Aspect Mendoza // Cliniquement Mort

Aujourd’hui, traversons l’Atlantique pour y retrouver un pionnier de la scène québécoise du hip-hop, ce fervent défenseur d’un rap arborant les couleurs des années 90, Aspect Mendoza. Son nouveau clip pour son single « Cliniquement mort » se réclame d’une production boom-bap signée Barbz, d’un rap consciencieux, sarcastique, mais surtout dénonciateur des injustices qu’entraîne ce système québécois prônant une soi-disant égalité des chances.

« Je dédie celle-là à ceux qui travaillent
À la sueur de leur front, puis qui peinent
à arriver à la fin du mois.
Le travail n’a jamais tué personne mais… »

L’emcee et producteur montréalais – lui qui s’est même chargé du mastering complet (en plus d’y paraître sur un morceau) de la compilation française Du Bon Son #1 (on en parlait ici) – est un travailleur acharné, indépendant, et qui comme plusieurs, malgré tous ses efforts quotidiens, se retrouve malgré tout pris dans les méandres du marché du travail.

« J’fais du 9 à 5
J’arrive jamais en retard
Pis quand ça ferme j’suis l’premier qui prend l’bord
J’suis cliniquement mort »

Cet hymne à tous les prolétaires est visuellement réalisé par NZO, du groupe français Les Polyvalents, qui nous plonge dans l’univers casé de la bande dessinée, une première dans le rap québécois. Beaucoup reste à venir dans les prochains mois pour Aspect Mendoza, c’est pourquoi l’on vous suggère de rester à l’affût par le biais de son site web.

Fin…

Sans titre

Odezenne, Mines de « Rien »

Odezenne. Derrière ce nom ne se cache pas un groupe, mais tout un univers. Composé d’Alix, Matias, Jacques, et DJ Lodjeez, le groupe possède une identité bien à lui, avec des sonorités planantes et des textes construits comme des bouts d’énigmes sans solution définie. Depuis leur second opus, Sans Chantilly, sorti en 2012, le groupe n’avait pas composé grand chose, défendant leur projet sur les routes d’Europe et les scènes des gros festivals. Un voyage à Berlin plus tard, Odezenne revient avec Rien, EP dont le concept s’étend jusqu’à la pochette blanche où il ne figure… rien.

C’est d’ailleurs par « Rien » que débute l’EP. Nous vous en avions déjà parlé de façon détaillée avec son très bon clip, ce titre annonce la couleur du projet : sonorités typées analogique et flows planants, se fondant avec les synthés moog, crachant tout ce qu’ils ont. Le groupe y expose également son état d’esprit, dans lequel les rappeurs ne semblent vouloir rien dire, permettant à l’auditeur d’en entendre beaucoup.

Clip : « Rien »

Ou plutôt, d’entendre ce qu’il a à entendre. Ce qui nous amène de façon logique à « Chimpanzé » . Deuxième titre de cet EP, l’ambiance se fait pesante, solennelle, balancée entre la mélancolie de la guitare et l’oppression des synthés. Des images nous sont livrées en vrac, entre absurdité et cynisme, la diatribe d’un chimpanzé envers son espèce, envers le monde qu’elle en a fait. Cette diatribe semble continuer dans « Novembre » , qui cette fois ressemble à un appel à l’aide, l’envie de trouver une relation saine, qui - pour une fois - complèterait au lieu de détruire. Dénoncer l’illogique pour appeler à la cohérence.

Outre sa cohérence musicale irréprochable, la force de cet EP est la façon dont s’enchaînent les titres, tant musicalement qu’au niveau des thèmes. Ainsi, entre ces trois premiers titres vient se glisser « Je veux te baiser » , dont l’ambiance frôle avec le kitsch des années 80. Sonorités synthétiques, rythme entrainant, par-dessus les nappes de synthés se glisse l’ode poétique à la chair, le sexe sans le cœur, car « si l’amour est à gauche, priorité à droite » . Avec ces images automobiles tout aussi kitsch, on accroche ou non, mais on ne reste pas indifférent, le superbe clip du morceau semblant prendre à contre-pied l’intégralité du texte.

« Dieu était grand » viendra conclure le projet et compléter de façon logique l’ensemble par une conclusion cohérente. Mis en avant de la finitude, l’acceptation de la fin, la musique s’emballe avant de disparaître. Faisant de Rien une œuvre maîtrisée du début à la fin, achevant de lui donner une identité unique, et l’envie de remettre le diamant sur la face A du vinyle.

Rien disponible en écoute et à l’achat (vinyle, CD, digital) sur le Bandcamp du groupe.

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MCTREEG, âme piégée

Producteur, rappeur et chanteur, Tree sait pratiquement tout faire. A l’heure où la copie remplace très facilement l’orginal, le MC de Chicago se targue même d’avoir inventé un genre, la soultrap, mélange de samples venant de la soul, additionné aux folles batteries de la trap music. Si l’on rajoute encore à tout ça le talent de production du chicagoan, ainsi que la capacité à sortir de sa gorge une voix éraillée digne d’un bluesman post-2000, l’on obtient une musique de l’âme, blessée par un parcours unique en son genre et par un monde qui le dépasse. De la jeunesse perdue de Windy City à MTV, en passant par les Sunday School ou le Project Mayhem, on revient avec MC TreeG sur son parcours, sa carrière et sa vision de la vie, lors du très court (mais très bon) passage en Europe qu’il a pu nous offrir.

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ReapHit : Salut Tree, pourrais-tu te présenter pour le public français qui ne te connaîtrait pas ?

Tree : Salut, je m’appelle Tree, je viens de Chicago dans l’Illinois. Je rappe, je chante, je produis, je performe, et j’illustre la lutte urbaine de la jeunesse des centre-ville, d’Amérique ou d’ailleurs. J’ai créé un genre musical, la « soultrap ».

R : Tu es né à Chicago, et c’est la ville dans laquelle tu as grandi. Comment s’est passé ton enfance et ta vie de jeune adulte à Windy City ?

T : Mon enfance a été partagée entre les logements Cabrini-Green (des bidonvilles un peu plus modernes qu’au Brésil, pour exagérer un peu) et ma famille et mes amis, les drogues prises ou vendues, les personnes tuées et les fêtes tous les soirs…et j’ai voulu échapper à tout ça. J’ai l’impression d’être béni, j’ai perdu beaucoup de gens que je connaissais. J’ai écrit un morceau qui s’appelle « Most Successful« , et il est tristement vrai : sur la dizaine de milliers d’habitants de ce quartier d’où je viens, je suis le seul en 30 ans qui ai pu faire la première page du Chicago Sun, Times, Reader ou Tribune sans avoir commis d’actes atroces de violence, ou être parrain d’un réseau de drogue. Je suis l’anomalie ! Je suis soultrap.

R : Quels ont été tes premiers contacts avec la musique ?

T : C’est grâce à mon frère aîné que j’ai découvert la musique, et le rap en particulier. Vers la fin des années 80 et le début des années 90, il ne faisait qu’écouter LL Cool J et NWA à fond. Et dans le quartier, tout le monde ne jurait que par 2Pac, Das EFX, MC Breed, 8Ball…c’est la culture dont j’ai hérité, et tout ce que j’ai connu depuis ma tendre enfance.

R : Et qu’as-tu commencé en premier, le rap, ou la production ?

T : A rapper en premier, mais ça n’a été qu’une question de semaines avant que je commence à produire. Je n’aimais pas la musique trap « de club », et ne trouvais pas de producteurs à mon goût pour harmoniser mon chant, mon flow, avec la sonorité trap. On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Clip : « All » (Sunday School 1)

R : Tu as sorti des projets avant les deux volumes de Sunday School, mais la plupart des gens t’ont découvert avec ces deux albums. Comment tu l’expliques ?

T : Hé, c’est le jeu ! Se faire oublier, jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus le faire. Dans tous les cas, je suis heureux de voir de nouvelles personnes aimer Tree. Quand on repense à cette lutte de tous les jours, et à comment j’ai pu grandir…ce qui me fait du bien, c’est que j’ai ma place maintenant, les gens ne pourront plus m’oublier. J’ai une fanbase solide comme l’acier. Les gens m’aiment et aiment mon son, ma vision. Mais ce game est inexplicable. Chaque succès possède un chemin différent, on ne peut pas le deviner avant de l’emprunter.

R : C’est vrai que l’explosion a été rapide. De l’artiste confidentiel que tu étais au début, tu as maintenant de gros médias, comme MTV, qui te suivent, une tournée en Europe… Comment tu vis tout ça ?

T : Je suis toujours en explosion, il me reste tellement de territoires à conquérir ! Le plus fou dans tout ça, c’est que toute l’attention qui m’est portée, soit grâce à ma musique, et juste ma musique. Mes fans sont mon équipe et mes distributeurs. Et la musique que je distribue, je le fait de mon lit, jusqu’au reste du monde. C’est fou n’est-ce pas ?

Ma musique n’est que lutte et misère, tandis que tout ce qu’il se fait aujourd’hui n’est que party & bullshit. Comme s’ils tentaient d’oublier les vrais problèmes. Personnellement, je ne suis pas riche, ce qui me met sur un pied d’égalité avec quasiment six milliards de gens ! Des gens de partout m’écrivent en disant comprendre mes heurts, mes peines et ma passion. « I am you, we are us« . On vit, on lutte, on meurt, et entre les deux on boit, on saigne, on pleure, et on paie les factures. La soultrap, ça n’est pas américain, ni chicagoan, c’est humain.

R : Tu es de Chicago, on en a parlé, mais tu pratique le rap d’une manière assez différente de toute la scène drill qui peut se démarquer en ce moment. Tu aimes ce genre de son ? Comment tu vois ce mouvement ?

T : J’aime la drill music, mais j’essaie malgré tout de rester en dehors. Pourquoi ? Parce que ça représente finalement tout ce qui va mal à Chicago. Mais bon…je ne dénigre pas. Ce serait comme si on disait que la prostitution était la raison du sida ou des divorces…on a quand même besoin des putes dans ce monde. La drill est ainsi recherchée dans certains cercles. Je souhaite aux drillers le meilleur, mais ce n’est jamais quelque chose que je ferais, je suis trop conscient des problèmes urbains pour les glorifier jusqu’à en faire un style de vie. J’ai l’impression d’être mature à ce sujet. Pour moi, promouvoir l’ignorance ne pourra que te desservir tôt ou tard.

R : Comment t’es venue l’idée de mélanger soul music et trap music ?

T : En fait, Kanye, Dre et d’autres l’avaient déjà fait avant moi, j’ai juste changé totalement de dynamique en y introduisant du chant.

R : Dans la vidéo de « Godlike », tu te mets en scène dans un rôle de bluesman. Le blues, c’est une de tes influences ?

T : Non, pas vraiment. En fait, quand il n’y a pas ou peu de boucles dans un style musical, j’ai un peu plus de mal. Par contre, sampler ce genre de son, c’est une science : créer un modèle, un schéma à partir de quelque chose qui n’en a pas…ça a été un challenge pour moi au début, mais je pense que j’y arrive très bien maintenant.

R : Tu crois aux supposés liens entre blues et rap ?

T : Je crois surtout que toute la musique vient d’une sorte de gospel, de cérémonials religieux, et qu’elle est toujours reliée. Tout est connecté, surtout dans la musique. Et dans le hip-hop encore plus, puisqu’elle s’inspire de tous les autres genres.

Clip : « Godlike » (@MCTREEG EP)

R : Dans un des couplets de « Hurt », Teddy Caine dit que la musique est un peu comme son médicament. C’est un peu ton cas aussi ?

T : Ah la musique c’est mon psy, mon conseiller de vie, mon journal intime… Je mets des choses dans ma musique dont je n’aurais jamais parlé en dehors. Comme mon enfance par exemple, ou le fait d’avoir un père accro, qui est tout de même resté un père pour moi et mes frères…ou encore cette femme qui m’a brisé le cœur, avec la fierté et l’ego qui va avec…je n’aurais jamais pu, sans musique, raconter tout ça. La musique, ça me fait éviter de vouloir être Al Capone. Je suis meilleur musicien que gangster, et ça j’en suis sûr.

R : Tu joues beaucoup avec ta voix pour transmettre tes émotions. C’est quelque chose que tu pratiques, tu t’entraînes, tu fais des vocalises ?

T : Ahah nooon, je me suis entraîné quand j’étais ado, des années à chanter et à faire de la musique sans rien sortir, juste par passion. Et ça a donné ce que vous pouvez entendre aujourd’hui ! J’avais onze ans quand ma voix a commencé à s’érailler de la sorte, et c’est à force de travail que j’ai pu la contrôler et donner ce que je donne aujourd’hui.

R : Dans tes morceaux, on ressent une attraction double : la rue et ses mauvais côtés, et quelque chose de spirituel, sans vraiment savoir exactement quoi. C’est une ambivalence, comme la soul et la musique trap ?

T : Comme je te disais, je suis humain. Je suis juste un homme qui combat ses démons, tous les jours. J’essaie d’être Gandhi dans une salle remplie de violents enfoirés, tu vois le truc ! C’est un combat conscient que je veux partager avec le monde, par l’intermédiaire de ma musique. Je suis comme toi, en tant que personne, on essaie de traverser cette merde.

J’ai plus de points communs avec le dealer du coin de ma rue qu’avec le curé, même si on a tous démarré à l’église, à apprendre la parole de Dieu, à dire merci, à dire oui à nos parents, à être poli… Mais on a depuis grandi, et le monde est devenu le lieu le plus bizarre que l’on connaisse ! On fait tous nos choix, mais connaître celui entre le bien et le mal est bien la chose la plus compliquée, qui dépendra de plein d’autres petites choses… Comme je disais dans un morceau : « Shit goes around like a circle, I got a son now I gave a fuck about my curfew » (en gros, « depuis que j’ai un fils, je fais gaffe à l’heure à laquelle je me couche », ndlr). C’est le cycle naturel de la vie, ces choses qui font que tu changes ton comportement, d’une façon ou d’une autre, du bien au mal. Ou être un tyran et vouloir la paix, parce que tu as vu ce que la tyrannie faisait à la justice !

R : Certains de tes titres sonnent vraiment homemade, pas très bien mixés, avec un son bizarre…et je crois que c’est fait exprès. Pourquoi ?

T : Parce que je me fous un peu de la perception du public. Je crée une nouvelle tendance ! (rires). Et si ça marche bien, tu vas voir un millier de rappeurs faire exactement la même chose, comme d’habitude. Hé, la musique rap n’a pas toujours été populaire… Quelqu’un en a fait quelque chose de populaire. Pareil pour l’islam ou le christianisme, la masse détermine ce que tu dois suivre ou pas. Politique, médias…same shit. Non, vraiment, quand le son est bon pour moi, je ne me pose pas plus de questions que ça.

R : Et ce dernier EP alors, quels ont été les retours ?

T : Formidables. Vraiment. Le @MCTREEG EP est celui qui me fait le plus voyager en tout cas, je suis même en Europe avec vous !

R : Est-ce que tu savais, avant de débarquer ici, que tu avais un public en France, en Belgique etc ?

T : J’avais une petite idée, après tout, si on m’invite à faire des dates chez vous, c’est qu’il doit y avoir quelques personnes qui me connaissent, mais j’ai vraiment été surpris. Voir des mecs (jeunes en plus), qui parlent à peine anglais connaître les paroles de mes chansons quasi mot pour mot… C’est gratifiant par tous les aspects. Je me sentais comme une star ! L’Europe, c’est ma deuxième maison maintenant, super séjour.

R : Un dernier mot « promo » pour la fin ?

T : Alors, vous pouvez me retrouver sur tous vos réseaux préférés, Twitter, Facebook, Instagram, et sur mon site web. Encore merci à ReapHit, vive la France !

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Un grand merci au Bonnefooi de Bruxelles, à Max et Victoria (orga), ainsi qu’à Kevin (manager de Tree) qui nous a permis de réaliser un très cool jeu-concours (vinyles-CDs-tshirt), à Andrew Zeiter (Closed Sessions) pour les photos. Et à Tree, évidemment ! Vous pouvez retrouver son dernier EP en écoute ci-dessous, et sa présentation (par nos soins dans le #shop) sur ce lien.

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Ugly Heroes // Hero’s Theme

Apollo Brown, Verbal Kent et Red Pill sont les « Ugly Heroes ». Dans un style proche de l’improvisation, les deux MC’s dont Apollo Brown s’est entouré témoignent des conditions de vie à Détroit (la ville natale de monsieur Brown et Red Pill). Detroit, ville morose, privant ses habitants de tout rêve et de toute ambition : voilà ce que les Ugly Heroes réussissent à nous montrer.

« I can’t afford a lot of nice stuff, Not sure I want it anyways
But it’d be nice to have a little something for a rainy day
Having trouble trying to figure out what makes me great »

L’instru particulièrement lente donne l’impression que le temps s’est arrêté. Loin des thèmes clichés du rap US, majoritairement centrés autour du « party and bullshit », le morceau peut paraître difficile à intégrer. Pourtant, les 3 membres d’Ugly Heroes parviennent à porter un message de souffrance dans le calme. A noter que le sample avait déjà été utilisé par Noza, sur l’excellent morceau rassemblant Grems & Starlion, « Toast« . L’album des Ugly Heroes est à découvrir en écoute intégrale ci-dessous.

Jeru The Damaja // The Hammer EP

Se réveiller un matin de l’année 1992, et signer à même pas 20 ans dans l’un des plus grands collectifs du rap US : Gang Starr Foundation. Arriver dans les bacs deux ans après avec un premier classique The Sun Rises In The East, réitérer l’opération 2 ans plus tard en lâchant Wrath Of The Math, enflammer les débats presque 20 ans après pour savoir lequel des deux est au-dessus… Vivre la belle vie, être reconnu, être dans le cercle des élus comme NaS et O.C., avoir le qualificatif de légende accolé à son blase, regarder le game de haut, puis tout détruire…

S’embrouiller pour des raisons obscures avec Primo et Guru, se lancer dans une traversée du désert, sortir en 1999 Heroz4Hire en pensant que la renommée suffit, se planter, connaître l’échec, se retrouver esseulé. Passer une décennie supplémentaire dans le noir, enchaîner échec sur échec (Divine Design en 2003 et Still Rising en 2007), ne revoir la lumière que par la nostalgie, ne remplir des salles de concert que sur le passé, survivre par la malédiction d’une discorde. Garder la tête haute, croire en soi, s’asseoir, prendre un stylo, poser ses lignes, attraper un micro, et essayer 20 ans après son premier classique d’exister : Jeru The Damaja The Hammer.

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Un nouvel EP de Jeru, c’est autant de frissons que de retrouver son premier schlass papillon : on sourit, et puis on a un peu peur que la lame soit élimée ou oxydée. On ouvre le truc, et on essaye de se rassurer comme on peut en se disant que d’une part, on ne pourra se trouver avec une qualité proche de ses deux premiers albums, et que d’autre part, faudrait vraiment chercher la merde pour réitérer les mêmes choix que sur Divine Design et Still Resign. On se rassurera encore plus en voyant les crédits des productions : PF Cuttin et Large Pro. Rien qu’avec ces deux noms qui imposent le respect quand ils touchent les manettes, et en rajoutant un petit feat des Beatnuts, on ne peut pas finir en se vautrant dans un mur, l’epic fail n’est donc d’emblée même pas envisageable !

On ne va pas s’attarder sur ces conneries d’intro et d’outro, ou de skit digne d’un bouffeur de graine à la sauce végétarien taoïste, et on va se concentrer sur le concept de l’album. L’homme n’a pas changé et son ennemi de toujours non plus : le consumérisme et autres Puff Daddy. Le monde n’a pas évolué à ce niveau, au contraire, nos cerveaux lobotomisés sont désormais contrôlés par The Corporation qui nous insère dans les oreilles du wack son, fait par des wack MC’s bouffeurs de côtes de bœuf. Pas bien donc, et tel un djihadiste de la musique, Jeru vient nous péter les oreilles à coup de masse microphonique, tout en respectant les principes végétariens qui sont les siens.

On se planque et on s’en veut d’avoir écouté un jour par inadvertance Riff Raff ou autres Rick Rosseries, tonton Jeru est remonté, et on sent qu’on va se prendre une rouste d’entrée de jeu sur « Point Blank » mais malheureusement, l’homme ripe sur notre joue comme un poivrot à 6 grammes 7. L’instru enlève tout sérieux à la démarche, le côté post-apocalypse musicale à coup de bruitages électroniques année 80, on dit non (Jean Michel Jarre a fait assez de dégâts…).

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Seul point positif, un Jeru qui tient la cadence et qui est dans son élément de soldat en guerre contre l’industrie, mais qui ne score pas avec ce premier morceau. On peut refuser de bouffer de la protéine animale, mais faut envoyer du pâté un minimum. Et il ne risque pas de rattraper le retard sur l’étrangeté qu’est « So Raw » , tel le poivrot qui n’a pas compris qu’il vient de se ramasser par terre, l’homme se redresse pour brasser de l’air. Encore une fois, le Jeru reste plutôt intéressant, mais la boucle du beat, c’est juste interdit.

Le troisième morceau donne enfin du bagout à cette merde. Bien accompagné par les deux acolytes des Beatnuts, Jeru est bien plus à l’aise sur ce type de beat plus simple, même si l’on note de la part du producteur une certaine aversion à nous foutre des sons synthétiques comme pour « Point Blank » qu’il a dû aussi produire (ayant peu d’information sur qui a produit quoi, on suspectera Junkyard Ju). Après, objectivement, quand on a une affiche comme Jeru et The Beatnuts sur un morceau, on s’attend à autre chose qu’un son potable…

Par contre, pas de soucis pour flairer le salaud derrière l’instrumental de « Solar Flares » , l’inoxydable Large Professor est une putain de mère Térésa du hip-hop en distribuant au plus nécessiteux du caviar musical. Avec un single de cette gueule, le Jeru vient taper fort et il peut nous lâcher toutes ses conneries scientifiques, on bouge la tête comme des gros sados adeptes de bastos dans les dents. On clôt l’EP avec « The Hammer » qui tape encore dans des trips au synthé, mais cette fois-ci c’est plutôt réussi, une bonne conclusion pour une bataille qui commençait mal.

The Corporation, cette saloperie de machine à lobotomisation musicale, peut commencer à trembler. Jeru is back, et il va taquiner du wack avec sa massue microphonique. On lui recommandera quand même d’y aller sévère d’entrée de jeu, car avec un EP qui débute comme une gifle au gant, on se dit qu’il ne va pas aller loin dans son trip. Par contre, si l’homme se bouge et nous livre un LP dans la même veine qu’un « Solar Flares » , on prendra plaisir à voir du wack MC chialer comme à la belle époque car pour le moment, ils continuent de se marrer, même avec cet EP…

Disponible sur iTunes.

SKYBLEW // StreetLIGHTS

Avec ses différents projets, Skyblew a toujours su y associer un style graphique bien à lui, l’art y prenant une place importante. Inspiré des mangas venu du pays du soleil levant, ce style a évolué. Désormais, les formes réalistes côtoient l’accentuation et l’arrondissement des traits, le tout dans un univers coloré et chaleureux. C’est dans la continuité de cette évolution que sort le clip StreetLIGHTS, résultant de la collision entre musique, dessin, et esprit décalé.

Dès les premières images, StreetLIGHTS annonce la couleur, ce n’est pas un clip comme les autres. Les lumières floues, la police du texte, les mouvements de caméra approximatifs, auxquels s’ajoute la musique Call Me de Sherrick, le début se présente comme un générique tout droit sorti des années 90.

« I coulda been a dealer… distributing the white, In the dark only filler
For the void in my life, coulda danced with the devil »

Une fois ces images passées et le sample passé par les machines de Backdraft… le dessin de cet espèce de monstre dans sa voiture rouge nous chuchote que l’on a encore rien vu ! Mélange de prises de vue réelles, de photos et de dessins loufoques et enfantins, StreetLIGHTS donne un aspect insouciant à des évènements sérieux. Sérieux, car ils racontent les périples d’un homme parmi les lumières de la nuit, entre braquages et responsabilités familiales.

Un homme ou un monstre, tout comme les individus qu’il croisera au cours de son escapade nocturne. Comme si SkyBlew ne pouvait pas représenter ses personnages de façon trop réelle, rendre l’horreur de ce monde enfantin afin de s’en échapper, de tourner la peur au ridicule.

« Nobody to guide him…
chances minuscule, o
f being what he coulda been a lawyer a doctor
Pilot helicopters all he need was a father »

Une histoire devenu un récit d’enfant. Le rappeur décide au final d’affronter le monstre de la réalité en enlevant le masque, mettant fin à cette histoire nocturne, le jour pointant ses rayons sur celui qui a désormais grandi. Évoluant à visage découvert, comme sorti de chrysalide.

Nous avions rencontré le jeune MC originaire de Caroline-du-Nord lors d’une escapade à New York en avril dernier et même filmé une interview, qui sera diffusée bien assez tôt. En attendant, Journeys in 1st person, le dernier projet en date de SkyBlew, est en écoute et téléchargement gratos sur Bandcamp (ci-dessous). « Paint the sky, blew !« 

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13 SARKASTICK

ReapHit s’associe à Sous-Culture – excellente émission spécialisée diffusée sur Radio Campus Grenoble, le mardi de 20h à 21h – pour vous présenter chaque semaine le podcast dédié, accompagné de quelques mots et anecdotes d’Antoine, Gabriel et Nabil, présentateurs. Un regard original sur une actu pointue, des thèmes sélectionnés avec soin : focus sur notre Sous-Culture.

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Pour l’avant-dernière émission de l’année, nous voulions sortir du rap hexagonal pour nous tourner vers ses cousins francophones. Une émission avait déjà été consacrée à la Belgique, nous sommes donc allés voir du côté de notre proche voisine, la Suisse. Et quoi de mieux que le 13 Sarkastick pour incarner le rap helvétique ? Pour résumer rapidement, si vous ne connaissez pas ces jeunes endiablés, le XIII est une nébuleuse d’une vingtaine de rappeurs genevois se connaissant depuis leur « cycle d’orientation », l’équivalent du collège français.

Depuis, certains ont quitté le groupe, d’autres l’ont rejoint entre temps, avec plusieurs projets solo de qualité, dont le très réussi Relax  de Di-Meh, une collaboration avec la 75ème Session et le groupe parisien Panama Bende sur l’EP Paris-Genève et un album à venir pour le jeune Geule Blansh.

Toute l’équipe n’ayant pas pu venir, nous avons donc accueilli 5 de ses représentants : Dexter, Jack, Nirmou, Dilou et Nevroz’TV à la caméra. Nous vous laissons savourer cette interview, qui se conclut par le traditionnel freestyle de fin d’émission ! Bonne écoute.

Playlist :

 13Sarkastick / La Contrebande / Nekfeu / Alpha Wann - Kraken Freestyle
Dilou - Ils veulent du rap
13Sarkastick - Pandémie
75ème session / Panama Bende / 13Sarkastick - La diff’
Dilou / Nirmou / Dexter / Jack - Freestyle

Darryl Zeuja & Hologram Lo’ // Quoidneuf

Aujourd’hui, on vous invite à pacter vos petits, enfiler votre jogging large, casquette, lunettes de soleil, n’oubliez pas votre sac à dos, alors qu’on se rend au parc du coin où nous attendent, pour la journée Areno Jaz aka Darryl Zeuja ainsi que le cerveau musical du clan sudiste parisien 1995, Hologram Lo’. D’ailleurs, quoi d’neuf avec le neuf cinq les mecs ?

« Mon vieux, rien d’neuf sous l’soleil
Mon squad tue les wacks durs, on squatte sur les toitures
On veut plein d’meufs ou de l’oseille
Pour faire nos affaires, frérot, la ferme »

Bon… le message est clair, les mecs ont la ferme intention de profiter de tous les petits plaisirs que leur offrira le temps des vacances… donc rien à foutre de nous faire un bilan et de commencer à se perdre avec des projections futures, on met notre cerveau en off et on passe en mode chillin d’été.

Il a finalement fallu une bonne session de football américain, de «crate diggin» dans les shops de vinyles ainsi qu’un bon squattage de toiture pour enfin réussir à tirer les vers du nez de la paire Jaz-Lo’, nous annonçant la sortie d’un EP commun sous l’étiquette Jihelcee, ayant pour titre Innercity, le tout prévu pour octobre 2014.

Le single « Quoidneuf » se veut ainsi une douceur estivale à prendre avec un grain de sel, suggérant d’écouter avec légèreté le flow modéré et le texte simpliste de Darryl Zeuja, et de plutôt profiter du résultat de son addition à une production d’Hologram Lo’ rayonnant le g-funk de la West Coast du milieu des années 90. En bref, la trame sonore idéale pour vos prochaines sessions de chillage cet été.

Sans titre

Noir Fluo // Poison

Poison, c’est la réponse de Emotion Lafolie et Metek à l’absence de sens de la vie. Pulsions de mort, pulsions de vie, tout s’entremêle, mais la réaction finale est la même : l’errance se retrouve noyée dans le Jack Daniel’s et les psychotropes … C’est l’histoire du Feu Follet avec une solitude peuplée en guise d’énième diluant, d’énième échappatoire.

Poison, c’est un morceau qui a l’odeur de ces nuits sans but, dans lesquelles on avance étape par étape, de l’épicerie de nuit, au choix d’un spot adapté pour la consommation. Ces nuits de funambules où l’on se raccroche à ce que l’on peut, entre bad trip, jouissance et contemplation…

Un texte existentialiste posé sur une production eighties qui se fait aérienne et qui accueille parfaitement les hurlements de Emotion Lafolie et le rap chantonné de Metek. Le ying et le yang.

N’hésitez pas à jeter une oreille à « Riski » de Metek, et « Delirium » de Bang Bang (Emotion Lafolie et M.I.T.C.H), deux albums fraîchement sortis à la couleur sonore proche de Poison.

Sans titre

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