VALDkyrie, chronique d’un attentat manqué // NQNT

Rappelez-vous la Bombe Vald. Un jeune ovni d’Aulnay sous Bois, charismatique et insolent, technique et original, soutenu par son pote Georgio et la team Daymolition. Des freestyles crades, des punchlines crues, un sens de l’égotrip rare et un univers déjà bien affirmé. Rappelez-vous de l’explosion NQNTMQMQMB et du petit exploit de se réapproprier les faces B les plus grillées du rap-game, en réussissant tout de même, et avec brio, à y apporter un univers propre. Celui d’un gamin dérangé, un jeune adulte malsain cachant sa haine de l’époque et des autres derrière un humour noir au réalisme cru et contagieux.

A l’époque de ces 22 titres, le potentiel est énorme et les morceaux variés. Vald sait parfaitement passer d’un style à l’autre, mélanger les flows et les influences tout en gardant une ligne directrice claire dans un univers reconnaissable bourré d’interludes bêtes. Ni Queue Ni Tête Mais Qui Met Quand Même BienIl s’en donne d’ailleurs à coeur joie tout au long de ce premier projet, passant d’un morceau street comme « Elyxir » à un « Lune » Mobb Deepien, réussissant à faire cohabiter un « Smiley » dirty avec le très smooth « Pas grave« .

« Mes cent mille soucis remplissent mon temps libre, mes talents languissent, mais vas-y facile de mimer le bon faciès depuis que j’ai grandi »

La démonstration technique pour cette carte de visite rapologique est impressionnante, même sur face B. Et le public ne s’y trompe pas. Rapidement, une fan base active se crée, renforcée par un univers visuel fort et efficace. Vald crée son « personnage » et l’exploite à merveille. Une grosse émulation suivie d’une attente à peine compensée par la sortie de quelques fonds de tiroir dans Cours de rattrapages.

Jusqu’à l’annonce en 2013 d’un premier vrai album, NQNT, pour le 28 octobre. L’album est prêt, et rien ne semble pourvoir arrêter la déflagration de Sullyvan sur un microcosme parisien nouvelle génération en cruel manque d’inspiration. Puis plus rien. Alors même que le projet parait finalisé, aucune sortie, ni aucune distribution concrète n’est annoncée. Des délais qui semblent irriter Vald, qui le fait régulièrement savoir via les réseaux sociaux.

Un an plus tard, nous tenons enfin la pochette cartonnée de la version promo de NQNT entre nos mains frêles et impatientes. Conscients d’être privilégiés par une écoute en avant-première de ce projet tant attendu, un grand café et une cigarette – comprendre un bon rhum et un gros spliff – nous nous installons confortablement, casque sur les oreilles, pour nous délecter du disque et savoir enfin si ce projet n’a réellement Ni Queue Ni Tête.

« J’ai même plus besoin de me présenter, 
Dès a présent que tu es sur mes sentiers, 
Tu pressens que tu vas te faire enfler »

L’EP commence avec « Pour Ceux », dans la plus pure tradition du rap français, Vald décide de dédicacer le projet à ses détracteurs sur un gros kick épuré et une nappe mélodique sombre. Dans un égotrip d’introduction bien senti, Sullyvan règle ses comptes avec « ceux qui n’ont pas cru en lui » . Et se donne pour mission de leur faire passer le message de la façon la plus claire possible. « Mais comme c’est pas le tout de parler, grâce à Tefa je vous la met » .

Une fois délesté du poids de ces rancoeurs acceptées, c’est comme d’habitude dans le rap français, à ses potes et sa maman qu’il dédiera sa réussite. C’est mignon. Et on passera donc sur l’instru ponctuée d’horribles notes de synthé vieillottes, martelées avec le talent d’un Jean Michel Jarre sous LSD, et autant de musicalité qu’un roumain agitant ses moignons sur un xylophone rouillé au fin fond de la ligne 12.

Mais pas de quoi se plaindre puisque le projet enchaîne très vite sur les excellents titres de l’album. « Autiste » est une véritable bombe, et il est presque impossible de ne pas se faire absorber par le flow irréprochable de Vald boxant hargneusement un beat qui flirte subtilement avec la motivation music. Avec une intro référençant Damien (le fils du diable) et un refrain épuré « J’baise le monde comme un autiste » , Vald renoue avec le petit con insolent et provocateur que l’on a eu tant de plaisir à découvrir sur NQNTMQMQMB, et le titre apparaît comme une évolution logique et terriblement efficace de l’univers du MC.

« J’ai caché des hordes d’aspects dégueus pour pas paraître détestable, comme un colon à l’O.N.U. pour avoir l’air respectable… »

Ce dernier sera magnifié dans « Shoote un ministre » , deuxième single et autre excellente réalisation de l’EP. Appelant à la paix sociale par un geste d’utilité publique dans des paroles crues, Vald trouve une toile de fond à sa mesure pour dépeindre le sale gosse asocial et dérangé qui se devine dans chaque punchline. Véritable baromètre d’humeur de toute une génération désabusée, il réussit ici, malgré un refrain faussement provocant, à donner du crédit à ses penchants psychopathes, par un joli storytelling du mal-être. « Quand tu as compris que le monde est à toi tant que tu suces »

« Toutatis » , dernier extrait de cet instant single, marque la transition avec le reste du projet, et bien que l’on retrouve dans les grandes lignes l’univers des deux précédents titres, le morceau donne l’impression générale d’être formaté. Une voix plus aiguë qu’à l’accoutumée, un flow sautillant ne laissant pas grande liberté de placements. Un morceau trap plus assumé au refrain chanté entêtant, mettant difficilement en valeur un personnage de plus en plus lisse. Des défauts dont on se serait bien passé en ce début de projet. Le clip dans la veine des potaches Inconnus permet cependant de relever le niveau général du titre, qui retrouve toute sa fadeur une fois analysé seul.

« Suis pas la troupe c’est le suicide à la fin du sursis, Survivre c’est mon premier succès,
J’fume sec pour soigner mon ulcère,
Je soutire du biff à l’industrie…. super ! »

Le personnage de Vald qui nous est pourtant si cher semble se désagréger, se diluer, tout au long de ce NQNT. « Aulnay sous Bois » en offre un parfait exemple. Une fois encore, la production touche le fond avec ces quelques notes mélodiques sur un kick binaire et sans force. Il était difficile de faire plus cliché pour créer le morceau de la maturité dont raffolent les chroniqueurs. Lui qui scandait encore il y a peu « j’connais qu’Emile Zola sur Aulnay sous Bois » , celui dont la famille a déménagé des tours « parce que l’ascenseur puait la pisse » et représentait avec dérision la « zone pavillonnaire » se retrouve à rapper « Mais rien de tel que de représenter le quartier, sa mère » . Avec ce genre de slogan, déjà ringard il y a dix ans et un refrain qui donne envie de gifler l’ingé son, Vald réussit à parler de la rue en exploitant tous les poncifs d’un rap con chiant par une valorisation nostalgique des quartiers et des ses habitants qui sonne faux, et ne colle en rien au personnage de Sullyvan.

Même lorsqu’il parle de ses sujets de prédilection – « un si gros boul’ dans un si fin legging »Vald réussi sur NQNT à se dénaturer. Il y a pourtant dans « Elle me regarde » une continuité logique avec « L’interlude » de NQNTMQMQMB. Le sexe mêlé à d’égotrip, comme affirmation de soi d’un ado mal dans sa peau, le thème est classique et maîtrisé, mais une fois de plus la ridicule recette piano/kick, censée créer une cassure avec le trash des paroles et magnifier le texte, tombe lamentablement à l’eau. Le morceau voulu malsain et perturbé vire au tube r’n'b à peine subversif. Mais comment est ce possible, en 2014, de faire un refrain aussi moisi, putain ! Cette mise en scène de Vald, en tueur vengeur et psychopathe dans laquelle il laissera la victime morte les tripes au vent, ne prend pas, et termine de creuser le fossé entre le jeune ado dérangé et son personnage cinématographique.

« Cesse de penser que c’est bon tant que tu prends pas de Cess, fais ce que tu penses être bon
mais surtout ferme tes fesses. »

Notre bon vieux « Sullyvan » tente tout de même quelques percées comme le prouve le titre éponyme, et l’on a sincèrement cru retrouver la folie du personnage pour un « Autiste round 2 » dans lequel Vald balancerait toute la noirceur et le cynisme qui le consume à la face de la bienséance. On s’apprêtait déjà à lever la main pour Sullyvan comme le veut une récente tradition. On la baissera bien vite. Quand Vald décrivait dans « Journal Perso » par exemple, son personnage dans la réalité quotidienne d’un adulescent dérangé et dépressif, il choisit ici de se mettre en scène comme un mythe, une légende urbaine sanguinaire et vengeresse, et ancre son personnage dans la lignée des grands méchants de films d’horreur.

Tour à tour Dracula et Dark Sidious, Joker ou Michael Myers, à la fois démon et psychopathe, le coté malsain du personnage pourtant si naturel sur ses précédents projets apparaît ici à travers le prisme de la fiction, et la folie tant attendue ne fait pas mouche. Un sentiment renforcé par une instru qui n’a rien à envier à la parfaite médiocrité du refrain/gimmick.

« Vie de Cochon » est également symptomatique des quelques tressauts animant le corps décharné de notre défunt Vald. Un bon morceau malgré un refrain très moyen, révélateur d’un vrai point noir du rap français, dans lequel Sullyvan nous glorifiera la culture du bédo et du porno. Tout un programme que le jeune bougre maîtrise parfaitement. La fierté d’être un « excellent shlag » sur un beat lourd arrosé d’alcool et de cyprine. Un morceau efficace à la gloire d’une génération malsaine et déviante.

« Si j’ai peu d’amis c’est rien, ça en fait moins
à partager sur mon sbar qui s’éteint »

Malgré toutes ces bonnes intentions, l’album baigne dans un agglomérat de productions immondes et de refrains dégueulasses. Avec un sample vocal qui n’aurait pas déplu à Kery James et au pires heures de la Mafia K’1 Fry, « Horrible » est une fois de plus, un parfait exemple, de cette soupe musicale. Les paroles creuses sont récitées avec tellement de nonchalance que l’on se demande au fond si Vald n’a pas honte d’avoir chié un texte aussi merdique. Alors oui, Sullyvan sait écrire et nous réserve malgré tout quelques jolis coups « On m’apprécie sans me connaitre façon glory hole » , mais qu’est ce que ce putain de refrain ? Sans déconner ? C’est la version finale ? J’ai eu un souci à l’upload du titre ? Censé être le fond crasseux de l’EP, le texte horrible, celui qui manie humour noir et vision d’horreur avec subtilité, le titre est en réalité une gentille bouillie dont on ressortira avec une demi-molle, encore irrité par ce refrain impardonnable. Nous nous en irons bien vite chercher chez Vîrus de la noirceur et des couilles.

Finalement, tout prend son sens et chaque pièce du puzzle se met en place avec « FlowJob » . Techniquement, il est difficile de trouver à redire à la performance de Vald sur le morceau, et nous saluerons même le joli trait d’humour du titre. Le flow est maîtrisé du début à la fin et le morceau est clairement un exercice de style que le MC surplombe avec honneur. Le seul véritable problème, est que nous savons tous que ce flow ne lui appartient pas. Eminem est tellement grossièrement imité que la sauce ne prend pas et qu’un malaise s’installe. Est ce que mon aversion pour la prostitution musicale fait partie des dernières touches éparses de moralité qu’il me reste ? Je pense que oui. Et il me semble que dans le hip-hop, imiter n’a jamais été une performance.

Et dire que tout cela a du partir d’un rien. D’un simple ado ignorant qui a laissé un commentaire aussi vide qu’inutile sur une vidéo Youtube. « Putain mais on dirait trop le Eminem français ce mec » . Sauf qu’avec ce besoin de simplification et de classification à l’extrême, en France on se retrouve avec des producteurs et un label qui se disent que finalement, ça ne serait pas si mal d’exploiter le filon, et que cette histoire d’Eminem français a un potentiel marketing énorme. On disperse l’idée dans un album médiocre aux accents trap distribué à grand coup de clips à gros budget et de polémiques falsifiées. Et le tour est joué.

« J’suis rebelle mais je m’en bats les couilles, 
Fais ta vie mais prend pas mes sous »

La vraie question est de savoir comment un mec qui n’arrive pas à enchainer deux skeuds à Touche pas à mon poste, et un autre obligé d’annuler sa tournée par manque de ventes, peuvent ils réussir à prendre en main la carrière d’un jeune rappeur talentueux et prometteur, et autant la gâcher.

Les trois derniers titres de l’EP serviront de remplissage, pour atteindre les fameux 13 tracks obligatoires pour toute sortie physique qui se respecte. On aura donc droit à « PF » , le morceau Booba de l’album, formaté à 3 minutes 30 et parfaitement structuré couplet-refrain sur une instru trap simpliste. NQNT n’échappe pas à la mode des expressions créées et des gimmicks basiques. Le Duc à son « OKLM » , Vald aura « PF »

On aura également le droit à un réenregistrement de « Smiley » et « CQFD » , morceaux pourtant on ne peut plus bruts et dirty, qui réussissent à perdre toute leur hargne originelle dans un mix propret et sans saveur. Vald terminera de violer ses propres succès en réécrivant un couplet supplémentaire a « Smiley » afin de le faire rentrer dans les normes radio.

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The Celestics // Charles Barkley

On a parfois cette fâcheuse tendance à croire que la carrière d’un artiste débute au moment où il explose. Kaytranada,  canadien de 22 ans (!) a malheureusement eu droit à cette maladresse. Repéré en 2013 par l’écurie Bromance (qui réunit notamment Brodinski et Gesaffelstein), chez qui il sort un titre et une mixtape printanière en 2013, le producteur est, dans les faits, actif depuis 2010, et pas uniquement en solo.

The Celestics, c’est le nom du combo original de talents des frères Louis P. et Kevin Celestin. Aujourd’hui plus connu sous le nom de Kaytranada, Kevin se fait encore appeler Kaytradamus alors qu’il produit déjà un hip-hop électro de très bonne facture sur lequel rappe son frère. Un premier projet, Massively Massive, sort fin 2011 mais passe relativement inaperçu. On ne pourra donc pas reprocher à Kaytranada d’avoir pistonné sa famille, et ce pour au moins deux raisons : la préexistence du duo au succès du producteur, mais aussi et surtout la qualité des lyrics et du flow de Louis P.  Et si le second EP (mai 2014) a probablement joui de la fraîche popularité de l’un des frères, cela n’enlève rien au fait qu’il faille l’écouter.

The Celestics a décidé de mettre en images l’un des singles phares de Supreme Laziness, Charles Barkley, et nous donne à cette occasion un cours de basket en cinq étapes. Il n’est pas tout à fait certain que vous soyez prêt pour la NBA après visionnage de ce clip, mais vous aurez passé un bon moment.

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Hasan Salaam & Immortal Technique // Jericho

Jéricho, c’est le nom de cette ville considérée comme l’une des plus vieilles du monde, où se sont joués de nombreux conflits. Encore aujourd’hui, elle est un symbole de la résistance palestinienne face à l’occupation d’Israël.

C’est armé de ce symbole qu’Hasan Salaam s’en vient accompagné d’Immortal Technique et de Hezekiah afin de nous parler de son propre Jéricho, de cette résistance du quotidien. Voyageant entre les Etats-Unis et Israël, les images de répressions s’enchainent.

Parallèle évident entre les arrestations musclées de la police américaine, la répression par l’armée et les brigades anti-émeutes, et le conflit israélo-palestinien. La résistance d’un peuple face à l’oppresseur. Les rappeurs préfèrant s’effacer au profit des images qui défilent, sur ces visages d’inconnus entre émeutes et arrestations.

 Sans titre

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… // Lucio Bukowski & Mani Deïz

Un dimanche d’automne pluvieux, les brumes de la veille et…un rayon de soleil. Une couverture immaculée, comme souvent « Sans signature » marquée sobrement de points de suspension. Derrière ces énigmatiques points se cache le génie d’une entité : Mani Bukowski ou Lucio Deïz, comme vous voudrez. Le rappeur et le beatmaker se retrouvent à nouveau, après La noblesse de l’échec, pour cet EP six titres, prémisse d’un album composé à quatre mains qui devrait sortir d’ici peu.

« … » est une surprise et arrive comme un cadeau dominical. On savait le rappeur alité mais toujours prolifique. Il nous livre sans prévenir une nouvelle entrevue avec son quotidien et sa vision du monde et fait une fois encore preuve de génie dans la noirceur de ses vers.

Cette plume que les aficionados connaissent désormais pour sa singularité et sa profondeur est ici doublée par les productions de Mani Deïz. Le Kids Of Crackling permet à son comparse d’évoluer sur des instrumentales fortement marquées de caisses claires. Des boucles qui s’acharnent à entraîner Lucio sur son terrain de prédilection, après des ouvertures réussie sur de nouveaux horizons tels que le Don Quichotte proposé par Nestor Kea.

L’intro du projet au titre incitateur « N’ouvrez pas ce cercueil ! » dénote déjà de la noirceur de l’EP. Mani y joue de sa MPC, entremêlant violon et caisses claires dans une sombre mélodie. On retrouvera cette teinte musicale tout au long des six titres du projet : litanie quasi-religieuse, saxophone lancinant, complaintes au piano et violon : une production homogène rythmée de caisses claires proéminentes qui accompagne à merveille les textes du lyonnais.

ReapHit Lucio Bukowski Sombre

« La dynamite est bonne à boire » et si vous ne le saviez pas encore, préparez vous aux aigreurs d’estomac. « On ne nourrit pas sa famille avec un succès d’estime » et Lucio entame ici une sombre rétrospection car  « trente piges dans un studio, j’ai moins de revenus que le Messie ». Bukowski s’amuse d’ailleurs à référencer la noblesse de son échec et réaffirmant ses principes, il « rime, l’époque me cogne au corps, frère je suis plus fort : je ris ».

Entaché d’un egotrip, que Lucio mène comme à son habitude avec brio, le texte finit comme il a commencé, permettant au MC de s’adresser à ceux qui l’écoutent mais ne le comprennent pas. Ces mêmes entités manichéennes dont il rejette toutes les valeurs puisque pour lui « tout est gris dans ses principes » , il continue de mener sa barque selon son propre cap, quitte à tourner en rond. Les « pourquoi » réguliers le résument assez bien, la boucle est bouclée, et le système à la tête sous l’eau. Amer mais non résigné, Lucio continue sa quête d’un exutoire, de l’écriture comme soulagement, comme « éclaircie ». Eh ouais… Bukowski mène « une vie à part l’ami, capish ? »

Cette noirceur ambiante est aussi celle de la nuit, et il est temps alors pour le « Croquelune » d’entamer sa déambulation insomniaque. « Une insomnie égal un texte, regarde le nombre de mes chansons ». Récit d’une nuit de plus à voir défiler les heures, Lucio ne dort plus, il broie du noir. Il prend du recul, essaye de voir « un peu plus clair que leur tour d’ivoire » , mais tout cela n’est qu’utopie et il le sait… tout comme il sait que « les mariages finissent en famines » et que la vie est « moitié liesse, moitié désespoir ».

Malgré la sombre analyse d’un monde à la dérive où la routine noie chacun d’entre nous, Lucio persévère et continue ses rimes « même si tout le monde s’en tape ». Osciller entre passion et désillusion, trouver la beauté là où elle n’est plus et lui redonner de sa splendeur. Foutu paradoxe que cette quête où on se sait foutus d’avance…

Sur un air de Mani DeïzFrédéric Dard - l’auteur de San Antonio - se lance pleins phares sur le « boulevard des allongés » . Permettant par son biais à Lucio de dénigrer avec finesse et modestie toute une profession composée « d’auteurs qui ont la prétention de bâtir par leurs mots un monde »Marvin Hagler renfile les gants, seul contre tous et prend, tout comme Frédéric Dard en son temps, le large sur ses contemporains.

« Le tueur triste » sort quelques vers de son revolver pour tirer une nouvelle salve de mesures. « Parait qu’j’suis productif ? Yo, j’ai même pas commencé » . Morceau mélodieux, au flow presque chanté, Lucio y évoque une nouvelle fois sa désillusion face à l’industrie musicale. Avec ironie, il se dénigre : « Un seul vers touche une seule personne : c’est un hit ».

Dans un milieu trop codifié pour faire ce qu’il aime comme il l’aime, Lucio est un producteur d’étincelles. Mais le feu s’éteint vite, laissant place à la noirceur, aux coups de blues, et à ces foutues gouttes de sang qui peuplent ses pages. Le refrain apparaît lancinant. Enonçant avec conviction ses principes, Lucio se rassure et se raccroche à ce qu’il est. Rester fidèle aux siens, ne pas travestir son art et pour le reste… faire face.

ReapHit Lucio Bukowski Sombre 2

Personnage atypique, il salue ses potes qui l’apaisent pour que la solitude ne le reprenne que mieux encore. Cette dernière vient le hanter pour en faire un Antoine de St Exupéry seul dans le désert, un anonyme dans la foule. Une fois de plus, l’introspection prend le dessus sur la fin du texte. Le rappeur ne se retourne plus sur ses rêves et campe sur ses positions. Malgré son amertume, il consent à « déposer un couplet sur les lèvres de la vie » ,  énième baiser du poète sur les lèvres d’une gorgone, Lucio nous offre sa vision de l’adage « ce qui ne me tue pas me rend plus fort ».

Pourtant, c’est mort. Tu ne le savais pas ? Lucio nous l’explique avec un certain recul dans une analyse du pourquoi de son art. L’expression d’un exutoire. Celui qui s’est toujours dissocié de Dieu se met ici sous sa coupe, tout en se définissant comme un rappeur damné, exprimant son mal être, expiant son spleen. Un homme qui se sentait mal avec « des larmes coincées dans l’encéphale » les a encrées sur le papier. Alors oui, c’est sûrement pour ça qu’on l’aime, pour ça qu’on le télécharge, comme il dit si bien.

Entendre la noirceur d’un quotidien qui te fait penser au tien, pour se prouver que non, tu n’es pas seul. Voilà ton cancer, voilà notre cancer. Se laisser ronger par la tristesse jusqu’à l’aimer. Masochisme qui, tel un virus malsain, te pousse jusqu’en concert pour t’en imprégner. Un engouement pour la tristesse de sa prose que Lucio ne comprend pas.

Le refrain reprend les thèses hindouiste du Rig Veda tout en peignant un monde qui part en fumée dans les cônes que l’on s’allume. Lui ne compte pas faire de son art sa vie, se permet la prétention de vouloir marquer la légende de ses « petits » faits d’armes. Rompre la monotonie d’un quotidien sombre et monochrome. Pour l’affronter, chacun use de palliatifs, pour Lucio ce sera la brûlure de ses doigts sur du papier causée par la frénésie de son écriture. Faisant une analogie au monde des insectes où il préférerait vivre, le MC s’exclut à nouveau de cette société qu’il exècre en continuant de critiquer ses normes sociales et ses codes.

L’ultime couplet du morceau, et donc de l’EP, est un cri de son âme de « clochard ivre au fond d’un bus de nuit ». Un cri sourd pour demander aux murs de faire « plus de bruit ». Écrivain prolifique, il lui faudrait plusieurs vies pour tout écrire, tout dire. Mais pour gagner du temps, il en deviendrait coursier pour mieux livrer ses doutes. Loin du narcissisme ambiant, Lucio reste humble, accepte son rang d’homme parmi les Hommes.

Mais contestataire par essence, insoumis par nature, Ludo continue de faire de son art le fer de lance s’opposant au souffle putride du roi. Le rap, l’écriture, comme moyen d’émancipation, mais aussi de revendication. Le MC, au travers de ce morceau, pense comme Ill des fameux X-Men : « C’est presque par défaut que j’ai fait du rap. Pour quelque chose de révolutionnaire, de rebelle, allant vers l’harmonie ». N’oublie pas que le nom du MC préféré de ton MC préféré est Bakounine !

Aidé par son désormais fidèle comparse Mani Deïz, Lucio nous livre une fois de plus une superbe réalisation. Plus homogène et plus noir que les précédents « … » dépeint le quotidien morose et gris d’une société qui bat de l’aile. Raviver l’étincelle du bon sens, rendre possible la prise de recul, nous ouvrir les yeux apparaît presque comme le but inavoué mais bien conscient de son art. On était pourtant prévenus, il ne fallait pas ouvrir le cercueil…

« … » est disponible en écoute et en téléchargement à prix libre sur le Bandcamp de Lucio

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Emission du 22 Octobre

ReapHit s’associe aux Impromptus, cette émission matinale diffusée le mercredi de 7h à 9h sur les ondes de CISM 89,3 FM, la radio étudiante de l’Université de Montréal (rien de moins que la plus grande radio universitaire francophone au monde !). Chaque semaine, vos québécois Sam Rick et JF Harvey vous proposerons un programme atypique : Rap x Politique x Sport x Humour. Des discussions sur des sujets chauds en matière de politique et de sport, agrémentées par une sélection musicale 100 % rap émergent. Êtes-vous prêt pour votre expérience Impromptus ?

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Deux segments consacrés à la politique fédérale canadienne : tout d’abord, comment esquiver des questions portant sur des enjeux d’intérêt public, durant l’émission TLMEP, lorsque nous sommes chef du Parti Libéral du Canada aka Justin Trudeau. Loin d’être rassurant pour un prétendant et futur candidat au poste de Premier Ministre du Canada. On vous présente le nouveau (aux allures désuètes) parti fédéral lancé pour les prochaines élections en 2015 : Forces et Démocraties.

Côté sport, JF vous explique toute l’étendue de son « Man Crush » à l’endroit du talentueux hockeyeur québécois, désormais recrue chez le Lightning de Tampa Bay, Jonathan Drouin. Ce dernier enfile finalement son chapeau de « cuistot » afin de vous donner une panoplie de conseils pratico-pratiques dans le but d’apprêter l’aliment automnal par excellence : la courge et ses dérivés.

En peura, Ricky-Des-Neiges nous sert sa soupe du jour garnie de nouveautés avec Al’Tarba, Paco, Freddie Gibbs & Madlib, JeanJass, Mr. Ogz & Samm, Rezinsky, Cheak, DJ Quik, Rift & Savilion, Fliptrix, P. Dox, Lucio Bukowski & Mani Deïz, Diamond District et Ysha.

Playlist :

Al’Tarba ft VA – Gangster & Rude Girls (Let The Ghosts Sing)
Paco ft. Anton Serra – Vieux Cons (Paco Errant)
Freddie Gibbs & Madlib ft. Action Bronson, Joey Bada$$ & Ransom – Knicks (Remix)
JeanJass – NPQ (Goldman)
Lezestis – Vrai G (Lezetis)
Mr. Ogz ft. SAMM – Voulez-Vous Un Dessert (Battements)
Rezinsky ft. Eli Mc, Pand’or & Le Bon Nob – W.A.S.P  (Hérétique EP)
Cheak – Refus Global (Refus Global)
Rift & Savilion – Ace Of Diamonds (Carry The Fire)
DJ Quik ft. Suga Free & Tweed Cadillac – Broken Down  (The Midnight Life)
Ben aka Lindien & Chukk James ft. Sans Pression – Chaques Jours (De Part Et D’Autre)
Dézuets d’Plingrés – Suce Mon Index (Inédits Vol.2)
Traumaturges – Suce Mon Index (Suce Mon Index)
Fliptrix – The Warning (Polyhymnia)
John Smith ft. Josh Martinez & Pip Skid – Rollerblading (Blunderbus (Or In Transit))
P. Dox – La Cours Des Grands (Mighty Dox)
Arkeologists x Unknown Mizery – Skeleton (The Love Tape)
Lucio Bukowski & Mani Deïz – Croquelune (-…-)
Diamond District – Apart Of It All (March On Washington)
Joe Dub & Factor – Glen Revisited Park (Live In 75)
Ysha ft. JeanJass, Seven & Caballero – Derrière Les Masques (Ces Gars : Derrière Les Masques)

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Sémaphore // Cailloux bleus

Produit : Cailloux bleus

Fabricants : Robotnik fabrique la base de ce produit hautement synthétique dans son laboratoire personnel. Jean-Pierre et Youno Heisenberg de la société Sémaphore viennent ensuite l’orner de leur insolent savoir-faire.

Méthode de fabrication : Sur le noyau constitué par Robotnik, Jean-Pierre et Youno Heisenberg développent différentes techniques afin de vous offrir le meilleur produit possible. C’est leur gestion du timing qui fait en réalité toute la qualité de leur offre : ils travaillent tantôt rapidement, tantôt lentement, parfois en chantonnant, et savent laisser respirer leurs cailloux au bon moment. En résulte un produit référencé mais original.

Dose conseillée : 3 minutes 06, au delà, notre assurance ne fonctionne plus, et nous ne serons en aucun cas responsable des différents problèmes entraînés par la consommation d’une dose trop forte.

Effets : Les cailloux bleus vont feront passer par différents états : forte confiance en soi tout d’abord, puis haine pure envers les backpackers. Pulsions de morts rigolardes et amour forcené pour les filles rondes. Ambition démesurée et envie de faire de l’argent. Puis complaisance dans la nonchalance et crises de fous rires face au monde qui vous entoure.

Durée de l’effet : 5 à 6 heures si le produit est consommé à jeun. Le retour au monde réel peut parfois s’avérer difficile, mais il arrive souvent qu’un sourire moqueur et confiant perdure pour le restant de la journée.

Prochaine livraison : Le 28 octobre, via la mixtape Hotel Iblis II dont nous reparlerons ici même.

ReapHit-Clip-du-Jour-Sémaphore-Cailloux-Bleus-facebook

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Tournée « No Mad Massive »

Qu’est ce donc que ce jeu-concours au doux nom des sound systems de notre adolescence ? On va encore allez se rouler dans la boue en gobant le plus vite possible tous les champis ? Et bien que nenni jeune roots stupide ! L’association Massive qui lutte au quotidien pour l’Art, la Culture et la Santé est porteuse d’un jeune projet en collaboration avec UNZ Recordz et DIN Records et l’aide de nos partenaires de R2P Music.

Celui d’une tournée de concerts Hip-Hop indépendants, le No Mad Massive. Une série de concerts permettant la promotion du genre à travers une sélection d’artistes large pour permettre une offre culturelle Hip-Hop accessible mais toujours engagée. Le No Mad Massive, se donne également un grand et beau principe, celui de renouer avec l’imaginaire fédérateur de cette culture populaire et prolifique.

C’est pourquoi une empreinte sociale et solidaire, alternative et responsable sur cet événement a semblé indispensable aux organisateurs. Une partie des recettes, à hauteur de un euro par ticket, sera reversée à une association d’handicapés moteurs basée à Rennes, COVIAM, qui a pour but de faciliter leur autonomie dans leur quotidien et leurs loisirs. À chaque date, un stand leur sera réservé ainsi qu’à une ou plusieurs associations (éducation, commerce équitable, écologie, prévention et promotion de la santé…) suivant la capacité de l’établissement.

Avec : Demi Portion, Tiers monde, Saké, Mino, Swift Guad, Omerta Muzik, Spoka, Lacraps, Anonyvox + Guests

Pour l’occasion, ReapHit, partenaire de la tournée, vous fait gagner deux places pour chacune des dates suivantes :

Rennes – Le 19 Septembre (Salle de la Cité)
Grenoble – Le 7 Novembre (L’ampérage)
Paris – Le 6 Décembre (Canal93)
Marseille – Le 18 Décembre (Salle Le Moulin)
Bordeaux – Le 17 Janvier (Salle RockSchool Barbey)

Actuellement : 2 places à gagner pour la date de Grenoble

Pour participer aux tirages au sort :

Rien de plus simple, il suffira de rejoindre la page Facebook de ReapHit, puis de partager ce post (attention, PARTAGE PUBLIC uniquement). Sur Twitter, même principe, suivre le fil ReapHit, et retweeter ce tweet.

ATTENTION : Au vu de la dimension sociale et caritative des concerts, un don de 2 euros sera tout de même demandé aux gagnants.

Si vous ne comptez pas (ou peu) sur la chance, les préventes sont par ici.

PRESSBOOK NOMADMASSIVE.

 

Afroman // Because I Got High (Positive Remix)

Inutile d’allez chercher bien loin dans les brumeuses réminiscences de votre adolescence dépravée pour vous rappeler du tube d’Afroman « Because I Got High » sorti en 2001. La mélodie revient en tête dès les premières notes et le souvenir des douilles respectueusement coulées n’est pas bien loin.

Oui, sauf qu’en 2001, l’anglais vous n’en n’aviez pas grand chose à faire, et ce que vous preniez pour un hymne de justification à votre défonce, était en fait le récit de la descente aux enfers d’un fumeur de weed. Loque apathique et flemmarde, commençant par oublier quelques taches ménagères « Because I Got High » , jusqu’à fuir la réalité et ses responsabilités (les cours, le travail et les enfants) en gâchant sa vie entière : « Because I Got High » .

« I’m playing basketball and jogging
and I know why ! 
Because I Got High »

13 ans plus tard, Afroman vient contredire son message dans un « Positive Remix » des plus rafraîchissants. S’associant à la WeedMaps et le Norlm, associations luttant pour une réforme du système de vente de la marijuana à but non lucratif, il reprend l’air de son classique pour apporter sa pierre au débat sur la légalisation.

Après avoir passé sa vie à s’enfumer, il n’est plus question ici de réciter les poncifs de la dépendance et de ses méfaits, mais bien de livrer à grand renfort d’humour les avantages d’une vie sous tranquillisant. Et comment ne pas être convaincu en voyant la grosse bouille fendue d’un sourire béat et les petits yeux de notre bienheureux protagoniste. Il nous racontera en vrac, que fumer fait diminuer la consommation d’alcool et de cigarettes, rend inutile les traitements chimiques contre l’anxiété, et enrichit l’état.

« The state made revenue, Because I got High, 
They built a school or two, Because I Got High »

En outre, et si l’on en croit cette vidéo, fumer de l’herbe toute se vie et chanter ses bienfaits vous donne le droit de faire le tour de Los Angeles dans un canapé à roulettes poussé par deux feuilles de chanvre indien et un cultivateur excentrique, tout en s’en grillant tranquillement un au soleil. Ce qui, il faut bien le reconnaître, constitue un argument de poids dans cette lutte de tous les jours.

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Pour rappel : Le clip de la version originale.

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Akrobatik // Built to Last

Avec Built to last, qui signe son retour, Akrobatik décide de ne laisser aucun doute quant à la taille de son égo. Pas de fausse modestie ici, et c’est en cyborg bioméca que le MC de Boston s’imagine, surhomme résistant aux autres et aux altérations du temps.

Objectif totalement raté avec le clip du titre éponyme. Respirant l’amateurisme à plein nez, cette mise en image réussit à nous faire une démonstration presque parfaite de ce qu’il ne faut pas faire avec une caméra. Réinventant le kitch version hip-hop, le rappeur évolue dans un monde post apocalyptique bien propre, envahi de zombies aux regards trop vivants. Certes Akrobatik n’est pas là pour nous réaliser le prélude de The Walking Dead, mais tout de même, à ce niveau de mauvais goût, le « zéro moyen » n’excuse pas tout.

La performance d’acteurs de ces futurs oscarisés nous aidera à comprendre le propos hautement symbolique de la mise en scène. Akrobatik continue son bonhomme de chemin dans le rap en ignorant la concurrence insipide. Les autres rappeurs, ces pauvres zombies à l’inspiration morte, font juste office de figurants pendant qu’Akrobatik se balade, seul et intouchable. Son regard face à la ville illuminée terminera de nous faire comprendre ses intentions. « Get up my fucking way »

Built to Last est en écoute gratuite et disponible à l’achat numérique et physique sur le bandcamp d’Akrobatik. Et, merveille du business à l’américaine, pour 2 dollars de plus, le MC consentira à vous le dédicacer. Une vraie relation de proximité.

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