Ywill paie sa Poignée d’Punchs

« Hey William, t’es vraiment trop chaud, quand est-ce qu’il arrive le solo ? » . A chaque rencontre, à chaque soirée, chaque freestyle ou chaque impro, les mêmes félicitations, les mêmes questions. Il y a des phrases comme celles-ci que l’under lillois n’a cessé de répéter depuis des années, des albums que le Nord n’a cessé d’espérer. Irrémédiablement, le MC nous servait la même réponse, presque gêné,  »J’y pense. J’ai 18 morceaux de côté, on verra bien ce que j’en fais.« 

En vérité, entre les lignes se dessinaient d’autres raisons et avant tout la volonté profonde de partager sa passion, entouré de ses potes. Un grand passionné qui, en dix ( vingt ?) ans d’activisme, de scènes accumulées en freestyles de fin de soirée, a toujours privilégié le groupe et a su rester discret en dépit d’un talent débordant. Mais deux ans après Le point sur le J, Ywill franchit le pas et se décide enfin à nous livrer ce solo tant attendu pour la fin d’année. Le MC lance aujourd’hui les hostilités sous la caméra de Tarmack Film et l’égide de Give Me 5, avec une Poignée de Punchlines de haute volée.

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Le Zad nous emmène au pays

Vu qu’en ce moment ça sent le sud à pleines narines de Brest jusqu’à Sochaux, vous ne serez pas vraiment dépaysés par Le Zad, qui nous emmène à travers ses vidéo-archives personnelles dans sa contrée natale, le magnifique sud-est. L’un des MC’s du groupe L’Eau Dans L’Jazz, qui a notamment vu apparaître le producteur Clem Beat’z sur le devant de la scène, arrive en solitaire ou presque pour son premier projet, l’EP Chez Nous, produit par Opera, qui sera disponible à la rentrée.

Ce premier extrait, « Mes Frères au Pays », arrive comme une carte postale, nous fait profiter des ambiances estivales, des potos comme des paysages méridionaux, tandis que celui qui crame les scènes avec Sëar Lui-Même depuis 2012 nous raconte ses péripéties et décrit son « pays » en famille, toujours avec le sourire en coin, la rime chaleureuse et sans fioritures. Un petit apéritif bien frais, en attendant l’arrivée des cinq autres titres prévus.

Bodega Bamz : Poudres & Caniveau

A moins d’être un puriste à la dure des années 90 qui ne vibre qu’à chaque sortie d’un MC de plus de 40 ans, vous devez être au fait que le point névralgique du rap à NYC se situe actuellement sur Harlem. Harlem, sa soul food à vous foutre des AVC en moins de 45 secondes (Chicken & Waffles, le mix parfait pour crever en plein mois d’août), ses bodega (deli) multicolores qui jonchent tous les corners de Central Harlem, ses chorales de gospel pour touristes, la façade de l’Apollo, ses néo-hippies végétivores, ses légendes (Big L, Immortal Technique, Jim Jones (humour), Cam’Ron, Kool Moe Dee ou encore Biz Markie), bref si le borough connait, à l’instar de Brooklyn, la dure réappropriation de ses blocs par la classe aisée en manque d’exotisme, il y reste des coins intemporels où une nouvelle génération a pris ses marques et s’est approprié tous ses codes. Le collectif A$AP Mob en est clairement le fer de lance depuis 2011, où des têtes comme ASAP Ferg et ASAP Rocky ont remis Harlem sur la carte avec ce style musical caractéristique nommé Beastcoast. Dans leur sillon, le Spanish Harlem n’est pas en reste avec l’émergence sur le tard de Bodega Bamz.

Propulsé grâce à sa mixtape Strictly 4 My P.A.P.I.Z., Bodega Bamz est au rap ce que le reggaeton est à la musique latine, c’est-à-dire une erreur que la nature a été incapable de régler par elle-même. Et pourtant, contrairement au reggaeton, Bodega Bamz brille par son vide. MC plutôt lambda, son discours orienté sauvageon des trottoirs trouve une réelle répercussion grâce à l’environnement sonore qui l’habille. Maqué façon Beastcoast, l’homme a eu l’agréable intelligence d’aller chercher le sniper V Don qui est clairement le producteur de beatscoast (BPM lents et infrabass de vibro) le plus talentueux. Sur les beats de V Don mais aussi de JohnBoyBeats, Bodega Bamz a réussi à trouver un palliatif à sa propre personne, expliquant ainsi la réussite de Strictly 4 My P.A.P.I.Z. et l’attente autour de son premier album, Sidewalk Exec.

Willie The Kid, The Game, le Wu-Block, Smoke DZA, Lloyd Banks, Styles P, Vado, Trae The Truth, la liste des artistes qui ont fait appel à V Don depuis 5 ans est assez pléthorique, démontrant ainsi l’intérêt porté à ce producteur de génie. Le qualitatif de génie peut paraître fort, mais le constat est clairement là : V Don est le seul producteur en dix ans à avoir réussi à créer non seulement sa patte, mais un style musical complet allant clairement à contre-courant du modèle original boom-bap. La sortie de Sidewalk Exec permet à V Don de mettre à son actif un album totalement produit par ses soins, et si on ne peut pas enlever tout l’intérêt à retrouver Bodega Bamz sur un premier album, on peut tout de même dire que l’attente s’attardait plus sur V Don que le principal intéressé.

Bienvenue, donc, dans Sidewalk Exec. Si vous vous attendiez à passer plus d’une heure dans le monde très égotrip de Bodega Bamz, il va falloir vous canaliser, car cet album prend le même temps que de couper un kilo de coke (30 minutes environ). Au fond, c’est surement ce qui fait de cet album tout son intérêt, car le Bamz a beau faire le travail, son discours sans surprise ni grande réflexion n’a pas besoin d’une durée supérieure pour être compris. Vantard à tout bout de champ, Bodega Bamz passe son temps à se prendre pour un don de la mafia entre coke, guerre de territoire et règlements de compte avec plein de morts autour de lui (Abel Ferrara n’aurait pas fait mieux). Pour mener son entreprise crapuleuse à bout, Bodega Bamz a fait appel à d’autres lieutenants du Beastcoast, excepté le vétéran Joell Ortiz, on y retrouve les Flatbush Zombies, Aston Matthews, Lil Eto et Youth Is Dead. Sous le pseudo de Don Francisco, Bamz offre tout de même quelques textes intéressants comme El Rey qui fait la connexion avec ses racines portoricaines, Raw Deal et son storytelling sur un deal de coke qui tourne mal, et enfin le très intimiste I’m Ready avec la présence du disparu A$AP Yams mort soit d’une overdose d’après le médecin légiste soit par asphyxie dans son sommeil d’après les A$AP Mob, ce qui dans tous les cas n’est pas très gangsta…

Ce genre de démonstration à la Bodega Bamz, on est habitué à la connaître sur des gros beats bien sales à coup de boom-bap de trottoir, et c’est donc là où toute la magie de l’album opère. Attendu pour nous prendre à contrepied, V. Don se fait extrêmement plaisir à nous décanter les dires de Bamz sur du BPM tout lent et parfois atmosphérique (l’énorme Invoice). Ambiance lugubre et macabre, V. Don traverse l’album balançant par-ci un xylophone bien carré (Down These Mean) ou un synthé électronique par-là (Woopty Woop Blazhay Blah). La contradiction entre le discours très raw de Bodega Bamz et l’habillage musical digne d’un enterrement de V. Don sur Gods Honest ou Cocaine Dreams représente tout l’intérêt de cet album. V. Don garde tout de même une certaine touche new-yorkaise dans sa version rap traditionnel, on la retrouve sur El Rey et son sample de funk 70’s comme sur Raw Deal mais avec sa patte qui fait tout l’intérêt de cet artiste.

Sidewalk Exec rend ce que l’on pouvait attendre d’un album de Bodega Bamz produit entièrement par V Don. Excepté les mauvaises langues et les allergiques à la Beatcoast, l’écoute de l’album amène à un replay value qui fait bien plaisir. Bodega Bamz n’est toujours pas un lyriciste incroyable, mais il s’est clairement investi sur son delivery, comparé à Strictly 4 My P.A.P.I.Z.. De son côté V Don survole complètement la production, s’il fallait miser sur un poulain de race dans le quinté des beatmakers du moment, V Don serait une source intéressante de blanchiment d’argent. Aux plus sceptiques, on les invitera à lâcher du regard le cadavre plutôt bien rigidifié du boom-bap traditionnel new-yorkais pour venir se prendre une bonne gifle avec ce Sidewalk Exec.

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’3h33′ : Jazzy Bazz, de retour à 3.14 ville

Depuis Sur la route de 3.14, en 2012, et sa participation à Jeunes Entrepreneurs l’année dernière, Jazzy Bazz se fait discret. L’éminent membre de Grande Ville et de L’Entourage se décide pourtant de revenir promener son sourire carnassier sous la caméra de Dijor Smith pour annoncer un premier album disponible à l’automne prochain.

Avec 3h33, Jazzy nous plonge de nouveau dans les rues de la 3.14 ville, comme s’il ne les avait jamais vraiment quittées. Arpentant les ruelles étroites à cette heure tardive, Jazzy Bazz erre sans but et cherche pourquoi il a  » délaissé le bleu du ciel pour le blues de la nuit ». La photographie noir et blanc de Cesar Decharme et sa surimpression donne à la mystérieuse cité une dimension fantastique, accentuée par un refrain chanté très aérien. Une liberté musicale et une créativité accrue qui semblent donc guider ce prochain album. Comme pour nous le prouver, Jazzy Bazz disparaitra à la fin du clip dans une épaisse fumée, nous entrenant en plein brouillard, vers une destination inconnue.

Sans titre

Le retour bien entouré d’Adikson

Deux ans après The Kraftsmen, l’artisan Adikson revêt de nouveau son tablier et s’affaire aux fourneaux pour nous livrer, d’ici la fin d’année, son premier album solo. Deux années de travail et de gestation, pour autant de vie de famille, de taf alimentaire et d’embûches. L’indépendance, les aléas de vie et du hip-hop, Adikson les connait et nous les raconte dans ce premier extrait.

Le parcours d’un travailleur isolé, mais pas tout seul. L’esprit de famille perdure dans la citée phocéenne, et c’est remarquablement soutenu par Samm (Coloquinte) – qui semble s’amuser comme un petit fou avec le vocodeur, pour un excellent résultat - et  Billy Hoyle, qu’Adikson pose son univers sur « L’Âme Camouflée ». Le reste du clan n’est jamais loin et l’on retrouvera sur l’album les bodybuildés Mr Ogz & Ill Heaven (Welsh Recordz), le pirate Stradivarius et les incontournables Just Music Beats. De quoi nous faire patienter jusqu’à la fin d’année.

Féfé de retour en solo… mais pas tout seul !

Le chemin parcouru par Féfé depuis l’époque Saïan Supa Crew est non négligeable et le moins que l’on puisse dire, c’est que les sentiers artistiques qu’il a empruntés sont protéiformes : trois albums avec son équipe puis deux albums solo, Jeune à la Retraite (2009) et Le Charme des Premiers Jours (2013), sur lesquels le rappeur s’est affirmé en tant que chanteur. « Ne plus réfléchir si je chante ou si je rappe, juste faire », voilà ce que Féfé nous disait alors que nous le rencontrions autour d’une guitare à l’occasion de la sortie de son second opus.

C’est presque la même idée que véhicule l’extrait Soldat Fou, sur lequel Féfé revendique, non sans humour, son droit à mélanger les genres sans céder à la facilité, à l’image d’une ballerine passant brusquement à la danse contemporaine. Coaché par Leeroy et soutenu par Specta (!), il se prépare dans ce clip musclé à… se remettre tranquillement à l’entrainement. On retrouve bien là un sens de la dérision qui a toujours été propre au Saïan, sur scène comme dans leurs clips. On s’amuse également de la présence à l’image de deux ex-membres du Crew, sans pour autant s’en étonner puisqu’on avait déjà aperçu Vicelow sur scène aux côtés de Sly Johnson (The Mic Buddah) qui défendait, fin 2014, sa tape Ruffdraft.

Le troisième album de Féfé est annoncé pour 2015. Trouvez Soldat Fou en téléchargement gratuit ici.

Notre interview de Féfé à revoir ici.


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Jedi Mind Tricks : Amour, gloire & Résurrection

Pour beaucoup, Jedi Mind Tricks est à l’origine du renouveau de la scène rap de Philadelphie, symbiose entre des lyrics violents et portant à réflexion (corruption, religion, et on en passe) et les envolées guerrières des productions. Tout un programme qui a permis à JMT d’exister depuis 1996, mais aussi à faire exister toute une scène via le supergroup AOTP où l’on retrouve des MC’s à forte valeur ajoutée comme Apathy, Celph Titled, Esoteric, Reef The Lost Cauze et toute une génération de beatmakers que Stoupe The Enemy Of Mankind a su influencer : DC the MIDI Alien, The White Shadow, Vanderslice, C-Lance, Crown, etc. Mais derrière ce côté underground à base d’armée de gorilles sanguinaires se cache au cœur de Jedi Mind Tricks ce côté jeune fleur fragile qui rend leur histoire aussi romantico-comique que Santa Barbara.

1996, Stephen Paz et Stephen Stoupe sont « bros for life » et histoire de rendre ça un peu moins gay friendly, ils décident de se lancer dans la musique quand ils s’enferment toute la journée dans la chambre de Stephen. Stephen et Stephen découvrent alors qu’ils peuvent aussi être fusionnels dans la musique, et même si Amber Probe, leur premier EP, relève d’un succès plus qu’anonyme, leur amour (pour la musique) les poussent à pénétrer plus fort ce monde via leur premier opus, au nom digne d’un SDF sous crack : The Psycho-Social, Chemical, Biological & Electro-Magnetic Manipulation of Human Consciousness. Suite aux bons retours, les amis semblent avoir fait leur trou, mais Stephen a besoin d’exotisme, d’essayer de nouvelles choses… Stephen, ne voulant pas le perdre, lui propose d’intégrer Stephen Allah dans leur groupe.

En formation threesome, le groupe va trouver sa cadence, mais la jalousie de Stephen envers Stephen pousse Stephen à quitter le groupe… Le duo reconstruit son intimité sur Violent By Design, Visions Of Gandhi, Legacy Of Blood, Servants In Heaven, Kings In Hell et A History Of Violence. 8 ans de bonheur en apparence, mais quand Stephen apprend que Stephen communique par texto avec Stephen, il décide de quitter le groupe « n’ayant plus le cœur à produire pour » Stephen, et réemménage chez sa mère où il revient à des pratiques moins toniques (flamenco électrowave et autres conneries). Stephen voulait juste rendre jaloux Stephen qui s’était permis un écart en allant se taper Stephen Canibus sur Rip The Jacker. Abattu et seul, Stephen, fou de rage devant la réaction de Stephen, décide de faire un album sans Stephen mais avec Stephen : Violence Begets Violence. Mais Stephen se rend vite compte qu’avec ce Stephen, c’est clairement moins fun et plus gueulard, tout dans le contact et rien dans la finesse, ce dernier le ressent et quitte une nouvelle fois le groupe (enfin Stephen, puisqu’il n’y a plus que lui) le cœur brisé pour se plonger dans toutes sortes de trips psychotropes. Stephen reste alors quatre ans célibataire, se projetant dans des expériences de groupe avec ses potes d’AOTP ou en solo, mais Stephen lui manque, ce qui est réciproque. Face à ces années de frustration, Stephen donne une seconde chance à Stephen en réaménageant avec lui, afin de donner vie au petit The Thief and The Fallen, le dernier né de leur union.

On retrouve donc notre adorable duo, et derrière eux une foule de fans remontée à bloc, espérant en prendre plein la gueule. On veut du violent, du brutal, des reefs de guitares de bourrin, des envolées militaires digne d’un bataillon en mode survie, bref rendre ses lettres de noblesses dans le sang à une musique qui vire petit à petit sa cuti. Que les fans se rassurent, ils en auront pour leur argent, et si leur rupture a été un coup dur pour les aficionados du groupe, on peut dire que cette prise de distance leur a fait un grand bien après le très insipide A History Of Violence. The Thief and The Fallen ne révolutionne rien, pire, il n’apporte pas grand-chose de plus à la discographie du groupe, mais permet quelque part de combler le trou de la séparation.

The Thief and The Fallen est donc un album 100% Jedi Mind Tricks formation originelle depuis 2008 et, excepté quelques courbettes de Stoupe avec C-Lance, le patron reprend place aux manettes afin de nous faire oublier la ligne musicale sans queue ni tête de Violence Begets Violence. De son côté, Vinnie Paz est le seul maître de cérémonie, ce qui nous évite de le voir se partager le manche avec ce qui ressemblait soit à un animal en rut, soit à un système de chasse d’eau révolutionnaire, vulgairement appelé Jus Allah. Tout est donc en ordre, voire mieux, puisque les escapades solos de Vinnie lui ayant ouvert les yeux sur la multitude de partenaires existant dans le rap game, on ne se retrouve pas avec des feat. exclusivement piochés dans AOTP ou avec Block McCloud au refrain. Excepté l’ami de longue date R.A. The Rugged Man et le MC Lawrence Arnell, on a le droit à du neuf : Dilated Peoples, AFRO le protégé du Rugged Man et les chanteurs Yes Alexander et Eamon, un casting relativement réduit.

Comme évoqué plus haut, The Thief and The Fallen ne se positionne pas comme un renouveau de la recette JMT mais bien comme une résurrection sous forme de compilation du bon et du moins bon du duo. Excepté l’epic fail qu’est And God Said To Cain, on navigue sereinement en connaissance de cause sur cet album. Pour revenir à ce track, And God Said To Cain était un titre plutôt attendu, puisqu’il réunissait A-F-R-O, R.A. the Rugged Man et Eamon, l’idée d’un titre un peu disjoncté façon can’t fuck with us n’est pas mal, le Rugged Man aidant : « Yo, to the piano blue diablo, do an Amadou Diallo / Out the Kilimanjaro, animal, Italiano / Mario Bava giallo, I beat apollo, you eat a hollow / Hole in your middle, look like a seed of avocado” mais la production de Stoupe est imbitable. Le reste est égal à un rayon de supermarché, on passe très facilement de la marque haut de gamme à la marque premier prix, mais toujours avec cette subtilité qui identifie le travail de Stoupe. Certains s’arracheront sûrement les cheveux sur Rival The Eminent et son sample ultra cramé de Porque Te Vas de Jeanette, le genre de WTF qui rappelle que même cramée, au fond c’est l’exploitation de la boucle qui fait la différence, et sur ce point le Stoupe sait faire, « And you don’t want an issue with the Kings / Cause muhfuckas walk around with pistols in they jeans ».

Derrière ces grosses boucles que livrent dans l’ensemble Stoupe, il y a aussi le retour en graisse de Vinnie Paz, plus fluide, moins dans l’agressivité, son flow reprend toute sa dimension même si l’homme est capable de lignes inimaginables à la Big L «Your guns go boom-boom, mines go BAOW BAOW ». Le featuring avec Dilated Peoples sur The Kingdom That Worshipped the Dead est la vraie bonne surprise de l’album, avec une adaptation des deux mondes pourtant pas si proches par Stoupe.

8 ans d’attente pour revoir l’un des duos les plus marquants de la première décennie du 21ème siècle, et à l’arrivée, The Thief and The Fallen, un album qui reprend les positions habituelles du duo, sans chercher à faire évoluer leur style. On dénotera un adoucissement dans la construction des samples de Stoupe, surement moins incisif qu’à son habitude, mais le résultat reste solide. Vinnie retrouve au final le seul partenaire capable de comprendre son univers et de le faire exceller. Il reste tout de même un goût de frustration, parce qu’à l’écoute de cet album, on a l’impression d’avoir déjà entendu tout ça sur les sept albums précédents. Va donc falloir se poser la question : après The Thief and The Fallen de savoir s’il faut évoluer pour survivre ou se figer pour mieux mourir une seconde fois.

Dour Festival 2k15 : nos incontournables

Dooooouuuuurrrrrreeeeuuuuhhhh ! Le cri alcoolisé de milliers de festivaliers résonne encore et toujours dans nos cervelles depuis l’année dernière. Plus les journées avancent, et plus la résonance se fait insistante. La Plaine de la Machine à Feu rappelle ses disciples, toujours à la même période, cette moitié de juillet rarement épargnée par la météo, où il est même difficile de faire entendre raison à la pluie et à la chaleur. Douuuurrreeeuuuhhh ! De toute la France, de toute l’Europe, les préparatifs commencent déjà, et le Festival est dans toutes les têtes. Dans moins d’un mois, la fête commencera. Et comme depuis quelques années, on en sera !

C’est qu’ils savent nous accueillir, nos amis belges. Et pour cette édition 2k15, ils nous rajoutent la soirée du mercredi, ça, c’est pour celles et ceux qui ne sont pas rassasiés en quatre longues journées de concerts, et quatre longues nuits de folies en tout genre. Respect à ces guerriers-campeurs, qui auront le mercredi, le jeudi, le vendredi, le samedi et le dimanche pour oublier le reste de leur année. Posez vos 15, 16, 17, 18 et 19 juillet, trouvez une belle excuse pour votre patron (ou emmenez-le, l’enfoiré), voici notre sélection des shows à ne pas louper du meilleur festival belge de l’été.

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Snoop Dogg – dimanche – The Last Arena

Le californien plein d’amour et de weed viendra nous présenter son dernier disque « Bush », qu’il a réalisé avec l’aide de Pharrell Williams. Un très bon moment qui viendra ponctuer en douceur ces cinq journées et soirées plus qu’intenses. En vidéo : So Many Pros

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Mrs Lauryn Hill – samedi – The Last Arena

La diva américaine et ex-Fugees inondera la grande scène de son groove et de sa voix merveilleuse en nous jouant, espérons-le, ses meilleures chansons. En vidéo : Feelin Good (Nina Simone Tribute)

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Mark Ronson (DJ Set) – jeudi – The Last Arena

Ce funky british n’a pas été loin de détrôner Pharrell pour le titre de hitmaker de l’année, tant il a été présent sur d’intéressants projets. En mode DJ, il nous jouera ses meilleures créations, et un paquet de ses coups de cœur. En vidéo : Feel Right (ft Mystikal)

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Black Milk – samedi – Boombox

Valeur ultra-sûre de Detroit, le producteur et rappeur viendra nous jouer ses meilleurs morceaux, ainsi que ceux de son dernier projet en date, le très bon « If There’s a Hell Below ». En vidéo : Story and Her

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Cannibal Ox – vendredi – Boombox

Un retour fracassant cette année après une longue période d’absence avec l’album Blade of the Ronin, les souterrains new-yorkais seront attendus par leurs fanatiques. En vidéo : Pain Killers

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The Underachievers – jeudi – The Last Arena

Déjà aperçus l’an dernier sous le fumant chapiteau Boombox, les psychédéliques new-yorkais sont de retour cette année et ne manqueront pas d’enflammer la grande scène par leurs flows sautillants. En vidéo : The Mahdi

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Kaaris – vendredi – Boombox

Nombreux et nombreuses seront les fans qui iront transpirer devant les morceaux vénères de K2A, qui nous présentera Le Bruit de Mon Âme, son dernier album, sans oublier ses premiers titres déjà cultes. En vidéo : Kadirov

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Kaytranada – jeudi – Boombox by night

Le canadien d’origine haïtienne viendra enflammer un nocturne chapiteau par son abstract hip-hop teinté d’electro et de plein d’autres influences, pour un live set qui laissera des traces. En vidéo : At All

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Danny Brown – vendredi – Boombox

Les dents du bonheur les plus célèbres de ce rap jeu, so far. Le rappeur de Detroit viendra distribuer de sa folie furieuse et se jettera partout comme à son habitude. En vidéo : Grown Up

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Pusha T – dimanche – Boombox 

On espère que l’ancienne moitié du groupe Clipse viendra nous annoncer la sortie de l’attendu King Push, prévu pour cette année, et nous en jouer quelques inédits pour nous faire patienter. En vidéo : Numbers on the Boards

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 Lomepal – jeudi – Boombox

On aime beaucoup Lomepal par ici, le public belge également. Lui aussi apprécie particuliérement la Belgique, puisqu’il sera en solo sous le chapiteau Boombox pour présenter ses derniers projets, mais également avec La Smala, Exodarap et Caballero sur The Last Arena le vendredi. Festival bien rempli. En vidéo : Majesté

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KRS-One – jeudi – Boombox

On a récemment vu le tonton en concert à Lille, et une chose est certaine, il ne fait pas ses cinquante piges et se dépense sans compter. Instant very classic sous la Boombox. En vidéo : MC’s Act Like They Don’t Know

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J Rocc – samedi – Boombox by night

Le classique turntablist californien, troisième membre du projet Jaylib (Madlib & J Dilla) entre autres faits d’armes, va faire valser la Machine à Feu à grands coup de scratches et de sélection dont il a le secret. En vidéo : Stay Fresh

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Demi Portion – jeudi – Boombox

Le frêle sétois prend du poids dès qu’il s’agit de rentrer sur scène et de distribuer les rimes. Fort d’un joli succès cette année avec Dragon Rash, son dernier disque, Rachid distillera son émotion à sa fanbase qui viendra à coup sûr en nombre. En vidéo : Dragon Rash

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Tony Allen Review feat. Damon Albarn & Oxmo Puccino – vendredi - The Last Arena

Pionnier de l’afrobeat, Tony Allen viendra pour la deuxième fois à Dour. Pour l’occasion, il sera accompagné sur scène de Damon Albarn (Blur, Gorillaz…) et du rappeur français Oxmo Puccino. C’est un événement extraordinaire : le supergroupe ne se produira ensemble que deux fois cet été dans le monde ! En vidéo : Tony Allen live @ FIP

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Rejjie Snow – dimanche – Boombox

Le jeune irlandais viendra déverser son spleen et confirmer tout le bien que l’on pense de lui sur disque, avec une énergie bien commune à cette nouvelle scène rap d’Outre-Manche. En vidéo : Lost in Empathy

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Guts (live band) – dimanche – Boombox

Le producteur français, qui a travaillé avec Alliance Ethnik, Big Red ou les Svinkels, a sorti cette année Hip-Hop After All, un super disque ultra-musical, qu’il viendra nous présenter sur scène entouré de talentueux musiciens. A ne pas louper ! En vidéo : Want It Back (ft Patrice)

Alors, elle vous dit quelque chose cette petite (!) sélection ? Nous, on va kiffer, c’est certain. Et comme vous l’avez certainement remarqué, nos goûts se sont tournés exclusivement ou presque vers la black music et le hip-hop, et donc vers deux des huit scènes que compte l’énorme festoche, avec à chacune ses spécificités musicales. Rock, électro, métal ou reggae, vous serez ultra-servis quelque soient vos accointances.

C’est décidé, on s’y retrouve ! Restez branchés, quelques goodies seront à remporter la semaine prochaine sur le site. En attendant, vous pouvez aller étudier le programme complet de l’édition 2015 du festival de Dour, ou encore relire notre review de l’édition 2k14 elle aussi haute en couleurs. Douuuuurrrreeeeuuuuhhhh !

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La vie normale contre la vie tout court

La routine, le métro-boulot-dodo…. avec « La vie normale », les gars de Nouvel R nous donnent leur vision du quotidien. Le violon se fait impérieux, la guitare désabusée. C’est sur ce décor que les rappeurs, accompagnés de Dazz La MC, viennent mélanger vie banale et vie normale. Critique des carcans que la société tend à imposer en termes de réussite, peinture d’un paysage terne où tout n’est que nostalgie, le clip vient prolonger le morceau.

Prenant pour illustration le stéréotype de la famille « normale », les images s’enchaînent sur des scènes qui pourtant semblent figées. Seule la fille, coincée entre ses parents « normaux » et désabusés, présente un brin de vie. Opposition entre la norme et son immobilisme et la vie tout court, qui ne peut qu’aller de l’avant, faisant par la même occasion bouger ce qui semblait figé l’instant d’avant.

L’album Les Yeux de la Foule, sorti en début d’année, est toujours disponible.