Spéciale Greg Frite

Reaphit s’associe à Sweet Caroline, émission rap diffusée chaque semaine sur Radio Cultures Dijon, le mercredi à 21h. Chaque semaine P.O. et Antoine (de Sous-Culture) vous présenteront un Sweet Podcast. Interviews, freestyles, playlist à thème, venez goûter les douceurs.

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Cette semaine la Sweet recevait pour la deuxième fois Greg Frite. Cette fois l’ancien rappeur de Triptik devenu dijonnais était là en tant qu’ami de Radio Cultures. Lors du premier épisode  nous étions revenus avec lui, sur l’ensemble de son parcours pour une très longue interview. Ce second opus qui se veut plus convivial nous a permis d’aborder multiple sujets avec celui, qui depuis, a sorti l’album qui compile les meilleurs Gros Mots réalisés pour le Before de Canal +.

En plus de ses commentaires sur les nouveautés que nous avons diffusées en sa présence, nous parlons, entre autres, sur cette bande des 20 ans de Triptik, des événements de Charlie Hebdo et bien sûr des nombreux projets de celui que l’on appelait jadis Black Boul’.

Emission du 28 Janvier

ReapHit s’associe aux Impromptus, cette émission matinale diffusée le mercredi de 7h à 9h sur les ondes de CISM 89,3 FM, la radio étudiante de l’Université de Montréal (rien de moins que la plus grande radio universitaire francophone au monde !). Chaque semaine, vos québécois Sam Rick et JF Harvey vous proposerons un programme atypique : Rap x Politique x Sport x Humour. Des discussions sur des sujets chauds en matière de politique et de sport, agrémentées par une sélection musicale 100 % rap émergent. Êtes-vous prêt pour votre expérience Impromptus ?

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Cette semaine aux Impromptus, on continue d’apprivoiser le changement avec une deuxième collaboration entre JF Harvey et l’unique Louis-David Boulard. On vous présente une émission axée sur le sport alors qu’on discutera du retour de la LNH dans la ville de Québec. LD en profitera pour nous expliquer pourquoi il croit que le projet risque de ne pas fonctionner.

On reste dans le moule LNH alors qu’on analyse la formule actuelle du match des étoiles qui était présenté en fin de semaine dernière. JF nous proposera notamment une nouvelle façon de faire qui mériterait écoute de la part des bonzes de la LNH. Allo M. Bettman..?

On traitera ensuite des changements majeurs qui ont été faits chez l’Impact de Montréal. Alors que nous avons beaucoup critiqué l’inaction de la haute direction au courant de l’entre-saison, force est d’admettre que les embauches des dernières semaines font état d’une volonté certaine d’améliorer l’équipe. Bravo!

On se garde finalement un sujet plus sérieux alors qu’on discute du documentaire «Going Clear», en première au festival du cinéma de Sundance et qui sera présenté le 16 mars sur les ondes de HBO. On s’y attaque à l’église de scientologie et les valeurs qu’on véhicule. LD et JF en profitent pour vous présenter 6 choses inusitées qui sont ressorties de ce documentaire. À ne pas manquer!

Notre DJ Ricky-Des-Neiges cavale toujours entre les frites et la bière de Belgique mais cela ne l’empêche certainement pas de nous soumettre ses nouvelles rap-sucreries, avec des nouveautés de The Four Owls, Grand Puba, Joey Bada$$, Peebs The Prophet & Phoniks, The Dirty Sample & Roc Marciano, UNI-VERSE-SOUL, 12Mé, Liqid & Tcheep, JP Manova, Chief & Kid, Paranoize, Loud Pack, Dernier Bastion et Skilz SPS.

OverDoz // Rich white friends

« Rich White Friends » commence sur l’utilisation d’un cliché assez facile : celui de bourgeois blancs, habitant dans de riches banlieues sans personnalité, et désirant s’encanailler. C’est là qu’interviennent les gars d’OverDoz : party crashers au look destroy, ils viennent tambouriner à la porte de la maison pour y livrer leur douce folie.

Pendant un long moment, les images nous paraissent assez convenues, la diversité des flows et des personnages d’OverDoz faisant tranquillement passer la pilule et nous permettant d’apprécier le moment passé. Un clip agréable, mais sans prétention .. Puis le fil narratif se dérègle et le clip commence à nous surprendre. L’inversion des clichés et le lent basculement de la potacherie au tragique viennent nous faire réfléchir sur l’importance de ces archétypes pourtant si caricaturaux dans l’Amérique d’aujourd’hui.

« Rich White Friends » parvient ainsi à un petit coup de force en utilisant des ressorts comiques pour traiter de sujets sociaux, tout en nous livrant encore une fois un morceau très agréable. Rire pour éviter de pleurer, comme vient le préciser la citation finale.

Slice of Pie w/ BLACK JOSH & LEE SCOTT, SHUNGU..

Tout le monde a droit à sa part du gâteau.  »Slice Of Pie » est décidé à suivre ce principe en fournissant un menu varié de soirées composées d’ingrédients piochés dans la culture hip-hop et tout ce qui l’entoure.

Pour cette première édition, vous aurez le plaisir de déguster les sonorités noir/jaune/rouge de Shungu, Turtle Master & Krhymes. Cerise sur le gâteau : découvrez Black Josh & Lee Scott, qui viennent directement des cuisines les plus étranges de Liverpool & Manchester. Du son local et international qui risque de foutre une sale et chaude ambiance pendant une bonne partie de cette soirée du 5 février.

Images et musique :

Pour l’occasion, ReapHit, partenaire de l’événement, vous fait gagner des goodies à en faire pâlir Queen Elizabeth en personne :

LOT 1 : 1 entrée au concert + 1 CD

LOT 2  : 1 entrée au concert

LOT 3 : 1 entrée au concert +  1 CD + 1 entrée au Boom-Bap Festival (UK) 2015 (5-7 juin, voyage non-inclus, faut pas rêver les copains)

Attention, pour le troisième lot, une question subsidiaire vous est demandée (c’est pas la fête, 70 pounds l’entrée quand même) et normalement, elle en fera galérer plus d’un. La voici : Quels sont tous les surnoms et sideprojects de Lee Scott ? Petit indice : on en a recensé 9. Bon courage !

Pour participer, il suffira de rejoindre la page Facebook de ReapHit, celle de Slice of Pie, puis de partager ce post (attention, PARTAGE PUBLIC). Sur Twitter, même principe, suivre le fil ReapHit, et retweeter ce tweet. Pour le lot 3, répondez à la question sur notre page Facebook ! Tirage au sort mardi 3 février.

Infos pratiques :

RECYCLART ART CENTER : 25 rue des Ursulines – 1000 BXL

Jeudi 5 février. DOORS : 20h / ENTRANCE : 5€ < 21:30 < 8 € / END : 01h30

TIMETABLE - 20.00 : Shungu / 21.30 : Krhymes & friends / 22.30 : Black Josh & Lee Scott (Jives on the cuts) / 23.30 : Turtle Master

Pour te mettre dans l’ambiance, le dernier EP de Black Josh, sorti en toute fin d’année 2014, à téléchargement gratuitement et à écouter ci-dessous.

Requiem : La longueur de la laisse

Pour un blogueur musical, ou pour tout auditeur de rap français, écrire sur Lino n’est jamais chose aisée. La liberté d’expression, ici aussi, connaissant quelques restrictions. Si l’ensemble de la sphère rapologique semble s’entendre sans trop de difficultés sur le fait que Bors fasse partie des grandes plumes de ce rap jeu, s’attaquer au prophète, c’est à coup sûr s’attirer les foudres de quelques irréductibles inconscients. Chacun y allant de son poncif et phrases toutes faites pour expliquer pourquoi, ce petit quarantenaire attaqué par la vie, survole autant ses pairs.

Le degré d’alcoolémie étant trop souvent en corrélation avec la pertinence de l’argumentation, ces interminables débats se terminent chez nous inéluctablement de la même façon : « Tais toi Lino, c’est le meilleur et puis c’est tout… Tchh Tchh ». Une certitude scandée comme une incantation, une lueur d’espoir pour calmer nos craintes, guérir nos peurs, face à un rap français que l’on ne reconnait plus : Mr Bors incarne notre dernier garde boue.

Pourtant, inutile de passer par quatre chemins pour rappeler ce que nos collègues de Captcha ont déjà démontré. Requiem est une déception. Non pas un mauvais disque, mais un album en demie-teinte, dont il est presque impossible de ressortir sans un violent pincement au cœur, une amère rancœur. Dix ans après nous avoir chié son dernier classique, trois ans après avoir couché tout le rap français avec des chutes de studio, Lino nous offre avec Requiem un « tour de montagnes russes ».

« J’étouffe dans l’air du temps,
Le talent, c’est mon seul fond d’commerce. »

Mr Bors c’est avant tout une voix unique, un charisme inégalable et une attitude de sale gamin arrogant qui ne l’ont jamais quitté. Un vécu qui pue le macadam et le La Maunie, une plume instinctive et une carrière qui a elle seule nous fait parcourir les plus belles heures du rap français. Disons le clairement, Lino est un mythe, et il pourrait réciter Mein Kampf sur un sample bavarois que je trouverais encore le moyen de bouger la tête.

Pourtant, tout comme le choix cornélien suggérée par la pochette, l’album se construit autour d’une dualité permanente. Une opposition de ton, d’intention, de discours parfois, mais surtout de public, qui parcourt l’ensemble des 17 titres de Requiem. A tel point que l’album pourrait presque être analysé comme deux EP distincts.

Avec Requiem, Lino se dépeint comme la grande faucheuse venu rendre son jugement sur le rap français, ses dérives et son devenir. A travers des instru sombres et homogènes, à l’ambiance macabre, Bors nous délecte d’attaques cinglantes à l’humour noir et au cynisme qui font mouche. Dès « Choc Funèbre » le MC prévient « J’ai pris ma distance avec le game, je reviens lacérer les rappeurs ». Paroles sans concession et placements incisifs, la machine fonctionne encore, et Lino s’acharne sur les quatre premiers titres à nous prouver… qu’il n’a plus rien à prouver. Lino est beau, Lino est grand, Lino sait toujours écrire, et sur ce point s’avouer déçu ne serait que mesquinerie et aigreur déplacée.

En vérité, Requiem est un excellent EP. Impossible de ne pas se délecter bouche bée des assonances extraterrestres de « 12ème Lettre » et ses 5 minutes de démonstration technique impressionnante, ni de reconnaitre que « Suicide commercial » est un maître étalon qui fera date dans la carrière du Val d’Oiseur. « VLB » est une vraie prise de risque, et Lino prouve gentiment qu’il est capable de flirter avec les sonorités actuelles avec suffisamment de brio pour avoir l’intelligence de ne pas tomber dedans. « Le flingue à Renaud » est une cours de récréation et le thème de « Ne m’appelle plus rappeur » lui va comme un gant et permet à Lino de déverser – soutenu par Calbo et T Killa – quelques gouttes d’Arsenik sur un rap français qu’il domine avec dédain. Mais le featuring le plus intéressant est à chercher du coté de Sofiane et Niro pour un « Narco » street, violent, terriblement efficace.

Malheureusement, si l’envie de distribuer quelques baffes et de confirmer son statut de plume du rap français est clairement audible chez notre MC, rien ne semble fait pour l’aider dans sa quête. Lino est seul. Seul contre tous, seul à ramer dans sa galère, le boulet de ses instrus accroché aux pieds. Difficile de faire plus interchangeable et monotone que les productions de Requiem. Alors oui, le piano et le violon sont de jolis instruments, et non, la virilité de Lino n’est pas en mise en cause, mais un peu de couilles dans les instrus aurait sans doute aidé à appuyer le discours.

« Je suis là où je veux être,
et d’ailleurs qu’est-ce que ça peut te foutre ? »

Pourtant combatif, face à un tel niveau de médiocrité musicale, Lino lâche prise et dans une seconde partie de l’album – ce deuxième EP – la direction artistique lui échappe. Les prods ne crevaient déjà pas le plafond, ici nous creusons et passer de « Suicide Commercial » au « Jardin des ombres » ça vous fait débander comme un téléphone rose en québécois, comme dirait l’autre. Mais quitte à plonger, autant ne pas couler seul. Plus on est de fous, plus on rit et au grand bal de la médiocrité, des rimes insipides et des refrains immondes, Youssoupha et Zaho sont les invités d’honneur. Et ça, Corneille ne le supporte pas, les featurings de merde, il maitrise, il connait, croix de bois croix de fer, il ne se fera pas voler la vedette. Ni une ni deux, il jette une pelle à Manon, jeune couineuse de son état et lui lance paniqué : « Tais toi et creuse. Creuse, comme tu n’as jamais creusé. C’est la seule solution pour que l’on nous cite dans une chronique ».

Clarifions le propos et arrêtons cette plume insolente. L’intention n’est pas ici d’affirmer un rejet viscéral pour les crossovers musicaux, ni même d’évoquer un dégout des plus total pour les refrains r&b ou chanté façon 90′s (ceux-là même que nous analysions dans notre article Homme-Femme : D’une imagerie à l’autremais par pitié, dénichez nous des gens qui savent chanter ! Un interprète avec une vraie personnalité vocale, une couleur musicale réelle et affirmée. Un artiste. Peut-on imaginer une autre raison qu’une demande d’Universal pour justifier la présence de Zaho sur l’album ? Peut-on espérer qu’il l’ai au moins sautée pour justifier son accord ? Aux antipodes de l’ambiance souhaitée par ce Requiem, ces piètres tentatives d’ouvrir l’album à un autre public, et aux formats radios nous font grincer des dents.

Difficile après cette soupe, de donner aux paroles de « Suicide Commercial » tout le crédit qu’elles méritent. Pourtant, dire qu’un album de Lino comporte de grosses lignes, un style d’écriture irréprochable, du remplissage de haut niveau, des refrains hideux et des prods bas de game, s’applique à plus petite échelle à chacun de ses projets. « Regarde le monde » sur le Quelque chose a survécu valait déjà son pesant d’or en 2002. Mais alors si Lino a fait du Lino, si il reste fidèle à lui-même et réussit, malgré une direction artistique déplorable, à nous prouver, à nouveau, toute l’étendue de son talent, pourquoi être déçu ? Parce que Lino n’a pas surpris.

Cela fait bien longtemps que Bors n’a plus rien à prouver, si ce n’est sa capacité à se renouveler. Passé le cap de la quarantaine, Lino aurait pu tenter de prendre des risques, s’affranchir des codes qu’il a lui même contribué à créer, et à nouveau prouver sa capacité à s’imposer comme un leader d’opinion musical, dans un registre moins évident que celui qui nous a été offert. Pourtant, les rares prisent de risques qui parsèment les 17 titres de Requiem sont de vraies réussites, à l’instar de « VLB » ou « Narco » .

Oui mais voilà, le challenge qu’a choisi Lino pour son retour est tout autre, et le véritable enjeu de Requiem semble être la conquête d’un nouveau public, trop jeune pour connaitre ses classiques – jusqu’à utiliser John Rachid pour des interludes d’une rare platitude – tout en contentant suffisamment ses fans. Un album coincé entre la longueur de la laisse et l’épaisseur de la liasse…

DAYNE JORDAN // Wash it out

Si le rap est souvent catalogué « musique urbaine », c’est qu’il est irrémédiablement associé à de grands ensembles urbains, à des tours grises dans des quartiers de béton. Pourtant, à l’instar de Dayne Jordan et de son Wash it down, cela ne l’empêche pas de nous proposer de vrais clips-carte postale.

Loin des rives de Philadelphie, c’est avec les paysages de la Nouvelle-Zélande que Dayne Jordan a voulu illustrer Wash it Down, extrait de l’EP In Progress produit par Jazzy Jeff. Sur une prod planante du beatmaker, Jordan court comme s’il cherchait la liberté, la rédemption.

Images vertigineuses de la mer, de plages lointaines, le rappeur nous fait profiter de son désir d’être libre en nous invitant au voyage. On suit ainsi sa course parfois effrénée au ralenti, comme si chaque mouvement comptait, comme si l’on ne devait pas en louper une miette.

A la fin les billets s’envolent, ne reste qu’un homme face à l’immensité de la nature dans un paysage presque fantomatique, le voyage s’achève.

CHILDISH GAMBINO // SOBER

« Sober » est le premier morceau paru sur le combo Mixtape/EP, qu’est STN MTN/Kauai : deux projets distincts qui sont pourtant conçus pour se compléter.

Si, lexicalement, le morceau est relativement redondant – Gambino y raconte qu’il prévoit de ne plus jamais être sobre depuis que sa copine l’a quitté – il est tout de même intéressant de constater qu’ici, le personnage et l’artiste se confondent. Dans une interview pour Vice, Gambino explique avoir tenté de se suicider à la suite d’une rupture, dans une interview pour VIBE, cette fois, il confesse son amour inconditionnel pour les drogues.

La parfaite identité entre le personnage et l’artiste est donc évidente. D’abord connu pour son rôle dans la série « Community », Gambino a surtout, ici, eu la bonne idée de choisir Hiro Murai pour réaliser son clip. Les choix des couleurs fades, de l’anti bling-bling, de la danse et des trente longues secondes de sourdine parviennent à faire passer la vidéo au premier plan (sans mauvais jeu de mot).

A côté, le morceau semble en effet plus médiocre… Pourquoi ? Le génial Anthony Fontano résume le problème parfaitement, par ces mots : « J’entends dire que l’EP est plus soigné et mieux construit (que la mixtape STN MTN, ndlr.) mais le truc c’est qu’honnêtement… J’ai pas envie d’entendre Gambino se la jouer Lionel Richie ou Billie Ocean, ce qui est l’essentiel de ce qu’il fait…! ».

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Bavoog Avers // Pour quelques boogers de plus

« Les Bavoog Avers arrivent sur vous ! » C’est cette promesse sans plus de détails, que l’on a pu lire ces derniers mois sur les réseaux sociaux. Un joli clip et quelques morceaux coup de poing balancés ça et là aux premiers suiveurs, un univers visuel et musical déjà bien affirmé, une release party et une marque créée des mois avant la sortie du projet… il n’en fallait pas tant pour qu’un public de kids soit déjà dévoué corps et âme à ce jeune groupe naissant. Il faut dire que derrière cette énigmatique appellation – signifiant « crotte de nez » en anglo-javanais à en croire le dossier de presse – se cache le génie d’une toute petite partie de l’Animalerie.

Rapide historique. Fin 2009, la France découvre la mezzanine crado et le canapé défoncé d’Oster Lapwass dans d’innombrables vidéos maison. Au delà de l’aménagement intérieur et de la propreté des sols, on y retiendra surtout les nombreux et très sympathiques copains du beatmaker lyonnais. L’Animalerie n’en est qu’à ses prémisses, et les fauves se cherchent encore. Une équipe talentueuse et variée dans laquelle on décèle le talent et l’univers de chacun. Trans-générationnel, les trentenaires blasés y côtoient la fougue des jeunes années. Parmi les plus jeunes, on découvre Nadir, ainsi que Cidji, Dico et Kalams, le CDK, qui débarque déjà malgré leur jeune âge, avec Le premier et quelques scènes derrière eux.


CDK chez Oster Lapwass

3 ans plus tard, le gros de l’Animalerie explose et chacun y va de ses projets solos et diverses connexions. Véritable phénomène, le succès du collectif ouvre les années 2010 et fait – presque à lui seul – basculer le rap français dans sa décennie numérique. Désormais, la communication est virale, la débrouillardise est un art, la passion une vieille compagne : bienvenue dans l’ère de la créativité indépendante et des rappeurs Facebook. « C’est drôle, depuis un an les mecs numérotent tous leurs freestyles » (Lucio – Coït Interrompu)

Plus discret, EddyDico de son blaze d’alors – sort La Mousse. Véritable claque, c’est le projet le plus original du collectif qui se cache sous cette cover blanche photoshopée détournant le logo Larousse. Sortant complètement de l’esprit freestyle et apéro dans lequel on l’a découvert, le MC voit la construction de son premier projet solo comme une « Perf’ » . Eddy essaie, s’amuse, prend des risques et innove. Entouré de Lucio et Anto, et soutenu par ses copains du CDK, Dico vogue volontairement à contre-courant du jeune public de l’Animalerie et de ses appétences boom-bap, faisant la part belle aux sonorités électro-world et s’imposant tout un lot de placements chelous, techniques et terriblement originaux. La Mousse impressionne alors par sa fraîcheur et sa technicité, et Oster nous avouera à l’époque au détour d’une interview qu’il s’agit du projet le plus apprécié des membres de l’Animalerie, tous véritablement bluffés par l’exercice de style et la maturité artistique de Dico.

Car après tout, comme nous l’exposions dans notre article « Rapper en français : de l’adaptation de la langue française au rap » , les rappeurs français les plus talentueux et les plus marquants sont souvent ceux qui sont parvenus à créer leur propre langage musical, de l’habillage instrumental à l’utilisation des mots. A l’instar de La Caution ou de Grems qui, pionniers en la matière, se sont créés leurs propres carcans musicaux, difficilement comparables au son de leurs contemporains, s’imposant dès lors un langage s’incorporant dans ce carcan. Un affranchissement réfléchi et totalitaire pour un son unique. Marquant. Définitivement hors du jeu.


« Bordel » – Bavoog Avers

C’est ce que Pannacotta tend à nous démontrer. Retour en 2014, l’adolescence est loin derrière et les blazes ont changé, l’univers rap qu’ils dégageaient peut être un peu atténué. Dico est devenu Eddy Woogie et Cidji s’est autoproclamé Jimbolo. Kalams s’est adoucit en Kalan, reprenant le doux nom que sa maman à choisit pour lui, quant à Nadir, lui… reste fidèle à son état civil.

L’univers est désormais acidulé, fluo – hype et travaillé - à l’instar de la pochette de ce premier EP. Bonbons multicolores pour un patchwork d’influences, l’on comprend vite que les Bavoog Avers ont décidé de s’affranchir des codes et des frontières du genre. Volonté révélatrice bien sûr de leur envie de conquérir un public plus large et éclectique, par un univers musical et visuel plus accessible.

Pour cela, le groupe à décidé de s’appuyer sur un personnage central, l’architecte musical de ce grand délire : Ciucci. L’intro lui est d’ailleurs totalement dédiée, et nous permet d’appréhender l’univers qui sera décliné tout au long des dix titres de l’EP. Extrémiste dans la démarche, les sonorités seront radicalement électro, mais les influences multiples. Ciucci nous baladera ainsi entre trip-hop anglais, et hype new yorkaise à la Ratatat. Entre house et électro-lounge, entre le funky de la pédale whah-whah et le sample synthétique.

Les quatres rappeurs reprennent donc en quelque sorte ici, le rôle originel et quelque peu oublié du MC, celui d’accompagner et de mettre en valeur le travail musical du DJ ou beatmaker. Et c’est bien ce qui frappe immédiatement à la première écoute du projet : la grande place laissée aux beats, et à la construction musicale des titres sur laquelle nos quatre bougs rivalisent d’imagination pour se placer avec originalité.


« Pannacotta » – Bavoog Avers

Totalement décomplexés par cette ouverture franchement pop, les MC’s osent et dès les premières secondes, Pannacotta provoque. S’ouvrant sur une phrase mélodique répétée sur des basses étouffées, les Bavoog s’échauffent la voix. Immédiatement les flows se mélangent, s’entremêlent puis se distinguent. Les voix s’associent quand les styles diffèrent.

C’est un véritable raz de marée, et l’on passe sans réellement savoir comment d’un refrain chanté à un gros couplet proprement kické, sans pour autant perdre en cohérence musicale. Quatre mesures, huit, puis seize et encore quatre, les Bavoog Avers s’amusent et nous baladent sur des beats en constante évolution. A peine le temps de froncer les sourcils, et d’essayer de comprendre ce qui se passe, que « Frolic » nous donne le coup de grâce dès le troisième titre. Pas le temps de relever la tête, on se prend direct une patate dans les dents, l’arcade qui pète, le front incandescent, assailli par le nombre d’influences. Il faut dire qu’à cinq contre un, l’issue est évidente… « Vous m’prenez par surprise et vous vous y mettez à plein en plus ?!! » (Mémento Mori – Sept & Lartizan)

Chaque MC trouve son style et exploite son registre du mieux qu’il peut. Et pour certains, le changement est saisissant. Nadir, que l’on avait quitté sur quelques freestyles agressifs aux flows tranchants, se révèle ici extrêmement smooth et musical. Quant à Jimbolo - appelons le Empereur Jimbolo – il illumine les morceaux à la moindre de ses apparitions, réussissant même à prendre le dessus sur ses talentueux collègues dans un « Frolic » pourtant très bon. D’une voix suave de crooner, mélangeant sans vergogne ragga et RnB sans se prendre au sérieux, Jimbo kicke. Qu’il rappe ou chante peu importe, il se balade. Mélangeant les styles, l’Empereur navigue d’une mesure à l’autre entre placements secs et syllabes chantées. Sans effort, sans pression.


« Frolic » – Bavoog Avers

« Dromadaire » confirmera nos dires, les voix de Nadir et Jimbo s’associant d’une bien jolie manière dans des savoureux backs chantés. Quant au couplet de Jimbolo – c‘est un hommage à Billy Crawford, Jimbo ? – le bougre réussit l’exploit de nous faire nous dandiner sensuellement et backer son texte de notre plus jolie voix de chaud lapin sans que l’on trouve cela ridicule un seul instant. Enfin si, mais après coup…

Cette maturité artistique décrite en filigrane depuis le début de cette chronique au doux relent de déclaration d’amour, s’exprime aussi et surtout dans l’utilisation intelligente de la technologie et de l’époque. Les puristes n’ont qu’à bien se tenir, le vocodeur est partout, mais parfaitement utilisé, rendant inutile tout débat stérile sur sa présence dans le hip-hop depuis plus de dix ans. Les pitchs vocaux, les superpositions et le travail effectué sur les voix dans sa globalité nous laisse pantois à l’instar du pitch de « Magie Noire » liant superbement les couplets qui s’enchainent.

Comme si cette longue liste d’éloges ne suffisait pas, les Bavoog prennent à coeur de sortir le rap français du cercle vicieux des refrains pourris dans lequel il s’enferme bien trop souvent. Avec une musicalité et une vision de l’entertainment à tout épreuve, le groupe nous distille leur sens du refrain très américain. Et même sur « Talion » pour laquelle on arrive difficilement à éviter la pitoyable comparaison avec Stromae, le mix irréprochable et l’originalité des flows nous emportent totalement. On s’avouera vaincus, se dandinant de bon cœur. Ça tue, point.


« Magie Noire » – Bavoog Avers

« Mais attends, un groupe de rap boom-bap qui change radicalement pour sortir un album édulcoré rempli de vocodeur et de lines chantées, ça sent pas bon, non ? » – Bien au contraire, jeune insolent ! Car – et c’est ce qui est véritablement jouissif – loin de tomber dans la variété potache et sans intérêt, les MC’s n’oublient pas de kicker, ni même d’être gentiment cynique et vindicatif. « Mon rap c’est Mac Lesggy dans E=M6 » : la technique à la portée du grand public.

Un sens de la phase affûté et un humour grinçant, l’écriture est rap et ça se sent. Venant habillement compléter le travail musical de Nadir et Jimbolo, Eddy confirme l’essai deux ans après La Mousse et dissémine ses placements originaux tout au long de Panacotta. De « Frolic » à « Bordel » le MC kicke et apporte aux morceaux une touche rap plus brute que ses compères. Se payant même le luxe – comme les autres rappeurs – d’un solo sur l’excellent « Repas de Famille ». Kalan n’est pas en reste et continue lui, de nous bluffer avec son flow chewing gum et ses assonances d’un autre monde. « Magie Noire » finira de convaincre les plus sceptiques des talents du monsieur. Attention, ça va vite. Très vite.

Finalement « Audrey » offre une très bonne conclusion, reprenant méthodiquement, point par point, tous les aspects positifs du projet. Une variété de flows et d’univers, passant sans gène d’un couplet kické à de vraie parties vocales, un refrain terriblement efficace, un travail de mix irréprochable et tout un tas de name dropping anti-conventionnel… c’est fort, c’est frais, c’est couillu, ça fait du bien !


« Audrey » – Bavoog Avers

A l’écoute du projet, il est évident que les Bavoog ont décidé de balancer leurs « crottes de nez » comme un pavé dans la mare et avec toute l’insolence d’un rap totalement décomplexé. Partant en croisade contre la bien-pensance du puriste et son carcan bien trop formaté, il est clair désormais que le logo du groupe (le doigt qui sert à dénicher les crottes de nez) est en réalité un majeur bien dressé aux détracteurs et nombreux réticents à la créativité hip-hop.

Panacotta est sans nul doute l’une des réalisations les plus originales de l’année, un véritable produit fini, une oeuvre globale. On terminera l’écoute avec le sentiment que cette fois, l’on tient peut être quelque chose. La vision d’un rap français « commercial » – diffusable en radio, efficace sur scène ou en club, doté d’une musicalité folle et d’un sens affûté du refrain – mais technique, original et puissant. Et même si ce n’est pas le cas, et que je m’égare en cette fin d’article dans de brumeuses prophéties, il n’en reste pas moins le plaisir indicible d’avoir passé une heure à écouter un projet qui ne ressemble à rien d’autre. Espérons que les Bavoog Avers trouveront leur public, y compris dans la sphère hip-hop

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BadBadNotGood & GhostFace Killah ft Doom // Ray Gun

Cela fait déjà pas mal d’années que GhostFace Killah s’est peu à peu extrait de la carcasse pourrissante du Clan grâce à des projets solos, cinématographiques et denses, toujours impeccables, en témoigne l’excellent 36 seasons ou le Six Degree – première collaboration remarquée avec nos chouchous de BadBadNotGood - sortis l’année dernière.

C’est donc une réunion d’habitués que nous propose GFK, en renouvelant la colaboration avec le trio jazz et en invitant MF Doom sur « Ray Gun »,  extrait du très attendu Soul Sour. Le clip est à lui seul une petite pépite de réalisation, hommage au seventies et à leurs lumières criardes, aux manteaux de fourrures des maquereaux, et aux clubs de strip d’une autre époque. Une ambiance rétro futuriste pour nous conter l’histoire du « Masque » (joué par Left Brain) apprenant les règles de notre planète, et comprenant durement à quel point elles diffèrent de la sienne.

L’alchimie entre les deux points lourds US n’est plus à prouver, et relance la rumeur d’un album commun, répandue depuis plus d’une décennie. Mais que les aficionados gardent espoir. Dans une récente interview, Ghostface lui-même annonçait le projet pour cette année sous le nom de Doomstarks. Soul Sour sera lui, disponible le 24 février.