JeanJass // L’expert de la maison Belge

JeanJass ? C’est ce rappeur-producteur de Charleroi dont nous vous avions déjà parlé il y a quelques mois à l’occasion de la sortie de l’excellent « Goldman » . Profitant d’une date tournaisienne organisée par I Rap Belgium pour découvrir le bougre sur scène, c’est bien tardivement que nous nous installons avec JJ pour parler de Charlouze, de foot et des allemands, du game et du boss de fin. C’est l’histoire d’un belge, d’un nordiste, d’un parisien et d’un québécois autour d’une bière…belge bien sûr. 

Commençons cette interview en toute logique par le point de départ : Charleroi. Située en plein coeur du pays noir, dans une région sinistrée, désertée par la sidérurgie dans les années 70, elle obtient en 2011 le triste prix de « ville la plus laide du monde » , et pour couronner le tout, c’est la patrie de Dutroux. Ne pas être de Bruxelles peut être un problème. Est-ce que venir de Charleroi est un poids supplémentaire dans le microcosme belge ?

Putain, t’es dur… Pour un début d’interview en plus… Non, disons que Charleroi et sa région ont toujours incarné en Belgique le stéréotype social du belge fainéant. Une région sinistrée où rien ne va, où rien ne marche, où il fait toujours mauvais. Le Mordor quoi ! Et il est vrai qu’esthétiquement parlant, la ville n’est pas le meilleur exemple d’une politique d’architecture urbaine efficace. Mais tout cela est en train de changer, et la région est depuis presque dix ans dans un nouvel élan. Finalement, cette mutation n’est pas si différente de ce qu’à pu traverser le Nord de la France il y a quelques années : une région industrielle sinistrée, qui peu à peu se transforme pour redevenir attractive.

Pour ce qui est du handicap de ne pas venir de Bruxelles lorsque tu rappes en Belgique… Je pense que c’est comme ne pas venir de Paris lorsque tu rappes en France. Sauf que nous avons un avantage certain, c’est qu’entre Charleroi et Bruxelles, il doit avoir 70 kilomètres maximum. Ce qui est loin d’être insurmontable lorsque tu souhaites faire un concert, participer à un tremplin, où simplement « checker » les gens.

Non, vraiment, je n’ai jamais vu l’étiquette de Charleroi comme un boulet accroché à mes pieds. C’est vrai que c’est une ville un peu sans avenir mais culturellement parlant, et pas seulement dans le domaine musical, c’est une région intéressante.

Tu suis justement notre raisonnement. Au vu de cette situation économique et sociale particulière, est-ce qu’à l’instar de Detroit ou Manchester – toute proportion gardée – le passif de Charleroi à contribué à créer un bassin de créativité culturelle ?

C’est possible. Dans une moindre mesure c’est clair, mais effectivement, Charleroi est indéniablement un bassin de créativité en Belgique. Et je ne dis pas ça seulement par pur chauvinisme ! Et puis tu sais, l’inspiration n’a pas besoin d’un cadre particulier, tu peux la trouver y compris dans la banalité d’une ville comme Charleroi.

Parlons de cette nouvelle scène belge dont tu fais partie. Là encore, on retrouve quelques similitudes avec la scène parisienne, tant dans son développement que dans ses appétences boom-bap. Peux-tu, en revanche, nous dire quelles sont pour toi les différences et singularités de la scène belge, et pourquoi sur ce coup-là, les belges le font mieux ?

Alors déjà, merci. Vraiment ! (rires) Mais en vrai, je pense que les singularités de la scène belge, tiennent pour l’essentielle à son exposition. J’ai l’impression que pour le reste de la francophonie, le rap belge est – sans que ce soit forcément péjoratif – une espèce de sous-genre, réservé à un public de niche. Un peu comme peut l’être le rap marseillais, la West Coast française à la Aelpéacha, le rap suisse de Makala…

On fait ça depuis assez longtemps avec La Smala, Caballero, ou Exodarap, pour avoir pris conscience que le rap belge est condamné, de fait, à une visibilité très limitée. Plus limitée qu’un rap parisien du moins… « Percer » à Paris à une toute autre signification que de percer à BX. Alors imagine, percer à Charleroi… c’est quand tu as fais trois concerts dans des bars-tabac. (rires)

Ayant conscience de cette réalité, je pense qu’on a l’avantage d’avoir fait du son sans jamais se prendre la tête, ni se fixer de contraintes artistiques. Non pas sans rien en attendre en retour, mais sans en attendre grand chose. Et je pense que finalement ne pas avoir la pression des chiffres et la contrainte d’une visibilité à tout prix permet une créativité moins bridée, une originalité plus affirmée. Au final, la recette, comme tu le disais, semble ne pas trop mal fonctionner.

Tu ne penses pas qu’Internet et les réseaux sociaux aujourd’hui, modèrent ton raisonnement ? Internet à justement offert à la scène belge la possibilité de sortir de son carcan de sous-genre, pour se confronter au reste de la francophonie.

Si, bien sûr que ça facilite les échanges, les découvertes et la transmission culturelle entre pays. Mais justement, c’est une relation d’interdépendance. C’est pour cela que le rap belge, suisse, west coast dont on parlait tout à l’heure restent des sous-genres. Parce que sans internet, ils n’existent plus à l’échelle francophone.

Il y a toujours eu un gros nom emblématique de la scène belge dans le rap francophone, que ce soit Starflam ou Scylla, mais il est clair qu’aujourd’hui il y a une émulation, une démultiplication des projets et des groupes qui a été rendue possible essentiellement grâce à Internet et aux réseaux sociaux. Mais ce n’est pas spécifique à la scène belge, et fort heureusement.

En vérité je pense qu’il ne s’agit pas tant d’Internet que des gens comme Orelsan – c’est un exemple parmi tant d’autres – qui ont réussi à ouvrir cette musique tant au niveau du public que de ce que les artistes en font. Aujourd’hui, tu peux avoir n’importe quelle gueule, dire à peu près n’importe quoi, sur n’importe quels thèmes, sur n’importe quel genre de prod, si tu le fais bien, tu as ta place. Le genre s’est complètement décomplexé, ce qui fait que toutes les portes sont ouvertes.

Ta musique s’appuie justement sur un boom-bap classique, mais crée son originalité de part une dimension expérimentale assez poussée. C’est ce paradoxe qui a donné son nom à Exodarap ?

Il y a plein d’explications au nom du groupe, et franchement tu peux choisir celle qui te convient le mieux ! (rires) Mais pour ma part, je pense qu’un paradoxe se forme sur une opposition d’idées – ou dans notre cas d’influences musicales – qui, juxtaposées, viennent créer un équilibre. Et puis, ce qui est pratique avec le concept de paradoxe, tu ne peux pas vraiment l’expliquer, ce qui ne t’empêche pas de te l’approprier.

Pour ce qui est de notre musique, il est clair qu’on apprécie le boom-bap et que pour moi, rien n’est est au dessus d’Illmatic. Mais on n’écoute pas que ça ! Quand des gens comme 1995 sont arrivés, et ont, eux, clairement rapper sur du classic boom-bap, on a tout de suite été associé à ce type de sons, à ce type de scène. Tu ne peux pas empêcher les gens de te ranger dans une case, mais je n’ai pas l’impression de faire la même musique. Avec mon crew, on a un coté live band très affirmé, un trompettiste, un guitariste sur scène et comme tu le dis, une expérimentation musicale plus poussée.

On était à Dour cette année, et avons vraiment eu plaisir à voir les différents crews, venir se soutenir les uns les autres sur scène, le temps d’un morceau, ou de quelques backs. Le rap belge, c’est une vraie histoire de famille, ou cette proximité n’est que la résultante d’un milieu relativement restreint ?

Non, c’est clair, il y a vraiment un coté familial et convivial dans tout ce bordel. Thibaut de Exodarap avec qui je partage la scène, c’est quelqu’un que je connais depuis la maternelle. Les membres de La Smala se connaissent tous depuis dix ou quinze ans. Je connais personnellement Caballero depuis quatre ou cinq ans, c’est quelqu’un avec qui je partage des affinités musicales et humaines fortes… Toutes ces personnes sont devenues des frères, dans ce contexte ça devient forcément une affaire de famille.

Je pense qu’on a un réel respect pour le travail des uns et des autres, et surtout l’envie de travailler ensemble. On a aussi la volonté de mettre en avant des jeunes talentueux, leur refiler des prods, les booster… c’est naturel. Par exemple, Swatt’s est quelqu’un que j’apprécie beaucoup. Il a seulement 16 ans, ça fait déjà deux ans qu’il se défonce dans tous les tremplins, premières parties, concerts possibles. Il est motivé, techniquement très intéressant, et pour couronner le tout, il a des textes très denses pour son âge, ce qui est révélateur d’un potentiel énorme.

À collaborer en microcosme, n’as tu pas peur à terme de jouer à ton échelle, un rôle de directeur artistique de cette nouvelle scène belge, et au final sans le vouloir l’uniformiser, l’homogénéiser ?

Bah non ! Non pas du tout. C’est une question originale, mais à mon niveau je ne vois pas comment je pourrais formater quoi que ce soit. À la limite, un gars comme Le Seize est beaucoup plus représentatif de ce que tu viens de décrire. Tout simplement parce qu’il est difficile de trouver un rappeur en Belgique qui n’est pas allé enregistrer au moins un couplet chez lui.

Bien sûr, la scène belge est encore restreinte et nous contraint à travailler en microcosme, mais on est pas pour autant interchangeables. Je pense qu’il faut travailler avec intelligence et savoir dissocier ton travail de MC et de beatmaker, et affiner tes productions en fonction de tes collaborations. Une instru comme « Le plus fin » de Caballero, c’est une prod que je voulais kicker à la base, et que j’aurais vraisemblablement fini par kicker si je ne m’étais pas dit qu’elle collerait bien plus à Caba. Je lui ai fait écouter, c’est parti en mode Queensbridge direct. C’était évident qu’elle était faite pour lui.

Et puis sans être introverti, je n’ai pas pour habitude d’aller démarcher les rappeurs, je préfère que les gens viennent à moi. Ça limite clairement les chances d’uniformisation ça, non ? (rires)

Mais je pense qu’à terme, je vais préférer réaliser des albums plutôt que de les écrire. Je m’occupe déjà des arrangements et du mix sur mes projets. C’est quelque chose que j’aime faire, et quand je n’aurais plus rien d’intéressant à dire, je me tournerais sûrement vers ce que les autres ont d’intéressant à dire.

Parlons enfin de Goldman ce premier album. Qu’est ce qui motive le passage au micro ? Et quel contraintes t’imposes-tu dans sa réalisation ?

Je suis MC avant tout. J’ai d’abord écrit avant de faire des prods. J’ai du commencer mes premiers textes en 2004, et j’ai fait de la prod, deux ans plus tard, presque par obligation. Je trouvais que les prods que les gens me filaient étaient à chier, et comme on est jamais mieux servi que par soi même, j’ai fais les miennes. De 2006 à 2009, on peut pas dire que c’était franchement terrible. Puis progressivement, j’ai commencé à les garder avec en tête de rapper les textes que j’avais accumulés.

Mais clairement, je suis MC avant tout. Ce n’est pas que je me considère meilleur MC que beatmaker, ça n’a rien à voir, c’est juste que si j’entends une prod, je l’entends d’abord comme un MC. Je me demande d’abord comment je vais la kicker avant de penser à analyser sa construction. Et même en tant que simple auditeur, dans le rap francophone, j’écouterais toujours avant tout le MC.

Pour ce qui est de la réalisation de l’album, j’ai été très bien entouré. Comme on le disait tout à l’heure, je travaille en famille avec des gens comme Seize où mes musiciens. J’ai enregistré l’album au Blackared, qui est un peu le lieu où tout se passe et où on a réalisé une grande majorité des projets. J’ai ensuite eu la chance d’avoir accès, grâce à un ami, à un studio professionnel pour mixer et finaliser l’album. Ça a clairement marqué un cap dans la réalisation et apporté un réel plus, un rendu que je n’aurais pu avoir sans ce studio.

En terme de beatmaking, tu te revendiques de l’école clavier-souris. Assez étonnant au vu de ton univers musical, non ?

Ah, clairement. Je suis clairement de l’école clavier-souris. J’ai mes samples, un kit d’excellentes batteries, des bons breaks, j’ai ma base, mon ordi portable et ça me suffit. J’ai commencé avec Fruity Loops, maintenant je suis sur Logic Pro. Pour ce qui est de la chaleur de son, je n’essaie même pas de sonner comme un mec sur Mashine, de toute façon c’est impossible à reproduire ce genre de trucs, la moitié du temps je sample des vinyles. Je me casse pas du tout la tête avec ça. J’ai un synthé au studio que je n’utilise jamais, et je dessine mes basses à la souris ! J’assume totalement (rires)

Je ne dis pas que c’est la meilleure façon, mais c’est une façon de faire. Je ne pourrais même pas te dire quels sont les avantages et les inconvénients, je pense que dans le beatmaking, comme dans le rap, chacun à sa technique et que l’important, c’est de réussir à créer ton propre son et sonner comme tu le souhaites, peu importe les moyens. Mani Deïz sonne Mani Deïz, Just Music Beats sonne Just Music Beats, Primo sonnera toujours Primo. C’est ta méthode.

Mais ma référence en terme de beatmaking, le mec qui sur vingt ans de carrière à toujours mit tout le monde d’accord, c’est Alchemist. Il y a 20 ans il faisait déjà des prods incroyables, et aujourd’hui j’ai encore envie de kicker tout ce qu’il sort. C’est vraiment ma référence.

Pour moi, il y a une grosse cohérence dans la réalisation de l’album que tu sembles presque nier en interview, répétant que l’album s’est fait comme ça, sans se prendre la tête. C’est une façon de dissimuler un certain perfectionnisme ?

En terme de conception, j’accorde beaucoup d’importance à la spontanéité. Pour moi, quand tu rappes ton couplet, c’est la troisième prise qui sera la bonne. Si tu le rappes plus de trois fois au micro, j’ai l’impression que tu le récites. Et même pour mes prods, je fonctionne pas mal à l’instinct. Je suis exigeant avec moi-même autant qu’avec les autres, mais je ne pense pas être un perfectionniste.

Bien sûr, lorsque tu réalises un album, tu te dois de réfléchir aux détails, de les peaufiner. Proposer une pochette travaillée, un mix de qualité, une tracklist cohérente. Mais de là à te dire qu’il faut que chaque élément s’imbrique et ait un sens, que chaque titre se justifie, ait son exacte place… Un morceau  comme « Pippo Inzaghi » je pense que j’avais le titre avant même d’écrire le morceau. 

J’ai fais l’album en 6 mois sans me mettre de pression. Dans le même temps, on réalisait Le Pont de la Reine avec Caba, ça m’a sans doute aider à relativiser cet album. Mais des gens comme Seize, Exodarap, Caballero ou La Smala, ont je pense – et je partage cela avec eux – l’objectif de toujours progresser, de proposer le meilleur produit fini possible et pour cela travailler dur, mais on n’est pas que ça… On est pas des allemands quoi, et de toute façon, encore une fois, ce n’est pas comme si on en attendait quelque chose.

On décèle dans Goldman un fil conducteur évident, ce sont les rêves. Ceux que tu t’inventes au gré des personnages que tu crée, et ceux que tu réalises à travers l’exercice concrète de ta musique. On retrouve pour les imager beaucoup de références à des polars et à la culture populaire. Tu écris avec certaines références omniprésentes en tête ?

Le ciné, la bouffe, le sport. Le saint triptyque. Mes trois principales sources d’inspiration. (rires) Les footballeurs des années 90 aussi,  je suis un gosse des nineties de toute façon c’est clair, avec tous les films, séries, références que ça comporte.

Tu apportes un soin particulier à la mise en image de tes clips. Tu peux nous parler du travail de Guillaume Durand et son implication au sein de la scène belge ?

Guillaume c’est un artiste, un gros big up à lui. C’est quelqu’un qui a vraiment des bonnes idées et surtout les bonnes manières de les mettre en oeuvre. Il a collaboré avec des tas de gens. Mohamed Chabane & Adrien Lagier de L’Ordre Collectif qui ont réalisé « Enter The Void » de Lomepal, et tout un tas de truc très très chauds. Il y a également François Dubois… Il y a plein de gens talentueux qui se bougent dans tous les domaines, et on a la chance de pouvoir collaborer avec eux.

La fin de l’album sonne comme la fin d’un rêve. La prise de conscience que la passion est en réalité un métier, et que les rêves de gosse ont une fin quand il s’agit de payer le loyer. Comment envisages-tu la suite de ta carrière après ce premier album ?

Déjà, continuer de défendre Goldman sur tout un tas de dates, faire des festivals cet été. Finir cette Goldman-aventure de la plus belle façon possible. Pour la suite, mon avenir en tant que MC, c’est avant tout avec Exodarap. Pour l’instant, nous n’avons fait que du gratuit, et on espère pouvoir proposer un beau projet et un album pressé pour fin 2015.

Une vraie volonté de professionnalisation de ta musique donc.

Oui, c’est clair. On s’est toujours dit qu’à chaque projet, il fallait passer un palier, une étape, que ce soit en terme de mix, de réalisation, de moyens. L’ultime palier, c’est vivre de ta musique. Si on a les retours qui nous le permettent, tant mieux. Pour l’instant, on est loin du boss de fin.

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Emission du 25 Mars

La dernière émission fût des plus relevés en matière de Rap x Sport x Politique avec un invité de marque, notre bon ami Olivier Jacques, expert en fiscalité, venu nous partager ses analyses du récent et petit rapport du fiscaliste Luc Godbout d’environ 600 pages, scrutant la fiscalité québécoise.

JF Harvey et LD Boulard se joignent à lui pour discuter de l’anarchisme, lançant la question cherchant à savoir si cet approche est réellement un outil essentiel afin de préserver un État-Providence fort.

Côté Sport ça jacasse NFL et du controversé cas Adrian L. Peterson et de son actuelle situation chez les Vikings Minnesota : un divorce souhaité mais impossible?

Ne manquez pas le dernier segment humoristique alors qu’on se pose la question suivante : Certaines séries télé vont-elles trop loin au niveau « graphique »?

En Rap : Notre DJ Ricky-Des-Neiges, exilé à Bruxelles, nous a soumis, fidèle à ses habitudes, une playlist internationale des plus chinées avec son lot de nouveautés avec : le producteur Marcus D, Sentin’l feat. Lomepal, Ultra Magnus & DJ SLAM!, Backburner, la rumeur, The Mouse Outfit, le jeune emcee de Boston G.O. accompagné des vétérans de la même ville Reks & Akrobatik, Riski (Metek) chez Bad Cop Bad Cop, Chacalcolik, Fonik de Le Gouffre pour la compilation #2 de Le Bon Son / lebonson.org, Rapper Big Pooh & Apollo Brown à la prod, et finalement Nedoua & Dj Rolex.

Playlist :

Marcus D – Trophy ft. Blu (The Lone Wolf LP)
Sentin’l – À Défaut ft. Lomepal (Entre Parenthèse)
Ultra Magnus & DJ SLAM! – Rock The Mic ft. Mo Littles & Dynamic (The Raw)
Backburner – Death Defy ft. Chokeules, Timbuktu, MisterE, Wordburglar, More Or Les, Jesse Dangerously & Ghettosocks (Eclipse)
La Rumeur – La Mélodie Des Mortiers (Les Inédits Vol.3)
Heart Streets – Keep It Together (Single)
Jibré – Brocoli & Chocolat Remix ft. L’Enra-G, Solitaire & Suspek-t (Berserk Vol.2)
inCUBAtion – La Distance (inCUBAtion)
Les Gens d’Air (Aspect Mendoza & Cotola) – Les Gens D’Air (EP à sortir)
The Mouse Outfit – Up To Scratch ft. Dr. Syntax (Step Steadier)
NEM (of Just Cracking Records) – Vox Populi (Ligne De Fuite)
Monk-e – CASHDOWN (Esclavage, Exode & Renaissance (à sortir))
G.O. – Tune With The Real (Feat. Reks & Akrobatik) (Throwaway Diamonds EP)
Riski – Fuego (Matière Noire)
Chacalcolik – École Buissonnière (La Naissance)
FONIK – Chroniques D’Autiste (Compilation Du Bon Son #2)
Rapper Big Pooh – How I Move ft. Eric Blakk Soul Keith (prod. Apollo Brown) (Word Paint Pictures)
Nedoua & DJ Rolex – Biograff (Karmonia)
Les Ambassadeurs – Observe (Expansion)

Rencontre avec Iltika

Cette semaine la Sweet Caroline reçoit un groupe unique en son genre : Iltika. Le bassiste Flo et le chanteur/Mc Sidi M N’Aim partagent avec nous pendant plus d’une heure leur vision de la musique. A l’occasion de la sortie en Février de leur deuxième album « Hybride », les deux membres du groupe reviennent sur le début du Rap à Dijon, leur parcours fait de rencontres multiples.

Les Grésilles, les Festivals, les concerts… Hybride, un titre à l’image de la proposition sonore ; aucune étiquette n’est possible et l’évolution de ce groupe ne laissera personne indifférent. Nous aurons l’honneur d’entrer dans leur univers grâce au live a cappella de Sidi en fin d’émission. Un moment agréable entre humour, sincérité et mélancolie… sinon toi t’as une copine?

2T3M – Les Rimes Interdites de Phases Cachées

Phases Cachées n’est plus a présenter, tant le groupe est habitué de nos colonnes. Il faut dire qu’on l’aime notre éclectique trio parisien, depuis qu’on les a découvert sur Phases B il y a maintenant quelques années. Depuis, la machine s’est accélérée. Un premier album studio, trois mixtapes, et un nombre incalculables de scènes calcinées, auront suffit pour que le gros, le maigre et le chevelu s’imposent auprès des aficionados du genre.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils sont nombreux ! Car oui, les mecs ont une fanbase, une vraie. Et un public large et éclectique, glanés sur scène, en premières parties de Danakil ou Oxmo Puccino. Une alchimie évidente entre Cheeko, D’Clik et Volodia pour une combinaison qui fonctionne et envahit doucement les écouteurs de milliers de francophones.

Après nous avoir fait patienter l’année dernière avec un Phases B Vol.2 des plus remarqués, Phases Cachées est de retour en ce début d’année avec un deuxième album studio terriblement efficace : 2T3M. Car ne vous y trompez pas ces trois là ne « sont pas en train de percer, ils prennent forme ». Parfaitement mis en valeur par les productions d’un Blanka au top de sa forme, les bougs s’amusent tout au long des 15 titres et interludes du projet à développer leur complémentarité tout en accentuant leurs spécificités.

Taillé pour la scène, le projet se révèle d’une musicalité exemplaire. On retiendra les lignes de chant de D’Click très réussies, une présence de Volodia plus importante que sur les précédents projets, et la nonchalance d’un Cheeko toujours aussi plaisante. Survolant sa génération, le groupe se permet même une gentille pique à la concurrence avec un interlude décalé : « Rimes Interdites »

Comme chez ReapHit, nous sommes tout aussi taquins que généreux, nous vous proposons, à l’occasion de la sortie de 2T3M, de prendre Phases Cachées à son propre jeu, et de braquer la banque.

Sur le concept du morceau « La Rime Interdite » , c’est à vous, chers internautes, de vous armer de pioches et lampes frontales, pour chiner dans l’intégralité de la discographie de Phases Cachées, les rares rimes qu’ils n’auraient (peut être) pas du écrire.

Si vous êtes un peu lent, ou tout simplement tatillon, nous rappelons qu’une rime interdite est une rime ou assonance à la simplicité exagérée, évidente et peu fine, qui même si elle semble sonner, est en réalité cramée. Exemple type : Désarroi/ Déjà Roi.

C’est avec une bonne dose d’auto dérision que Cheeko, D-Click et Volodia sélectionnerons eux mêmes les meilleurs (et donc les pires) de leur rimes, afin d’élire les gagnants. N’hésitez pas à être original et à fouiller dans toute la discographie du groupe. A la clef  :

Le 1er : 1 vinyle + 1 CD dédicacés + 1 T-shirt
Le 2ème : 1 Cd dédicacé + 1 T-shirt
Le 3ème : 1 CD dédicacé.

Pour participer, brandissez le pouce sur le Facebook de ReapHit, puis partagez ce post en mode PUBLIC, en y ajoutant la rime interdite que vous aurez choisi, suivi du titre du morceau dont elle est extraite. Sur Twitter, suivez le fil ReapHit et retweetez ce tweet, puis mentionnez @reaphit @PhasesCachées #RimesInterdites suivi de la rime que vous aurez choisi.

Résultat le 11 avril, bonne chance à tous et toutes !

Chronologie d’un sample // The Ballad Of Casey Deiss

Pour ceux qui ne le savaient pas encore, le « sampling » ou l’échantillonnage est une activité courante et bien ancrée dans les fondements de la culture hip-hop par la reprise d’un extrait musical, réutilisé souvent en boucle, dans une nouvelle composition musicale. Faire du nouveau avec du vieux, d’où la bien pertinente « quote » du rappeur/DJ américain et pionnier de cette culture, Grandmaster Caz, dans le documentaire Something from Nothing : The Art of Rap (2012) :

« Hip-hop didn’t invent anything. Hip-hop reinvented everything ».

Cette phrase en dit long et sous-tend cette caractéristique primordiale de tout bon producteur qui se respecte, soit qu’il est un amoureux de la musique. Alors que les ghettos new-yorkais vivaient de misère, faute de ressources, les producteurs américains vivaient celle-ci d’amour et d’eau fraîche, sans argent, mais avides de création. Obnibulés par la musique noire américaine et s’inscrivant dans la continuité de celle-ci, les producteurs vont poursuivre l’ingénieux travail de DJ Kool Herc, le créateur du breakbeat, du début des années 1970, et creuserons dans le jazz, la soul et le funk afin de créer leur propre sonorité hip-hop via leurs choix de samples. Cette pratique a bien évidemment évolué et s’est popularisée, pour se traduire en la recherche de samples inutilisés par d’autres artistes du même genre. Toutefois, leur meilleur ami, leur référent ; WhoSampled, ce site internet et base de données présentant à ses utilisateurs-participants les différents samples déjà utilisés en les comparant toujours avec la version originale, n’a vu le jour qu’en 2008 à Londres. L’Internet n’étant pas à l’époque ce qu’il est aujourd’hui, ce manque a certainement dû contribuer à la reprise, sans le savoir, de mêmes samples, parfois de la même manière, à quelques différences près.

C’est dans cet optique que ReapHit te fait découvrir aujourd’hui un sample utilisé par rien de moins que cinq groupes américains de rap underground. Des titres sortis chronologiquement, à une année d’intervalle pendant cinq ans, de 2002 à 2006.

SHAWN PHILLIPS – THE BALLAD OF CASEY DEISS

Retournons 45 ans en arrière pour y ressortir l’un des plus grands succès de l’auteur-compositeur-interprète et guitariste, Shawn Phillips : The Ballad Of Casey Deiss. Le toujours vivant musicien de folk-rock, reconnu pour son registre vocal de plus de quatre octaves, a définitivement séduit nos quatre producteurs rap avec cette mélodie lente et enivrante dès les premières secondes de la version originale, ce même pincement de cordes continuel à la sonorité aiguë, efficace et simple à échantillonner en boucle. Ce genre d’assonance prise entre deux chaises, entre mélancolie et espoir.

PLAYDOUGH – YOU WILL LISTEN (2002)

Un des nombreux membres en règle du super groupe Deepspace5 et du duo Ill Harmonics durant les années 2000, le texan Playdough ou Play-Doh, sorti de l’ombre en solo avec cet affirmatif You Will Listen, l’intro de son tout premier album Lonely Superstar. C’est par sa voix nasillarde et l’effet d’écho ajouté à celle-ci que le rappeur se vit poser les bases de son rap chrétien sur un copier-coller de la fameuse boucle acoustique de Shawn Phillips. Ligne de basse synchronisée au rythme de la boucle, l’ajout subtil d’un cinq notes aigu de guitare électrique vers la fin de chaque mesure, un « kick snare hi hat » classique, le « Ballad Of Casey Deiss » venait de subir sa toute première métamorphose. Il n’y a pas de doute, cette mélodie inspirait déjà ceux qui voulaient passer un message d’intérêt,  jouant dans la croyance et la spiritualité.

CYNE – FIRST PERSON (2003)

Le groupe floridien Cyne (Cultivating Your New Experience) et son harmonieux First Person tiré de leur premier album Time Being en 2003, est une autre preuve que la boucle The Ballad Of Casey Deiss soit une incontournable afin de poser des textes positifs, aux références politiques, religieuses, philosophiques, remplies d’espoir. Inspiré des œuvres du grand philosophe du siècle des Lumières, Jean-Jacques Rousseau, le quatuor Cyne motivait ses auditeurs, à la fin d’un morceau à la boucle accélérée et alimentée par l’ajout de deux échantillons (ligne de xylophone et chant mélancolique) tirés de la version originale, par une phrase expliquant tout le sens du morceau :

« Educated gifted minds shine throughout the ignorance, we thirsty. ».

 

 THE LOYALISTS – WASH (2004)

L’année suivante, dans la Bay Area de San Francisco, un jeune trio réitéra ; The Loyalists, formé d’emcee Framework, le DJ/producteur E-Train et l’emcee/producteur Touch Phonic. Ces derniers auront connu un premier succès mitigé dans ce petit monde peu médiatisé du rap underground de l’époque, avec un premier album maitrisant les rythmes et les refrains accrocheurs guidés par un rap inspiré du golden era, ce skeud portant bien son nom : MoodswingThe Loyalists se sont, à leur tour, laissés emporter par ce tourbillon, cette fameuse boucle de Shawn Phillips avec le très propre titre Wash. Les détails simplistes ajoutés à la fameuse boucle, discrètement accélérée pour l’occasion, jouaient dans l’efficacité avec ses roulements de tambour, cette sonorité de distorsion synthétique vers la fin du sample, qui faisaient tous deux croisière avec cette empilade de métaphores alliant introspection et monde aquatique :

« All hands on deck in the fishbowl
Knowing it’s always staying wet in the fishbowl
There’s decisions which aren’t kept in the fishbowl
The fishbowl of thinking wishful »

 

THE CHICHARONES – BREAKING POINT (2005)

Le point tournant, c’est définitivement cette reprise reproduisant l’ambiance globale (boucle incluse) du morceau The Ballad Of Casey Deiss sur le tout premier album studio du duo américano-canadien The Chicharones formé de Josh Martinez d’Halifax, fondateur du label Camobear Records, et de Sleep de Portland, l’un des membres fondateurs du super collectif à 20 têtes; l’Oldominion Crew. Fait étonnant; le duo a fait tabac seulement cinq ans après la sortie de When Pigs Fly en 2005 grâce au titre Little By Little, courtisé à paraître sur la bande sonore du jeu vidéo NBA 2k11 de 2K Games, le titre « Breaking Point » pour sa part, produit par Earthfire music et Vertigo, frappait fort avec sa formule adaptée à un public plus large. Ajout d’une sonorité constante de distorsion de guitare en arrière-plan, sifflements, des percussions de batterie en intermittence, tous ces éléments savaient alimenter avec succès le chanté copieux de la version originale de Shawn Phillips. L’alternance mélodique entre le rap, les phases et les refrains chantées, dans un registre pop risqué pour un groupe indépendant de rap underground. Sleep et Josh Martinez ont toutefois visé juste, se permettant même d’imager ce « point tournant », mettant en scène ce cowboy pressé de son propre gré, en cette journée, par l’examen introspectif de ses accomplissements de vie, où les questionnements ne cessent de se succéder :

« I don’t know all of the details of the day
But I felt that it wouldn’t be wrong to bow my head and pray »

 

CUNNINLYNGUISTS – REMEMBER ME (ABSTRACT/REALITY) (2006)

Cinq ans après la sortie d’un des grands classiques du rap underground américain ; Will Rap For Food, les linguistes rusés du Kentucky nous avait offert un troisième et solide opus A Piece Of Strange, un album aux samples très variés dans les genres, comportant cette reprise instrumentale gracieuseté Kno de la fameuse boucle de Shawn Phillips. On pouvait y entendre dès les premières secondes ce délire imaginaire :

 « The abstract has become the reality »

Le tout alimenté par les percussions et cette ligne de xylophone reprise de sa version originale, cette juxtaposition des deux samples « flippés » de la même manière que la version de Cyne avec leur First Person présenté ci-haut.

Il n’y a pas de doute, The Ballad Of Casey Deiss inspirait. La mélancolie, l’espoir, le pessimisme, la positivité, la spiritualité, la religion, la croyance, le politique, la philosophie, l’introspection, la remise en question ; c’est cette averse de thématiques prouvant, année après année par son évolution, que la boucle enivrante de Shawn Phillips a définitivement su mettre à profit et motiver la jeune créativité de ces rappeurs et producteurs revendiquant un rap consciencieux, guidant leurs premiers pas dans l’industrie du rap underground américain.

Enfin, petit bonus avec ce remix de 2010 par Bolo du morceau Lumiere des américains Blue Scholars.

MC PINTY + GRÜNT + TONTONS FLINGUEURS @ Petit Bain

A Petit-Bain le 3 avril 2015, MC Pinty, jeune rappeur du sud de Londres viendra pour sa première date à Paris nous dévoiler Midnight Moods, sa première mixtape réalisée en étroite collaboration avec Archy Marshall (aka King Krule) et le beatmaker Maxwell Owin qui l’accompagnera sur scène. Ont été invités à l’événement ceux qui, pour beaucoup, vous l’ont fait découvrir : Grünt. Accompagnés de leurs platines ils livreront un set axé sur le rap britannique et son florilège de jeunes talents. Enfin la soirée sera aussi l’occasion de donner l’opportunité aux Tontons Flingueurs de présenter eux aussi leur première mixtape LDA9Q, dont on vous avait parlé ici. Les Tontons Flingueurs, jeune groupe de rap parisien, puis Grünt pour un DJ set 100% british, et enfin MC Pinty et son DJ Maxwell Owin : vous l’aurez compris, la soirée sera jeune, à l’accent britannique et des rimes plein le cartable. Et on vous file des places ! Avant cela, petite présentation traditionnelle des artistes.

MC PINTY

MC Pinty est un jeune rappeur et beatmaker du sud de Londres dont le premier album Midnight Moods, sortira début mars. Il a eu la bonne idée de s’acoquiner avec une bande d’artistes dont font partie, entre autres, King Krule, Jamie Isaac, Jadasea, ou Rago Foot, qui depuis quelques années inondent allègrement le web de leurs morceaux. En live, il est accompagné par le DJ Maxwell Owin qui est derrière bon nombre des instrumentales de la troupe grâce à univers atypique. Il a aussi su faire preuve d’un véritable talent pour les prestations live lors des nombreux concerts que nos deux anglais ont donné ensemble à Londres.

GRÜNT

Grünt est une « nébuleuse culturelle », un collectif d’artistes et de journalistes en partenariat avec Nova. C’est surtout par le format vidéo que Grünt traite du hip-hop sous toutes ses formes. Ils ont en effet permis à de nombreux rappeurs et beatmakers de se faire entendre dans leurs freestyles devenus incontournables : Caballero, Lomepal, JeanJass, 1995, Espiiem, Georgio ou encore Les Sages Poètes de la Rue s’y sont distingués. Dans le 16ème, c’est MC Pinty, Rago Foot, Jadasea et Rejjie Snow qui sont venus rapper sur les instrumentales sélectionnées par Myth Syzer. Ce freestyle a été pour beaucoup l’occasion de découvrir ces nouvelles têtes du rap anglais. Mais Grünt, c’est aussi de fins DJ’s qui ont organisé de nombreuses soirées sur Paris, et qui viendront au Petit-Bain vous faire découvrir ou re-découvrir les meilleurs sons du rap britannique.

LES TONTONS FLINGUEURS

Enfin, les Tontons Flingueurs sont un groupe de 10 MC’s principalement originaires de Paris Est. Pas de guerre de clan, mais l’esprit du collectif ; pour beaucoup, ils sont amis d’enfance, et le groupe s’est monté il y à 2 ans après un freestyle à RDBS Radio. Les Tontons, de par la variété de style des MCs est un complexe assemblage d’influences américaines, britanniques et évidemment françaises, allant de la rue aux classiques. LDA9Q  aka Le Démon À 9 Queues, leur premier album est sorti le 22 février. En écoute et en téléchargement gratuit sur le site de Haute Culture, il s’est retrouvé sur le podium du top en quelques jours. Un premier projet, c’est toujours un palier de franchi, nos Tontons sont maintenant bien déterminés à se faire leur place, et viendront se présenter en début de soirée.

Pour l’occasion, ReapHit vous fait gagner un lot de 2 places, à remporter par tirage au sort. Pour participer, brandissez le pouce sur le Facebook de ReapHit, puis partagez ce post (partage PUBLIC). Sur Twitter, suivez le fil ReapHit et retweetez ce tweet. Tirage la veille de l’event, bonne chance à tous et toutes !

Infos pratiques :

Vendredi 3 avril – 19h

Petit Bain - 7 Port de la Gare, 75013 Paris

10 – 13 € / Achetez vos places en ligne

OLIGARSHIIIT & DUST DEALERS @ La Scène du Canal

Les soirées Premix ; cette série de concerts printaniers de rap alternatif français que nous propose, dès le 11 mars La Scène du Canal/Jemmapes, où se produiront en concert Ayenalem (11 mars), Pumpkin & Vin’S da Cuero feat. DJ Lyrik (25 mars) et Lautrec (8 avril).

1er avril, date fatidique du calembour, c’est au tour des trois rois du groupe parisien Oligarshiiit, de vous cuisiner leur poisson sur scène. Les trois emcees hyperactifs Enz, Tedji & Doods vous propose en cette journée humoristique ce qu’ils font avec brio depuis plus de 10 ans : un rap positif et fidèle à ses valeurs de base, peace, love, unity and havin’ fun! Pour l’occasion, le trio sera accompagné des musiciens du groupe d’experimental soul parisien GROOVANOVA, un événement live à ne pas manquer!

La première partie sera assurée par leurs deux amis, les Dust Dealers. Cette nouvelle boutique antique de musique située à l’intersection entre le jazz et le hip-hop, conservée avec soin par deux mélomanes, amoureux du vinyle, Oldy Clap Recordz et DJ Skandal (DJ aux scratches incisifs d’Oligarshiiit). Il s’agira du tout premier concert des Dust Dealers sur le vieux continent, alors qu’ils avaient brisé la glace lors de leur passage à Montréal en octobre dernier aux côtés d’Oligarshiiit.

Les deux comparses partageront au public quelques titres de leur premier projet éponyme « Dust Dealers » sorti le 9 février dernier. L’unanimité pour ce projet instrumental est au rendez-vous depuis sa sortie alors que les articles positifs pleuvent à son sujet, se voyant chroniqué par plusieurs webzines dont Cultiz, Mood Of The Day, Le Gros Tas De Zik, Les Échos Du Hip-Hop ou l’Abcdr du Son. Pour voir notre contribution chez ReapHit, c’est par là.

SCOOP : le concert Oligarshiiit & Dust Dealers vous offrira en exclusivité quelques extraits live de l’éventuel projet Tedji & Dust Dealers, à ne pas manquer!

Pour l’occasion, ReapHit vous fait gagner un lot de 2 places, à remporter par tirage au sort. Pour participer, brandissez le pouce sur le Facebook de ReapHit, puis partagez ce post (partage PUBLIC). Sur Twitter, suivez le fil ReapHit et retweetez ce tweet. Tirage la veille de l’event, bonne chance à tous et toutes !

Infos pratiques :

La Scène du Canal, 116 quai de Jemmapes, 75 010 Paris (Métro Gare de l’Est)
20h /10€ / 8€ tarif adhérent CRL10
Page Facebook de l’event

L.O.A.S // NDMA – Récit d’une initiation manquée

Je ne sais plus combien de temps j’ai marché dans cette forêt, mais le poids de mes jambes m’indique que cela a du durer plusieurs heures. Je n’ai plus aucune notion du temps. Je ne sais pas où je suis, ni même qui je suis. Tout ce que je sais, c’est que je suis devant ce club, parmi une faune de gens qui semblent tout aussi paumés que moi. L’enseigne verte de la boîte clignote et se reflète sur les arbres : nDMA. Je fais patiemment la queue en observant les variations de lumière provoquées par les néons, puis arrive finalement au niveau du videur. Il me regarde et me fait signe d’ouvrir la bouche. Il y dépose un cachet violet. Je l’avale. Il hoche la tête et m’indique un escalier du doigt, sans dire un mot.

Niveau -1 : A peine franchie la porte du club qu’une violente montée d’adrénaline me saisit. J’ai besoin de me défouler. Visiblement, la foule semble être de mon avis. Les murs deviennent fluorescents, et les angles de la pièce trouvent des angles irréels. Un pogo général se déclenche, certains vont même jusqu’à danser avec les murs, mais ils ne semblent pas en souffrir. En quelques minutes, je passe par plusieurs états d’esprits, mais toutes ces pensées ne me mènent qu’à une envie : celle d’évacuer mon trop plein d’énergie. Ce rush d’adrénaline est intense mais s’éteint rapidement. La première vague est passée, le produit est assimilé : je décide d’aller voir à l’étage inférieur.

Niveau -2 : L’ambiance semble beaucoup plus calme ici. Les murs sont matelassés, tout le monde porte du blanc. Je baisse la tête pour vérifier la couleur de mes vêtements : visiblement, je n’y ai pas échappé non plus. Je me dirige vers le comptoir, la barmaid est vêtue comme une infirmière. Je commande un shooter, qu’elle me sert à partir d’une seringue. Je l’avale rapidement et me retourne. Une personne détonne parmi la foule : cette fille vêtue d’une robe noire, et d’un pendentif en forme d’Ichtus. A peine l’ai-je remarquée que mes yeux ne peuvent plus se décoller d’elle. Elle m’inspire une peur injustifiée, me rappelle de bien mauvaises sensations. Quelques secondes de plus, et je risquerais de retrouver la mémoire. Une seule solution pour éviter la désincarnation : la fuite en avant. Niveau suivant.

Niveau – 3 : Les choses sont plus saines ici. La décoration est bariolée mais harmonieuse. Mes compagnons de voyage se reposent et méditent au son d’un sitar. Les idées fusent dans ma tête, je n’ai pas le temps de développer une idée que je suis déjà passé à la suivante. La vérité semble se trouver dans ces flashs éphémères. Je sens que le sol s’affaisse tout autour de moi, tandis que mon coin de plancher s’élève. Le monde est immobile et j’ai la sensation que c’est moi qui distribue les cartes. Moi qui jongle avec les idées. Moi qui décide des mouvements de la foule. Les gens m’ennuient ici, et je décide d’aller exercer mon nouveau pouvoir ailleurs.

Niveau -4 : A peine arrivé à destination, que je suis déjà passé à autre chose. La fête semble toucher à sa fin ici, ne reste plus que les gens dopés aux meilleures substances sur la piste. Le long des murs, un certain nombre de clubbers sont affalés, l’air bien entamé. Je saute au milieu de la foule, tente vainement de danser avec les filles qui paraissent les plus inaccessibles, par pur goût du défi. Je ne pense plus qu’à la chair, je ne veux plus rentrer chez moi. Comme dirait l’autre, je veux niquer tout ce qui bouge. Pour oublier. Quelques minutes de triste défoule, un passage par les toilettes avec cette fille… Je ne sais plus si je trouve ça beau ou déprimant, et je passe à l’étage inférieur.

Niveau -5 : Je m’approche de la nouvelle pièce puis m’arrête sur le perron. Elle ressemble à un purgatoire urbain, entièrement bétonnée et bourrée de symbolismes étranges. Je franchis finalement la porte qui se referme derrière moi. Les caméras de surveillance se braquent sur moi. Je m’assois sur un des bancs en cherchant à avoir une vision d’ensemble. Un vieil homme barbu est assis à mes côtés. Il me chuchote à l’oreille qu’il est ici depuis des années, mais qu’il n’a toujours pas trouvé la réponse. Une horde de paumés traînent dans tous les coins de la pièce, certains font les cent pas, d’autres sont recroquevillés sur eux même. Les heures passent et je finis par accepter mon destin. J’accepte ma propre perte, ma haine et mon amour, ma rancune et mon envie de pardon. Mes paradoxes s’unissent et je ne fais plus qu’un. La porte s’ouvre pour moi et je ressors.

Niveau -6 : Des néons bleus ciels. Une seule personne dans cette salle. C’est cette fille que j’ai connu. Très bien connu même, avant que les choses ne dégénèrent. Elle porte un t-shirt blanc sur lequel se reflète les images des moments qu’on a passé ensemble. Son regard est humide. Les choses se dérèglent peu à peu, et aux images de joies, viennent se superposer celles d’aigreur et de tristesse. Les néons bleus virent peu à peu au rouge, et le regard de la fille évolue vers la haine. Un couteau apparaît dans sa main, elle se précipite sur moi. J’attends sans sourciller, mais au moment où le couteau du me traverser, l’image de la fille et de son arme disparaissent. Il ne reste plus que moi, face à l’avenir. Je descends.

Niveau -7 : Je tombe nez-à-nez avec un vieil ami : Hyacinthe. Il n’y a que lui, moi, et nos fantômes dans la pièce. L’obscurité est quasi totale, seules quelques bougies sont allumées. Le mimétisme est immédiat, on est toujours sur la même longueur d’ondes. On échange sur nos problèmes personnels pendant que les fantômes tentent vainement de nous distraire. On les prend à parti en se moquant d’eux. L’opposition par le rire est toujours ce qui nous fait survivre. Après avoir vidé mon sac, je quitte Hyacinthe et poursuit ma route, non sans promesse d’une future réunion.

Niveau -8 : Les lieux sont remplis de miroirs. Chacun d’entre eux me renvoie le reflet d’un de mes alter-ego. Je les contemple un à un, à la recherche de mon vrai visage. Tous mes masques sont présents, certains me saluent de l’autre côté, d’autres me narguent. Je recherche ma vraie face pendant quelques minutes. Elle m’apparaît soudainement, mais je ne peux la contempler : un flash de lumière se répercute sur le miroir et je suis peu à peu envahi par d’étranges acouphènes. Peut être est-ce mieux ainsi …

Niveau -9 :  Toujours personne ici. Le plafond de la pièce est rempli d’étoiles, on y voit même les différentes planètes du système solaire. Je m’allonge par terre pour contempler. Par l’esprit je parviens à déplacer les différents éléments. Je m’amuse à écrire mon propre pseudo avec les étoiles. Je crée des formes abstraites, des symboles religieux. Cela me détend pendant un moment et me permet de commencer à faire le point. Sentant que cette période à durée assez longtemps, je quitte les lieux.

Niveau – 10 : La musique d’une de mes chansons mélancoliques préférée résonne dans la pièce. Cela a quelque chose de reposant. Je suis toujours seul. Soudain, la musique se retourne et défile en mode rewind, comme si elle me forçait à faire le point, à revenir sur mon vécu. Je pense à ma solitude, au destin, à la mort, à tout ce qui m’est arrivé ces derniers mois. Je me sens à côté de mon corps, et me contemple de l’extérieur lorsqu’une phrase traverse mon esprit : « Car si on va tous crever, combien auront vraiment vécu … ». Ces quelques mots défilent en boucle dans mon esprit. Ma respiration s’accélère.

Je décide de ressortir et remonte quatre à quatre les dix étages. Je sors du club et cours au travers de la forêt. Je fonce au travers des arbres et continue ma course jusqu’à n’en plus pouvoir. Je m’effondre à genoux dans la forêt, désespéré. J’entends quelques bruissements de voix au loin et retrouve espoir, la civilisation semble proche. Je me relève et, guidé par les voix, me traîne jusqu’à la terre promise. J’écarte les dernières branches d’un revers de main et constate que je suis encore au même endroit, comme si cette forêt n’avait qu’un seul débouché. C’est le même club, le même videur, la même foule. Je n’ai pas encore trouvé la réponse.

Menage de Printemps

Comme tout le monde, à l’arrivée du printemps on fait le ménage. On fait le bilan des nouveautés qui squattent notre disque dur et on trie. On garde que ce qui pourrait nous servir, ceux qu’on écoutera tout en se prélassant nu dans un champ de jonquille.

MC’s ou beatmakers, des artistes comme ALI, Rodney Hazard, Lalcko, Shyler Chaise et beaucoup d’autres nous accompagneront donc dans ce chemin vers l’été.

Et les acariens n’avaient qu’à bien se tenir….