Afroman // Because I Got High (Positive Remix)

Inutile d’allez chercher bien loin dans les brumeuses réminiscences de votre adolescence dépravée pour vous rappeler du tube d’Afroman « Because I Got High » sorti en 2001. La mélodie revient en tête dès les premières notes et le souvenir des douilles respectueusement coulées n’est pas bien loin.

Oui, sauf qu’en 2001, l’anglais vous n’en n’aviez pas grand chose à faire, et ce que vous preniez pour un hymne de justification à votre défonce, était en fait le récit de la descente aux enfers d’un fumeur de weed. Loque apathique et flemmarde, commençant par oublier quelques taches ménagères « Because I Got High » , jusqu’à fuir la réalité et ses responsabilités (les cours, le travail et les enfants) en gâchant sa vie entière : « Because I Got High » .

« I’m playing basketball and jogging
and I know why ! 
Because I Got High »

13 ans plus tard, Afroman vient contredire son message dans un « Positive Remix » des plus rafraîchissants. S’associant à la WeedMaps et le Norlm, associations luttant pour une réforme du système de vente de la marijuana à but non lucratif, il reprend l’air de son classique pour apporter sa pierre au débat sur la légalisation.

Après avoir passé sa vie à s’enfumer, il n’est plus question ici de réciter les poncifs de la dépendance et de ses méfaits, mais bien de livrer à grand renfort d’humour les avantages d’une vie sous tranquillisant. Et comment ne pas être convaincu en voyant la grosse bouille fendue d’un sourire béat et les petits yeux de notre bienheureux protagoniste. Il nous racontera en vrac, que fumer fait diminuer la consommation d’alcool et de cigarettes, rend inutile les traitements chimiques contre l’anxiété, et enrichit l’état.

« The state made revenue, Because I got High, 
They built a school or two, Because I Got High »

En outre, et si l’on en croit cette vidéo, fumer de l’herbe toute se vie et chanter ses bienfaits vous donne le droit de faire le tour de Los Angeles dans un canapé à roulettes poussé par deux feuilles de chanvre indien et un cultivateur excentrique, tout en s’en grillant tranquillement un au soleil. Ce qui, il faut bien le reconnaître, constitue un argument de poids dans cette lutte de tous les jours.

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Pour rappel : Le clip de la version originale.

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Akrobatik // Built to Last

Avec Built to last, qui signe son retour, Akrobatik décide de ne laisser aucun doute quant à la taille de son égo. Pas de fausse modestie ici, et c’est en cyborg bioméca que le MC de Boston s’imagine, surhomme résistant aux autres et aux altérations du temps.

Objectif totalement raté avec le clip du titre éponyme. Respirant l’amateurisme à plein nez, cette mise en image réussit à nous faire une démonstration presque parfaite de ce qu’il ne faut pas faire avec une caméra. Réinventant le kitch version hip-hop, le rappeur évolue dans un monde post apocalyptique bien propre, envahi de zombies aux regards trop vivants. Certes Akrobatik n’est pas là pour nous réaliser le prélude de The Walking Dead, mais tout de même, à ce niveau de mauvais goût, le « zéro moyen » n’excuse pas tout.

La performance d’acteurs de ces futurs oscarisés nous aidera à comprendre le propos hautement symbolique de la mise en scène. Akrobatik continue son bonhomme de chemin dans le rap en ignorant la concurrence insipide. Les autres rappeurs, ces pauvres zombies à l’inspiration morte, font juste office de figurants pendant qu’Akrobatik se balade, seul et intouchable. Son regard face à la ville illuminée terminera de nous faire comprendre ses intentions. « Get up my fucking way »

Built to Last est en écoute gratuite et disponible à l’achat numérique et physique sur le bandcamp d’Akrobatik. Et, merveille du business à l’américaine, pour 2 dollars de plus, le MC consentira à vous le dédicacer. Une vraie relation de proximité.

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MURKAGE + SOLE & Dj Pain @ PETIT BAIN

Quand le dubstep vient s’encanailler avec les MC’s anglais affûtés de Murkage (associés sur l’album à Nekfeu et Orelsan), la révolution n’est jamais loin du dancefloor. Ce n’est pas l’éternel activiste Sole, qui viendra cette fois accompagné de DJ Pain 1, qui dira le contraire. Le rappeur rouquin américain au flow le plus revendicatif n’a pas fini d’en découdre et le prouvera une fois de plus sur la scène parisienne de Petit Bain ! Ca se passe mardi 21 octobre à partir de 20h, et on a des places pour nos fidèles lecteurs. Mais avant tout ça, présentons les protagonistes de la soirée.

MURKAGE

Roots Manuva, Mark B & Blade, Rodney P, Speech Debelle, Blaktwang, The Streets, Foreign Beggars, Lethal Bizzle, Dizzee Rascal … des noms familiers (ou pas), parmi les nombreux ayant touché les français à grands coups de beats électroniques et de phrasés mitraillettes. Des styles naissent dans les villes anglaises … Jungle, 2-step, Grime, UK Garage et évidemment Dubstep, né en 2006 dans les caves et les home studios, échappé jusqu’à écraser la pop music. Face à la standardisation du son, à l’uniformisation marchande des goûts culturels, l’underground, comme il l’a toujours fait, contre-attaque … Amplifiée par les manifestations et les city-riots de 2011, se diffusant de bouche à oreille et d’écrans en écrans, une révolte sonore gronde dans les clubs : les MC’s affûtent leur plumes, les beatmakers polissent leurs bpm.

Depuis Manchester (où les français ont eu un roi), Murkage est une de ces détonations anglaises qu’il faut entendre, un molotov collectif et pluridisciplinaire concocté en 6 ans. Au commencement et depuis toujours, les Murkages Clubs, soirées hebdomadaires électroniques et authentiques, vivantes. Les clubs deviennent vecteurs. Les cinq musiciens du collectif font leurs armes sur scène, multiplient les invitations (A$AP Mob, Bipolar Sunshine, Mumdance, Madam X…), transportent leur énergie à Manchester, Liverpool, Londres puis Berlin et Paris, Marseille, Toulouse, Nantes, Orléans, Dours, Dijon, Belfort… De ces pérégrinations et de cette volonté d’avancer groupés, Murkage a fait un disque Of Mystics and Misfits : 9 morceaux (dont 2 avec Orelsan & Nekfeu) qui résonnent énormes, taillés pour les platines et les casques.

Vidéo : Murkage – « Manifesto » (feat. Nekfeu)

SOLE & DJ PAIN 1

‘Death Drive’ est la collision de deux mondes bien distincts : celui de la légende de l’indie rap que Sole est devenu au fil des ans, et celui du producteur reconnu Dj Pain 1 déjà crédité sur quelques albums vendus à des millions d’exemplaires (50 Cent, Gucci Mane, Young Jeezy, Shyne, Public Enemy…). L’album marie ainsi les esthétiques d’un rap/pop moderne avec un engagement politique rappelant quelques classiques, parmi lesquels Fear Of a Black Planet de Public Enemy.

Avec leur approche héritée du hip-hop du golden age, les deux ne tombent pourtant jamais dans les clichés de la formule micro/platines. Contrairement à quelques uns avant eux, Sole et Dj Pain 1 rapprochent la musique mainstream et underground sans pour autant ôter tout sens à cette union. Death Drive est un album de rap politisé qui ne place pas le rappeur dans la peau d’un sauveur ou d’un prophète, mais qui s’exécute sur la ligne de front. C’est une véritable musique résistante.

Vidéo : Sole & DJ Pain 1 – « Baghdad Shake »
 

Deux lots de deux places sont à gagner. Pour participer au tirage au sort, rien de plus simple, il suffira de rejoindre la page Facebook de ReapHit, puis de partager ce post  (attention, PARTAGE PUBLIC). Sur Twitter, même principe, suivre le fil ReapHit, et retweeter ce tweet. Tirage au sort le lundi 20 octobre !

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Infos pratiques :

Petit Bain - 7 port de la Gare, 75013 Paris

20h / 12€ en prévente*, TR, habitants du 13eme / 15€ sur place
*hors frais de location

Préventes : sur le site de Petit Bain, Weezevent ou Digitick

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El-P & Killer Mike // Meow The Jewels

Quand tout est triste et que l’on est à deux doigts de perdre foi en une humanité hip-hop qui ne jure plus que par le vocodeur, un rayon de soleil finit toujours par nous toucher. Bon d’accord, il ne s’agit que d’une blague, mais elle est quand même bien bonne. On vous raconte.

Le duo formé par El Producto et Killer Mike annonçait à la rentrée RTJ2, suite à Run The Jewels (premier opus issu de leur collaboration sorti en 2013) ; au même moment, et pour rire, ils lancent un appel aux dons,  et promettent qu’à $40 000 de fonds levés, ils ré-enregistrent leur premier disque commun en n’utilisant que des sons… de chats.

Et c’est là que l’histoire devient vraiment drôle. Les fans ne se contentent pas seulement de lancer une vraie campagne KickStarter pour financer le projet, ils dépassent l’objectif de budget initialement fixé par le duo ! Près de $60 000 dollars ont été récoltés à ce jour. Imaginez un peu un artiste hip-hop français, d’envergure similaire, ayant assez d’auto-dérision pour envisager un truc pareil… Parce que oui, El-P et Killer Mike vont exécuter leur folle idée et sortiront Meow The Jewels avant la fin de l’année. Un porte-parole du groupe a annoncé hier que les auditions de chats avaient démarré. Voilà donc le trailer de l’album.

Qui a dit que les meilleures blagues étaient les plus courtes ?

Meow the Jewels sortira (quand même) après le deuxième volume de Run The Jewels (28.10.2014). Le duo le plus timbré du jeu sera en concert à La Bellevilloise le 13 décembre 2014. Les places sont à choper ici.

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Kap G & Young Dolph // We mobbin

 » Toc toc ! - Qui est là ? - C’est Kap G et Young Dolph, on vient pour la soirée. - Ma soirée d’Halloween ?! Mais c’est dans deux semaines ! - Ouais on sait, mais on aimait tellement nos costumes, on a pas pu résister. Vas-y, laisse nous entrer, on a du bon son. De toute façon si tu ouvres pas on enfonce la porte…. »

Masques vissés sur le crâne, tronçonneuse à la main, Kap G et Young Dolph entrèrent dans la maison. Ils n’avaient pas vraiment réussi à se décider entre le costume de Jason, celui de Leatherface et celui du braqueur à cagoule, et s’étaient contenté de mélanger les trois looks. Ils se dirigèrent directement vers le système audio – sans même considérer l’hôte – et insérèrent une clé USB dans le lecteur.

La trap clinquante de Drumma Boy bastonna les enceintes, et les deux invités commencèrent à dégainer leur téléphone afin de convoquer quelques amis. Quelques heures et quelques spliffs plus tard, les party-crashers avaient concocté un morceau qu’ils ne cessaient de rapper, les menaces du voisin ayant été étouffées par un coup de tronçonneuse. We mobbin, we mobbin … Flows hachés, effluves de voix éraillées et adlibs en pagaille, tout le monde était conquis. Même l’hôte. Il paraît même que la tête du voisin hochait toute seule dans l’herbe. Le cheval de Trap était définitivement installé. Un morceau à retrouver sur la mixtape de Kap G : Like a Mexican.

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Capone-N-Noreaga // Bringing the Gods Back

Les légendaires Capone-N-Noreaga sont de retour ! En février dernier le duo criait à qui voulait bien l’entendre – et à grands coups d’announcement - la reprise de leurs méfaits musicaux pour un nouveau projet.

Enregistré en une nuit, War in one Night est censé renouer avec l’esprit originel du groupe, impulsif et violent. Mais attention, point trop n’en faut. Pas de soirées de beuverie au son du bang pour ces ex-amis, seulement quelques heures sur internet et un wetransfer pour cet EP enregistré à distance et complété en une nuit. L’impulsivité en prend un coup. L’amitié aussi du coup…

La perte d’une certaine harmonie de création ne semble pourtant pas déranger Capone qui justifie très simplement cette méthode de travail : « Nous sommes tellement connectés dans notre manière de concevoir la musique que je n’ai eu qu’a compléter les ébauches créées par Noreaga. »

Après « Rap Rushmore » , le mythique duo invite Sadat X pour nous donner une petite leçon d’histoire dans les rues de New York avec « Bringing the Gods Back » au rythme du sample de L’alpagueur signé Michel Colombier (cocorico) déjà utilisé par Slaughterhouse dans « Microphone » .

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BACK EN 2004

ReapHit s’associe à Sous-Culture – excellente émission spécialisée diffusée sur Radio Campus Grenoble, le mardi de 20h à 21h – pour vous présenter chaque semaine le podcast dédié, accompagné de quelques mots et anecdotes d’Antoine, Gabriel et Nabil, présentateurs. Un regard original sur une actu pointue, des thèmes sélectionnés avec soin : focus sur notre Sous-Culture.

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Quand on pense à une année marquante pour le rap français, 2004 est rarement de la partie. Pourtant, quelques pépites y ont vu le jour. En 2004, on pouvait lire un peu partout sur les forums « le rap est mort », ou « c’était mieux avant ». C’est peut-être l’année où l’on a commencé à fantasmer les années 90 en oubliant peut-être de préparer celles d’après. D’où un certain flottement dans la créativité d’une musique qui cherchait encore son identité.

Booba a pris les devants et mis un coup de pied dans la fourmilière. Son album Panthéon a rompu avec les codes classiques et n’a pas hésité à flirter avec des sonorités électroniques. C’est aussi l’époque où l’on met d’autres villes sur la carte du rap français. Ce désenclavement a offert une bouffée d’air frais. La Boussole au Havre, Chiens de Paille à Cannes et Mysa à Metz.

De son côté, l’ovni Aelpéacha continue à creuser son sillon Gangsta Funk à la française. Ce mouvement a eu le temps de mûrir du côté de Sarcelles et du XIIIè arrondissement. C’est donc tout naturellement que l’on retrouve Driver et OGK sur le morceau Spliffton Southcide Sarcelles Fonk.

C’était donc il y a dix ans. Zoxea réaffirmait son statut de King de Boulogne et Antilop Sa débarquait en solo. Il y a dix ans, l’Skadrille commençait enfin à émerger aux yeux du grand public. Il y a dix ans, Mark Zuckerberg créait Facebook qui fut le théâtre de débats interminables. Le plus célèbre : « Le rap, C’était mieux avant ? » Aujourd’hui, le rap d’avant c’est aussi celui de 2004. Et c’est celui qu’on vous propose de redécouvrir avec cette émission.

Playlist :
Zoxea – King de Boulogne
L’Skadrille – Tell me
La Boussole – Destins croisés
Antilop Sa – Chacun sa croix
Booba – La Faucheuse
Aelpéacha – Splifton Southcide Sarcelles Fonk
Chiens de paille – Je me sens bien
Oxmo Puccino / Kool Shen – Dernier round
Mysa – Boulevard des rêves brisés
Oxmo Puccino – Mon pèze
 
 

Olivier Cachin // Rap et nouveaux médias

Nous ne connaissions Olivier Cachin qu’à travers le prisme des médias. A travers ce rôle d’expert qui lui colle à la peau, le dessert parfois. Celui que l’on appelle pour tout et rien, pour faire gagner en crédit le moindre débat ou pour analyser le vide dans les médias. LE spécialiste du hip-hop en France. Invité de l’inauguration du CECU (Centre Eurorégional des Cultures Urbaines – le premier en Europe) dont ReapHit était partenaire, nous avons eu le plaisir de découvrir le journaliste. Accueillis très chaleureusement, nous avons pu poser quelques questions sur son parcours, le rap et les nouveaux médias à ce véritable passionné, bien moins formaté qu’il n’y parait. Rencontre.

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Revenons dans un premier temps sur le magazine « L’Affiche », premier réel média consacré au rap dont on connait l’impact. Pourtant, après son lancement, il aura fallu attendre 4 ans pour qu’il se commercialise. Comment êtes-vous passé du statut de fanzine au magazine payant ?

Techniquement, « L’Affiche » n’a jamais été fanzine. On était un magazine gratuit, mais dès le début, on a fonctionné avec de la publicité. Pour résumer, ça s’appelle « L’Affiche » parce que les deux personnes qui l’ont financé et lancé, c’était un colleur d’affiches sauvages et un producteur de spectacles qui, à cause des restrictions de l’époque, à la fin des années 80, sur l’affichage sauvage dans Paris ne pouvaient plus promotionner les concerts qu’ils organisaient. Donc ils ont pour eu idée de faire ce magazine, et ça ne devait être que des affiches. Si on ne peut pas les mettre dans la rue, on va les mettre dans une espèce de tract publicitaire avec quelques pages de pub.

C’était donc un magazine gratuit distribué sur la région parisienne sur une dizaine de points de distribution, puis 150 environ au bout de quelques numéros. Ce qui est très drôle, c’est qu’à l’époque on s’est dit « on essaie trois mois puis si ça ne marche pas, on arrête » . Sauf qu’évidemment, ça n’a pas marché au bout de trois mois, mais on a continué. (rires)

Très vite avec Franck, le fondateur, on a voulu faire un petit magazine avec des articles. Pour ma part, j’ai écrit dès le premier numéro, puis à partir du 7ème ou 8ème numéro – c’était KRS One en couverture – j’ai dit à Franck que ce qui était intéressant c’était le rap américain – puisqu’à l’époque le rap français commençait à peine – et c’est à partir de ce numéro qu’on s’est focalisé sur le HipHop US. Puis nous sommes devenus payant avec Spike Lee en couverture, il y avait un petit encadré sur Ice Cube également. On l’a vendu 10 francs.

Mais en réalité, ce grand virage a été imposé aussi par une contrainte : la publicité de cigarettes qui faisait la 4ème de couverture et garantissait l’économie du journal a été interdite. C’est comme si on avait dit à toute la presse : « Votre source de financement principale c’est fini, merci, au revoir ». Donc le seul moyen de continuer d’exister était de devenir un magazine payant, et d’espérer trouver une nouvelle économie. Qu’on n’a d’ailleurs pas trouvé tout de suite, bien sûr ! Parce que ça ne marche pas comme ça. (sourire)

Le premier numéro payant a plutôt bien marché, le deuxième beaucoup moins, c’est classique. Mais on a tenu, c’était une passion. Puis en 1994, 1995, 1996 on a réussi à faire un magazine super riche en contenu, en photos, en reportages. En ventes, on est quand même monté avec le Babyface qui était le plus gros numéro avec le Snoop, à des 50 000 ventes kiosque.

Ce sont des chiffres qui ne sont plus réalisables maintenant, simplement parce que la presse musicale ne peut plus exister, puisque internet a tué la presse écrite, c’est ni bien ni mal, c’est juste un constat d’époque. Mais c’est vrai que la presse papier, c’est quelque chose qui m’a toujours excité. Décider de la couv’ et voir l’impact que ça a… Ce n’est plus imaginable maintenant, parce que quelle que soit l’importance d’internet, jamais, ni un webzine ni un site si important soit-il, même Booska-P, ne pourra avoir l’impact que pouvait avoir un magazine papier à l’époque qui a précédé internet.

       l'affiche Snoop
L’affiche n° 41 – Snoop Doggy Dogg / Décembre 1996

Le rôle de leader d’opinion qu’avait la presse qui a presque complètement disparu aujourd’hui ?

Pas disparu. Je dirais dilué. Internet a un gros poids, mais il est démultiplié entre les vues Youtube, les sites spécialisés qui mettent en avant tel ou tel article ou interview. Le public est donc beaucoup plus consommateur et cherche à droite, à gauche. Le public actuel, les 15-20 ans – principal public des musiques urbaines – n’ont pas le même spectre de vision que ceux d’il y a 10 ou 15 ans. Il y a encore moins de personnes aujourd’hui qui vont suivre l’histoire d’un mouvement.

Comment réussit-on à faire découvrir une culture alternative par l’intermédiaire de voies déjà contrôlées des grands médias classiques ?

Déjà, c’est une époque où il y a de plus en plus de disques qui sortent, et qui se vendent énormément. Il faut se souvenir que dans le milieu des années 90, c’est 1 million de ventes pour Gynéco, 1 million de ventes pour L’école du Micro d’Argent, NTM frôle le million, MC Solaar en est à son 3ème album. C’est toute une industrie qui est en train de se monter, des majors qui misent, et la pub coule à flots, j’exagère à peine. Tout ça crée un marché qui est en effet alternatif, mais plus le temps avance, plus l’alternatif devient mainstream avec un public intéressé par cette musique et qui a envie de voir des photos, de lire des interviews… Même si au début c’était une culture très minoritaire, elle a rapidement explosé et à l’époque de Radikal en 2002, elle était clairement devenue majoritaire, il y avait le marché de la fringue, etc.

La couv’ qu’on a faite « Doc Gynéco nique les mots » qui est une de mes préférées, on a quand même failli être interdits, parce qu’à l’époque on avait des campagnes de pub, on était régulièrement dans le métro, et on nous apprend que la régie du métro risque de nous refuser l’affiche à cause du mot « nique » qui est passé limite. Ce qui était quand même moins grave que d’avoir une cigarette à la main. D’ailleurs quand on a fait la couv’ NTM avec Joey Starr qui était très en forme ce jour-là (sourire), il n’a rien dans la main mais il mime le geste et on comprend bien que c’est un mec qui fume un joint, mais c’est passé quand même. C’est marrant, il y a toujours ce côté gendarme et voleur.

Est-ce que cette réussite passe aussi par l’émission Fax-O, où l’on retrouvait sur un même plateau des artistes de variété et des rappeurs ?

Oui, en fait j’ai fait Rapline pendant trois ans et demi, et M6 me propose une autre émission pour le mercredi après-midi, donc un horaire beaucoup plus exposé, avec qui plus est une dimension éducative sur le jeune public. L’idée était de faire une émission généraliste, et de me laisser mettre mes « trucs bizarres » de temps en temps. Je souhaitais à l’époque continuer Rapline en parallèle, mais ce n’était pas possible. Et comme j’avais envie de défendre le hip-hop, j’ai intégré ce genre musical dans l’émission. S’il n’y en avait pas eu, ça n’aurait pas traumatisé M6 (sourire).

Et cette période coïncidait, pas encore tout à fait mais presque, vers 94-95, avec la grande bascule qu’est le changement de programmation de Skyrock. On pense ce que l’on veut de Skyrock, mais à ce moment-là, c’est le seul média qui diffuse le hip-hop dans la France entière. Et ça n’était pas le cas avant. C’était le cas pour la presse avec « L’Affiche » et ceux qui sont arrivés après, « Groove », « RER », « Radikal »… Mais c’était des magazines spécialisés, ça n’avait pas l’impact d’un grand média national comme Skyrock.

C’est à ce moment qu’il y a eu une popularisation du genre. Tout d’un coup, n’importe où en France, tu pouvais écouter Gynéco, Secteur Ä, Nèg’Marrons, NTM et Solaar. Alors qu’avant, le seul tube national c’était « Bouge de là » . Il n’y a pratiquement rien eu entre ça et 1995 en diffusion nationale, si ce n’est « Le Mia » et quelques succès épars.

       L'affiche NTM
L’affiche n° 31 – Suprême NTM / Février 1996

Après cette période charnière, on rentre dans une décennie que l’on pourrait qualifier de « pauvre » (médiatiquement parlant) dans les années 2000, à ce moment vous étiez rédacteur en chef de Radikal, quelle est votre vision de cette période ?

« Pauvre » c’est un point de vue, il y a quand même eu de très bons disques ! Radikal, ça a été une expérience extraordinaire, là aussi ça a duré 3 ans et demi. C’était une époque où on faisait encore des voyages de presse au bout du monde. C’est vrai que ce n’était pas la même innovation que les trois glorieuses, 96-97-98, mais il y a quand même tout l’héritage de Lunatic, de ce rap plus « rue », plus cru, qui retourne à une espèce de truc basique qui aussi, peut-être, prend acte du fait qu’ils ne sont pas les bienvenus.

Parce que c’est vrai qu’à un moment, il y a toute une génération de rap français qui a essayé de devenir une musique, je ne dirais pas comme les autres, mais en tout cas une musique qui soit acceptée comme les autres. Ça n’est jamais arrivé. On voit bien que cette musique est toujours vue à travers le prisme des jeunes de banlieue, les immigrés, la violence. C’est la façon de la présenter la plus systématique et la plus simple pour les médias. Dès qu’il y a une émeute, on nous ressort les banlieusards, les sauvageons… Donc à un moment, ils se sont dit qu’ils allaient faire leur truc entre eux. Ça donne forcément un rap moins ouvert, peut-être moins utopique que celui d’Assassin, par exemple. Mais ça n’empêche pas qu’il y avait La Rumeur, Casey, avec d’autres valeurs, mais autant de principes.

Mais est-ce que ça n’est pas une époque où on a formaté les bacs de rap français ?

Disons que plusieurs évènements ont précipité ce formatage. D’abord, les maisons de disques étaient en gros déclin à cause de la crise du disque qui a commencé il y a une dizaine d’années, et qui a frappé les majors. Mais surtout, les majors étaient larguées.

Ce n’est pas tellement qu’elles ont voulu forger les artistes, mais plutôt qu’elles étaient tellement larguées qu’elles ont changé leurs critères. Elles regardaient les nombres de vues sur des Skyblog, et décidaient de signer en espérant que ça marche.

Aux États-Unis, les majors ont très bien compris qu’il fallait avoir des têtes d’affiche dans l’underground pour faire ce filtre, c’est ce qui a manqué en France. Et ça, c’est autant de la faute des majors que celle des structures des rappeurs indépendants. N’ayant pas des labels indés qui aident à la diffusion, ils ont été voir qui bossait sur Youtube. Et ça donne quelqu’un comme Jul aujourd’hui qui vend 80 000 albums.

Il a manqué de directeurs artistiques qui prenaient des risques ?

Non, pas qui prenaient des risques, mais qui savaient ce qu’était le hip-hop. Et puis en France, on est très nobles, on ne veut pas se salir les mains. Donc le côté, « nous les gentils indés, eux les méchantes majors », à un moment, si on veut vraiment bosser à l’américaine, ce à quoi prétendent les rappeurs ou les structures, il faut créer des ponts. Justement, aux États-Unis il y a des ponts entre le commerce et l’underground.

Le directeur de Def Jam France aujourd’hui, Benjamin Chulvanij, a commencé comme coursier. Le rap, il l’a toujours vécu de façon très instinctive, très viscérale. Pour un comme lui, on a plein d’autres mecs qui viennent de grandes écoles, qui travaillent dans la musique parce qu’ils n’ont pas réussi à faire de la politique ou de l’industrie, et qui ne connaissent tout simplement rien au HipHop.

Il faut dire que travailler dans le rap, ça n’est pas facile non plus, c’est même épuisant. Il faut accepter de se faire maltraiter, d’être constamment perçu comme le traître, le Judas, le mec qui n’y connait rien. On ne fait jamais rien de bien, quand on est une radio on ne diffuse jamais ce qu’il faut, quand on est directeur artistique, on signe que des nazes, alors que les vrais sont là mais que « seuls les vrais le savent »  .

C’est très français comme esprit, non ?

Ah oui, c’est très français. Et ce n’est même pas réservé au hip-hop. C’est un mauvais esprit généralisé.

Le mouv SolaarCollaboration entre l’AbcdrDuSon et Le Mouv pour les 20 ans de Prose Combat

A l’heure actuelle, la scène se transforme avec les réseaux sociaux. Comment les médias spécialisés doivent s’adapter à cette explosion de créativité indépendante ?

Je pense que chacun trouve sa niche. Un média comme Booska-P a pris le dessus et correspond à ce que pouvait être les médias papiers dominants il y a 15 ans. Chacun essaie de trouver son style, l’ABCDR avec un côté un peu plus intello qui propose des articles de fond. C’est tellement large maintenant, on ne peut plus traiter l’ensemble des nouveautés, c’est fragmenté.

Donc il y a des micro-niches. Le seul petit problème, c’est que ça ne rapporte pas d’argent. C’est la grande différence. Donc si on ne le fait pas pour le plaisir, on fait une erreur en croyant qu’on le fait pour de l’argent. Espérons que ça marquera le retour de la passion.

Pour terminer, le rap, à Marseille notamment, s’est développé à ses débuts via les réseaux rock et punk. Aujourd’hui, on remarque que les Inrocks et le Mouv’, médias rock, récupèrent une certaine vision du hip-hop et relancent la machine médiatique. C’est une continuité logique pour vous ? La boucle est bouclée ?

D’une certaine façon, oui. Pour Les Inrocks, heureusement qu’il reste un magazine musical au rayonnement national qui considère que le rap n’est pas une musique de pestiférés, mais une musique qui a sa part dans l’offre globale.

Pour Le Mouv’ c’est un peu différent, parce que c’est Bruno Laforestrie, qui est un des fondateurs de Générations et de Paris Hip-Hop, a repris la direction du Mouv’ il y a quelques mois et prépare pour janvier une nouvelle grille. Donc ça va être une alternative intéressante à Skyrock, car ce sera une radio urbaine où apparemment le rap aura une grande place. Ce sera un média très différent de ce qu’il est aujourd’hui. Et la grande différence avec Skyrock, c’est que ce sera un média hip-hop du service public et non une radio commerciale. Moi qui suis dans Le Mouv’ depuis 5 ans, ça m’intéresse beaucoup de voir ce que ça va donner….

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Retrouvez Olivier Cachin sur Le Mouv’ dans « La Collection »  avec Sandrine Vendel le samedi de 10h00 à 11h00. Et dans « La Collection Rap », le dimanche de 10h00 à 11h00.

 

Le mouv

 

 

Flying Lotus & Kendrick // Never Catch Me

La semaine dernière sortait You’re Dead!, le dernier Flying Lotus. Quelques jours avant, le clip de « Never Catch Me » , (feat. Kendrick Lamar), annonçait la couleur d’un album dont le titre est plus que révélateur : la mort plane bel et bien au-dessus des 20 (!) morceaux du projet, mais d’une façon originale. Rien de lugubre dans tout ça, voilà ce que nous dit le point d’exclamation : « You’re dead! » n’a plus du tout la même signification, et on lit alors l’interjection à la manière d’un enfant qui pointe l’un de ses copains de son index, le pouce levé vers le ciel pour lui faire comprendre qu’il est mort… Mais c’est « pour de faux » bien sûr, ou en tout cas, ce n’est pas la fin du jeu.

Les funérailles des deux enfants du clip ne semblent pas non plus sonner la fin de leurs jeux : ils dansent sur les rythmes extatiques de Flying Lotus, adoucis au début du morceau par quelques notes de piano qui finissent par disparaître alors que le morceau s’emballe. Kendrick Lamar fait très largement honneur à cette collaboration en survolant ce beat difficile comme peu auraient pu le faire. Il y a quelque chose du gospel dans cette collaboration : une douceur et une spiritualité enveloppées d’une puissance incroyable.

La rumeur dit que Flying Lotus avait très envie de travailler avec Kendrick Lamar, et que le producteur aurait été invité sur le prochain et tant attendu album de son collègue rappeur de Los Angeles.

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