Le romantisme noir de Jorrdee

Découvert par la majorité des gens via Boulangerie Française, la toute fraîche mixtape de DJ Weedim, Jorrdee commence tout juste à faire son trou.

En février 2015, il sortait pourtant déjà un projet intitulé La nuit avant le jour, sur lequel on pouvait retrouver le titre « Rolling Stone », aujourd’hui clippé. Un titre sur lequel Jorrdee s’appuie parfaitement sur sa voix. Sa voix aiguë. Claire la plupart du temps, fêlée par instant. Sa voix qui fait une grosse part de son identité.

Mais Jorrdee ce n’est pas juste une voix, c’est aussi un romantisme noir, des tournures de phrase, des associations d’idées toutes particulières, et une vraie capacité d’interprétation. Autant de qualités qui nous font espérer une suite de carrière détonante dans un rap français qui commence à se trouver de plus en plus de personnalités marquantes.

Confirmation le 23 août, puisque le rappeur sortira une nouvelle mixtape : La 25ème heure.

La mythologie du quotidien de PNL

T’as acheté. Ils t’ont vendu. Ils se sont barrés en Espagne. « J’suis PNL », c’est l’occasion pour le duo des Tarterets d’élargir encore un peu plus leur univers tout en s’appuyant sur les bases déjà posées. On reconnaît les gimmicks, le lexique, et les clins d’œils aux morceaux passés tandis que NOS et Ademo viennent encore un peu plus enrichir leur mythologie du quotidien.

NOS papote avec ses poches, Ademo marche le regard amer. Les deux frères patinent dans un hédonisme contrarié, bien incarné par une idée aussi basique d’apparence que ce « mouais » qui survient au milieu du refrain. PNL fait simple mais pas simpliste. PNL trouve les mots et les images justes.

La concordance entre la production et les voix autotunées participe en réalité autant que les lyrics à créer cette ambiance douce-amère, incarnant parfaitement une idée de plaisir synthétique à la foi cruelle et poétique.

Dernier élément qui boucle parfaitement la boucle et qui fait de PNL l’un des groupes les plus cohérents que nous aura offert le rap français ces dernières années : le style de réalisation du clip. Les plans se font aériens comme les voix, et l’usage des ralentis vient parfaitement incarner le côté tranche de vie des lyrics du groupe, comme si la caméra elle-même décidait d’immortaliser quelques courts instants de vie, quelques détails marquants.

Le monde Chico devrait paraître cet automne. En attendant, vous pouvez toujours retourner écouter QLF dont nous vous parlions ici il y a quelques mois.

Voyage opiacé en compagnie d’Eli MC

Par un lundi de grisaille comme on en voit beaucoup à Nantes on retrouve Eli MC ainsi que son ami et beatmaker Mellow Cotton à la terrasse d’un café pour discuter de Trace d’Opium son premier album. Les deux comparses sont en pleine discussion, espérant le prompt rétablissement de leur cafetière tout en débriefant des dernières interview. La couleur est donnée, nous sommes prévenus : la redondante question liant femme et rap est à prohiber. La rappeuse quelque peu blasée par cette entêtante demande nous le dit explicitement la prochaine fois qu’on la lui pose elle ne répondra pas.

Mais finalement le sujet viendra sur la table après l’interview. Elle nous répondra qu’elle n’aurait fait que reprendre les mots de Casey trouvant inutile de débattre sur un truc qu’elle n’a pas choisi et qui au fond n’est qu’une différence de chromosome. Une longue discussion qui nous permet de replonger dans les méandres opiacés de son album et en apprendre d’avantages sur ce qui fait la force de ce projet envoûtant nous emmenant de son salon aux lointains paradis hindous…

Pour commencer, jouons là classique, pourquoi ce blaze, Eli MC qui paraît minimaliste ?

C’est tout con, c’est le diminutif de mon prénom qui est Elisa. Du coup Eli c’est mon surnom de toujours, tout simplement.

On sent que l’écriture a chez toi valeur de catharsis, que chaque morceau est le reflet même de ce besoin d’écrire, de dire les choses. Comment et pourquoi as tu commencé à écrire ? Le rap a t il été dès le début ton style de prédilection ?

Alors non, je n’ai pas toujours écrit du rap. J’ai d’abord écrit en prose et ce depuis toute petite, j’écrivais des histoires et ce genre de trucs. C’est un pote qui lui rappait, qui a lu mes textes, les a appréciés qui m’a incité à les rapper. Ca c’est fait petit à petit, au début je n’étais pas forcément trop pour et puis finalement je me suis lancé, je me suis prise au jeu. Depuis je rappe !

Pour l’idée de catharsis que tu évoquais, je pense que c’est valable pour la plupart des gens qui font du rap, c’est avant tout un exutoire. Après à force de le faire on prend un peu de recul sur la chose et c’est un peu moins emplie de tripes. Tu peux t’aventurer sur une multitude de terrains, aborder de nouvelles choses mais néanmoins la base reste indéniablement très personnelle.

Tu développes dans tes morceaux et sur scène une ambiance très intimiste avec ton public. Certains de tes morceaux ne présentent d’ailleurs pas de refrain sont livrés presque comme une longue tirade, un monologue, une critique. Depuis des années, beaucoup aiment penser le rap comme une forme de poésie moderne, une nouvelle forme de prose plus urbaine. Qu’en est il pour toi, comment vois tu ce « rap poétique » ?

J’écris autre chose que du rap, ça dépend des périodes. Mais bon ces derniers temps, je ne te cache pas que cela devient un peu plus rare, puisque j’étais sur l’album. Mais j’ai longtemps écrit de courtes nouvelles, des pensées. J’espère pouvoir continuer à le faire, avoir le temps de le faire et développer cette facette de mon écriture qui à mes yeux a toute son importance.

Tu serais prête à publier ces textes et ainsi révéler une autre facette de ta plume ?

Ouais je serais prête à le faire. Après là j’étais à fond dans l’écriture pour la musique, pour le rap. J’ai donc passé moins de temps sur l’écriture disons pure et dure. Mais ouais je serais prête à le sortir puisque pour moi un texte de rap doit pouvoir être lu, il doit pouvoir s’apprécier extrait de sa musique. Alors bien sûr la musique l’habille, lui confère une sorte de valeur ajoutée. Mais pour autant je pense qu’un texte de peura c’est de la poésie moderne qui doit porter un sens en lui même et être lu « à nu » libérer de tout ce qui l’habille.

Maintenant peux tu nous en dire un peu plus sur ceux qui t’inspirent, tes maitres à penser, tes modèles dans la littérature, la poésie ?

Beaucoup de Philo puisque j’en ait fait mes études, j’adore Cioran un philosophe roumain du 20e siècle que je trouve très très chaud. Je lis beaucoup Sartre et puis tous les classiques que ce soit philosophie ou littérature en général, je lis aussi un peu de SF. En fait je suis très curieuse, je lis de tout. J’adore la lecture, j’ai toujours lu.

Du coup tu penses que ça influence directement tes textes, on peut y retrouver tout ce bagage littéraire ?

Ah oui à fond ! En plus, plus tu lis plus tu vas enrichir ton vocabulaire et donc t’éviter de tourner en rond, te permettre de trouver le mot juste, ça t’inspire des thèmes et après libre à toi de remanier tout ça. Donc oui clairement la littérature est l’une de mes sources d’inspiration.

D’ailleurs en parlant de ça ton album s’intitule Trace d’Opium, une référence claire au milieu poétique. On pense au paradis artificiel de Baudelaire qui font l’éloge du hashish et de l’opium. Considères tu que ces excès, ces paradis artificiels soient une porte à la créativité ?

Euh c’est un peu sur le fil ça c’est presque tendancieux, ta question est dangereuse ! (rires) Non en réalité, moi je ne consomme rien même si j’ai un passé disons trouble. Mais je dirais que le titre Trace d’Opium se voulait être une référence à l’expression « l’Opium du peuple » de Marx. Le fait que ma musique c’est quelque chose qui veut s’adresser à tous et qui doit s’adresser à tous, quelque chose qui se veut simple et authentique. Et puis aussi Trace d’Opium, par rapport à l’inspiration bien sûr mais avec Opium dans le sens voyage. C’est pas à prendre au sens propre de la drogue mais plutôt dans le sens de l’élévation, du fait d’être transporté par quelque chose d’un point A à un point B. Le titre je ne l’ai pas vraiment réfléchi, ça c’est fait tout seul en référence au morceau éponyme, notamment pour la phase « Trace d’opium sur la page et la plaie se déleste » , pour mettre en lumière le fait que l’écriture soit la drogue, ma drogue.

On note aussi un changement dans ton écriture, une évolution, une certaine prise de maturité dans tes textes depuis ton premier projet, Crépuscule d’une pensée. Du coup comment ça se passe pour toi l’écriture d’un morceau aujourd’hui ?

Déjà je fais beaucoup plus gaffe à la technique que sur Crépuscule d’une pensée et je pense que ça s’entend. Après les textes, c’est toujours pareil, ça vient tout seul, ça part d’une idée qui me passe par la tête et que je vais noter noter sur mon téléphone au moment où je fais mes courses, par exemple et après tout s’enchaîne. En général et notamment sur l’album, les textes sont quasiment tous des premiers jets, que je retouche très peu. Je vais essayer pour le prochain album de palier à ça, de réfléchir en terme de thèmes, de reprendre ce que j’écris, de faire plusieurs versions et quelque part, de mieux élaborer mon truc. Mais sur Trace d’Opium, c’est quasiment de l’écriture instinctive, voire automatique pour refaire un clin d’œil à nos amis poètes ! Tu peux demander à Mellow une fois que j’ai commencé à gratter en général en une journée c’est fait, une fois lancée tu m’arrêtes plus. Pour le morceau « Trace d’Opium » par exemple, il m’a envoyé la prod, deux jours plus tard il recevait la maquette posée.

Et du coup l’album tu as mis combien de temps à l’écrire puisque à t’entendre on a l’impression que tu es rapide et prolifique ?

Je l’ai écrit en deux ans. Le premier morceau que j’ai écrit qui est l’intro date de Mai 2013 donc ouais ça a deux piges. Après il s’est passé bien une année de peaufinage de texte, de mix, de récupération des pistes à droite à gauche. On va dire que la majorité du truc c’est écrit en un an et puis après ça c’est peaufiné sur une autre année le temps de récupérer les pistes pour les feats et tout, ce qui prend pas mal de temps…

Après ta première mixtape tu n’as rien sortie, tu es passée directement à l’album…

Oui, et là encore cela s’est fait tout seul, je n’avais pas forcément l’intention de faire un album, mais j’ai multiplié les collaborations avec Clem Beatz, LaCraps et quelques autres personnes. Et puis après en arrivant ici à Nantes y a deux ans on a commencé à former le label Goloka, à travailler ensemble, à s’échanger des idées et tout ça. J’ai commencé à coffrer des morceaux et c’est là que je suis parti sur l’idée d’un album. Mais c’est après avoir enregistré un certain nombre de morceau que j’ai vraiment pris la décision de partir sur un skeud. Je n’avais pas envie de faire un projet court et puis j’ai trouvé qu’il y avait une certaine cohérence dans les textes pour pouvoir en faire un vrai projet qui tienne la route et qui me ressemble.

Tu viens de nous parler du label que tu as fondé, Goloka. Le nom est une référence au paradis du dieu hindou Krishma pourquoi ce clin d’oeil, d’où vient ce nom ?

Olala, c’est n’importe quoi ! On était en train de fonder le label et il nous fallait un nom, on avait plusieurs idées. On voulait une référence à un truc paradisiaque quelque chose comme ça, moi j’adore l’Hindouisme. Mais je trouvais pas LE nom qui me convenait vraiment… et puis j’étais chez moi et j’ai vu une boite d’encens sur la table et la marque c’était Goloka… chez pas quoi. Du coup j’me suis dit « mais putain c’est lourd ». Bon Mellow Cotton a trouvé ça stupide mais il avait qu’à être là ! C’est après quand j’ai regardé la signification du terme que j’ai trouvé que ça représentait vraiment ce qu’on voulait créer donc on est restés là dessus.

Dans l’album tu te montres souvent très amère et dure envers la société du spectacle et ses acteurs, à commencer par l’industrie musicale. Tu dis vouloir te libérer de l’emprise de« chorégraphes », d’où le choix de l’indépendance. Du coup pourquoi ce choix et comment ça marche pour toi, qu’est ce que ça représente concrètement  ?

L’indépendance c’est beaucoup de travail, de fatigue mais surtout la liberté de tout créer soit même de A à Z. C’est à la fois ne pas avoir du tout de direction artistique et aussi être soit même sa seule direction artistique et ce à 100%. C’est une grande qualité et un grand inconvénient en même temps. Je vais pas te mentir, l’indépendance c’est pas le st graal pour moi mais je tenais tout de même à faire un album en totale indé. Le premier en tout cas. Pour moi c’était une façon de mettre les deux pieds dans le plat, de savoir ce que c’est de créer un album avant de signer où que ce soit et ce avec mes propres moyens. Je voulais me donner le temps de le faire moi même, de voir ce que c’était réellement que de réaliser un tel projet.

Quel est ton regard sur une potentielle professionnalisation de ton rap, tu es toujours restée lucide sur le fait qu’il était difficile de gagner sa vie ainsi ? Que répondrais tu à un artiste comme Sentin’l qui se dit que « la passion meure quand naissent les calculs » ?

Ouais bien sûr c’est pas simple mais moi je veux en vivre de cette passion. Pour ce qui est de la phase de Sentin’l je trouve que c’est vrai sans l’être. Être indépendant ça veut aussi dire que tu dois remplir des montagnes de paperasses, faire du commerce parce que quand tu vends des cds ou des t-shirts en indé tu lâches ton statut de rappeur pour enfiler celui de commercial. Quand tu fais tout ça tu n’exerces plus ta passion non, tu négocies des tarifs, tu remplis papiers sur papiers. Moi j’ai parfois plus l’impression d’être rappeuse. Finalement quand t’es signé tu te délestes aussi de tout ça pour te contenter d’écrire des textes, être en studio, écouter de temps en temps ce que ton directeur artistique a à te conseiller, lui dire oui ou non. Après si t’es pas con t’en choisis un qui ne l’est pas non plus. Et là tu peux enfin te consacrer à ce que tu es censé faire c’est à dire de la musique. La paperasse etc c’est ton équipe qui gère ça à côté. Donc je suis plus ou moins d’accord avec sa phrase, l’indépendance c’est une médaille qui a son revers et réciproquement.

On ressent dans ton rap tout un héritage assez revendicateur et contestataire. Pour toi se doit-il d’être forcément porteur de message forts et dans une certaine mesure, engagés ?

Ouais quand même, pour ce qui me concerne moi en tout cas je ne me verrais pas défendre un morceau avec un texte qui est vide de sens. Pour autant j’écoute des trucs qui n’ont rien à voir, absolument pas revendicateurs genre des morceaux cainri qui rappent n’importe quoi mais qui pour la musicalité me font kiffer. Mais pour ma part j’aurais du mal à sortir un album de morceaux « j’fais la fête avec mes copines, c’est trop génial »…

Et donc, la désormais classique maxime d’Arsenik, « Qui prétend faire du rap sans prendre position » ?

Ah bah je valide, je valide carrément même. Pour moi, faire de la musique qui est distrayante et faire de la musique qui a du sens c’est loin d’être incompatible. Pour le moment on est encore trop dans le clivage du : le rap indépendant va délivrer un message, le rap de maison de disque ne va pas en véhiculer et va faire du rap de distraction. A mon sens on a tout à gagner à essayer de faire comprendre aux maisons de disque qu’on peut faire les deux à la fois et que ça marche.

La collaboration sur Mafalda avec Rebecca Lane apparaît comme le morceau le plus atypique de ton album, à on l’a découvert sur la mix tape du bon son. On imagine qu’il doit revêtir une certaine valeur à tes yeux puisque tu as fait le choix de l’intégrer aussi à ton premier album. Comment s’est fait ce morceau où le contraste aussi bien textuelle que vocale entre le refrain et les couplets est fort ?

En fait j’avais envie de mettre une chanteuse sur un des refrains de l’album mais je ne savais pas du tout qui choisir. J’en ai parlé à Juliano qui avait lui, maquetté les deux couplets sur la prod de Mafalda et il y avait un trou pour le refrain sur le morceau. J’hésitais, je ne savais pas trop quoi faire et lui il m’avait alors proposé de capter Rebecca avec qui il avait fait un projet et qui connaissait ma musique. J’ai regardé ce qu’elle faisait, j’ai bien kiffé du coup on a lancé le truc. Elle elle était au Guatemala donc on lui a balancé les pistes et elle a tout fait là-bas.

Le contraste linguistique m’a bien plus aussi, d’autant plus que j’ai des origines espagnoles donc ça sonnait comme un joli clin d’œil. Je sais qu’il y a beaucoup de membres de ma famille qui ont apprécié le morceau de par cette collaboration. Mais aussi parce que Rebecca c’est une artiste qui si elle n’est pas très connu en France l’est en Espagne et au Guatemela. Notamment pour ses prises de positions féministes où elle intervient musicalement par rapport à l’image et à l’histoire de la femme. Le personnage au final me plaisait. Ca me paraissait important de mettre quelqu’un comme elle sur un refrain plutôt que n’importe quelle autre chanteuse qui aurait eu une jolie voix mais rien d’autre derrière. C’est aussi une forme de satisfaction personnelle, elle apporte un certain cachet, c’est pas n’importe qui, y en a pas deux comme elle. Je m’en fous qu’elle soit connu ou pas en fait, c’est le fait qu’il soit atypique ce morceau qui me plaît d’autant plus.

Sur Mafalda justement, tu dis, « Pour toucher mes rêves, ben je me suis dis que j’en avais peut être pas ». Aujourd’hui ton rap a atteint un autre niveau tout de même, tu as une plus grande exposition, tu es passée au stade de l’album c’est quelque part l’aboutissement d’un rêve non ou bien tu n’y as jamais cru, jamais voulu y croire ?

C’est certes un peu pessimiste mais je suis comme ça, c’est comme mon humour, toujours très noir, très sombre. « Pour toucher mes rêves, j’me suis dit que j’en avais peut être pas » ça reflète l’idée qu’il faut rester terre à terre et garder en tête que rien n’est jamais acquis et surtout que rien n’est simple à réaliser.Faut pas se lever le matin en disant « j’ai fait 100 000 vues sur une poignée de punchline ça y est c’est la teuf, demain je fais un feat avec AKH ». Non au final je suis ce que je suis et pour moi des rêves y en a pas. Y a que des choses qu’on fait ou qu’on fait pas.

Tu évoquais avec ironie et auto dérision la poignée de punchline justement. Mais tu en retires quoi de ce morceau qui est un petit succès mine de rien ?

C’était avant tout un bon exercice de style. C’est un style de morceau que je ne fais pas d’habitude, de la punchline drôles ou des phases qui taclent un peu c’est vrai que c’est pas forcément ma marque de fabrique. C’est pas mon style mais l’exercice porte son nom, on m’a proposé le truc j’ai rempli ma mission et ça m’a fait kiffer. Ca prouve aussi des choses, de l’égotrip je sais en faire aussi quoi (rire). Mais ça m’a apporté aussi un peu plus de visibilité, ça a permis à l’album de s’étendre un peu plus par la suite donc je suis contente.

Demi Portion cartonne aujourd’hui et l’avoir sur son album n’est pas un feat négligeable, pour autant on le sait toujours aussi simple et humain. Comment c’est passé cette collaboration qui apparaît comme une véritable fusion tant le son est harmonieux au point qu’on en arrive au constat suivant,« Eli MC, Dragon Rash, la frappe d’une super guerrière ».

Bon ça c’est l’idée de Demi P, il m’a envoyé sa piste j’ai fait « Ah l’enfoiré » (rires). Moi je viens de Montpel’ et on a un pote en commun, Jean Baptiste Durand avec qui j’ai fait le tournage de mes premiers freestyles et qui a réalisé deux clips pour Rachid. Donc on avait ce mec en commun et puis on avait été amené plusieurs fois à se croiser sans pour autant prendre le temps de se parler. Ca faisait un moment qu’on se suivait mutuellement et à la base je n’avais pas prévu de l’inviter sur l’album. Il était en train de faire Dragon Rash et je me suis dit que c’était peine perdue, que j’allais lui courir après et que ça servirait à rien.

Mais il m’a envoyé un message un jour parce qu’il avait kiffé la poignée de punchline sur la prod de Juliano. Il m’a proposé qu’on fasse un son ensemble mais à une seule condition, que ce soit sur une prod de Juliano et de personne d’autre. Il avait jamais eu l’occasion de taffer avec lui et en avait vraiment envie. Du coup on en a choisi une ensemble et ça c’est fait en mode freestyle, sans thème imposée mais je suis super contente que ça se soit fait de cette manière : vraie et spontanée. Surtout qu’il s’est rendu super disponible alors qu’il était lui même dans la finalisation de son album. Donc big up à lui, un mec motivé comme il y en a peu !

Tu évoquais les prods et sur l’album tu as fait le choix d’en faire certaines toi même, une volonté de plus vers l’indépendance ou bien un choix de s’ouvrir encore davantage au monde du hip hop et de tenter toi, de nouvelles choses ?

J’ai fait « l’interlude 1″ et « l’interlude 2″ c’est moi aussi qui l’ai fait mais c’est juste une nappe musicale habillant le propos de Deleuze. Si j’ai passé le pas et réalisé ces instrumentales c’est parce que je suis touche à tout et musicienne de base. Je fais du piano, de la guitare, du saxophone… Faire de la musique c’est mon dada quoi (rires). Donc forcément en faisant du rap, en côtoyant des beatmaker ben ça m’a donné l’envie de mettre la main à la patte. Ca doit faire 3 ans que je fais des prods. Enfin 3 ans que je fais des prods que j’estime pas dégueulasse. Je comptais pas faire d’instrus pour l’album mais finalement y en a une que j’aimais vraiment et Mellow trouvait que la mettre sur l’album était un clin d’oeil sympathique. Du coup je l’ai mise en interlude, c’était un compromis. Je ne rappe pas sur mes prods mais il y a quand même quelque chose venant de moi, dirons nous.

Tu ne serais donc pas prête à t’auto-produire sur un projet avec des beats que tu aurais exclusivement composés ?

Clairement non, une fois que t’as passé des heures et des heures à faire une prod, tu ne la vois plus de la même façon. C’est différent que quand tu reçois une prod déjà toute faite et qu’elle te saute aux yeux, t’inspire des trucs dans l’immédiat. C’est une question de ressenti. Mais par contre j’ai fait des prods pour le projet de Mez qui est sur Goloka en plus d’être mon backeur. Donc y a un truc qui va sortir mais là il traîne il traîne… !

Alors bien que les centres névralgiques du hip hop commencent à se faire de plus en plus nombreux et à voir le jour un peu partout en France et ailleurs, tu es toi à mi chemin entre Nantes et Montpellier. Ca fait quoi de ne pas être dans « l’émulsion » parisienne ?

Ah ben déjà ça fait du bien ! Montpellier j’y vais souvent, je vois les gars de LaClassic, d’ailleurs Big Up à eux ils ont contribué à la fabrication du CD ainsi qu’au mastering. Paris j’y vais et je vais y aller de plus souvent puisque je prépare le prochain projet avec Lionel des SoulChildren donc on va se coltiner Paris !

Et du coup on peut s’attendre à quoi pour ce prochain projet ?

Rien à voir avec Trace d’Opium. Déjà y aura la patte des SoulChildren, on les connait. Fidèles à eux mêmes, ils n’ont plus rien à prouver. Je vais bosser entièrement avec Lionel. Ce sera pas de la prod super classique comme on a l’habitude d’entendre de leur part. On va plutôt vraiment essayer d’élaborer autre chose. Ca va aussi être une manière différente de travailler pour moi, je sors de mon environnement pour aller dans un studio à Paris et on bosse autrement. Niveau textuel je vais essayer d’être plus dans les thèmes, moins dans les premiers jets, je vais retravailler le tout. Mais au niveau de l’écriture c’est et ça reste moi tout en essayent de faire un truc plus ouvert musicalement.

R c’est R comme résistance. Pourquoi le choix de cet extrait de l’abécédaire de Deleuze comme interlude de ton album ? Le propos philosophique est fort, quel est toi ce que tu retiens de ce discours, ce qui t’a poussé à l’intégrer dans ton album et peut être en perdre certains ?

Parce que comme je l’avais dit j’adore la philo et Deleuze tout particulièrement. J’aurais pu le citer tout à l’heure d’ailleurs parce que j’ai regardé en boucle les 8h que forment son abécédaire. A la base l’interlude 2 on avait idée de laisser le micro branché à la maison dans le salon et enregistrer les gens sans rien dire, avoir des discussions un peu inédites le tout sur un fond sonore. Mais c’est tombé à l’eau, on arrivait pas à avoir des prises qui nous convenait… mis à part des conneries ! On aurait eu des soucis ! (rires). Du coup j’avais envie de placer un extrait de quelque chose, un discours un peu fort. Et ça c’est décidé sur Gilles Deleuze parce qu’il mêle art, résistance et Hommes et que j’avais adoré le passage.

C’est également un clin d’oeil pour ma passion pour la lecture et la philo et puis aussi parce que dans le rap on a pas forcément l’habitude d’entendre ce genre de personnages ou de discours. Je ne suis pas la prof du rap français hein, loin de là, mais si les plus curieux vont voir qui c’est, ce qu’il a écrit, j’en serais ravie. C’est une référence un peu plus inédite et qui invite à la réflexion et c’est également quelque peu ma démarche. Au final je trouvais que le discours rejoignait ce que je faisais moi, à mon échelle, et avait donc tout son sens sur l’album. Qui plus est, il a une manière de dire les choses et de s’exprimer qui est extraordinaire, j’allais pas mieux faire que lui, il le faisait très bien alors je l’ai laissé faire. Suffisait de mettre sa voix sur de la musique et laisser la magie opérée.

Pour finir on va se la jouer Gilles Deleuze alors, si on te dit R pour Rap tu réponds quoi ?

Alors R pour Rap… Beaucoup de temps dépenser à se fatiguer, de l’argent aussi parce qu’on prend des risques à lâcher des billes dans un truc qui peut ne pas marcher… Mais surtout beaucoup de satisfaction et d’aboutissement personnel. Ca donne un skeud dont je suis plutôt fière. Alors R pour Rap je dirais R pour réussite espérons en tout cas !

La Smala, le cri du clan

Né de la fusion entre deux crews, L’Exutoire et Nouvelle Génération, et composé de six membres (Senamo, Seyté, Rizla, Flo, Shawn-H et DJ X-Men), La Smala – dont le nom signifie « famille » en arabe – est le groupe qui monte à Bruxelles depuis environ cinq ans. Nous avons profité de leur venue en France dans le cadre de la promo de leur second album physique, « Un murmure dans le vent » , sorti il y a peu pour nous entretenir avec les belges. C’est aux Buttes Chaumont, la veille de leur premier Narvalow City Show, qui s’est déroulé le 4 juillet dernier, que nous avons croisé Senamo, Seyté, Flo et Rizla. Rencontre.

Vous avez mis cinq ans entre votre premier succès sur Youtube, « Quartier sud » et votre premier album, « Un murmure dans le vent », et seulement un an pour sortir « Un cri dans le silence ». Pourquoi choisir de revenir aussi rapidement ?

Senamo : C’est un truc générationnel : aujourd’hui tout va super vite et on t’oublie aussi vite. Ensuite, on était motivés, car on kiffe travailler comme ça. On apprécie balancer de nouveaux sons, et on a vu que les gens suivaient le premier projet. Ca nous laissera ensuite un peu de temps afin de préparer un projet plus long. Pour le moment, les deux albums que nous avons sorti en deux ans étaient des huit titres, donc étaient assez condensés. Là, ça nous laisse entre un an et demi et deux ans pour préparer plus gros.

Seyté : Il faut également voir que Quartier sud c’était le tout début. Depuis, avant le premier album, nous avons sorti trois net tapes, qui contenaient chacunes 20 morceaux, soit 60 morceaux, auxquels il faut ajouter nos quatre projets solos. Et puis, il y a eu des clips, comme « Reflets d’esprits » ou « Au point mort ». En fait, nous n’avons pas chômé.

Comme l’a rappelé Senamo, vos albums sont des formats courts et aucun featuring. Pourquoi ces choix ?

Rizla : Le premier album était notre premier projet physique payant, avec une vraie promotion et une distribution sur toute la Belgique. Nous avons souhaité être prudents et ne pas nous lancer directement sur un LP, mais sur un EP, soit huit titres. Quand nous avons vu que cela fonctionnait, que les retours étaient positifs et que nous avions gagné en expérience, nous en avons fait un autre. Les deux ensembles forment une suite. Un murmure dans le vent, Un cri dans le silence, collés l’un à l’autre, les deux projets n’en font qu’un : Un murmure dans le silence. C’était prévu, et nous avions choisi ces formats-là par soucis de logistique, et parce que c’était le début.

Seyté : S’il n’y a pas de feats et que nous avons produit nous-même toutes nos instrus, par le biais de Rizla et Shawn-H, qui forment Killodream, c’est par facilité. Pour nos débuts, nous ne souhaitions pas avoir à devoir payer les droits d’une prod ou d’un feat. Donc finalement, nous n’avons fait venir personne et avons fait notre truc à nous et sur nos instrus à nous, histoire de ne rien devoir à personne et d’être 100 % autonomes.

Un murmure dans le vent, Un cri dans le silence : le thème du bruit semble inspirer vos titres d’albums… Pourquoi ?

Flo : Parce qu’en fait on avait déjà un EP huit titres, on savait qu’il y en aurait un second et on voulait qu’ils se suivent. Comme Rizla l’a dit, le premier c’était Un murmure dans le vent : on vient, on se présente et on murmure notre rap. Le vent passe, tu te le prends ou tu ne te le prends pas. Mais, on a eu de l’exposition grâce à ce murmure dans le vent et qu’autour de nous, on avait l’impression qu’il ne se passe pas grand-chose, alors on est venu crier dans ce silence.

Vos instrus sont faites par Killodream, composé de Shawn-H et Rizla. Comment s’opère la sélection ? Vous avez tous les mêmes goûts ?

Rizla : Au niveau des instrus, cela fait presque dix ans que je produis avec Shawn-H toutes les instrus de La Smala. On connait bien les goûts de chacun et on sait accorder nos instrus. J’ai toujours chez moi au moins cinq cents prods en train de dormir. Nous nous réunissons, jusqu’à ce que nous trouvions un accord parmi les instrus.

Quels artistes inspirent votre musique ?

Senamo : Vu qu’on est cinq entités dans le groupe, il y a un panel assez large d’artistes qu’on apprécie chacun personnellement. Après, on se retrouve sur quelques artistes. En rap belge, il y a Ultime Team, OPAK, James Deano, etc. En français on apprécie les classiques comme la Scred Connexion, Booba à l’ancienne, IAM, la Fonky Family, NTM, Salif, etc. Comme on dit souvent, on se bute tellement au rap, qu’il y a trop de classiques qui nous influencent. Et ça va de l’artiste que tu écoutes, au réalisateur, en passant par le scénariste, au pote qui raconte une anecdote qu’il a vécu. Tout peut être inspirant. Au final, ce sont des petites pièces de nous vies que nous retranscrivons dans nos textes.

Quel regard portez-vous sur le rap belge actuel ?

Seyté : Je pense que nous sommes obligés d’avoir un regard attentif sur les gens qui font du rap dans notre pays. En plus, il y a pas mal de MC’s qui se donnent vraiment à fond, qui ont du talent et font de belles choses. Il faut savoir qu’en Belgique ce n’est pas forcément simple d’émerger dans le sens où le pays est beaucoup plus petit que la France, et qu’il y a une barrière linguistique entre les Flamands au nord et les francophones au sud. En plus, les médias ne jouent pas forcément le jeu avec nous, puisqu’ils diffusent peu de musique belge. Il faut donc s’accrocher et être passionné pour espérer à se faire connaître. Il y a plein de talents, et nous vous invitons tous à venir jeter une oreille sur ce qui se passe chez nous.

En France, nous connaissons assez mal la situation belge, hormis les soucis linguistiques et les péripéties gouvernementales. Comment se portent les quartiers populaires en Belgique ?

Rizla : C’est un peu similaire à toutes les métropoles. La situation est stable, même s’il y a des quartiers un peu plus populaires, avec une plus forte immigration. Mais c’est le même schéma un peu partout. En Belgique, je pense que dans chaque grande ville il y a ce type de quartiers, à Bruxelles aussi. Ce qui est différent de la France, c’est que les quartiers populaires ne sont pas relégués en banlieue.

Senamo : Bruxelles est une grande ville, et il y a deux-trois quartiers qui sont chauds. Mais le reste c’est comme partout, tu peux vivre mal ou bien. On n’a pas de ghetto en périphéries comme à Paris.

Vu d’ici, on a l’impression qu’il n’y a pas autant de tensions communautaires qu’en France, ou d’émeutes médiatiques…

Senamo : Il y a eu des émeutes à Anderlecht…

Rizla : Ici, il n’y a pas eu l’immigration de masse comme chez vous. Il y a eu de l’immigration en Belgique, mais ce n’est pas comme en France, où il a fallu construire beaucoup de bâtiments pour loger tous les populations. Donc comme disait Senamo, il n’y a pas de cités chez nous. Mais des problèmes communautaires, il y en a forcément. Par exemple, 90 % de Marocains viennent de Molenbeek. Après, ce n’est pas grave, nous on s’y balade sans soucis, personne ne nous regarde de travers. Tant que tu n’as pas peur d’être avec des gens qui ne te ressemblent pas, eux n’ont pas de raisons d’être méchants avec toi. Après, il n’y a pas de quartiers où tu as peur de croiser des racailles. Dans les coins communautaires comme Molenbeek, les jeunes un peu turbulents ne foutent pas la merde sur place. Il y a leurs parents, leurs oncles qui habitent à côté : c’est très familial. C’est plus en ville où tu vas croiser une bande de jeunes qui veulent foutre la merde ou se battre. Mais il n’y a pas de quartiers où tu as peur de mettre les pieds. Après, des racistes il y en a partout, comme des gens qui ne veulent pas s’intégrer.

Senamo : Il y a aussi eu des débats sur la burqa ou le voile à l’école. Des mères musulmanes ont été tabassées par des skinheads. Tout cela a créé des émeutes à Anderlecht, comme je te disais. Il y a eu des bagarres entre extrémistes de droite et cas soc’. Mais comme dit Rizla, c’est un peu comme partout, avec des gens qui ont du mal à vivre ensemble ou qui ont des problèmes avec la différence. Ce qui fait plaisir, c’est que dans le rap, toutes ces barrières tombent. Tu ne te dis pas que c’est un bon kickeur parce qu’il est noir ou blanc, tout dépend de la manière dont il va rapper. Le reste, tu n’en as rien à foutre.

Aujourd’hui vous rencontrez du succès de l’autre côté de la frontière, en France, où vous effectuez plusieurs dates de concert, dont le Narvalow Show demain [ndlr : entretien réalisé le 3 juillet 2015], aux côtés de rappeurs confirmées de l’underground français. Qu’est-ce que vous ressentez ?

Flo : On se sent très bien. On a avait déjà fait quelques dates en avril et en mai, à Strasbourg, à Montpellier, à Marseille, à Lyon, etc. et à chaque fois ça s’est super bien passé. Le public français nous a très bien accueilli. Nous étions même un peu étonnés de voir que les gens connaissaient autant les paroles. Nous avions déjà fait la Suisse l’an dernier, mais une seule fois Paris. Le Narvalow Show est un gros événement hip-hop, avec de grosses têtes d’affiche à chaque fois, on est honorés d’y être invités.

Senamo : Ce qui fait plaisir c’est d’être invité à un événement dans le style « puriste », avec un public constitué de personnes confirmées, qui ont une oreille fine dans l’écoute du hip-hop. On présume que ce n’est pas la même ambiance qu’un festival où les gens viennent pour découvrir. Là, les gens découvrent en connaissant déjà tous les classiques et avec une oreille affutée.

Après cet album, vous avez des projets ? De nouvelles net tapes comme On est là ? Des solos ?

Seyté : Le prochain projet à venir est de moi-même, avec Seynamo et le beatmaker Mani Deïz. A côté de ça, on va commencer tout doucement à se repencher entre mi-août et fin août sur de nouveaux morceaux de La Smala. On va essayer pour le prochain opus de faire un truc avec un peu plus de titres, avec des feats et d’autres producteurs, c’est-à-dire de faire un vrai album de La Smala comme on en rêve tous, avec au moins quinze titres. Mais cela va prendre du temps, on ne va pas revenir d’ici six mois. On va sûrement sortir entre temps des petits freestyles vidéo et des clips. Il y aura toujours de la matière.

Capone-N-Noreaga : la stratégie de la défaite

Parfois, le talent ne suffit pas à lui-même, vous pouvez être le plus raw des mc’s avec le delivery le plus complet, ça ne vous garantira jamais la réussite. Sur le champ de bataille, le talent est une chose, mais la direction stratégique des combats (surtout musicale) en est une autre. Sans l’un ou l’autre, la défaite est courue d’avance. De ce fait, peu de soldats peuvent combiner ses deux dons, et les meilleurs albums reposent toujours sur un ou plusieurs généraux (executive producers) capables de rendre la force de frappe victorieuse. Des plus grands succès de guerres connus, Illmatic n’aurait surement pas eu le même statut sans l’apport de stratèges comme Faith Newman et Mc Serch et, de fait, NaS n’aurait peut-être pas eu ses états de service actuels.

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Actuellement, si la structure de la musique permet indépendance et autoproduction, elle a aussi amené la perte du rôle extrêmement important de l’executive producer. Le rap de 2015 n’est pas plus mauvais que celui de 1995, le talent est là, voire meilleur, il est juste mal fait, et mal réfléchi en partie. Tragedy Khadafi, producer, MC, mais aussi executive producer, et derrière cette dernière casquette, il fut l’homme de l’ombre de la réussite du The War Report de Capone-N-Noreaga. Le général, comme il se nomme lui-même en intro de Lessons, 5ème album du duo de Queensbridge. Peaufiner le diamant brut de la rue pour le rendre collector en musique, voilà en somme ce que Khadafi a permis à Capone-N-Noreaga, les mettre sur le champ de bataille avec la bonne tactique et le bon armement. Le retour de Tragedy Khadafi auprès du duo sur Lessons annonçait donc un retour à une formule gagnante…

2009, 9 ans après The Reunion, Channel 10 annonçait le grand retour du duo, mais sans les moyens de l’époque. Fini le label capable de financer comme un Tommy Boy, fini aussi le staff de production, et bien sûr fini les executive producers. Le duo est donc obligé de s’appuyer sur lui-même, comptant uniquement leurs expériences en solo. Malheureusement, si l’alchimie artistique est là, ce n’est pas du tout une réussite au niveau direction artistique (à l’image de leur solo), on se noie à travers 17 pistes sans vraiment de cohérence. Ce retour se traduit par un échec mettant directement la suspicion sur ce qui sera le successeur de The War Report : The War Report 2. Jouant sur la vague des numéros 2, le duo avait décidé de recruter des stratèges de guerre, mais la crise pointant son nez, les deux acolytes s’étaient contenté du fond de cuve : Busta Rhymes et Raekwon (le premier venait quand même de nous sortir Back On My B.S.). Nouvelle défaite, et un album qui n’atteint même pas la rotule du premier du nom.

Lessons arrive donc dans un climat où attendre encore quelque chose de Capone-N-Noreaga relève d’un mal être social qui ne guérira que par le suicide. Autant se pendre que d’attendre quoique ce soit de leur part. Pourtant, avant de serrer complètement la corde autour du cou, le retour de Tragedy Khadafi pourrait créer un miracle. Et miracle il y a lieu, enfin CNN donnant un héritier digne à The War Report ! Non je déconne, Lessons est aussi chiant qu’un expert-comptable… Capone-N-Noreaga ayant voulu conserver les rênes de leur album, Tragedy Khadafy vient juste poser en tant qu’invité privilégié (si on peut parler de privilège). On se retrouve donc dans la grande continuité de Channel 10 et de The War Report 2, mais avec quelques morceaux plutôt bons, permettant ainsi à Lessons d’être un cran au-dessus. La plume est au rendez-vous, le duo a mis la barre haute, on passe d’un niveau d’écriture CE1 à CM1. A la rigueur on s’en fout complètement, CNN ne sont bons que pour nous lâcher des lyrics primaires qui puent la rue, et à ce jeu ils arrivent encore à faire leur effet : 3 on 3, Future ou Not Strick You. Mais on reste comme d’habitude sur sa faim, Noreaga peut de nouveau remercier Large Pro de mettre les formes pour les sauver du désastre avec cette petite bombe qu’est Pizza (faut mieux tout de même rien entraver à l’anglais pour éviter le ridicule des paroles). Ayatollah fait la charité en leur balançant le beat de Future pour un retour du meilleur effet de Capone (drug, pimp, etc.) et même Statik Selektah parait bon sur le très smooth et californien Now.

A part rester coincé à vie dans un bunker avec comme seule musique cet album, il y a peu de chance que le disque aie un replay value assez important pour qu’on se remémore de cet album avant de crever. Tant que Capone-N-Noreaga n’auront pas compris qu’ils sont de bons soldats, des mc’s de rue, mais qu’ils n’ont aucune intelligence pour être généraux, ou executive producers, on se retrouvera constamment avec ce type d’album qui pue la défaite de leur part. Bref, si vous attendiez encore quelque choses de CNN, vous pouvez serrer la corde pour vous pendre. Cela fait 6 ans qu’ils rendent nos casques chiants avec leur musique à un point que l’on regrette les critiques formulées sur The Reunion en 2000.

Au coeur des atomes avec Cannibal Ox

Le 18 juillet 2015, Vast Aire et Vordul Mega de Cannibal Ox pointaient le bout de leur nez à Paris pour un concert à la Belleviloise. L’occasion pour nous de les rencontrer et de faire le point sur leur parcours : de leurs premières expériences en collectif à aujourd’hui, de la sortie de Cold Vein, leur premier album en duo, à celle de Blade of the Ronin, sa suite tant attendue.

14 ans après la sortie de The Cold Vein, comment mesurez-vous l’impact de l’album sur le rap et la musique en général ?

Vast Aire : Clairement, Cold Vein est un album très important. C’est le début des années 2000, durant lesquelles beaucoup de grosses affaires politiques ont eu lieu : l’attentat du World Trade Center, et d’autres choses de cette nature. Cet album représente le début d’un nouveau son dans le hip-hop, un son qui a fini par engendrer des rappeurs tels que Danny Brown. Ça a emmené une vibe totalement nouvelle, assez similaire à ce que le Wu-Tang a apporté, ou à ce que d’autres groupe grit ont fait. Des groupes qui sont venus avec un son tellement identifiable que les gens ont été obligés d’approuver.

Ce que j’essaye de dire, c’est que The Cold Vein a apporté de nouveaux standards, et c’est un honneur pour moi d’avoir contribué à ça, surtout quand je vois la réponse du public, 14 ans plus tard. C’est comme le vin, ça se bonifie avec le temps.

Avec Blade of the Ronin, on a tenté de poser une nouvelle pierre à l’édifice, d’emmener encore quelque chose de nouveau, de faire un autre album fondateur.

Pourquoi avoir attendu 14 ans pour faire un second album de Cannibal Ox ?

Vast Aire : On a pas choisi d’attendre autant de temps, ce n’était pas un plan. Ce que les fans doivent savoir, c’est qu’avant tout, on fait partie d’un groupe qui s’appelle Atoms Family. Si tu reviens à Cold Vein, tu vois qu’il y a un son sur cet album qui s’appelle Atom, qui représentait le crew duquel on venait. Quand Vordul Mega et moi avons commencé à travailler sur Cold Vein, c’était un peu comme si GZA et Ghostface avaient décidé de faire un album commun, et il s’avère que ça a marché. Ça ne veut pas dire qu’il ne peut plus être GZA, et que je ne peux plus être Ghostface.

Double AB : Tout le monde avait ses groupes et sa carrière solo, et un collectif qui était plus grand que ça et qui nous rassemblait tous.

Vast Aire : Grossièrement, The Atoms Family est notre Wu-Tang.

Vous étiez surtout des rappeurs solos, des individualités avant de devenir des entités communes.

Vast Aire : Oui, on a toujours été en solo, depuis le lycée mais on adorait faire de la musique ensemble dans ce groupe de 50 personnes, dont faisait aussi partie Double AB, c’est pour ça qu’il est avec nous maintenant, parce-qu’il a toujours fait partie de la famille. Beaucoup de gens pensent que notre carrière commence avec Cold Vein, mais ils ont tort. J’ai fait Deuces Wild en 2008, Look mom … No Hands en 2004 pendant que Vordul Mega faisait The revolution of Yung Havoks puis Yung World …

On fait toujours de la musique, mais pas forcément sous le nom de Cannibal Ox. Mais si tu reviens à tous mes projets solos, tu remarques qu’il y a toujours Vordul Mega en featuring et inversement. On a grandi dans le même quartier … Les rumeurs concernant nos différents étaient idiotes, car à chaque fois qu’on a sorti des projets, on a collaboré ensemble.

Effectivement, 14 ans pour faire le second opus de Cannibal Ox, c’était un peu long. Au plus tôt, cette suite aurait pu arriver vers 2008, mais le timing n’était pas bon, Def Jux s’est effondré … On a juste voulu le faire au bon moment : je voulais notamment que Mega soit dans de bonnes conditions. Il ne crée pas autant de musique que moi, si je fais 5 ou 6 sons, il se peut qu’il n’en fasse qu’un.

Je voulais que l’énergie soit bonne. Je profite aussi de cette interview pour tuer les rumeurs quant à nos embrouilles auprès des vrais fans français : on ne s’est jamais séparés.

Je ne pense pas que les gens aient vraiment cru en cette rumeur, mais qu’ils pensaient juste que vous reviendrez plus rapidement en duo.

Vast Aire : C’est possible ! On a beaucoup enregistré pour Blade of the ronin, et on va revenir avec un troisième album ensemble. Mais encore une fois, vous devez plutôt aller voir à la section « V » quand vous cherchez notre musique, puis dans la section « C » pour trouver Cannibal Ox …

A mon avis, si les gens démarrent votre carrière avec The Cold Vein, c’est parce-qu’un certain nombre d’entre eux sont jeunes, ou qu’ils ont vous découvert sur le tard avec cet album, après quelques recherches Internet.

Vast Aire : Oui, je comprends totalement ça !

Double AB : Effectivement, il y a plein de jeunes qui n’ont pas grandi avec, mais c’est juste leur grand frère qui leur a filé le disque ou quelque chose comme ça. Et puis bien sur, c’est souvent sur les listes des plus grands albums de rap indépendant, ce qui attire pas mal de monde. Ça ne vieillit pas et ça peut parler à toutes les générations. Je pense que c’est la même chose avec Blade of the Ronin, les gens y adhèrent car c’est un album qui a la même saveur. C’est fou comme les gens peuvent se retrouver à ce point dans un disque qui n’est pas sorti dans leur ère, mais qui sonne comme si il venait de sortir. C’est comme ces jeunes qui vont acheter des disques des Beatles sans jamais les avoir entendu : c’est toujours aussi génial, et ça sonne toujours aussi neuf, même 45 ans après.

Il y aura toujours des ados pour acheter des disques des Beatles, toujours des ados pour acheter Cold Vein, même dans 50 ans ! On grimpera sur scène en fauteuils roulants et les gens seront en folie !

Justement, on a l’impression que le son de Cannibal Ox, et plus généralement celui de Def Jux, a vraiment traversé les frontières et est très populaire en Europe, et notamment en France. Comment vous expliquez ça ?

Vast Aire : Je pense que la bonne musique touche la corde sensible chez les gens. C’est quelque chose que tu ne peux pas falsifier. Ça arrive, et les gens captent la vibe du truc ou non. Cold Vein est un bon album à la surface, et ça devient génial quand tu te poses avec un blunt et un verre de Brandy (Double AB approuve bruyamment) et si tu écoutes le disque avec attention, et un bon système sonore. L’album devient génial quand tu deviens capable de le faire tiens, d’apprendre comment fonctionne les morceaux. De quoi parlent-ils dans ce couplet ? Qu’est-ce-que El-P et Vast Aire ont tenté de faire avec cette production ? On a vraiment essayé de pousser le son.

Je compose beaucoup, et même quand je ne fais pas l’instru, j’ai toujours de l’influence dessus, sur les ponts, les refrains, les intros, les outros … Avec El-P on réfléchissait beaucoup à la production : cette prod’ devrait disparaître en fondu, celle-ci devrait durer une minute de plus, sans paroles, laissons la respirer, laissons la vivre … On a travaillé dur et c’est un disque honnête. Je pense que quand quelqu’un fait disque honnête, tu le ressens. Encore une fois, c’est quelque chose sur lequel tu ne peux pas mentir. Tout le monde peut faire semblant d’être cool. (Vast Aire se met à jouer un rôle) Je suis cool, tout va bien, rien ne dérape jamais pour moi, toutes les filles m’aiment, tous les mecs veulent être moi. Les gens peuvent mentir là dessus, mais tu ne peux pas falsifier quelque chose de vrai à propos de ta grand-mère, tu ne peux pas mentir sur ce que tu as ressenti quand tu as tenu un de tes potes mourant dans la rue, alors qu’il poussait son dernier souffle… Si quelqu’un ment là dessus, tu vas le ressentir.

Je pense que c’est là dessus qu’on a joué. Tu peux te dire : ces mecs ont de l’expérience, ils savent de quoi ils parlent. Ils viennent des rues de New-York, ils ont un bon cœur, un bon esprit, ce sont de vrais mecs de la rue qui ont vécu la pauvreté, qui ont eu le cœur brisé.

Par exemple dans « The F Word » , je n’avais pas peur d’exposer le fait que parfois, je n’obtenais pas l’attention de la fille désirée. Tout le monde obtient son attention dans le rap. J’ai donc décidé de raconter trois histoires à propos de trois femmes. Celle du dernier couplet est plus fictive, car c’est une combinaison de deux femmes que j’ai connues. Mais les deux autres sont réelles, et je leur parle souvent de ce son, elles savent que c’est à propos d’elles, et ça les fait rire, parce-qu’elles savent que c’est vrai.

Je me suis dit que parler du fait d’être proche d’une femme qui décide finalement que vous devez seulement être amis, c’était une vraie chose et que personne ne l’avait jamais fait dans le rap … Globalement, c’est ce que Cold Vein a fait : parler de vraies choses.

On peut se la péter, fracasser des planètes, je peux être Galactus sur chaque rime (Double AB se marre) ou bien Dark Vador. C’est cool, c’est la partie marrante, mais ensuite on doit être aussi un peu sérieux. On ne pourrait faire que la première moitié, flamber ça fait partie du hip-hop, mais la seconde moitié, c’est d’être le vrai CNN de la rue. Paix à Capone et Noreaga …Les news ne te diront jamais vraiment ce qui se passe, et je sais que c’est aussi le cas à Paris … C’est donc notre taff d’informer de manière plus directe, spécifiquement à propos de Harlem, parce-qu’on vient de là, mais aussi à propos du Queens, de Brooklyn, de partout !

Justement, que peux-tu nous dire quant à l’évolution de Harlem entre les deux albums de Cannibal Ox ?

Harlem a beaucoup changé, il y a notamment eu pas de mal de gentrification, avec des gens plus riches qui sont venus pour racheter de l’immobilier. Il y a aussi beaucoup plus de business … Quand on faisait Cold Vein, il n’y avait pas même un Starbucks à Harlem. De l’argent a donc été injecté dans cette zone. En réalité, Harlem est une partie vintage de New-York, donc je pense que ça tournera toujours.

Pourquoi avoir choisi de travailler avec un producteur unique – si l’on excepte l’apparition de Black Milk – pour Blade of the Ronin ?

Bill Cosmiq travaille avec nous depuis longtemps, et c’est un bon ami à nous, il fait partie d’IGC. Son groupe s’appelle The Quantum, et vous allez beaucoup entendre parler d’eux d’ici peu.

Son son est mortel, et il a différentes palettes. En fait je l’ai rencontré via un ami commun, et on est devenus très proches. Ça fait maintenant sept ans qu’on bosse ensemble sur pas mal de bonnes choses.

En réalité, on avait pas décidé qu’il ferait presque tout l’album, mais c’est juste arrivé. Au départ, il devait faire 6 ou 7 sons, et au final il en a fait 17, parce-qu’on adorait la vibe qu’il développait.

Quant à Black Milk, ça faisait un moment qu’il voulait bosser avec nous, je lui ai donc juste dit de nous balancer quelques grosses productions et on a choisi celle-ci, qui avait aussi une bonne vibe, et qui collait parfaitement au taff de Bill Cosmiq sur l’album.

Je trouve que depuis la sortie de son album Tronic, Black Milk a développé pas mal de choses qui pouvaient bien coller à votre style.

Totalement, en réalité j’aimerais bien faire un projet complet avec lui. C’est certain que je vais revenir vers lui dans le futur pour qu’on collabore de nouveau.

Peux-tu nous parler plus en détails des choix artistiques quant au clip de Harlem Knights ?

Je pense que Harlem Knights est minimaliste jusqu’à la conclusion. On a fait ça car on voulait que les gens prêtent attention aux lyrics. Si trop de choses se passent sur le plan visuel, ça t’écartes du son. Là on voulait vraiment faire une vidéo symbolique sur Harlem la nuit. On a donc joué sur le double-sens Harlem-night/Harlem-Knights. C’est donc Harlem la nuit, avec nous dans le rôle de guerriers du quartier, on est donc les Harlem Knights.

On voulait montrer d’où on venait. On a donc fait de beaux visuels de Lenox Avenue, le Apollo, et quelques autres points clés. Tout n’a pas été retenu au montage, mais j’adore le clip tel qu’il est, et c’est en train de péter maintenant, les fans sont très contents que l’on soit revenus.

Maintenant on bosse sur le clip de Iron Rose avec MF Doom,

Une dernière chose à rajouter ?

Oui, je voulais juste dire aux fans français qu’on vous aime, et qu’on va revenir. On va déchirer ce soir. C’était une putain de tournée, on a commencé en festival avec Joey Badass, Freddie Gibbs et Run the Jewels, on est allés à Dublin, puis en Ecosse, à Brighton, à Leeds, à Londres, à Bristol, en Belgique, … On adore l’Europe. On devait vous montrer qu’on est sérieux, qu’on est vraiment de retour ensemble.

La prochaine fois qu’on reviendra, il y aura deux fois plus de dates. Mais on devait se remontrer une première fois pour montrer qu’on ne déconne pas : on a pas juste balancé un album comme ça, on veut le défendre. On sera de retour en Europe dans 6 ou 7 mois …

Entretien réalisé à l’occasion de la venue de Cannibal Ox à Paris le 18 juillet 2015.
Grand merci à Latifa et à Michael de MC*5 pour avoir arrangé la rencontre.

DJ Quik à la page, mais dans un autre livre

Visière sur la tête et fume-cigarette à la Hunter S. Thompson, DJ Quik reprend l’une des routes qu’a souvent emprunté le journaliste gonzo, de Los Angeles à Las Vegas.

Quik en profite pour décrire son mode de vie, toujours hors-compétition, traçant sa route seul, au gré du vent californien. Entre les volutes de fumée et la route, le rappeur-producteur prend quelques minutes pour danser avec ses propres illusions.

Comme Thompson, DJ Quik est un reporter gonzo. Gonzo parce-qu’il raconte avec précision ce qui l’entoure, gonzo parce-qu’il le fait dans la plus grande subjectivité, et que son regard mi-sérieux mi-halluciné en fait un véritable journaliste moderne. Un journaliste qui n’aurait pas oublié de groover.

Khary Durgans met les formes pour nous parler de rien

L’été est là, la chaleur aussi, et pour éviter de trop réfléchir sous le soleil qui tape, Khary Durgans vient se présenter dans son « about absolutely nothing ». Et pour ça, quoi de mieux qu’un clip « about absolutely nothing » ?

Le son pourrait presque faire cheap si les arrangements n’y apportaient pas un peu de profondeur. Khary Durgans se lâche toutefois en enchainant énergiquement des phases sans le moindre sujet. C’est plutôt le clip qui retient l’attention. Battle de karaté avec un gamin, piñata dégommée à coup de burin pour lui faire cracher des sous, featuring avec un mannequin, le rappeur semble avoir envie de briser les codes, comme un gamin qui déclare la guerre aux adultes.

En attendant la sortie imminente de son prochain EP, Swim Team est toujours en écoute ici :

Bankroll Fresh freestyle en l’honneur de Gucci Mane

Bankroll Fresh n’a jamais rencontré Gucci Mane, ce qui ne l’a pourtant pas empêché d’apparaître à deux reprises à ses côtés : sur Fuck that bitch , ainsi que sur Bring them thangs.

Le rookie d’Atlanta continue de rendre hommage au patron via ce freestyle. Une voix en parfait équilibre entre nasalité et rugosité et un débit d’abord continu avant de peu à peu glisser vers un flow tout en ruptures, qui prouve à ceux qui ne l’auraient pas encore compris, que Bankroll est tout à fait capable de s’épanouir en dehors de ce qui faisait sa première particularité.

Le rappeur devrait peu à peu continuer son ascension, puisque après Life of a hot boy 2 – projet de qualité qui pêchait parfois par sa  production – il devrait collaborer sur une mixtape complète avec Zaytoven. Nul doute qu’il devrait aussi être adoubé par Gucci Mane quand ce dernier sortira de prison …