Emission Spéciale Rap Perdu

ReapHit s’associe aux Impromptus, cette émission matinale diffusée le mercredi de 7h à 9h sur les ondes de CISM 89,3 FM, la radio étudiante de l’Université de Montréal (rien de moins que la plus grande radio universitaire francophone au monde !). Chaque semaine, vos québécois Sam Rick et JF Harvey vous proposerons un programme atypique : Rap x Politique x Sport x Humour. Des discussions sur des sujets chauds en matière de politique et de sport, agrémentées par une sélection musicale 100 % rap émergent. Êtes-vous prêt pour votre expérience Impromptus ?

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Pour la première de la saison, Les Impromptus vous gâte avec une édition voix off 100% Hip-Hop. Lampe frontale à la tête, on a creusé dans les bas-fonds du rap alternatif pour vous ressortir rien de moins que 24 pépites sonores perdues et biens précieuses, passant des États-Unis au Canada, de la France au Royaume-Unis, du Japon à la Suède, pour finalement atterrir en terrain connu pour les Impromptus, le Québec.

Pas de nouveauté cette semaine, on passe en mode Throwback ! Votre application Shazam risque de vous faire défaut ! Quelle(s) artiste(s) connaissez-vous? À vous de jouer!

Playlist

Deepspace5 – The Night We Called It Day (The Night We Called It Day)
Azim et Limsa – On Ira Où (On Donne Ce Qu’on A)
The Goods – Control The Elements (4/four)
Kz Combination – L’Enfer Des Faits Divers (Time Lan Changé)
Baracuda72 Ft Modulok (of Red Ants)  – Pecan Dirty Rice (Knucklebone)
Cenza – Tu Peux Pénave (Remix) (Ça Vient Des Bas-Fonds)
Qwazaar feat. Hellsent – Walk Thru Walls (Walk Thru Walls)
C.M.C. – Rendez-Vous à L’évidence (Single)
Daomen ft. Kery James – J’émerge  (Underground Classic)
ShinSight Trio – Passin By (Shallow Nights Blurry)
Monk.E – 9 à 5 (Leurs Mediums, Le Remedium)
Potna Deuce – Dat’s My Potna (Welcome To Da Tilt)
V Zilla Aka Vg Skillz – Classic (Texas Hip Hop Massacre)
Expression Direkt – Happy End & Tragédie (Wesh On Écoute Ou Quoi?)
Loud and Lary – Dirty Dudes (Pt. 2) (Erreurs De La Nature)
The Brotherhood – One Shot (96 Remix) (One Shot / Nothing In Particular Remixes)
Ménage À Trois Vs M Wise Eyez – La Semaine (La Rencontre « De Paris À New-York »)
Dommages Zé Intérets – Sur Qui Me Fier (Single)
Afro Jazz – Bouchon Monstre (AJ-1 Revelation)
Siah & Yeshua DapoED – No Soles Dopest Opus (The Visualz Anthology)
Escape Artists ft . Wroc – She’s She (Plot Against Theme)
Cavaliers Noirs – Niveau Mental (En Vers Et Contre Tous)
The Intelligentlemen  ft. Kay The Aquanaut – I Know What I Like (The Intelligentlemen)
Fermented Reptile – Wild Boar Hunt (Let’s Just Call You ‘Quits’)

Apollo Brown & Ras Kass // Humble Pi

Encore un projet en préparation pour le très prolifique et non moins talentueux Apollo Brown, qui finira par travailler avec tous les meilleurs rappeurs en circulation sur le marché anglophone. Déjà deux albums studio cette année, l’un seul (seulement deux petits titres avec Roc Marciano sur Thirty Eight) et l’autre avec Planet Asia (Abrasions: Stitched Up) que Brown a piqué à Gensu Dean en échange de Guilty Simpson. Et ce n’est pas fini : le 28 octobre sortira Blasphemy, LP issu de la collaboration entre le nouvel enfant chéri de Détroit et Ras Kass.

Le nom du californien pointe chaque fois qu’un courageux tente un nouveau classement des meilleurs lyricistes rap ; cela dit, il n’avait pas trop fait parler de lui depuis Barmageddon (02.2013), meilleur projet du rappeur depuis Soul on Ice pour beaucoup de puristes, fans d’un hip-hop un tout petit plus politisé que celui de Nicky Minaj ou Drake. Que ceux-là se rassurent, Blasphemy est annoncé par le label Mello Music Group comme un album « très personnel et destiné à faire réfléchir sur les non-dits ».

« Fuck every radio stations, you complaisant,
Cause you’re all playing the most ignorant songs in creation »

Deuxième extrait de Blasphemy, après « H20″ (feat. Pharoahe Monch et Rakaa Iriscience), « Humble Pi » réunit en effet quelques thèmes de prédilection de Ras Kass, sur une production si douce qui nous ferait presque oublier la teneur des paroles… presque, c’est ce que semble nous dire le clip : lorsque l’on se laisse emporter par la musique, casque sur les oreilles, le rappeur est toujours là, tapi dans l’ombre. 

Clear Soul Forces

Il y a quelques mois, nous rencontrions Clear Soul Forces, l’infatigable quatuor de Détroit dans la cale exiguë de La Péniche, patientant calmement avant un show nordique intimiste et bon enfant. Visiblement ravi de l’engouement du public français, c’est avec malice que le groupe se prête au jeu médiatique. « You got weed ? Ok, let’s start… »

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ReapHit : Pouvez-vous vous présenter individuellement, nous donner quelques éléments de background et puis présenter Clear Soul Forces ? 

E-Fav : Ok, je suis E-Fav, un quart de Clear Soul Forces, je rappe des trucs, et… euh, je ne sais pas trop ce que tu veux savoir !

Ilajide : Je suis le cousin de E-Fav, on rappait séparément et il m’a présenté à L.A.Z., qui est juste là…

L.A.Z. (laconique) : What’s up?

Ilajide : A cette époque, L.A.Z. cherchait des beats et il m’a dit de lui en envoyé quelques uns ; E-Fav nous a mis en contact et une chose en amenant une autre, on s’est tous retrouvé en studio.

Noveliss : Moi c’est Noveliss, et j’ai rencontré ces trois-là, le reste du groupe, lors d’open mics, et on s’est bien entendu. Un jour, on a décidé de tout investir pour aller en studio, où on devait juste enregistrer les sons que l’on faisait chacun de notre côté. On a kické pendant des heures, l’un d’entre nous a alors suggéré de former un groupe, alors on a formé un groupe et nous voilà.

Vous êtes de Détroit, une des plus grandes villes des Etats-Unis en matière de musique. La scène hip-hop vous a nécessairement beaucoup influencé. De quelle manière ?

E-Fav : Ca te donne envie d’être créatif…

Ilajide : (Prenant une voix exagérément inquiétante) Pour te sortir de là…

E-Fav : Ca te donne envie d’être créatif parce que quand tu décides de te lancer, tu te rends compte que tu ne peux pas te confronter à des normes de très haute qualité si tu ne fais pas une proposition vraiment originale. Tu ne peux pas. Alors tu te dois d’être créatif, d’être au dessus du lot, sinon tu te fais aspirer et tu disparais. Et ça, ça te force à montrer ton envie d’y arriver, et d’apporter quelque chose de nouveau.

Beaucoup d’artistes de premièr rang viennent de Détroit et quand tu les écoutes, tu peux sentir l’envie. Et tu as entendu parler d’eux grâce à leur créativité, et l’originalité de ce qu’ils ont créé.

Clip : « Beats, Rhymes & Life »

« Détroit est une ville largement négligée, particulièrement lorsque tu parles de hip-hop. Tout le monde connaît le sud, la côte ouest, la côte est… mais le mid-ouest reste largement oublié »

L’un des titres de Gold PP7 s’appelle Beats, Rhymes and Life. Un hommage à A Tribe Called Quest ? Pourquoi choisir ce groupe ?

Noveliss : Euh… Ce groupe est une légende !

Ilajide : Je ne crois pas que ce soit un hommage, Noveliss a utilisé ce bout de phrase pour le refrain. C’est ce qu’on est, beats, rhymes and life, c’est qu’on fait : fuck that snap pop shit (intraduisible)… on rappe quoi ! ( …) ATCQ ont fait cet album, mais nous n’y pensions pas vraiment. C’est juste ce que l’on vit, ce que l’on fait. C’est plus un état d’esprit qu’un hommage. 

Est-ce que vous sentez des connections entre les différentes générations d’artistes issues de Détroit ?

E-Fav : Non, et c’est bien le problème ; et c’est la raison pour laquelle Détroit, en tant que ville américaine, en est musicalement là où elle en est aujourd’hui. Je veux dire par à que Détroit est une ville largement négligée, particulièrement lorsque tu parles de hip-hop. Tout le monde connaît le sud, la côte ouest, la côte est… mais le mid-ouest reste largement oublié alors qu’il y a beaucoup de bon hip-hop par là-bas. Cette région ne devrait pas être autant méprisée, mais elle l’est. Parce que son histoire est beaucoup plus récente que celle de la east coast ou de la west coast.

Il n’est pas rare que les artistes ne s’associent pas : tu as les anciens, les nouveaux, et tous ceux entre ces deux extrêmes, mais ils n’ont pas de rapport, il n’y a pas de liant à tout ça. Il est impossible pour un jeune artiste d’entrer en contact avec quelqu’un comme Hex Murda, qui pourrait pourtant lui ouvrir des portes ; c’est impossible, ça n’arrive jamais. Et c’est ce qui nous retient un peu, ce qui nous rend réticents, parce qu’il n’y a pas de liens entre le passé, le présent et le futur.

C’est le cas pour l’ensemble des Etats-Unis, ou bien est-ce que c’est propre à Détoit ?

E-Fav : Je ne sais pas, mais il est possible que ce soit propre à Détroit parce que certains artistes, dont le travail est reconnu ici (en Europe), n’ont pas le succès escompté chez eux (à Détroit). Ils ont donc encore ce sentiment de devoir prouver quelque chose, ils ne te diront jamais « viens, je peux t’aider » parce qu’eux-mêmes considèrent qu’ils n’ont pas encore la carrière qu’ils devraient avoir ; ils sont encore actifs, et se sentent en compétition avec la jeune génération, qui pourrait prendre leur place. Ce genre de schémas est très fréquent.

Qu’en est-il de l’ « esprit hip-hop » ?

E-Fav : Ouais… je ne sais pas. Tout ça freine la ville. Tout bien considéré, Détroit pourrait faire bien plus. 

Clip : « Continue »

« J’ai l’impresson que les Américains pensent à Paris comme à une ville sophistiquée. Beaucoup n’y sont jamais allés et ils entendent les rappeurs parler d’une ville classe et stylée… »

Vous avez shooté le clip de « Continue » à Paris. Beaucoup d’artistes américains font ou aimeraient faire leur propre « Niggas in Paris ». Quelle est l’image de la ville aux U.S. ?

Noveliss : Je ne sais pas, j’ai l’impresson que les Américains pensent à Paris comme à une ville sophistiquée. Beaucoup n’y sont jamais allés et ils entendent les rappeurs parler d’une ville classe et stylée… en ce qui me concerne, j’adore Paris mais c’est juste une ville cool pour se décontracter. D’après ce que j’ai vu, je ne dirais pas que c’est une ville où seules les classes sociales supérieures vivent. C’est ce que pense les gens, mais c’est une ville cool.

E-Fav : Mais il faut faire gaffe aux pick-pockets ! Surveillez vos poches dans le train !

C’est votre deuxième tournée en Europe en l’espace de quelques mois. Est-ce que vous vous attendiez à un tel succès international ? Vous aimez vous produire ici ?

Noveliss : Oh mec…

E-Fav : Oui, bien plus qu’aux Etats-Unis. Selon moi, les gens ici apprécient bien plus l’esprit et la culture hip hop qu’aux Etats-Unis. On ne peut qu’aimer jouer ici.

On a rencontré les Dopplegangaz cette année, et ils nous ont parlé de l’importance d’Internet et de la manière dont il bouleversait les choses, particulièrement pour les fans aux quatre coins du monde. Par exemple, une vidéo peut-être vue des millions de fois en quelques jours.

Noveliss : Internet, ça change tout. Ta musique devient accessible dans le monde entier, n’importe qui peut l’écouter, donc ça rend les choses bien plus faciles. Mais en même temps, ça les rend plus difficiles parce que le nombre d’artistes présents sur la toile est toujours plus grand. J’imagine que c’est une sorte de don et de malédiction pour les artistes.

E-Fav : Internet a un vrai pouvoir. Il ouvre des fenêtres à des gens qui ne se trouvent pas dans les zones où tu peux facilement voir les choses que se passent. Tout le monde n’a pas la chance de sortir de chez lui et de voir des B-boys ou autres. Certains sortent de chez eux, et il n’y pas de MC’s, il n’y a rien. Donc, avoir un outil avec un peu plus de portée qu’une télévision, où tu peux te permettre d’être sélectif dans ce que tu regardes, et devenir fan des trucs que tu aimes vraiment… Pour ça, Internet est vraiment utile pour les gens qui n’habitent pas les endroits pro-hip hop ou les villes qui te prédisposent à comprendre tout ça.

Que connaissez-vous du rap français ?

Noveliss : Ces deux derniers jours, on était à Orléans, et on a kické avec un producteur, et quelques rappeurs français. On ne comprend pas ce qu’ils racontent, mais ce que l’on comprend, c’est le flow, et à mon avis, les mecs en France rappent vraiment bien. Le hip-hop français est vraiment cool.

Ilajide : Absolument, il se passe des choses. On ne peut pas être sûrs, parce qu’on est là que depuis quelques jours, et ce que l’on a vu pourrait bien représenter des cas isolés, en ce sens que, pour nous, le hip-hop français se réduit à ce que l’on a vu. Mais il se passe vraiment quelque chose, les gens qui font du hip-hop ici sont vraiment passionnés.

E-Fav : Je vois vraiment l’influence américaine dans le rap français : le style, les double temps, on dirait qu’ils essaient de raviver ce qui se faisait dans les années 1990. C’est ce que les gens semblent apprécier le plus ici et c’est ce qu’ils ont envie d’entendre. Et je comprends tout à fait !

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Clip : « Get No Better »

¡MAYDAY! x MURS // Beast Out The Box

Les quatre disciplines du hip-hop ? Rap, graff’, break et deejaying, répond-on presque automatiquement. Si la leçon a été rabâchée de nombreuses fois, ¡MAYDAY ! et Murs, devenus pour l’occasion Mursay, reviennent y donner du sens avec un clip qui a la pêche, et qui franchement en jette. Mêler les diverses disciplines artistiques du hip-hop dans un clip n’a rien d’original, mais bien fait, cela peut donner de belles œuvres, comme en témoigne ce « Beast Out The Box » bien énergique.

Le clip s’ouvre sur l’échauffement de breakeurs, pour enchaîner sur un cercle où chacun y lâche ses meilleurs passages. Mais ce qui attire l’œil est surtout ce gros graff en arrière-plan, plutôt bien réalisé, et qui contribue pleinement à l’ambiance hip-hop du clip.

Couleurs dé-saturées, images cradossées, local à l’arrache, l’ambiance est marquée dès le début, accentuée par des effets lumineux bien sympathiques. Ajoutez à ça une caméra dynamique, des enchaînements de plans rendant le clip réellement vivant, vous obtenez une mise en scène réussie. Et qui surtout colle réellement au morceau.

Un breakbeat déchaîné, un refrain qui l’est tout autant, et des MC’s qui kickent comme si leur vie en dépendait, le coté musical n’est pas en reste. Même le DJ est convié pour une petite session scratch sur le pont final. Cerise sur le gâteau, un solo de congas est même exécuté, se mêlant au frottement du diamant contre le vinyle. 4min30 de bonne vibe, ça ne se refuse pas !

Scrufizzer // Do me something

Une sirène de police retentit au loin, le riddim se déclenche : ça y est, c’est le retour d’un des plus gros découpeurs de la grime actuelle. Scrufizzer is back. Les sub bass envahissent l’espace sonore sur une rythmique tribale pendant que le MC développe son flow haché. Deux couplets – entrecoupés d’un refrain autotuné aux effluves de reggae – suffiront à terrasser l’auditeur. On en resterait presque sur notre faim, heureusement qu’il y existe un bouton repeat.

Scrufizzer devrait revenir sous peu avec un nouvel EP de 6 titres. Peu de chances que Do me something y figure, le morceau semblant plutôt faire office de récréation pour un rappeur qui ne cesse de grimper dans l’estime des fans de grime comme du grand public anglais. En attendant, vous pouvez vous pencher sur sa mixtape Fizzy Flow qui contenait elle aussi son lot de bons moments.

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Jeezy // Seen It all : the autobiography

Dans le milieu de la trap actuelle, la méthode Jeezy ferait presque figure d’exception. Plus le temps passe, plus les trappeurs inondent le marché, cherchant désespérément à se rappeler au bon souvenir d’auditeurs croulant sous les sorties. Jeezy, lui, prend son temps, et chaque sortie frappe de manière méthodique mais violente, comme le coup de marteau d’un Héphaïstos en pleine construction. Chaque projet est ainsi une pierre supplémentaire apportée à un édifice de plus en plus gigantesque, entraînant plusieurs types de sonorités dans son tourbillon créatif, prenant l’aspiration des nouvelles tendances sonores pour mieux les dépasser.

Seen It All, c’est un peu l’heure du bilan. Le Snowman, armé de sa meilleure prose argotique, revient sur son parcours, de son ascension dans la vente de dope au succès, des heures passées à cuisiner et à vendre ( « ¼ block » ) jusqu’à la jubilation face aux profits matériels que ce travail a engendré ( « Beautiful » ). Et c’est justement le travail qui est sanctifié tout au long de Seen It All : Jeezy a toujours fait dans la motivation music, et sur ce point là, les choses n’ont pas changé. Il coache l’auditeur comme il coachait ses vendeurs de rue il y a quelques années de cela, démontrant que tout est possible, et que, en progressant par étape par étape, il est possible de monter au sommet, à l’image du dernier couplet de « Hard Enough« . Chaque morceau semble offrir une avancée supplémentaire dans la construction d’un univers se développant fragment par fragment ; chaque ligne nous en apprenant un peu plus sur le personnage et son passé.

Clip : « Me OK »

Mais malgré cet optimisme, une véritable hantise du passé semble parcourir cet album. Jeezy revient sur bon nombre de ses problèmes, qui semblent ne plus pouvoir quitter son esprit, et se console avec les possessions matérielles que lui auront apporté tous les sacrifices faits pour arriver au sommet. C’est l’histoire d’un ex-dope-dealer qui a perdu des proches, aujourd’hui en taule ou dans la boîte à sapin, et qui repense à eux en parcourant la ville de nuit, dans sa Rolls flambant neuve. C’est l’histoire d’un gamin qui rêvait de cette même bagnole en la voyant passer dans la rue, mais qui n’avait pas calculé ce que tout cela lui coûterait. Trop tard, l’engrenage était déclenché.

Jeezy n’hésite pas à orner son édifice de fort belle manière. Pas de production trap générique, mais un véritable amour pour l’ampleur et les samples aériens, comme en témoignent les plages instrumentales de « Holy Ghost » , de « Seen It All » ou de « Beautiful » . Le Snowman parcoure ainsi différentes tendances musicales et parvient même à surpasser ses influences, bien aidé qu’il est par le talent de Childish Major, Black Metaphorz, Mike Will ou encore Cardo. En bon chef de troupe, Jeezy parvient à tirer le meilleur de chacun de ses hommes, qu’ils produisent ou qu’ils viennent prêter main forte à la construction du monument au détour d’un couplet ou d’un refrain.

Au cours de Seen It All : The autobiography, on retrouve ainsi Akon et August Alsina, qui signent deux refrains réussis, Game et Rick Ross dans leur plus grande forme sur « Beautiful » qui conclue l’album, et un Jay-Z comme on ne l’avait pas entendu depuis longtemps, signant un couplet digne de « Reasonable Doubt » .

Clip : « No Tears » feat. Future

« That bitch beautiful … ». C’est sur ces paroles que se termine l’album, comme si tous les sacrifices humains, matériels et moraux en avaient valu la peine. Comme si la construction finale était maintenant terminée, et que Jeezy savait qu’elle passerait la postérité, à l’image d’un bâtiment bâti sur des générations.

Pour finir, le maestro nous offre trois titres bonus, comme trois vitraux supplémentaires venant orner sa cathédrale et nous permettant de saisir encore un peu mieux le personnage et son passé. « Beez Like » et son refrain entêtant convoquent d’ailleurs un fantôme du passé, en la personne de Lil Boosie, dont Jeezy aura encore une fois réussi à tirer le meilleur. « No Tears » et « How I did It » concluent cette période de contemplation, et enterrent définitivement une période de sa vie.

De loin, Jeezy peut avoir l’air de frapper bêtement, et sans vision d’ensemble, à l’instar de ses adlibs grandiloquents et braillards, mais l’homme a beaucoup plus de finesse qu’il n’y paraît. Seen It All : The autobiography vient ainsi conclure une œuvre globale et inspirée qu’il avait débutée en 2005, par l’intermédiaire de Let’s get It : Thug Motivation 101. Reste à savoir ce qui adviendra par la suite : Jeezy reviendra-t-il en arrière, ou entamera-t-il une nouvelle période de sa carrière ? Il nous paraît étrange de l’imaginer traiter d’autres sujets, mais il faut bien admettre que Seen It All a bel et bien bouclé la boucle.

En attendant, Jeezy continue à faire son chemin seul, comme un personnage de péplum, la réussite et la victoire en ligne de mire, abandonné de tous, mais tirant sa force de chacune de ses souffrances.

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Jesse James Solomon // Tides

Jesse James Solomon a commencé à faire parler de lui après la sortie de son EP Jesse from SE, il y a quelques semaines. Le projet – le premier que le jeune MC du Sud-Est de Londres ait jamais réalisé – prouve un don certain pour l’écriture. Mais ce n’est pas tout ! Il semble que le MC sache aussi bien s’entourer. La présence de Rejjie Snow sur le morceau Tides a ainsi été partiellement responsable de sa sortie de l’ombre.

A l’écoute de cet EP, on ne peut également nier que Jesse James Solomon a l’oreille pour reconnaître les instrus minimalistes mais efficaces, étant donné qu’elles en sont la principale composante. Le clip, réalisé par Hector Dockrill, met en scène les deux artistes naviguant à travers Londres. Ses couleurs mates y accentuent l’effet intemporel donné par la boucle de l’instru. Un premier pas réussi !

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Parabellum // Cayenne

Petite pause. 5 minutes de silence dans nos clips du jour pour un hommage. Ridicule, symbolique, certes, mais rempli de tristesse. Samedi dernier, la france entière apprenait à l’heure du petit déjeuner, le décès de Schultz, chanteur des mythiques Parabellum, à 53 ans.

Entre ceux qui s’interdisent d’office un travail de lecture harassant pour les pages cultures de leur quotidien, et de trop nombreux mélomanes ignorants, sa disparition sera passée presque inaperçue. Seule la petite communauté punk français aura saluée la mémoire d’un de ses pères fondateurs. Pourtant l’impact musical sur le paysage alternatif français n’est pas à prendre à la légère.

En 30 ans de carrière décousue, le groupe formé sur les marches de l’ANPE du 10ème arrondissement parisien, aura donné toutes ses lettres de noblesse à l’engagement musical et politique. De « On est gouverné par des imbéciles » à « Anarchie en Chiraquie » (reprise par les Svinkels) , Schultz n’aura cessé de marquer l’histoire à coup de pamphlets rock cinglants et décalés. Revendiquant insoumission et fierté populaire, Parabellum aura inspiré tout un pan du punk français dont Les Wampas, Les Béruriers Noir, Les amis de ta femme, Les garçons bouchersLofofora, les Svinkels et j’en passe…

Nous sommes de la génération qui avons grandi à coup de « Saturnin » et crié « Mort aux vaches » , chanté « Cayenne » à tue tête bien avant de hocher la tête et lever le poing sur des beats HipHop. C’est ce parcours que nous saluons. Le punk est mort ? C’est un peu plus vrai depuis samedi….

ParabellumbySchultz

Emission du 3 Septembre

ReapHit s’associe aux Impromptus, cette émission matinale diffusée le mercredi de 7h à 9h sur les ondes de CISM 89,3 FM, la radio étudiante de l’Université de Montréal (rien de moins que la plus grande radio universitaire francophone au monde !). Chaque semaine, vos québécois Sam Rick et JF Harvey vous proposerons un programme atypique : Rap x Politique x Sport x Humour. Des discussions sur des sujets chauds en matière de politique et de sport, agrémentées par une sélection musicale 100 % rap émergent. Êtes-vous prêt pour votre expérience Impromptus ?

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Pour la dernière édition de la saison, notre Impromptus Sam Rick aka DJ Ricky-Des-Neiges vous réserve, en l’absence du vacancier JF Harvey, une émission 100% rap alternatif avec rien de moins que 24 titres, il en profitera d’ailleurs pour vous faire un bon tour de table sonore des artistes en présence aux trois concerts qui se tiendront cette semaine à Montréal : Reef The Lost Cauze, Dézuets d’Plingrés, eMC.

En nouveauté, Ricky vous tend à l’oreille du Diamond District, MSB (L’uZine) ft. La Mine D’or, Issa Gold (of The Underachievers), Ben aka Lindien & Chukk James, LOUD PACK, Lyricest, Dj Sonny, La Poignée de Punchlines pour Give me 5 Prod. de La Smala, Ol’ Kameez, Mainflow ft. Copywrite.

Playlist :

Diamond District – First Step (March On Washington)
7even Thirty & Gensu Dean – Russian Revolver (The Problem)
Les Michel Chartrand & Skribe – Questions Sans Réponses (Heterosis Projet)
Reef The Lost Cauze – Sound Of Philadelphia (Feast Or Famine)
MSB (LuZine) – À Toute Épreuve ft. La Mine D’Or (Les Murs Ont Des Oreilles)
Double A & Vax-1 – Revenir Ou Mourir (Remastered) (Qui Sont-Ce?)
Lyricest – Dans Ma Zone ft. Freddy Gruesum (Apocalypse)
Ben aka Lindien & Chukk James – Consensus ft. Whisper & Sliq Vicious (De Part Et D’Autre)
Woodman – Oxygen (Product Of The Machine)
Dézuets d’Plingrés – Contrôle De Qualité (ft. Woodman) (L’Extra Suranné)
Loud Pack – Funk Phenomenon (LOUD PACK LP)
Skribe – WorkOut ft. V.A (Heterosis Projet)
Sifu Hotman - First Ave Funeral (Lewis Parker Remix) (Embrace The Sun)
Ol’Kameez – Le Bruit Des Ombres (Volume 1.5)
DJ Sonny The SunGod – Past To The Present Ft Nostal,Blasfima Sinna, S.T (Past To The Present)
eMC – Charly Murphie (The Turning Point)
Flight Distance - Hospital Beds (Run For Your Lives!)
La Smala – La Poignée de Punchlines pour Give me 5 prod.
Issa Gold (of The Underachievers) – Musical Chairs (Conversation With A Butterfly)
Main Flow – Street Prophets ft. Copywrite (The Cincinnati Kid)
Fayçal – Vivants Mortels (Murmures D’Un Silence)
Oligarshiiit – Compte Là-Dessus ft. Kay (Les Trois Royaumes)
Tapwater – Able Bodies ft. The Chicharones (Breadcrumbs)
Noah23, Staplemouth, Helix, Whimbly Smallfry, John Tsunam – Tokyo Strings (Plague Language - Farewell Archetypes)