face annoncé de longue date, ou par les aguicheuses sorties des huits clips issus du projet, la promotion de son nouveau projet fut un véritable marathon. Loin de réaliser un Oxymoron II, l’écolier de South Central a étoffé sa proposition musicale, tout en conservant ses thématiques récurrentes, cette puissance introspective. Le personnage de Q continue d’évoluer et nous emmène dans des contrées parfois surprenantes mais toujours efficace. Florian

WESTSIDE GUNN – Ancienne perle de l’économie industrielle des Etats-Unis, Buffalo connait l’une des plus grandes désertions de population jamais recensées. Officiellement la faute à la crise économique, mais officieusement, les fantômes des frères Big et Little Harpe semblent être les responsables. Le nombre de corps retrouvés au fond de la rivière cette année, étripés et lestés, s’élève à plus d’une centaine. Dans le milieu du crime organisé, on attribue ces sombres exécutions aux deux frères du cartel Griselda Records, Conway et plus particulièrement Westside Gunn. Ce dernier a fait de cette année 2016 la symbolique du murder rap enchaînant projets, collaborations et albums dans une effusion de sang microphonique sans discontinu. Mais n’y cherchez pas une simple soif de sang, derrière ces crimes, c’est un empire financier qui se dresse, à faire pâlir Lucky Luciano et Meyer Lansky. Thomas

KA – New-York, été 2017, les habitants de Brownsville suffoquent, asphyxiés le jour par des températures caniculaires, et suffoquant la nuit des fumées des bâtiments en flammes. A cette canicule urbaine s’ajoute l’ombre de The Son Of Sam, serial killer ou exécuteur, chaque décès de ce quartier lui est attribué. Prises entre angoisse et rumeurs, les tensions communautaires s’encastrent jusqu’au point de rupture. La presse, et plus particulièrement le New-York Post, dans du grand sensationnalisme, allume la mèche en pointant du doigt l’ombre de Kaseem Ryan, capitaine des Pompiers le jour, tueur né au microphone la nuit. Avec Honor Killed The Samurai, son 4ème album autoproduit, Ka réussit à construire son œuvre la plus sombre et la plus froide en pleine période de grosse chaleur et de tension. Summer Of Ka. Thomas

FOCUS SUR :
Despo Rutti, l’année Majster

Une mixtape, un film, un album, et l’annonce d’un livre, voila ce que nous aura offert Despo Rutti en 2016. Comment faire autrement que de lui accorder une place de choix dans notre Bilan ? Despo c’est ce secret bien gardé, ces vérités murmurées, cette musique d’initié transmise de bouche à oreille depuis déjà quelque années. Un parcours chaotique. Le Congo en guerre puis l’exode vers PSB, la découverte des lois du quartier, de l’exclusion sociale et du racisme démocratique. Les premiers textes, Hostile 2006 et des classiques à chaque sortie, jusqu’à ce que l’expression « le rappeur préféré de ton rappeur préféré » lui soit presque exclusivement réservée. Le parcours est connu, et la discographie se doit d’être étudiée.

Pourtant, depuis Convictions Suicidaires en 2010, le rappeur en solo se faisait relativement discret. L’auditeur ayant, sans réelle surprise, le privilège de voir les dates de sorties d’un nouvel album se succéder et les projets s’avorter. D’abord « Apocalyptico » puis « Les funérailles du Tabou ». A chaque fois c’est l’embrouille, le scénario se répète, Despo retourne sur le pavé et l’auditeur reste sur sa faim. Annoncé chez Y&W, les aléas de la vie faisant, la finalisation de ce nouvel album prend du temps mais se concrétise enfin avec « Majster » le titre éponyme et la sortie de quelques singles de haut vol. « Bankster » et « Que la Paix soit sur vous » . Puis plus rien. Encore. Jusqu’à ce qu’en mai dernier, quelques vidéos volées soient dévoilées sur le net. Quelques phrases sorties de leur contexte, un manque de cohérence et une kippa sur la tête auront suffi à faire planer le doute sur l’état de santé de Despo et déstabiliser les plus hardcore fanboy du parisien. L’inhumanité des réseaux sociaux et le jeu de la surenchère faisant le reste, Despo passe en quelques semaines à peine du statut de mythe intouchable du hardcore français à celui de skyzophrène errant. Une situation dramatique pour une communication chaotique. C’est dans ce contexte plus que particulier que Rutts nous livre enfin Majster, le plus grand album de tous les temps.

Ces considérations mises à part, que retenir de l’album le plus marquant de l’année ? A part le fait qu’il soit objectivement, impossible à chroniquer ? 22 titres inégaux et des instrus pas toujours au niveau, oui, mais au milieu de tout ça… il y a Despo. Si Rutts, dans ses textes, a toujours fait la part belle à ses introspections, il pousse sur Majster l’exercice plus loin que jamais. Le niveau d’introspection frôle ici l’éventration, et la sincérité sans filtre de Despo se mue en véritable expiation. Fascinant et totalement obsédant, l’album ne s’apprécie pleinement qu’à la connaissance du parcours artistique et de la vie du principal protagoniste. Chaque titre, chaque bribe de vie nous apportant des réponses et une compréhension plus globale de l’oeuvre de Despo. « L’adulte est prêt à tout pour soigner ses maux d’enfance ». Majster est indubitablement un disque réservé à un public d’initiés et fortement averti. Obscur, complexe, parfois divaguant, ce double CD nous offre une plongée sans filtre dans le cerveau et dans la vie d’Azu. Dès lors, toute critique ne serait que jugement. Florian

5 Albums Francophones

TRIPLEGO – Eau Max

De belles paroles chuchotées à l’oreilles en rimes éclatantes, langage codé et flow codéiné, sur des instrus poétiques à souhait, la patte de TripleGo est reconnaissable entre toutes, et en 2016 elle n’a même plus besoin de montrer sa blancheur. A la fois Hippies du 93 et nomades dans le Sahara pour y séduire « des femmes à tête de chienne comme Anubis », Momo Spazz et Sanguee sont en quête de spiritualité, pour sortir de la Mierda. Viser le nirvana, courir après l’éphémère et fuir ses démons, voilà les seules règles de ce jeu auquel ils semblent s’adonner, manipulant les mots et les sonorités avec une remarquable agilité.

La complicité est parfaite, l’univers, hybride, est cohérent, la liberté musicale est totale, l’identité est affirmée avec naturel. Leur musique, et les clips à son image, sont d’une simplicité belle, épurés. Et si « Sahara » est le premier titre d’Eau Max, c’est parce que leur musique est semblable à un désert : les frontières musicales sont perméables, le concept de délimitation des genres musicaux perd tout sens, et le champ des possibles est immense. C’est bien cet univers qu’ils construisent depuis quelques années déjà et qui nous a assommé en 2016, nous laissant des étoiles dans les yeux et un sentiment de plénitude salvatrice.

Avec cet EP, TripleGo a bouleversé nos oreilles, annihilé tout le reste le temps d’une ou mille écoutes, et préparé le terrain pour « 2020 », le projet à venir. Eau Max et pourtant sans forcer, avec une nonchalance géniale, le duo de Montreuil s’est imposé. Un régal. Hors du temps, dans le turfu même, Sanguee et Momo Spazz sont hauts, ils sont déjà loin. Déjà en 2020. Maëlle
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NIRO – Or Game
Toujours loin de faire l’unanimité (« Comme d’hab »…) il n’en reste pas moins que Niro a encore une fois marqué au fer rouge l’histoire du rap français, par un projet sorti tout à fait par surprise au beau milieu d’une nuit de printemps froide et sans lune. Un projet mal défini par le principal intéressé, allant jusqu’à laisser le choix à l’auditeur de nomenclaturer le bazar. Toujours aussi cru et violent, Niro sortait du silence en en mettant partout. Portant son album comme Atlas le monde, ce fût une grande gifle à travers la mouille du game faiblard du moment. Un des rares projets à continuer de tourner dans les mp3 une fois l’année passée. Tantôt street, tantôt introspectif, le barbu reste fidèle à la cohérence du discours et aux figures de style marquantes empreinte de rue, la vraie. Klément

LUCIO BUKOWSKI – Hourvari
Puisque tous haïssent les poètes, Lucio Bukowski a retrouvé Milka dans un grand tumulte et sonné son propre Hourvari. Fuyant le temps assourdi par un brame meuglé répondant à un cor désaccordé, il se prend à halluciner. Une chasse à courre parfois effrénée, souvent enivrée dans les clairières obscures de la métropole fiduciaire. Sous le couvert complice de la nuit, il s’enfonce dans des tunnels empreints d’un cynisme grinçant, d’un spiritisme ardent et prie pour que la lumière au bout ne soit celle du train. Admettant que « L’homme est un homme pour le loup », Ludo quitte la meute, s’aventure solitaire à l’orée de la forêt. Lycanthrope solaire, il ne craint plus la pleine lune, s’affranchit du temps et sous une Pluie de Grenouilles, s’élève pour atteindre sa canopée. Théo

PNL – Dans La Légende
C’est peu de dire que la sortie de Dans la Légende était attendue au tournant. Un an après le cataclysme provoqué par Le Monde Chico, les deux frères ont une nouvelle fois décroché la victoire par K.O. Si ce troisième opus n’amène pas de révolution majeure, il marque une sincère et franche évolution du son de PNL et de son univers. Les ambiances douces amères du Monde Chico ont laissé place à une relative sérénité. Le terrain n’est plus à tenir, et les frères n’ont plus le même spleen à chanter. S’éloignant un peu plus de codes qu’ils ont eux-mêmes détournés, Dans la Légende se veut varié, et assume des sonorités jusqu’ici esquissées. Aidé par une communication démentielle, PNL s’impose, pour la dernière fois sans doute, en véritable phénomène. Florian

DOOZ KAWA – Bohemian Rap Story Alors que Rick refuse obstinément de vouloir couper les cheveux de Carl, et que la tension monte contre l’organisation de Negan, un nouveau personnage fait son apparition : Dooz Kawa, sous forme de spin-off intitulé Bohemian Rap Story. Toujours choqué par la médiocrité de Fear Of The Walking Dead, les aventures de Dooz Kawa, manouche asocial et sans but en plein apocalypse, nous entrainent dans les entrailles malsaines du relationnel de l’homme face au zombie. On ne sait pas qui est le miroir de qui durant les 12 épisodes de cette saison, mais la complexité des rapports se transforme très vite en relation malsaine, pour finir sur un coïte morbide. Loin du politiquement correct, ce spin off est le côté insidieux de notre propre pourriture. Thomas

5 Albums Anglophones

DENZEL CURRY – Imperial

21 ans et déjà trois disques au compteur. Autant dire que Denzel Curry a de l’énergie à revendre. Avec Imperial, le jeune rappeur délivre un petit chef d’œuvre de manichéisme, en balancier entre un rap rèche à la poursuite de productions trap mitraillettes, et des envolées chantées étranges, quasi-spatiales. Les productions brutales, rugueuses et distordues, et l’espace occupé par cette voix arrachée et virant rapidement dans les aigus ne laissent que peu de répit à l’auditeur. Imperial se place parmi ces disques fatiguants pour les oreilles non habituées, mais aussi terriblement salvateur, l’énergie brute y côtoyant un regard halluciné, parfois même étrangement pertinent.

Trop souvent cantonné à un rôle de kickeur brut, comparé à certaines légendes de Memphis pour sa capacité à prendre le beat de vitesse en 2-step, Denzel Curry possède en réalité une vision un peu plus large que cela, en se plaçant de manière instinctive sur la frise de l’histoire de la musique américaine. Le mysticisme de Sun Ra, le goût de la mélodie d’un chanteur de gospel sans le groupe, s’accompagnant seul en se backant sur d’autres tons, la rage d’un rappeur actuel de Chicago. Le jeune floridien suit sa bonne étoile de manière aveugle. Peut-être est-ce pour cela qu’il s’avère déjà si dense. A suivre de très près à l’avenir. Nadsat

ISAIAH RASHAD  – The Sun’s Tirade Introduit dans le jeu par un premier mini-album très réussi, la jeune recrue de TDE était attendue au tournant pour ce véritable premier disque. Un groove imparable, une écriture ciselée, un flegme subtil, Isaiah Rashad regarde en chien de faïence les époques, navigue de l’une à l’autre et crée la sienne sur The Sun’s Tirade. Passant du sermon social à la recherche frénétique d’argent, de la souris au chat, on rebondit à son rythme sur les battements et les rimes maîtrisées du bipolaire bonhomme. Un album vraiment indispensable dans une collection 2016 qui n’a pas grand chose à envier à ses aînées. Julien

RAE SREMMURD – SremmLife2
Toujours chapeautés par Mike Will, les frangins du Mississipi livrent un disque beaucoup plus abouti que son prédécesseur. Plus varié aussi. Mi-écorchées, mi-cartoonesques, les voix des deux rappeurs portent des mélodies pop déraillées et des couplets échevelés ponctués de gimmicks criards. Du banger de soirée à l’hommage aux aînés, Rae Sremmurd surplombent leurs références, qu’elles soit ringtones, crunk, pop ou trap, et crament leur réserve d’énergie dans un véritable feu de joie. Sremmlife 2 avait tout pour se casser la gueule, mais a fini par devenir le blockbuster le plus hybride et le plus abouti de 2016. Un véritable Hydre. Nadsat

SKEPTA – Konnichiwa
Difficile de bouder son plaisir face à la déflagration qu’est Konnichiwa. À 34 ans, le rappeur de Tottenham nous a dévoilé cette année un album voiture-belier. Un projet brut, concis, duquel on ressort épuisé mais ravi. Douze titres qui n’ont rien d’une formule de politesse, un grime pur, technique et maitrisé, un flow particulier, percutant et violent, des schémas de rimes quasi géométriques, qui offrent a Skepta la consécration qu’il mérite sur une scène internationale plus grand public. Un succès presque inattendu, mais bienvenu, qui a permis de remettre en lumière l’ensemble de son œuvre, et celle de toute une génération du rap anglais. Nadsat

CHILDISH GAMBINO – Awaken My Love Après avoir été au coeur d’une des meilleures séries TV de l’année, Atlanta, Donald Glover aka Childish Gambino sortait également son troisième album. Une réussite mêlant jazz et funk, délaissant le rap, et qui nous emmène à toute vitesse dans une galaxie lointaine. Déroutant, psychédélique, sans complexe, Awaken My Love ouvre des frontières musicales qu’il est de plus en plus ardu à distinguer. Les références ingurgitées et recrachées par Donald sont multiples et intemporelles, sociétales et personnelles. Un niveau de cohérence et de musicalité que peu d’artistes peuvent se targuer d’atteindre. Julien

FOCUS SUR :
L’hallucinante année de Lil Yachty

 

Il y a un an, qui avait déjà entendu parler de Lil Yachty ? Personne, ou presque. En une année, le jeune rappeur d’Atlanta est passé d’inconnu à superstar, comme cela arrive de temps en temps dans cette Amérique de tous les rêves, de tous les délires. Tout a commencé avec un couplet écrit à la va-vite sur les bancs de l’école, posé sur une instrumentale type-beat, puis balancée sur les internets. Quelques semaines s’écoulent, et « 1Night » devient un hit, millions de vues sur Soundcloud, et clip humoristique sur le ton du morceau, la viralité est extrême. Un lancement de carrière bien aidé par A$AP Rocky, qui l’ajoute au casting du show Yeezus 3. Lui qui ne devait figurer que dans le fond, aborde la directrice et lui fait remarquer que son look particulier (cheveux rouges, fines dreadlocks et perles au bout, tu vois le genre) pourrait coller avec la collection. Ce sera donc au premier rang qu’il figurera, avec notamment Young Thug, et à partir de ce point que les fashion doors s’ouvriront à lui.

Un hit prometteur enchaîne presque obligatoirement un premier projet, le petit bateau s’amarre donc en studio. Atanta, nouvel eldorado rapologique américain, n’est pas une si grande ville, et tous les hyperactifs du micro se croisent plus que souvent pour enregistrer toutes leurs élucubrations. Au QC Studio, où il enregistre, il croise les Migos, Young Thug et d’autres, qui ne cessent déjà de le conseiller et de lui donner la force nécessaire. Pas de coup de fil à passer pour un featuring, la matière est déjà juste à côté. Rick Rubin, pas né de la dernière pluie, commence à s’intéresser à ce jeune ahuri, et le fait venir chez lui à Los Angeles. C’est là-bas qu’il enregistrera « Broccoli », l’autre tube de son année, sur l’excellent dernier disque de D.R.A.M.

Ceux qui ne s’intéressent pas ou peu au renouveau de cette musique l’auront certainement découvert sur d’autres de ses faits marquants de l’année, ses passages radio. Freestyle raté, brûlure en règle des icônes de toute une génération (Biggie surcôté, Drake meilleur que Tupac…), Lil Boat n’aura pas fait parler que sur sa musique, et aura surtout creusé le fossé déjà bien débuté entre auditeurs hip-hop de la première heure et newcomers, qui n’ont forcément pas les mêmes références, et n’écoutent plus ou presque la même musique qu’il y a quelques années encore.

Outre son style perché, ses envies nautiques et son amour de la couleur, Yachty a aussi un style de vie sans drogue ni alcool que l’on n’aurait pas pu deviner en écoutant sa musique venue d’ailleurs. La surprise de Jay-Z a du être grande quand il refusa la bouteille de Ace of Spade à mille balles qu’il fit tourner dans les loges d’un concert de Coldplay. Aussi grande que de voir Yachty connaître les paroles de titres obscurs du groupe britannique, qu’il adule. A ce même concert, les filles d’Obama lui ont gentiment demandé de poser avec lui, ça y est, c’était lui la star.

Trois tournées en six mois, avec Young Thug, avec Rae Sremmurd, et en solo, un documentaire pour The Fader, une publicité pour Sprite, additionné à ces quelques histoires contées plus haut et d’autres qui ressortiront un autre jour, pour un inconnu il y a encore un an, qui a part l’Amérique, les internets et la téléréalité peuvent se targuer de fabriquer de telles stars en si peu de temps ? Pour sa défense, son talent et son originalité font la différence avec d’autres étoiles fabriquées de toutes pièces. Attendons désormais la confirmation de cette autre jeune pousse d’Atlanta qui a le vent en poupe. Julien

5 Producteurs Français

Myth Syzer & Ikaz Boi – En compères et limitless

En 2016, on a beaucoup entendu parler de Myth Syzer, entre son projet avec Prince Waly et ses nombreuses prods pour Damso, Jazzy Bazz ou encore Ichon, mais on a trop peu entendu le blase d’Ikaz Boi. Pourtant, Ikaz et Syzer avancent en compères, font leur chemin à deux, jamais très loin l’un de l’autre. Présents tous les deux sur deux des derniers projets d’Hamza, très souvent invités à jouer ensemble, ils ont fini par être unis officiellement par le label Bromance Records, chez qui ils sortent Cerebral, un EP commun, premier épisode, on l’espère, d’une longue série.

Jamais sans une belle ligne de cuivres ou une voix décuplée par la réverb’, leurs prods sont embellies par des mélodies souvent discrètes mais toujours cohérentes. Polyvalents et ambitieux, ils ont tous deux produit pour des rappeurs US, et semblent avides de nouvelles collaborations transatlantiques. Alors, on pourrait croire qu’ils ont grandi à Toronto ou à Atlanta, mais non, c’est dans la Vendée profonde qu’ils ont fait leurs armes, et la musique qui en résulte est frappante tant elle n’est plus seulement un support, mais porte un message à elle seule, et tant leur identité d’artiste se fait forte et affirmée.

Le travail des deux compères est donc, entre autres, une croisade contre le statut de beatmaker qui leur est trop souvent imposé, se revendiquant comme des artistes à part entière. Une façon de rappeler que, pour que les poètes des temps modernes puissent kicker dans les règles de l’art, il faut d’autres artistes, souvent en arrière plan mais pas moins importants, pour magnifier leur prose et casser nos nuques. Maëlle

DJ WEEDIM – Le maitre boulanger du rap français, toujours en cuisine, charbonne dans la nuit et nous réveille avec ses effluves efficaces et encore enfarinées. Alkpote, Biffty, Vald ou Jorrdee : Weedim a fourni une bonne partie des meilleures pâtisseries de l’année. Boulanger, pourtant il a toujours la dalle, il est partout, produit sans s’arrêter, et se fait monarque discret, observateur du game, jusqu’à orienter nos oreilles. Parce qu’avec lui, une certitude : si c’est produit par Weedim, c’est forcément bon. Ça tombe bien, il est encore en stud’ pour affiner la recette et préparer les mets exquis qui nous régaleront en 2017, entre l’Agartha de Vald et un EP avec Biffty. Alors vivement 2017, on risque pas de s’ennuyer. Maëlle

MOMO SPAZZ – L’année 2016 aura été marqué par la déferlante Triplego, arrivant Eau Max. Chez ReapHit, on aura eu cesse d’évoquer le flow doucement dévastateur de Sanguee, en oubliant trop souvent qu’il est porté par le courant onirique de MomoSpazz. Véritable chef d’orchestre de cette marée aérienne, la moitié du duo reste pourtant cachée dans le tube, mais sans lui, le rappeur ne passerait pas la barre. Des compositions aquatiques et nébuleuses pour un go-slow en eaux violettes, une plongée dans les sableuses vagues du Sahara. Un ressac mélodique qui cristallise la complainte des Hippies du 93, nous mettant Eau Frais avant la tempête annoncée pour 2020. Théo

DJ PONE –  La carrière de Pone est trop longue pour être résumée, de Fabe aux Casseurs Flowters, en passant par les Svinkels et Birdy Nam Nam, c’est un pan entier du rap parisien qui s’étale. Pourtant c’est seulement cette année, à l’occasion de ses 20 ans d’activité, que Thomas Parent s’est offert Radiant, son premier véritable album solo. Un projet de beatmaker, d’architecte sampleur, produit seul, mais très bien entouré pour une sortie gérée en totale indé. Un album coup de cœur et un véritable coup de poker pour le producteur, qui réussit à nous livrer la synthèse d’une carrière, lumineuse et sans fausse note. Florian

EDDY WOOGIE – Pilier fort du crew Lyonnais L’Animalerie, qui a régalé les oreilles de bon nombre d’entre vous durant quelques années avant de s’éteindre petit à petit au fur et à mesure de projets solos, de directions artistiques incompatibles ou bien encore des simples aléas de la vie, celui que l’on connaît encore sous le nom de Dico a depuis clairement glissé vers la production pour notre plus grand plaisir. Rares sont les artistes capables d’allier à la fois une plume virevoltante, talentueuse, et foutrement bien inspirée, aux sonorités techniques que requièrent des textes à hauteur égale. Et c’est là qu’Eddy vise juste. Ouvrant l’année en s’autoproduisant sur l’EP « Tout Eddy » qui fut clairement fignolé au bistouri auditif à faire pâlir les meilleurs ORL du bassin stéphanois, Eddy clôturera cette année avec le projet « Les Quatre Cents Coups » en association de dingue avec ce bon vieux Anton Serra. Klément

5 Producteurs US

MIKE WILL MADE IT  – Du street Banger au tube Pop

Depuis quelques années, Mike Will est devenu un véritable phénomène pop, son album avec Miley Cyrus représentant l’aboutissement de cette évolution. Ce côté pop direct est aujourd’hui toujours présent, puisqu’on le retrouve cette année aux côtés de Rihanna ou de Beyoncé, mais les frontières ont encore bougé. En adoubant les frangins de Rae Sremmurd, Mike Will part d’un rap ultra énergique inspiré par la crunk et les versions les plus brutales de la trap et de la drill, et aide à rediriger cette énergie vers quelque chose de profondément pop, mêlant des mélodies easy-listening à des éléments agressifs.

Par delà cette volonté d’ouverture et d’hybridation, Mike Will a aussi cette année beaucoup travaillé au retour de Gucci Mane, en produisant par moins de 8 titres sur l’album du retour du ponte d’Atlanta pour un projet qui garde un œil dans le rétro et rend ouvertement hommage à son passé, tout en allant clairement de l’avant et en préparant l’avènement du nouveau Gucci Mane.

Du rap d’Atlanta à la musique pop contemporaine, Mike Will participe à la fois à un rap de proximité qui lui a permis de se faire connaître, et à l’évolution de la musique mainstream qui l’a définitivement adoptée. En baignant dans ces deux univers, Mike Will est parvenu à une parfaite fusion, emmenant des éléments de la pop dans le rap et inversement, le Sremmlife 2 de Rae Sremmurd en étant sans doute le symbole le plus abouti. Nadsat

DARINGER – Chaque année, à défaut d’avoir l’original, on recherche toujours le fils putassier de The Alchemist, quel producteur sera capable d’imiter au mieux le maître ? En 2015, on avait eu V Don, cette année ce sera Daringer. L’identité sonore du label Griselda Records  ne se cache même pas de cette filiation, et vient coller un copyright bien sanglant sur la marque ALC, venant combler ainsi notre Alan dépendance. Avec un stock digne du plus gros hypermarché du monde, Daringer se place facilement comme le producteur du moment, avec l’aide au mic de Conway et Westside Gunn. On ne vantera donc pas l’originalité, mais plutôt la meilleure adéquation du game entre qualité et quantité. Et ne vous méprenez pas de sa petite taille, car chier sur ses plates-bandes, c’est comme pisser sur les chaussures de Meyer Lansky dans les années 20. Thomas

Q-TIP – C’est une légende urbaine très connue chez les producteurs et beatmakers américains, une mystérieuse DAT contiendrait une horrible malédiction : quiconque l’écouterait serait alors condamné à faire des beats de merde jusqu’à la fin de sa vie. Alors que beaucoup d’anciens comme de nouveaux beatmakers enchaînent merde après merde, Q-Tip trouve et écoute la DAT, il ne lui reste alors que 60 minutes et 18 secondes pour échapper à la malédiction. Entre Midnight Marauders et Kamal/The Abstract, Q-Tip se lance dans une course à la montre effrénée de qualité, allant puiser au plus profond de son identité musicale et ouvrant la voie à d’autres courants musicaux, afin de ne pas succomber à la malédiction de The Ring. Avec We Got It from Here… Thank You 4 Your Service, Q-Tip est le premier producteur de sa génération à échapper à la malédiction, alors même que la DAT continue de tourner de home studio en home studio… Thomas

KAYTRANADA – Enfin, le producteur et DJ basé à Montréal a sorti son premier album ! On le savait pointilleux dans la recherche du rythme, de la sonorité parfaite et du groove incessant, et le jeune chercheur d’or nous a encore une fois prouvé sur 15 titres que sa créativité, son amour pour l’analogique et sa touche électronique étaient toujours intacts. Unificateur musical par le sourire et la vibe, Kay s’est entouré cette années de rappeurs, de chanteurs et de musiciens, pour nous faire secouer la tête et marcher d’un même pas. Soul, trip-hop, r&b, jazz fusion, funk ou pop, pourquoi renier si tout est lié. Florian

METRO BOOMIN – Ça devient presque une arlésienne, mais tous les ans, Metro Boomin gagne sa place dans notre bilan. Le jeune producteur hausse encore un peu le niveau en participant au Purple Reign de Future, et surtout à l’excellent Evol, délivrant des productions massives et cathartiques, laissant un petit goût d’apocalypse dans la bouche. Accompagnant aussi d’autres pontes comme Gucci, Kanye ou Juicy J sur quelques titres, et des têtes montantes comme Hoodrich Pablo Juan ou Lil Uzi Vert. Mais ce qu’on l’on retiendra surtout, c’est son travail sur l’un des projets collaboratifs de l’année avec 21 Savage. Projet où il occupe clairement une très grande place, tant on y laisse la musique respirer. Tant la voix de 21 Savage agit comme un instrument, tant les mélodies horrorifiques de Metro Bommin semble servir de médiateur pour tous les fantômes d’Atlanta. Nadsat

FOCUS SUR :
Montreuil Vie

Montreuil a toujours été ce petit bout de capitale, que l’on regarde d’un regard rap avec un sourire gentil. C’est ce bastion de l’indépendance que l’on affectionne, sans jamais trop le défendre pour ne pas se mouiller. C’est ce bout du 93 qui n’a jamais niqué des mères, ni eu la fièvre. C’est aussi désormais cet îlot de Seine Saint Denis colonisé à son tour par le nouveau bobo parisien… Pourtant, à la tombée du jour, les Vespa font place aux low-riders, l’argot gitan remplace le parler du bohème embourgeoisé – ou du bourgeois bohémisé, les sappes des 90’s viennent décolorer le textile bio, et les brasseries ferment pour laisser place aux grecs, la nuit voit sortir ses rats car tous les shits y sont gras. Montreuil c’est le jour, M City c’est la nuit.

Pas de grands noms dans la tendance, mais une grande histoire de l’indépendance, de Soklak à Swift Guad, la ville est un vivier de ce rap de la débrouille, de ce rap amateur presque familial. Ce rap qui, chaque été depuis 2009, enfume la ville avec son fumet barbecue/herbe lors du Narvalow City Show. Montreuil existe, a toujours existé dans la sphère rap, mais n’a jamais percé, est resté un point sur cette carte, une adresse pour ceux qui connaissent… Pourtant, la jeune garde à qui personne n’a remis les clés de la ville vient rider M City, cette ville imaginaire où l’on peut choisir d’être ou de soudoyer le maire.

Le volcan Montreuillois rentre en ébullition dès 2014 avec la descente Eau Calme du sommet Putana par Momo Spazz et Sanguee, une descente d’ores et déjà aérienne qui se verra sublimée par la perche onirique venant Eau Max en 2016. Cette année s’achève doucement et marque sans équivoque l’essor d’une nouvelle scène, qui a la lumière du jour, a préféré l’obscurité de la nuit de M City. C’est ainsi qu’un soir de pleine lune, Big Budha Cheez est venu sonner l’heure des loups avant que son prince, Waly, ne prenne une envolée solo pour un dernier combat en catégorie Junior. Bon Gamin le jour, Mauvais Garçon la nuit, le crew de Montreuil se joue des codes de sa zone, rénove l’imagerie Narvalow pour ériger en nouvelle figure le Hippie du 93. Des FDP se la coulant douce, perdus dans un nuage de verte, sur des dunes sableuses instrumentalisées par Myth Syzer. Si 2016 était un go-slow en low rider dans les rues de Montreuil, 2017 sera une course effrénée dans les artères de M City pour mettre le cap sur 2020 #MontreuilVie. Théo

25 projets gratuits

RAPSODY – Crown

On la retrouve souvent en featuring auprès des personnalités qui font le rap d’aujourd’hui, et ça n’est certainement pas le fruit du hasard. Rapsody fait partie des meilleures femcees de sa génération, alliant fond et forme, nous faisant ressentir conscience et musicalité dans les mêmes moments. Une palette bien remplie, et une signature chez Roc Nation cet été, qui nous annonce certainement un nouvel album.

En 2016, le 10 titres Crown nous a conforté dans l’idée que l’on se faisait de la rappeuse originaire de Caroline du Nord : rimes acérées et flow qui va avec, atmosphères soulful et feutrées comme on les aime pour raconter des histoires de monde meilleur au coin du feu, utilisation de samples reconnaissables et récents qui appuient son amour de la musique, conscience exacerbée…l’ensemble est remarquable.

Rapsody reprend sa couronne de bon droit, et clame à qui veut l’entendre qu’elle est la meilleure rappeuse du moment. 2017 décidera si ses épaules sont assez solides pour ce titre, mais on ne se fait pas trop de bile, les années passées dans l’ombre forgent le caractère et façonnent la vision globale, le règne devrait bientôt débuter. Julien

NUSKY - On Vit Avec
KODAK BLACK - Lil B.I.G Pac
PAYROLL GIOVANNI & CARDO - Big Bossin' Vol1
FREEZE CORLEONE - FDT
GUCCI MANE & FUTURE - Free Bricks 2
DI-MEH - Shine
KAMAIYAH - A Good Night in the Ghetto
MOÏSE THE DUDE - Nonchalante N
LIL UZI VERT - Lil Uzi Vert VS The World
KEKRA - Freebase III
JAZZ CARTIER - Hotel Paranoïa
ELOQUENCE - Nueve Uno
LTA - Echographie
TELEFONE - No Name
TORTOZ - Full G
DIAMANTAIRE & JEE VAN CLEEF - Jukebox
A$AP MOB - Cosy Tape Vol1
HEDI YUSEF - PLMP
GUCCI MANE & FUTURE - Free Bricks 2
CHANCE THE RAPPER - Coloring Book
DJ ESCO - Project E.T
DENZEL CURRY - Imperial
JORRDEE - Bjovr$^lop€
JAMES IZ CRAY - La Couleur Est un Mensonge

5 Vinyles à Choper

WESTSIDE GUNN – Flygod

Dire qu’une certaine émulation entoure les sorties estampillées Daupe! serait un doux euphémisme, tant le label dispose aujourd’hui sur le marché du vinyle d’une aura extraordinaire. Chacune de leurs galettes atteignant des prix exorbitants, quasi instantanément. Une proportion à générer le bon investissement qui attire de plus en plus de fanatiques et de curieux, tous à la recherche du graal, le futur introuvable de demain.

La rareté fait le bonheur du collectionneur, et ça Daupe ! l’a bien compris. Distillant son catalogue vinyle en quantité infime, le label se construit sa légende et crée la pénurie. Pour les diggers, c’en est presque devenu un jeu. Une quête risible, quasi inaccessible. A chaque sortie la même adrénaline, la même attente, le même espoir, inévitablement soldé par un échec cuisant. Comment en serait il autrement lorsque qu’à peine 150 copies des mixtapes Hitler Wears Hermes II & III sont pressées et réservées pour le marché anglais ?

La sortie de FlyGod était l’un des événements rapologiques de l’année mais la stratégie n’a pas changé et le label a réitéré ses méfaits, n’offrant à la vente que 230 petits exemplaires de cette pépite d’Atlanta. Introuvable. Les rares chanceux ayant eu suffisamment de réactivité ou de réseau pour se l’octroyer, ont surement réaliser leur meilleur deal de l’année. FlyGod était le LP à ne pas manquer. Sorti le 11 mars dernier, il vous faudra aujourd’hui débourser aux alentours de 200 euros si vous souhaitez à tout prix l’ajouter à votre collection. Florian

ANDERSON PAAK – Malibu
L’année dernière déjà, on vous conseillait d’acheter Venice, convaincu de ses qualités, et persuadés que sa cote allait grimper. Si ce dernier point semble un peu moins certain, c’est sans hésitation aucune que Malibu se retrouve ici cette année. D’une musicalité à toute épreuve, mélangeant soul, funk, blues, disco, r&b ou g-funk, c’est sans fausse note qu’Anderson Paak nous entraine dans son périple musical. L’album bénéficie d’un pressage européen et sonne à merveille. A écouter en toute occasion. Florian

AKHENATON – Métèque et Mat
Mauvaise nouvelle pour les hardcores diggers et les malsains spéculateurs, cette année le rap français s’est fait rééditer. Et en masse. Parmi ces opérations commerciales, il faut bien l’admettre, un pressage avait pour beaucoup une toute autre saveur. Collectionneurs de tous pays réjouissez vous ! « Métèque et Mat » réapparait ! Un achat obligatoire, logique et nostalgique, pour cette réédition triple vinyle 180gr complété des deux bonus de la version CD. « J’ai pas de face » & « Bad boys de Marseille part 2 ». Florian

KA – Honor Killed The Samouraï
En toute franchise, Honor Killed the Samuraï n’est pas vraiment le vinyle difficile à digger. Toujours disponible sur le site de l’artiste pour 20$, la côte non plus n’a pas prévu de s’envoler. Pourtant, la galette se révèle assez vite indispensable si l’on souhaite retracer convenablement l’année. Avec son quatrième album, Ka nous offre un disque sobre et épuré. Loin de se perdre en adjonction inutile, le capitaine des pompiers Kaseem Ryan déclame ses drames du quotidien d’un ton monocorde sur des boucles parfaites. Florian

ALPHA WANN – Alph Lauren I&II En début d’année, Alpha Wann nous gratifiait du deuxième volume d’Alph Lauren. Huit titres efficaces et d’une parfaite cohérence. Flow caviar, distillé avec style et nonchalance. Quelques mois plus tard, apparaissait furtivement un lien d’achat d’une édition vinyle regroupant les deux volumes du projet. Et sur ce coup là, on peut dire que DonDadaRecords nous a régalé. Limité à 300 exemplaires, l’objet se révèle de toute beauté. Pochette bicolore à l’impression impeccable, et pressage sur vinyle blanc. Magnifique. Florian

FOCUS SUR :
Martin Shkreli, le vrai Supervillain

Oubliez les MF Doom et autres Czarface, le vrai supervillain du rap n’a pas besoin de masque pour cacher ses plans machiavéliques, bien au contraire. C’est sous la forme d’un personnage frêle à la limite du végétarisme que la vilainie à son état le plus pur a pris forme. Loin, très loin de l’image du soldat albanais ou croate capable de t’épurer ethniquement une ville de 100 000 habitants une heure avant une orgie de protéines et de chairs pas forcément consentantes, Martin Shkreli s’est nourri durant toute son enfance des tartes et autres ratonnades scolaires auxquelles tout enfant intellectuellement précoce mais physiquement fragile est forcément soumis. Ses capacités cérébrales fusionnant avec la douleur des coups endurés, créèrent ainsi le supervilain ultime. Alors que ses bourreaux pointaient ensuite aux commissions de surendettement, Shkreli, armé de son cerveau maléfique, investit dans la pharmaceutique par la création de fonds spéculatifs et acquiert les droits du Thiola (utilisé dans le cadre d’une maladie rare, la cystinurie) augmentant 20 fois son prix, puis du Daraprim (médicament utilisé par les malades du sida) en multipliant son prix par 55,55, le mec venait d’inventer l’épuration écoresponsable à zéro émission de gaz de serre. Ne trouvant plus trop de plaisir à voir les gens crever par faute de moyen, il décide de hausser son niveau de Supervilain en s’attaquant à d’autres Supervilains : le rap jeu.

En 2015, il acquiert pour peu cher (2 millions de dollars) l’album unique Once Upon A Time In Shaolin du Wu Tang, obligeant le clan à s’humilier en place publique en s’excusant d’avoir vendu l’album au plus grand Supervilain des US, et promettant de reverser une partie des bénéfices à des association caritatives, rendant ainsi le concept Thug Life aussi PD que du pain sans gluten. On pensait le Supervilain à l’apogée de sa filsdeputerie, mais la sienne est illimitée comme l’infini, et 2016 marque à nouveau une étape supplémentaire. Avant de faire croire qu’il allait acheter les droits de l’album de Kanye West Life Of Pablo juste pour emmerder son monde, et ainsi poser ses baloches en bon père de famille sur votre front, Supervilain Shkreli infligea une énorme bifle avec accusé de réception à Ghostface Killah, qui avait osé le critiquer. Dans une vidéo assez jubilatoire, Shkreli menaçait de détruire l’unique exemplaire du cd, mais aussi d’effacer ce vieil homme de Ghost des livres d’histoire, lui rappelant que sans lui il ne serait plus rien. Cerise sur le gâteau, Shkreli confirmait sa supervilainie en demandant à GFK des excuses écrites d’au moins 500 mots, sans faute d’orthographe pour que l’exemplaire reste intact.

Le dernier coup de bâton sera pour Hillary Clinton, qui fut une des politiques les plus dures avec Shkreli suite aux scandales du Daraprim. La vengeance étant un plat qui se mange froid, Shkreli promettait ainsi que si son adversaire le supervilain Topknotman remportait l’élection présidentielle, il célébrerait la défaite en diffusant l’album du Wu et autres unreleased de sa collection. En vrai patron des Supervilain, Shkreli diffusa quelques extraits, mais dans une qualité audio bien pourrie histoire de foutre la rage à tout le monde… Thomas

Chez les autres : Revue de Presse

SURL – Les 7 albums de la singulière épopée du Wu Tang. Que les sceptiques du Wu-Tang Clan se rassurent, ceci n’est pas un énième article de fan à la gloire d’une des nébuleuses les plus prolifiques du rap. Carrières mal gérées, batailles d’égo, mauvais goût affirmé, on sait tous et toutes que le Wu post 2000 est plus que l’ombre de lui même. Surl prend du recul sur cette fresque finalement inachevée. À l’aube de 20 ans de carrière, l’occasion de fouiller dans les premiers albums du crew.

THE FADER – Le monde ou Rien de PNL Première piste de leur deuxième album Le Monde Chico, « Le Monde Ou Rien » était sur toutes les ondes en France de la même manière que « Sorry » de Justin Bieber l’était aux Etats Unis. Avec actuellement presque 40 millions de visionnages sur YouTube – ou 50% de la population française – la chanson a un air entraînant, mais avec un sentiment de désespoir sous-jacent qui va au delà du langage. L’analyse du phénomène par les américains de The Fader.

REDBULL MUSIC ACADEMY  – Une brève Histoire du Rap Français Au commencement était New York, influence tutélaire sur le rap français. Mais en quelques années, le rap hexagonal s’est approprié recettes et machines pour les adapter aux dimensions d’une cité de la banlieue parisienne. Ou comment le rap en français est devenu du rap français. Thomas Blondeau nous livre ici une brève histoire du rap français joliment conté et très accessible à destination du plus grand nombres.

PURE BAKING SODA – Dry Foot Gold Teeth Black Skin White Powder Suite aux accords dits « wet foot, dry foot » les USA se sont engagés à ne plus poursuivre les réfugiés Cubains arrivant à poser un pied sur leur sol. En compensation, certainement pour réguler leur immigration, ils sont devenus beaucoup plus sévères à l’égard des ressortissants Haïtiens. Plus souvent clandestins, ces émigrés reconstituent des éclats de pays au cœur ou en périphérie des métropoles de la côte Est.

NO FUN – Cuvée 2016
Difficile de ne choisir qu’une seule émission tant la cuvée 2016 fut de qualité. De l’explosion du rap belge aux trente ans du Gangsta rap en passant par Kendrick Lamar, Young Thug, Kekra, Solange, Kaaris, Anderson Paak, Chance the Rapper, Seth Gueko ou Gucci Man, Mehdi et son équipe ont décortiqué l’année musicale dans ce podcast de qualité, mis en ligne tous les vendredis indépendamment d’un planning des plus chargé.

SOUS CULTURE – Vïrus n’en est encore qu’au début Le 20 novembre 2015, Vîrus sortait son double EP « Faire-Part / Huis Clos ». Le rappeur normal – qui n’est pourtant pas un grand adepte des célébrations – a décidé de marquer le coup pour le premier anniversaire du projet. La partie s’est jouée au Loft Photo à Bruxelles. Un événement tourné autour de la thématique de l’enfermement, faisant l’alliance entre la musique de Vîrus et les photographies de Nora Noor.

ABCDR – DJ Djel, le méridien de Belsunce Dans les villes côtières, tout part du port et du centre-ville. Marseille n’échappe pas à la règle. Belsunce, le Vieux Port, La Vieille Charité, Le Panier, là est le cœur populaire de la cité phocéenne, couvé par ses quartiers nord. Ce cœur, c’est celui de l’histoire de Djel. Le parcours d’un enfant de Belsunce qui navigue de découvertes en découvertes dans les rues de sa ville, cherchant dans le rap et sa culture une seconde famille..

SURL – Marie Debray : « Booba est un grand romantique »
Rarement un rappeur aura autant divisé que Booba. On a tout lu et entendu sur le Duc et son oeuvre, le caractère supposément libéral et machiste de sa musique. Tout, sauf une réponse claire venant d’une femme. C’est enfin chose faite avec Ma Chatte, le livre de Marie Debray, qui offre une relecture féministe et moderne de la mythologie turgescente de B2O. De quoi ébranler plus d’un système de pensée binaire.

12 Mois chez Nous

JANVIER / Booba l’Enfant du Rap Français Le rap français, mère nourricière d’un mouvement originellement contestataire, recèle en son ventre le jumeau maléfique qui lie et s’approprie cette dualité : un enfant œdipien voué à une idylle incestueuse avec celle qui l’a vu naître, l’empoisonnant et la pervertissant pour mieux en faire sienne.

FEVRIER / Une Semaine avec JUL
Samedi 6 février, je me réveille avec une drôle d’idée : et si j’écoutais uniquement Jul pendant une semaine ? Je sens le grand changement arriver comme Sam Cooke : ma vie ne sera sans doute plus jamais la même après cela. C’est décidé, je commencerais un marathon Jul dès demain.

MARS / Jay Electronica, à la recherche du mythe perdu.
Jay Electronica, pour mémoire, c’est ce fameux artiste qui avait centralisé l’attention sur lui en 2009 grâce au titre Exhibit C, et à qui on prédisait une longue et belle carrière, un si joli avenir. Sauf qu’aujourd’hui, près de dix ans plus tard, un constat bien plus amer s’impose…

AVRIL / Quand Mouvement Social et Rap font la paire.
Cette jeunesse, ces étudiants et lycéens qui, depuis quelques semaines a pris la rue s’est définitivement identifiée à ceux qui la rappent. De la fumée des cônes à celle des fumigènes plongée dans un mouvement social qui a choisi sa bande originale.

MAI / Le DefJamOmètre
L’idée étant d’essayer d’analyser à quel point la signature sur Def Jam France avait pu changer le son de chacun de ces artistes. C’était pour rire, mais quelqu’un m’a dit que c’était une bonne idée. Et m’a relancé. Encore. Et encore. J’étais foutu.

JUIN / Ancien Combattants et Trap Music Depuis l’hégémonie d’Atlanta et de Chicago sur le rap, les rappeurs français ont tenté de se mettre à la page en suivant la tendances trap. Sans vouloir faire dans le jeunisme primaire, cela fut, la plupart du temps, profondément gênant

JUILLET / Dooz Kawa, vers l’idéal
Durant les quelques jours qui ont précédés ma rencontre avec Dooz Kawa, intriguée par le personnage, je cherche. Qui est-ce ? Un idéaliste déçu ? Un orphelin de l’idéal, me dira une amie. Peut-être. Disons plutôt un mélange de douceur de silence et de rêve.

AOUT / Damso, Padawan du 92Vie Le Duc semble s’investir d’une nouvelle mission. A l’ombre de la Menace Fantôme, Maître Yoda rappelle l’immuable règle, « Toujours par deux ils vont. Ni plus, ni moins. Le maître et son apprenti. » Le Jedi et son Padawan, Booba et Damso.

SEPTEMBRE / Lucio Bukowski, aux liens entre toutes choses
Quand on se pose des questions sur soi, on se pose forcément des questions sur le monde qui nous entoure. Difficile de faire autrement. Et lui s’en pose deux fois plus depuis qu’il a un enfant.

OCTOBRE / LK de l’Hotel Moscou, le fantasme au service du réel Une pinte, un dictaphone, une discussion bordélique mais organisée. L’indépendance, la religion, les obscurs sous-genres de la musique rap, la création, le cinéma.  Rencontre avec LK.

NOVEMBRE / Nusky & Vaati, super héros du quotidien
Ce qui surprend à première vue, c’est l’étonnante complicité des deux jeunes hommes. L’alchimie surprend presque. La maturité et la finesse de l’approche aussi. Entretien avec Nusky et Vaati.

DECEMBRE / ATCQ : We Got It ! 
Alors que le projet d’un nouvel album de A Tribe Called Quest est resté secret jusqu’à un mois avant la sortie, ReapHit est le seul magazine à avoir été contacté  pour se rendre à NYC afin d’y rencontrer les membres.

FOCUS SUR :
Les Clips de l’Année

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5 Artistes Francophones
pour 2017

ICHON – 2017 c’est pour de vrai 

Pas de Manequin Challenge cette année pour Yann le jeune modèle montreuillois, ICHON délaisse le Cyclique, c’est « marche ou crève les pieds devant » alors il s’élance et ride les toits. Après avoir quelque peu tourné en rond sur un premier projet qui se voulait abordable par tous, un rap de gentil en somme, le FDP qui l’habite reprend ses droits, donne de la voix. Puisque « c’est les fils de putes qui réussissent alors peut être que j’en suis un », l’insulte retrouve ses titres de noblesse, le Bon Gamin a les crocs et les sort en finesse.

ICHON est un vrai FDP, il à La Haine, celle qui fait qu’à 6h01 il faut « tirer un coup sec pour faire couler le sang ». Ne comptez pas sur lui pour vous dire qu’il est mignon… Lorsque « le plus dur c’est d’éviter la bavure » lui ne fait pas dans la fioriture, montre la violence pure. Gisant sur un carrelage en damier, il se meurt pour dénonce les crimes policiers, une imagerie à la Gaspard Noé où l’irréversible est renversé. Violences policières puis romance adultère. Toujours aussi Dangerous, ICHON se joue des péchés et après la colère, goûte à la luxure. VALD l’avait fait de manière vulgaire, lui est sincère. Le sexe dans ce qu’il a de naturel, sensuel, si charnel. « Je sais qu’c’est le danger ça m’démange et je le fais », quitte à se brûler les ailes autant le faire avec elle.

Une dernière balade en Mercedes décapotable sur une route pavée par Myth Syzer, et le montreuillois vient épeler son nom, courir après les millions,« 2016 pour le blé, 2017 c’est pour le business, c’est pour de vrai ». Alors et Si L’On Ride le game ? Cette année, pour ICHON, Il Suffit De Le Faire… Théo

USKY – Tout s’est enchaîné très vite pour Usky. Découvert cette année par le biais de l’EP Mojo, le jeune rappeur a par la suite sorti plusieurs clips ambitieux, avant d’annoncer sa signature chez Warner France. Au carrefour de plusieurs tendances étrangères, du son downtempo canadien à la trap d’Atlanta, en passant par le rap scandinave, Usky digère avec succès son expérience d’auditeur et construit peu à peu son personnage, par le biais d’une signature vocale marquée et d’une écriture mêlant introspection, égotrip et morceaux concepts. Usky a aussi l’avantage d’être un parfait point de jonction entre plusieurs grosses têtes du rap français contemporain. Tout est en place pour que 2017 soit son année. Nadsat

ISHA : Depuis Vas-Y Chante, un premier album confidentiel sorti en 2008 sous le nom de Psmaker, le rappeur bruxellois se faisait discret. 8 ans plus tard, profitant de l’émulation de la scène belge et de ses nouveaux réseaux, le jeune vétéran a donné un nouveau souffle à sa carrière et changé de nom. Après le banger « Oh Putain ! », et le très frais « 3H37 », c’est surtout la pépite « Tony Hawk » qui cette année a retenu notre attention. Gouaille d’ancien, style et insolence, pour un rap lourd, sombre duquel transpire humour corrosif et cynisme désinvolte. La Vie Augmente, son prochain projet, sortira en 2017 et sera intégralement produit par Veence Hanao et JeanJass. De quoi assurément, marquer l’année. Florian

DI-MEH : Di-Meh semble presque être arrivé trop tôt pour le public francophone. Armé d’un style hors normes et décomplexé, Di-Meh touche à toutes les sonorités du moment, passe du rap aux mélodies chantonnées, leste ses morceaux de gimmicks entêtants et n’hésite pas à switcher entre le français et l’anglais. Une apparente nonchalance qui donne lieu à des morceaux bourrés de surprises et à des structures imprévisibles, les mélodies et les idées de flow se bousculant les unes les autres dans un joyeux bordel organisé. Entouré d’une sacrée équipe, doté d’un style indéniable, la seule chose qui manque désormais à Di-Meh, c’est un projet long format pour confirmer les promesses. Et le public semble maintenant clairement prêt à l’accueillir. Nadsat

BIFFTY : Une mixtape avec DJ Weedim en guise de carte de visite et une série de visuels travaillés auront suffit à Biffty pour poser son univers. Empruntant aux codes punk autant qu’au gangsta rap, l’égérie du Patapouf Gang nous a livré avec Mega Souye Tape un projet fou et terriblement efficace. Réanimant un imaginaire White Trash sur beats trap, Biffty à en 2016 flirté avec l’absurde de manière extrêmement convaincante. Tournant en dérision les codes d’un rap français cadré, le rappeur de Neuilly-Plaisance vise juste et nous intrigue. Un nouveau projet en compagne de DJ Weedim est d’ores et déjà prévu pour 2017. L’occasion pour le personnage de gagner en densité avant un premier album attendu. Florian

5 Artistes Anglophones
pour 2017

HIGHER BROTHERS – Canard Trapé

« Trop c’est trop ! Au moins avec Michel Leeb y avait une vraie finesse dans l’imitation, on riait en famille, c’était drôle et poétique à la fois, mais là c’est pathétique ! Comment deux soi-disant humoristes sont-ils capables de ne pas être drôles en imitant des chinois ? ». C’est donc le 24 novembre dernier que les asiatiques ont découvert que Kev Adams et Gad Elmaleh n’étaient pas drôles, amenant la fameuse polémique sur l’article publié puis retiré d’Anthony Cheylan sur Clique.tv.

Offusqué par ce raté M. Cheylan ? Laissez-moi vous dire qu’avant de balayer devant chez les autres, il faut d’abord balayer devant chez vous ! En effet, depuis un an, un collectif de jeunes humoristes chinois appelé les Higher Brothers s’amusent à caricaturer nos artistes Trap américains préférés. Composé de 4 mcs MaSiWei, DZ, Psy.P et Melo s’amusent à reprendre tout le langage trap et dab pour le réadapter à leur sauce. Un art de la sape pire qu’une collection Delaveine, une conception capillaire loin de la traditionnelle coupe Mao appelée aussi coupe au bol et des paroles encore moins compréhensibles que Lil Thug (ok c’est en Sichuan mais quand même). Et goutte de sauce soja sur le nem, si je peux me permettre, ils vont jusqu’à lâcher des clips amateuristes addictifs comme Black Cab qui a lui seul fait passer la septologie des Fast and Furious du cinéma d’auteur à celui de nanar de seconde zone.

M. Cheylan, il est temps que cet humour outrancier cesse, la communauté Trap a déjà assez de tares pour qu’en plus des chinois viennent en rajouter une couche. Si vous ne faites rien, il est alors fort probable qu’en 2017, les Higher Brothers achèvent la scène trap US en un album et nous n’aurons pas d’autres alternative que de renvoyer Mireille Mathieu en tournée asiatique en guise de représailles. Thomas

67 – Si vous pensez encore qu’il est impossible de sortir un banger mélangeant attitude criminelle et vibe drill, on vous invite à venir faire un tour dans le South London, entre Brixton et Stockwell, rencontrer le collectif 67. Loin de la logique des réseaux sociaux, les 6 bandits nocturnes du 86 symbolisent la meilleure adéquation entre Midnight Marauders et Orange Mecanique, ramenant l’auditeur dans les rues sales et sans issue de la banlieue londonienne. Des flows qui fleurent bon la délinquance caribéenne, des sons drills influences Mobb Deepiennes, le crew 67, avec sa mixtape Fings On Things, redonne ses lettres de noblesse à l’insécurité urbaine et devrait créer le hold-up sanglant parfait en 2017 avec leur premier album. Thomas

KODAK BLACK – Le sourire rehaussé d’un grillz plaqué or, Dieuson Octave montre qu’il a les crocs et les sort. A seulement 19 ans, celui qui a été révélé par Drake se filmant dansant sur l’un de ses morceaux, sort une mixtape par an depuis 2013, Project Baby suivie par Heart Of The Project et Institution. Profitant d’une (courte) sortie de prison il marque de sa singulière signature le game avec Lil B.I.G Pac. Le titre révèle à lui seul la nature atemporelle du rappeur, entre hommage aux grands des années 90 et soif d’être en phase avec une époque qu’il ride. Symptomatique de cet american dream mort-né dans les recoins sombres des US, il livre un rap acerbe et juste qui lui devrait lui offrir un boulevard pour 2017. Devrait, car fidèle au thug life-style, il sillonne une route trop souvent judiciairement dérapante #SKURT. Théo

MC GELS – A moins de 20 ans, MC Gels est un peu l’OVNI sorti de nulle part. Sans promotion ni support, le natif du Bronx s’est imposé avec style via son premier album Wandering Souls sorti cette année. Le succès ne se dément pas, puisqu’aujourd’hui ce premier opus autoproduit sorti sous tout type de format (cd, vinyle, cassette) est « sold out ». Empruntant le chemin balisé par Joey Bada$$ et son crew Pro Era, Mc Gels représente à lui seul le symbole d’un rap traditionnel new-yorkais qui refuse de mourir tout en étant capable d’être assez moderne pour rester actuel. Il est fort à parier que l’on entende à nouveau parler de lui l’année prochaine, ce que confirme le principal intéressé : « Mc Gels, 2017 remember dat name ». Thomas

RUSS – Pendant ces deux dernières années, le natif d’Atlanta a été comme possédé, balançant des sons ou des clips quasi toutes les semaines. Véritable stakhanoviste, il avait déjà sorti onze mixtape avant d’ouvrir son compte Soundcloud, qui compte désormais plusieurs dizaines de millions de vues. Du rap au chant, à la production de ses titres, Russ fait tout, tout seul. Son one-man show a été repéré par Columbia Records, avec qui il a récemment signé son premier contrat. De quoi nous annoncer une année 2017 bien chargée pour le jeune italo-américain, qui selon ses dires, vise (déjà) le Grammy. C’est tout ce qu’on lui souhaite. Julien

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