MZ // MZ Music Vol 3.5

La MZ, groupe issu du 13ème arrondissement parisien, sillonne la scène indépendante depuis plusieurs années déjà. Mais c’est seulement au début de l’année 2014 que le groupe a éclaté aux yeux du grand public, principalement grâce à un titre : Lune de fiel, dont le clip culmine aujourd’hui à pas loin de 4 millions de vue sur youtube. Une réussite dont les principaux intéressés se déclarent eux même surpris.

Fort de ce succès et d’un début de reconnaissance – critique comme public – la MZ reviendra lundi 3 novembre avec un nouveau projet : MZ Music Vol 3.5, qui fera office de transition avant le prochain album du groupe. 9 titres variés parmi lesquels on retrouve notamment « Lune de Fiel » .

L’objectif de ce projet au format hybride ? S’ouvrir vers de nouveaux horizons. La MZ élargit ainsi son champ d’action en confiant la réalisation de certaines instrus à des producteurs externes à leur clan, parmi lesquel Galactik S., Krampf et Akeda, ainsi que Deezy-l Beatz. Le reste du travail revient lui à Equinox, producteur attitré de l’équipe. De même, l’on retrouvera une voix inédite, celle de la jeune Maëva, qui vient prêter soutien sur le titre « Eve ».

Malgré ces différentes ouvertures, on sent bien que la MZ continue à suivre sa voie, en élargissant sa propre palette sonore, sans concession vis à vis de son travail habituel. Refrains efficaces à base de gimmicks, thématiques allant de l’égotrip aux morceaux plus émos, large palette de flow et couplets à la limite du chant.

Un projet qui aura nécessité une longue préparation, avant d’être enregistré en l’espace de deux jours. Lorsque Dehmo, Jok’Air et Hache-P rentrent en studio, ils savent très bien où ils vont : tous les morceaux enregistrés finiront sur le projet. Melopheelo et Zoxea viennent ensuite prêter main forte au mixage, donnant un relief tout particulier au projet. De nombreuses variations de mixage, s’alliant parfaitement aux flows élastiques des rappeurs, viennent ainsi enrichir l’univers sonore de MZ Music Volume 3.5. En résulte un EP dont les morceaux comprennent de nombreuses variations, et qui semble presque se construire sous nos yeux lors de nos premières écoutes.

MZ Music Volume 3.5 sera entièrement clippé. Vous pouvez retrouver les premières illustrations visuelles du projet dans l’article avec « Embrasse moi » et « Voldemort » . Nulle doute que les jeunes rappeurs du 13ème vont continuer à prendre de l’ampleur dans les mois qui vont suivre …

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Caballero // Le Plus Fin

Un peu plus d’un an après la mixtape Laisse-Nous Faire (volume 1), la nouvelle galette du corbeau Caballero est prévue pour le 1er décembre 2014. Mystérieusement intitulé Le Pont de la Reine, ce nouvel EP sera exclusivement produit par JeanJass et le Le Seize (tous deux MCs et producteurs, ils avaient d’ailleurs sorti un projet commun, Jean XVI, en juillet dernier) . En guise de hors-d’oeuvre, le belge lâche deux inédits courant octobre -qui ne figureront cependant pas sur l’EP. Le Plus Fin, vrai premier extrait du projet, est sorti hier, accompagné d’un clip.

Le rap de Caballero navigue à sa guise sur des flows lents ou rapides, slalome sans difficultés entre des productions douces et aériennes et d’autres, beaucoup plus obscures (plus « films d’horreur », de son propre aveu). Le Plus Fin fait incontestablement partie de cette deuxième catégorie et le rappeur profite d’une ambiance musicale préoccupante pour attaquer à coup de rimes ravageuses.

« Les grands me tirent leur chapeau, car c’est vrai qu’y'a plus qu’des cons maintenant, et sans prétention, j’rends ce rap de merde beaucoup plus convaincant »

Tournée de nuit et en noir et blanc, ce beau visuel rappelle que, pour tout bon auditeur, résumer le rap francophone à l’Hexagone représenterait un grave écueil. Les voisins belges font les choses, et les font bien. Ce morceau de Caballero est un bon exemple, avec une mention spéciale pour les scratch, art un petit peu oublié.

Enfin, n’oublions pas de saluer le producteur, JeanJass, dont l’EP sort la semaine prochaine (03.11.2014) et se trouve déjà en pré-commande par ici. Extrait.

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Emission du 29 Octobre

ReapHit s’associe aux Impromptus, cette émission matinale diffusée le mercredi de 7h à 9h sur les ondes de CISM 89,3 FM, la radio étudiante de l’Université de Montréal (rien de moins que la plus grande radio universitaire francophone au monde !). Chaque semaine, vos québécois Sam Rick et JF Harvey vous proposerons un programme atypique : Rap x Politique x Sport x Humour. Des discussions sur des sujets chauds en matière de politique et de sport, agrémentées par une sélection musicale 100 % rap émergent. Êtes-vous prêt pour votre expérience Impromptus ?

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Cette semaine aux Impromptus, JF Harvey et DJ Ricky-Des-Neiges vous convient à un programme léger en cette fin octobre, à l’approche d’une fête appelée Halloween dont nos deux Impromptus appréhendent avec une certaine dérision.

Tout d’abord côté sport, JF nous donne son bilan et ses constatations récentes et passées concernant une équipe de la Ligue Nationale de Hockey (LNH) qui s’en va en sens inverse au niveau de la construction de ses effectifs depuis quelques années, avec la signature de plusieurs joueurs assez âgés, entre-autre. Parle-t-on des Devils ou des Déchets du New Jersey? Il en profite également pour revenir sur la désastreuse saison passée en Major League Soccer (MLS) de l’Impact de Montréal, alors qu’ils ont fini au bas fond du classement général. Quels changements à venir après un aussi important revers?

Ricky-Des-Neiges nous présente ensuite l’anecdote féline entourant le duo Run The Jewels (El-P & Killer Mike). Les deux artistes se sont effectivement faits avoir à leur propre jeu avec une blague, qui au final, a pris une ampleur démesurée et inattendue. Ils décident de prendre le taureau par les cornes et nous offriront un nouveau projet aux sonorités de… chats! Cette histoire loufoque fît d’ailleurs l’objet d’un clip du jour chez ReapHit.com.

Finalement, par manque d’intérêt et d’inspiration sur ce qui se passe en ce moment dans l’actualité, JF nous offre sa revue de presse de « La Presse », ce quotidien montréalais.

En fond sonore, DJ Ricky-Des Neiges nous balance quelques sons assez sombres et agressifs en cette semaine de l’Halloween ainsi que ses traditionnelles nouveautés avec Ysha, Roger Molls ft. Slik Jack, Apollo Brown & Ras Kass, Lezestis, Cheak, Dézuets d’Plingrés, Lacraps, Run The Jewels, Mer2Crew ft. Split Prophets, Deux Lyricists et P.Dox.

Playlist :

Ysha ft. JeanJass, Seven & Caballero - Derrière Les Masques (Ces Gars : Derrière Les Masques)
Rakkam Le Rouge – Sacré Feu (Où sont mes Vikings!?)
Roger Molls ft. Slick Jack – End-light Tunnel (Metamorphosis Of Muses)
Apollo Brown & Ras Kass – How To Kill God (Blasphemy)
Lezestis – La Voix de Gauche (LEZESTIS)
Cheak – La Droiture du Gauchiste (Refus Global)
Dézuets d’Plingrés – Guerre au Capital (Inédits Vol.2)
Lexington + Whatevski feat. Touch - Good People (Whatevski Mix)
Lacraps ft. Caxton Press & Masta-Pi – En Block  (Machine à Écrire)
MSB ft. La Mine d’Or (LuZine) – À Toute Épreuve (Les Murs ont des Oreilles)
STICK – Mohammed Mehrap (1 MC 2 Plus)
Brother Ali – Letter From The Government (The Undisputed Truth)
Run The Jewels ft. Diane Coffee – Crown  (Run The Jewels 2)
Mer2Crew ft. Split Prophets – Incorruptibles  (Remise à Flow)
Son 2 Pt – Ça Voudrait Dire (Chilly D – Ill Légal)
Wilderness Crew – Perfect Match (Wilderness Crew)
Deux Lyricists – La Fin de l’Euphorie (Des Mesures Pour S’Aider)
P.Dox – Braindead (Mighty Dox)
The BLOS – Maverick (Maverick)

Bambu // Minimum Wage

Le titre du dernier album de BambuParty Worker, sorti le 28 octobre dernier, est à lui seul évocateur. Cohérent et original, c’est un rap de Working Class Heroes que nous offre le MC. Un rap de chantier aux antipodes de l’imagerie californienne et du bling bling bodybuildé . Avec « Minimum Wage«  , littéralement Salaire minimum, le 3eme clip extrait du projet, le rappeur de Los Angeles exploite à merveille sa ligne directrice.

Loin des plages de Californie, Bambu décide de nous montrer la vie de travailleurs philippins, et leur décor quotidien. Sur une prod envoutante concoctée par OJ, les images défilent et les hommes de l’ombre se succèdent. Récit morose d’hommes et de femmes survivant avec un salaire minimum.

Ainsi, même si le soleil semble briller, c’est le gris qui prédomine tout au long du clip. Le gris du bitume et de l’asphalte, le gris des chantiers et de la rue, comme si les paysages colorés n’étaient l’apanage que des touristes fortunés. Le clip n’est cependant pas dénué de couleurs : le rouge et le jaune criards des gilets de sécurité tranchent nettement avec le gris environnant. Ces couleurs iront jusqu’à sortir de leur cadre, pour envahir les images du clip, redessinant l’environnement, animant la grisaille quotidienne.

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The Doppelgangaz // 14 Novembre – Gibus Café

Retour des Black Cloaks de New York dans nos contrées pour une deuxième tournée européenne qui promet de grosses sudations sur beats ravageurs. Il faut dire que Matter Ov Fact & EP gardent un excellent souvenir de leur précédente venue sur le vieux continent. Véritablement surmotivés devant un public qu’ils n’imaginaient pas aussi réactif ils avaient notamment déchainé les ardeurs de la rédaction dans un show Bruxellois d’anthologie.

Auréolés cette fois du succès bien établit de leur dernier album « Peace Kehd » , les new-yorkais viendront défendre leur nouvel opus « The Ghastly Duo EP » avec la même hargne le 14 Novembre prochain dans l’intimité du Gibus Café. Une bonne occasion de parcourir et reprendre en coeur la prolifique discographie de nos deux loufoques compères.

Les non moins irrésistibles Lemdi & Moax viendront également titiller le public parisien en première partie. Petite surprise supplémentaire, l’un de nos jeunes chouchous new-yorkais, HD – dont nous vous parlerons bientôt dans une interview – viendra faire son tout premier concert en France, histoire de s’échauffer juste avant sa programmation au HipHopDayz #14.

Pour l’occasion, ReapHit, partenaire de l’évènement, vous fait gagner 2×2 places pour la soirée.

Pour participer aux tirages au sort :

Rien de plus simple, il suffira de rejoindre la page Facebook de ReapHit, puis de partager ce post (attention, PARTAGE PUBLIC uniquement). Sur Twitter, même principe, suivre le fil ReapHit, et retweeter ce tweet. Tirage au sort le 10 novembre.

Si vous ne comptez pas (ou peu) sur la chance, les préventes sont par ici.

Infos pratiques :

Gibus Café – 127 rue Saint-Maur, 75011 Paris
Métro 2 : Couronnes, métro 3 : Parmentier
20h / 12€ en prévente

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A LIRE AUSSI :

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SonReal // Preach

SonReal est un rappeur qui nous vient tout droit de la ville de Vancouver. A l’occasion de sa tournée US, il a eu la chance de parcourir les Etats-Unis, et en a profité pour nous livrer un drôle de clip.

Le concept : tourner un plan par ville, dans chacun des check-points. Inventivité des cadrages et des postures, précision du montage et des raccords, le résultat final est tour à tour amusant, dépaysant ou pittoresque.

Le morceau est lui à l’image de la vidéo : un flow élastique et surprenant allié à des lyrics dans lesquels l’artiste se confie sur sa condition de rappeur, mi-sérieux mi-rigolard, se comparant lui même à un prêcheur.

Preach ne figure pour l’instant sur aucun projet, mais en attendant, vous pouvez toujours vous pencher sur la dernière mixtape en date de SonReal : One long day.

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A la recherche du Paco Errant

Le « coup resplendissant » que Paco préparait dans « Question de choix » a enfin vu le jour. Après dix ans d’absence, l’explorateur montreuillois nous revient enfin avec un premier vrai album intitulé Paco-errant : récit de ses aventures passées qu’il est prêt à nous faire partager. De l’eau a coulé sous les ponts depuis A base de vers durs en 2004, mais le rappeur que nous connaissons n’a pas pris une ride, il a conservé son énergie et son talent pour nous délivrer un projet plus complet, plus intime. Paco semble avoir vagabonder longtemps dans une jungle hostile qu’il ne comprend plus, paco-errant en est le souvenir musical.

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Quand « J’vais te faire un album dark » répond à « Darkness … », on comprend vite que le fil conducteur du disque ne sera pas gai. Mais malgré les ténèbres qui l’entourent, toute la force de Paco dans cet album est de ne jamais s’y laisser entraîner, quitte à être sur la limite, quitte à leur sourire. « L’ouvrier sous-estimé » raconte ses difficultés quotidiennes et un malaise qui grandit. Cette souffrance est présente sur de nombreux titres comme « La France d’en bas » où il rend un hommage sans misérabilisme aux « bosseurs de l’ombre sans cesse débiteurs » trop souvent mis à l’écart dans notre société où les inégalités sociales deviennent criantes ; ou encore dans « Dialogue de sourds » qui est un discours à sens unique entre l’État et les petites gens, ceux que l’on écoute jamais.

« Etre heureux et dans la merde,
on l’peut avec amour »

Le monde dans lequel Paco évolue est sombre « Sous mon ciel noir, la malchance gravite
/ J’cours après l’espoir mais son absence m’attriste » et conduit à la déprime et l’autodestruction « Classique, on est combien dans c’trafic ? /
À s’répéter que nos chemins n’ont rien de fantastique
/ Statique comme la plupart on s’agrippe
/ La défonce est l’unique exutoire qu’on s’fabrique ». Le dernier sursaut du malade Paco face à cette triste époque apparaît sur « Allô docteur », le virus pourrait être incontrôlable et conduire au dérapage. Il essaye en vain et de toute ses forces de de cicatriser la plaie.

Mais à l’épidémie, Paco, répond non pas avec un revolver mais avec de la joie. Il veut sortir de la torpeur crée par les médias, l’État, la crise. Plus qu’une aspiration il revendique le fait d’être heureux, contre tous les malheurs du monde. Ainsi malgré le boulet qui l’entraîne dans les profondeurs, Paco est celui qui lutte pour sortir la tête de l’eau après un rude combat contre l’océan. On connaissait le talent de nageur de l’aventurier et son coté tête-brûlée : « J’savais à peine nager, tu m’voyais sur l’plongeoir ».

Paco n’est peut-être pas optimiste mais serait à ranger du coté du carpe diem « La vie est un présent, t’as raison de l’apprécier ». Dans l’album, l’opposition entre joie et tristesse – ou rage et amour – est constante elle résulte d’une volonté d’aller de l’avant « On survit, on s’endurcit machinalement / Mais la mort en sursis c’est pas si mal finalement ».

« T’as aucune raison d’te battre ?
Bah ma couille choisis en une » 

Depuis « Tu crois quoi ? », les enfants ont grandi et Paco aussi. Chaque morceau contient des bribes de pensées d’un père de famille qui créent une puissance émotive forte. Sur le personnel morceau « le temps passe », il évoque les inquiétude d’un père pour le futur de ses enfants et espère être encore là malgré les années qui filent « Chaudard, ça m’rend malade j’te l’affirme /
J’espère être encore là pour l’mariage de ma fille /
Voir mon fils grandir, devenir un homme droit /Bâtir son avenir et choisir la bonne voie ».

Il construit un cadre intime dans lequel il est facile de se reconnaître, il se rapproche ainsi de l’auditeur. La paternité ne rend pas complètement sage, Paco dorénavant « le vieux con » est resté un brailleur hors pair qui aime toujours les plaisirs simples, c’est à dire écrire.

Paco où l’homme qui écrit plus vite que son ombre, aime gratter des 16 pour le plaisir. Loin d’un gagne-pain comme pour beaucoup d’artistes indépendants, la musique est un amusement. Le rap est une activité extra-scolaire ou un loisir, c’est ce qu’il relève dans « Treizième mois ». Il a gardé la dent dure contre le « faux-rap » et ouvre toujours sa « grande gueule » comme une menace « P.A.C.O. les phrases, les mots, ces paquets d’flow terrassent les faux».

« C’est pas au vieux singe qu’on
apprendra à faire la bonne rime »

Le flow de Paco a gardé son aisance et sa technicité, il s’autorise à varier sur de nombreux morceaux. Il s’oblige à un refrain par morceau et s’impose un story-telling (« Putain de joint ») et un exercice de style comme dans « La bonne blague » où chaque rime se termine par une allitération en « a ». Le R.A.P est un jeu faisant office de remède, on purge ses soucis par l’écriture.

Paco nous a raconté l’histoire de son périple, mais il n’était pas seul. Qui a dit que les cowboys solitaires n’aimaient pas la compagnie ? Les compagnons de voyages furent au nombre de quatre et pas n’importe lesquels. Le vieux loup de mer sait encore choisir ses acolytes. Les messieurs avec un grand « M » sont : Anton Serra avec qui il délire sur le fait qu’ils n’ont pas perdu la jambe pour des trentenaires ; l’Indis, dans un très beau morceau où ils évoquent ensemble l’angoisse des parents pour leur fils parti à la recherche de l’étendue du monde, il y transparaît toute la rage et l’impuissance d’un papa qui veut protéger son fils de la complexité de la vie ; le jeune gourmand Geule Blansh ; et Swift Guad avec qui il se remémore les années 90 empreintes de nostalgie.

Les beatmakers sont à féliciter aussi, ils ont su unifier les incohérences du récit : il y’a binôme Mani Deïz auteur de la moitié des productions de l’album plus ses compères des Kids of crakling : Metronom et Nizi ainsi que le gouffrier Char, Shaolin, Juliano, DJ Low Cut, Stab, Al’tarba et Itam.

Slob-design a su associer un univers visuel collant parfaitement à la peau de Paco : l’homme au chapeau gris devient Indiana Jones. Le MC n’oublie jamais de garder son « sourire disgracieux » même cerné par les hélicoptères. On espère le revoir pour d’autres péripéties, la rumeur dit qu’un PACMAN 2 est en route.

« J’écris pour passer l’temps, ces rimes vous cassent les dents. Trop d’inspi pour un album, j’pourrais pas tout placer dedans »

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ReapHit That Shit #2 – Octobre 2014

Nouveau rendez-vous mensuel : c’est le lancement officiel de nos playlists ReapHit That Shit. Après un tour de chauffe efficace et notre hors série « Aternative Summer Rap Up » , c’est désormais chaque mois qu’une personnalité médiatique du moment sera choisie pour introduire notre résumé de l’actualité musicale Hip-Hop. Une heure de son dans une playlist maison pleine d’amour.

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Sarko nous avait fait l’honneur le mois dernier, d’introduire le premier numéro de nos ReapHit That Shit avec la dose d’insolence nécessaire à tout bonne playlist rap. Pour cette cuvée Octobre 2014, c’est Kim Jong Un qui a su trouver les mots, nous rappelant de sa voix mal assurée, que oui, l’on pouvait être à la fois, un dictateur et un grand timide.

C’est avec bien plus de charisme qu’Al Tarba débutera les hostilités par un énergique « Still Insomniac » extrait du nouveau et excellent Let the Ghosts Sing. Ambiancé comme un diable, impossible pour Black Zheep DZ, de ne pas tenter d’assurer le relais avec un sautillant mais subtil « Ice-Hot » extrait de son 8th World (que nous explorions ici). A La Sole viendra quant à lui donner la réplique au jeune Dillon Cooper sur un « Dead Président » extrait de X:XX, le nouvel opus du prodige de Brooklyn (que nous présentions ici). Tandis que Flying Lotus s’amuse, à titiller Kendrick Lamar dans un « Never Catch Me » déjà choisi en clip du jour.

Le jeune «sensass» du rap belge, JeanJass, aura la lourde  tâche de représenter la langue française au milieu de ces talents d’outre atlantique avec « NPQ » . Il s’en tire avec les honneurs dans un morceau plein d’attitude, aux références geek et à l’egotrip décalé. « Est-ce que ça le faire rire ? Sans plus connard… » .  Quant à Ahmad, le montpelliérain confirmera tout le bien que l’on pense de lui sur une nouvelle pépite extraite de Battements de Mr OgzDe quoi nous faire attendre, fiévreux, Perdants Magnifiques.

Pendant que Ghostface Killah s’entoure des géniaux BadBadNotGood pour une collaboration bien sentie, Vince Staples lui, continue son ascension avec « Hell Can Wait » (en écoute dans le shop) jusqu’à ce que Stanley lui rappelle qu’il est toujours en liste pour devenir l’une des prochaines explosions du Maybach Music Group sur un « Always Into Something » extrait d’Ohio (lui aussi disponible dans le Shop).

Mello Music Group continue de nous ravir à chaque sortie, le nouveau Diamond District ne fait pas exception. L’un des labels les plus productifs et, sans nul doute, le plus qualitatif aux États-Unis nous offre ce mois ci, March on Washington (que nous présentions ici). C’est musical, c’est raffiné, c’est textuellement dense. C’est optimiste, c’est réaliste, ça pose un regard fort sur le monde et la société américaine. Bien loin de ces considérations sociales, A-Villa invite Action Bronson, Roc Marciano, & Willie The Kid pour un « Live From The Villa » efficace.

Le trio québécois Loud Lary Ajusnous promet, de l’autre côté de l’Atlantique, une « Mort Lente » extrait de Blue Volvo, (analysé ici) dans un morceau original à la créativité débordante, n’ayant rien à envier au génie des Flatbush Zombies & The Underachievers réunis dans un très bon ClockWork Indigo EP, (présenté quant à lui par ici) ni à la musicalité d’un Rome Fortune et de son excellent Small VVorld (également en écoute dans le Shop).

Nos frenchies clôtureront cette heure de son par un coup d’éclat. D’abord celui des Bavoog Avers, qui nous assènent depuis un mois des extraits tirés de leur futur projet. C’est frais, c’est original, c’est musical. La prise de risque est constante et la complémentarité des MC naturelle et bon enfant. De quoi attendre l’album de pied ferme. Arm lui, balaiera la Trap d’un revers de main, prouvant qu’il sait absolument tout faire et qu’il est définitivement l’un des meilleurs lyricistes de l’hexagone. Avant-propos parfait à la sinistre conclusion de Lucio Bukowski et Mani Deïz pour un sombre extrait de « … » que nous analysions en détail ici-même.

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VALDkyrie, chronique d’un attentat manqué // NQNT

Rappelez-vous la Bombe Vald. Un jeune ovni d’Aulnay sous Bois, charismatique et insolent, technique et original, soutenu par son pote Georgio et la team Daymolition. Des freestyles crades, des punchlines crues, un sens de l’égotrip rare et un univers déjà bien affirmé. Rappelez-vous de l’explosion NQNTMQMQMB et du petit exploit de se réapproprier les faces B les plus grillées du rap-game, en réussissant tout de même, et avec brio, à y apporter un univers propre. Celui d’un gamin dérangé, un jeune adulte malsain cachant sa haine de l’époque et des autres derrière un humour noir au réalisme cru et contagieux.

A l’époque de ces 22 titres, le potentiel est énorme et les morceaux variés. Vald sait parfaitement passer d’un style à l’autre, mélanger les flows et les influences tout en gardant une ligne directrice claire dans un univers reconnaissable bourré d’interludes bêtes. Ni Queue Ni Tête Mais Qui Met Quand Même BienIl s’en donne d’ailleurs à coeur joie tout au long de ce premier projet, passant d’un morceau street comme « Elyxir » à un « Lune » Mobb Deepien, réussissant à faire cohabiter un « Smiley » dirty avec le très smooth « Pas grave« .

« Mes cent mille soucis remplissent mon temps libre, mes talents languissent, mais vas-y facile de mimer le bon faciès depuis que j’ai grandi »

La démonstration technique pour cette carte de visite rapologique est impressionnante, même sur face B. Et le public ne s’y trompe pas. Rapidement, une fan base active se crée, renforcée par un univers visuel fort et efficace. Vald crée son « personnage » et l’exploite à merveille. Une grosse émulation suivie d’une attente à peine compensée par la sortie de quelques fonds de tiroir dans Cours de rattrapages.

Jusqu’à l’annonce en 2013 d’un premier vrai album, NQNT, pour le 28 octobre. L’album est prêt, et rien ne semble pourvoir arrêter la déflagration de Sullyvan sur un microcosme parisien nouvelle génération en cruel manque d’inspiration. Puis plus rien. Alors même que le projet parait finalisé, aucune sortie, ni aucune distribution concrète n’est annoncée. Des délais qui semblent irriter Vald, qui le fait régulièrement savoir via les réseaux sociaux.

Un an plus tard, nous tenons enfin la pochette cartonnée de la version promo de NQNT entre nos mains frêles et impatientes. Conscients d’être privilégiés par une écoute en avant-première de ce projet tant attendu, un grand café et une cigarette – comprendre un bon rhum et un gros spliff – nous nous installons confortablement, casque sur les oreilles, pour nous délecter du disque et savoir enfin si ce projet n’a réellement Ni Queue Ni Tête.

« J’ai même plus besoin de me présenter, 
Dès a présent que tu es sur mes sentiers, 
Tu pressens que tu vas te faire enfler »

L’EP commence avec « Pour Ceux », dans la plus pure tradition du rap français, Vald décide de dédicacer le projet à ses détracteurs sur un gros kick épuré et une nappe mélodique sombre. Dans un égotrip d’introduction bien senti, Sullyvan règle ses comptes avec « ceux qui n’ont pas cru en lui » . Et se donne pour mission de leur faire passer le message de la façon la plus claire possible. « Mais comme c’est pas le tout de parler, grâce à Tefa je vous la met » .

Une fois délesté du poids de ces rancoeurs acceptées, c’est comme d’habitude dans le rap français, à ses potes et sa maman qu’il dédiera sa réussite. C’est mignon. Et on passera donc sur l’instru ponctuée d’horribles notes de synthé vieillottes, martelées avec le talent d’un Jean Michel Jarre sous LSD, et autant de musicalité qu’un roumain agitant ses moignons sur un xylophone rouillé au fin fond de la ligne 12.

Mais pas de quoi se plaindre puisque le projet enchaîne très vite sur les excellents titres de l’album. « Autiste » est une véritable bombe, et il est presque impossible de ne pas se faire absorber par le flow irréprochable de Vald boxant hargneusement un beat qui flirte subtilement avec la motivation music. Avec une intro référençant Damien (le fils du diable) et un refrain épuré « J’baise le monde comme un autiste » , Vald renoue avec le petit con insolent et provocateur que l’on a eu tant de plaisir à découvrir sur NQNTMQMQMB, et le titre apparaît comme une évolution logique et terriblement efficace de l’univers du MC.

« J’ai caché des hordes d’aspects dégueus pour pas paraître détestable, comme un colon à l’O.N.U. pour avoir l’air respectable… »

Ce dernier sera magnifié dans « Shoote un ministre » , deuxième single et autre excellente réalisation de l’EP. Appelant à la paix sociale par un geste d’utilité publique dans des paroles crues, Vald trouve une toile de fond à sa mesure pour dépeindre le sale gosse asocial et dérangé qui se devine dans chaque punchline. Véritable baromètre d’humeur de toute une génération désabusée, il réussit ici, malgré un refrain faussement provocant, à donner du crédit à ses penchants psychopathes, par un joli storytelling du mal-être. « Quand tu as compris que le monde est à toi tant que tu suces »

« Toutatis » , dernier extrait de cet instant single, marque la transition avec le reste du projet, et bien que l’on retrouve dans les grandes lignes l’univers des deux précédents titres, le morceau donne l’impression générale d’être formaté. Une voix plus aiguë qu’à l’accoutumée, un flow sautillant ne laissant pas grande liberté de placements. Un morceau trap plus assumé au refrain chanté entêtant, mettant difficilement en valeur un personnage de plus en plus lisse. Des défauts dont on se serait bien passé en ce début de projet. Le clip dans la veine des potaches Inconnus permet cependant de relever le niveau général du titre, qui retrouve toute sa fadeur une fois analysé seul.

« Suis pas la troupe c’est le suicide à la fin du sursis, Survivre c’est mon premier succès,
J’fume sec pour soigner mon ulcère,
Je soutire du biff à l’industrie…. super ! »

Le personnage de Vald qui nous est pourtant si cher semble se désagréger, se diluer, tout au long de ce NQNT. « Aulnay sous Bois » en offre un parfait exemple. Une fois encore, la production touche le fond avec ces quelques notes mélodiques sur un kick binaire et sans force. Il était difficile de faire plus cliché pour créer le morceau de la maturité dont raffolent les chroniqueurs. Lui qui scandait encore il y a peu « j’connais qu’Emile Zola sur Aulnay sous Bois » , celui dont la famille a déménagé des tours « parce que l’ascenseur puait la pisse » et représentait avec dérision la « zone pavillonnaire » se retrouve à rapper « Mais rien de tel que de représenter le quartier, sa mère » . Avec ce genre de slogan, déjà ringard il y a dix ans et un refrain qui donne envie de gifler l’ingé son, Vald réussit à parler de la rue en exploitant tous les poncifs d’un rap con chiant par une valorisation nostalgique des quartiers et des ses habitants qui sonne faux, et ne colle en rien au personnage de Sullyvan.

Même lorsqu’il parle de ses sujets de prédilection – « un si gros boul’ dans un si fin legging »Vald réussi sur NQNT à se dénaturer. Il y a pourtant dans « Elle me regarde » une continuité logique avec « L’interlude » de NQNTMQMQMB. Le sexe mêlé à d’égotrip, comme affirmation de soi d’un ado mal dans sa peau, le thème est classique et maîtrisé, mais une fois de plus la ridicule recette piano/kick, censée créer une cassure avec le trash des paroles et magnifier le texte, tombe lamentablement à l’eau. Le morceau voulu malsain et perturbé vire au tube r’n'b à peine subversif. Mais comment est ce possible, en 2014, de faire un refrain aussi moisi, putain ! Cette mise en scène de Vald, en tueur vengeur et psychopathe dans laquelle il laissera la victime morte les tripes au vent, ne prend pas, et termine de creuser le fossé entre le jeune ado dérangé et son personnage cinématographique.

« Cesse de penser que c’est bon tant que tu prends pas de Cess, fais ce que tu penses être bon
mais surtout ferme tes fesses. »

Notre bon vieux « Sullyvan » tente tout de même quelques percées comme le prouve le titre éponyme, et l’on a sincèrement cru retrouver la folie du personnage pour un « Autiste round 2 » dans lequel Vald balancerait toute la noirceur et le cynisme qui le consume à la face de la bienséance. On s’apprêtait déjà à lever la main pour Sullyvan comme le veut une récente tradition. On la baissera bien vite. Quand Vald décrivait dans « Journal Perso » par exemple, son personnage dans la réalité quotidienne d’un adulescent dérangé et dépressif, il choisit ici de se mettre en scène comme un mythe, une légende urbaine sanguinaire et vengeresse, et ancre son personnage dans la lignée des grands méchants de films d’horreur.

Tour à tour Dracula et Dark Sidious, Joker ou Michael Myers, à la fois démon et psychopathe, le coté malsain du personnage pourtant si naturel sur ses précédents projets apparaît ici à travers le prisme de la fiction, et la folie tant attendue ne fait pas mouche. Un sentiment renforcé par une instru qui n’a rien à envier à la parfaite médiocrité du refrain/gimmick.

« Vie de Cochon » est également symptomatique des quelques tressauts animant le corps décharné de notre défunt Vald. Un bon morceau malgré un refrain très moyen, révélateur d’un vrai point noir du rap français, dans lequel Sullyvan nous glorifiera la culture du bédo et du porno. Tout un programme que le jeune bougre maîtrise parfaitement. La fierté d’être un « excellent shlag » sur un beat lourd arrosé d’alcool et de cyprine. Un morceau efficace à la gloire d’une génération malsaine et déviante.

« Si j’ai peu d’amis c’est rien, ça en fait moins
à partager sur mon sbar qui s’éteint »

Malgré toutes ces bonnes intentions, l’album baigne dans un agglomérat de productions immondes et de refrains dégueulasses. Avec un sample vocal qui n’aurait pas déplu à Kery James et au pires heures de la Mafia K’1 Fry, « Horrible » est une fois de plus, un parfait exemple, de cette soupe musicale. Les paroles creuses sont récitées avec tellement de nonchalance que l’on se demande au fond si Vald n’a pas honte d’avoir chié un texte aussi merdique. Alors oui, Sullyvan sait écrire et nous réserve malgré tout quelques jolis coups « On m’apprécie sans me connaitre façon glory hole » , mais qu’est ce que ce putain de refrain ? Sans déconner ? C’est la version finale ? J’ai eu un souci à l’upload du titre ? Censé être le fond crasseux de l’EP, le texte horrible, celui qui manie humour noir et vision d’horreur avec subtilité, le titre est en réalité une gentille bouillie dont on ressortira avec une demi-molle, encore irrité par ce refrain impardonnable. Nous nous en irons bien vite chercher chez Vîrus de la noirceur et des couilles.

Finalement, tout prend son sens et chaque pièce du puzzle se met en place avec « FlowJob » . Techniquement, il est difficile de trouver à redire à la performance de Vald sur le morceau, et nous saluerons même le joli trait d’humour du titre. Le flow est maîtrisé du début à la fin et le morceau est clairement un exercice de style que le MC surplombe avec honneur. Le seul véritable problème, est que nous savons tous que ce flow ne lui appartient pas. Eminem est tellement grossièrement imité que la sauce ne prend pas et qu’un malaise s’installe. Est ce que mon aversion pour la prostitution musicale fait partie des dernières touches éparses de moralité qu’il me reste ? Je pense que oui. Et il me semble que dans le hip-hop, imiter n’a jamais été une performance.

Et dire que tout cela a du partir d’un rien. D’un simple ado ignorant qui a laissé un commentaire aussi vide qu’inutile sur une vidéo Youtube. « Putain mais on dirait trop le Eminem français ce mec » . Sauf qu’avec ce besoin de simplification et de classification à l’extrême, en France on se retrouve avec des producteurs et un label qui se disent que finalement, ça ne serait pas si mal d’exploiter le filon, et que cette histoire d’Eminem français a un potentiel marketing énorme. On disperse l’idée dans un album médiocre aux accents trap distribué à grand coup de clips à gros budget et de polémiques falsifiées. Et le tour est joué.

« J’suis rebelle mais je m’en bats les couilles, 
Fais ta vie mais prend pas mes sous »

La vraie question est de savoir comment un mec qui n’arrive pas à enchainer deux skeuds à Touche pas à mon poste, et un autre obligé d’annuler sa tournée par manque de ventes, peuvent ils réussir à prendre en main la carrière d’un jeune rappeur talentueux et prometteur, et autant la gâcher.

Les trois derniers titres de l’EP serviront de remplissage, pour atteindre les fameux 13 tracks obligatoires pour toute sortie physique qui se respecte. On aura donc droit à « PF » , le morceau Booba de l’album, formaté à 3 minutes 30 et parfaitement structuré couplet-refrain sur une instru trap simpliste. NQNT n’échappe pas à la mode des expressions créées et des gimmicks basiques. Le Duc à son « OKLM » , Vald aura « PF »

On aura également le droit à un réenregistrement de « Smiley » et « CQFD » , morceaux pourtant on ne peut plus bruts et dirty, qui réussissent à perdre toute leur hargne originelle dans un mix propret et sans saveur. Vald terminera de violer ses propres succès en réécrivant un couplet supplémentaire a « Smiley » afin de le faire rentrer dans les normes radio.

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