An 6014 de la vraie lumière // Le Bilan

Ah, le mois de décembre…. Les guirlandes se tendent, les dindes se fourrent, TF1 nous repasse les mêmes fous-rires et caméras cachées depuis vingt ans, et les bilans musicaux fleurissent sur la toile. Soucieux de respecter ces traditions centenaires, nous ne dérogeront pas à la règle, et c’est non sans une once d’émotion que nous vous présentons notre premier bilan maison. Un an d’existence, un an de rap, un an de coups de cœur et de bonnes surprises.

Artistes, producteurs, albums, clips… qui nous a marqué, qui a dominé l’année ? La tâche fut corsée tant le millésime 2014 a été riche en rap musique de qualité. Onze catégories, cinq choix pour chacune d’entre elles, aperçu non-exhaustif des goûts, préférences et coups de cœur de chacun des rédacteurs. La subjectivité de la chose n’empêchera personne de contester le tout, mais fera admettre à tous la richesse musicale d’une année riche en découvertes, confirmations et retours attendus. En cette fin d’année 6014 de la Vraie Lumière, voici le bilan ReapHit.

Cliquez sur les visuels pour lire l’article et/ou écouter les projets.

ReapHit Bilan 2014 5 Artistes français bannière

ReapHit Bilan 2014 Artistes français Metek

Cette année fut celle où le public put enfin réellement faire connaissance avec Metek. Du moins, pour ceux qui décidèrent de s’y attarder. Ça a commencé par 75021, mixtape récapitulative des dernières apparitions du parisien. Déjà, c’est la première claque : le flow navigue entre les saccades et les chantonnements, les lyrics sont à la fois terre à terre et profondément abstraits. On ne sait plus où donner de la tête.

Puis ça a continué avec Riski, son premier vrai album, après une carrière en forme de labyrinthe, multipliant les connexions sans réussir à trouver le centre de l’édifice. Ce fut chose faite avec Riski. Véritable chat à neuf queues, imbriquant ses parcelles de vie les unes dans les autres, le rappeur nous a offert un album aux couleurs des néons de Paris Nord. Un album fonctionnant sur une dialectique à la fois étrange et logique, naviguant entre le moi profond de l’artiste et son environnement. Problèmes de jeunesse, moments décisifs, détails marquants, profondes amourettes, tout y passe.

Ne reste alors plus qu’à lire entre les lignes pour saisir l’ampleur du personnage. Mais une seule chose semble parcourir l’ensemble de la vie du rappeur sans jamais en sortir. Cette chose là, c’est Paris. Et si c’était ça, sa véritable histoire d’amour ? // Ecouter Riski / Nadsat

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ReapHit Bilan 2014 Artistes VeerusVEERUS ne Rappe Plus, il Peint

Le jeune Veezir a conclu cette année sa trilogie entamée en 2011, et nous a conté avec Minuit ses histoires de rencontres et d’influences. Entre nostalgie, envie d’avancer et constante évolution, Veerus a transcendé par sa puissance narrative et son désir d’accomplissement artistique. Ecrire son histoire et se sentir libre dans le cercle du temps, pour s’épanouir pleinement. L’écriture de Veerus est riche de mots, riche de ses influences, riche en intensité, riche enfin de perspectives… // Juliette

 

ReapHit Bilan 2014 Artistes Alpha Wann

ALPHA WANN – Parlons du Don

Au-delà d’une écriture sans faille et d’une culture qui transparaît tant dans les références que dans les schémas de rimes, Alpha Wann c’est le style. Trop ne l’ont pas, certains le cherchent, d’autres l’oublient. Une prestance, dans l’attitude et dans l’écriture, une imagerie folle, et des sonorités très ricaines dans les structures de rap. Peu sonnent musicalement comme le Philly Phaal, qui a droppé début 2014 l’EP Alph Lauren. Un premier solo réussi qui n’annonce que du bon pour la suite de sa carrière // JulienLVRF

 

ReapHit Bilan 2014 Artiste Français Lucio Bukowski

LUCIO BUKOWSKI se Brûle les Doigts sur du Papier

Le lion solitaire de l’Animalerie a, en 2014, continué d’écraser tous les records de productivité. Laissant libre court à son inspiration au gré des rencontres et des collaborations, ce n’est pas moins de quatre projets que Ludo nous a offert durant l’année. Encrant ses obsessions – suffisamment variées pour que l’auditeur ne soit jamais lassé – de looser magnifique et ataraxiste, Lucio continue de se brûler les doigts sur le papier, compilant ses poèmes dans une discographie sans faille.  // Florian

 

ReapHit Bilan 2014 Artiste français Casey

CASEY – Le Retour de la Patronne

2014 signe bien sûr le retour de Casey en studio et en collectif. Plaisir immense que de retrouver la patronne sur scène pour un nouveau projet, non pas sous l’étendard Anfalsh, mais sous la bannière Asocial Club. Merveilleusement accompagnée, toujours aussi efficace, il est impossible de ne pas plier sous les gifles qui s’enchaînent. Des textes plus personnels et un charisme inégalé sur scène, Cathy nous a ravi tout au long de l’année. De quoi nous faire attendre le nouvel album promis depuis des lustres. // Florian

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ReapHit Bilan 2014 5 artistes US bannière

ReapHit-Bilan-2014-Artistes-US-Young-Thug

Il est de nombreux rappeurs dont la technique est irréprochable et qui livrent objectivement une musique de qualité, mais à qui il manque clairement un petit quelque chose, une étincelle de folie, une personnalité plus marquée, une interprétation plus poignante. Leur musique est intéressante, mais ils manquent de cœur. Ils sont morts à l’intérieur. Et bien ce petit plus, c’est quelque chose que Young Thug a.

Son potentiel, on le connaissait déjà depuis quelques mois, mais c’est bien cette année qu’il a démontré qu’il avait l’envergure pour changer durablement la face du rap. A chaque apparition, son charisme, sa voix, son interprétation, transcendent la production et nous font presque oublier ses hôtes. Chaque couplet contient ainsi son lot de surprises, et l’artiste ne cesse de nous prendre à contre-pied, que ce soit par ses placements, ses envolées chantonnées, ou la bizarrerie de ses lyrics. De nombreux projets de leftovers de Young Thug sont parus cette année, tous n’étaient pas passionnants, mais tous contenaient tout de même leurs moments de folie.

Ces projets là, Young Thug les a désavoué : il sait comme nous qu’il est capable de beaucoup mieux, et cela, il l’a prouvé via ses nombreux featurings, mais aussi par ce qui reste l’une des belles surprises de l’année : la mixtape du Rich Gang, entité composée de Rich Homie Quan, de Young Thug, et de Birdman. Ce premier volet des mixtapes Rich Gang nous a montré ce que valait réellement Young Thug sur long format, et nous a ainsi rassuré : oui, le jeune artiste sera bien capable de nous livrer des projets consistants et cohérents, sans perdre de sa folie.

Le second volume devrait paraître pour cette fin d’année, tandis que le tant attendu Metro Thuggin – projet en collaboration entre Metro Boomin et Young Thug – devrait voir le jour au début de l’année 2015. Le maigrichon le plus côté du rap game n’est qu’au début de son ascension, et déjà, nous sommes pris de vertige. Vivement la suite. // Ecouter ses projetsNadsat

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ReapHit Bilan 2014 Albums US Ghostface KilahGHOSTFACE KILLAH – 36 Raisons de Tuer

La qualité a toujours été au rendez-vous avec GhostFace Killah, constance assez rare pour un membre du Wu-Tang Clan. Après l’excellent 12 Reasons To Die sorti en 2013, le tueur à tête de fantôme est revenu, toujours plus d’histoire dans la caboche, nous conter ses 36 Seasons, thriller musical où rivalités de quartier, meurtres sournois et autres intrigues dignes d’un bon film d’action s’entremêlent. Grosses lignes, flow linéaire et sincère pour un rap cinématographique, GFK n’a (toujours) pas déçu. // JulienLVRF

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ReapHit Bilan 2014 Artiste US Vince Staples

VINCE STAPLES – L’enfer Peut Attendre

2014 marque un tournant dans la carrière du jeune californien, avec ce premier opus signé chez le tentaculaire Def Jam. Entre storytellings rafraîchissants, tribulations personnelles et visions lubriques, Vince Staples sort des mélodrames habituels du rap à thèmes. Ambiances diverses où la violence chaude et l’amour facile de Long Beach débordent, et où le regard sur son monde se durcit, cynisme lyrical, intelligente nonchalance, VS a confirmé avec Hell Can Wait tout le bien qu’on pensait de lui // JulienLVRF

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ReapHit Bilan 2014 Artiste US Big Krit

BIG K.R.I.T. – See Him on Top 5

En novembre dernier nous était dévoilé Cadillactica, l’attendu nouvel album du rappeur et producteur du Mississippi Big KRIT. Un voyage intersidéral sur une planète inconnue où se mêlent son sudiste aux relents jazz de la New Orleans ou UGK-shits avec samples soulful, le Young Krizzle possède vraiment une patte reconnaissable entre mille.  En plus de ça, le mec sait écrire : discrimination, spiritualité, rap game et ride intergalactique bien sûr, le boug est à l’aise partout. Un des artistes de l’année. // JulienLVRF

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ReapHit Bilan 2014 Artiste US Fel Sweetenberg

FEL SWEETENBERG – Efficience du New Jersey

Si l’astéroïde 2014 RC a frôlé la terre, on peut dire clairement que la comète Fel Sweetenberg a tapé violemment la planète rap. Signé sur le label Effiscienz et épaulé par l’infatigable DJ Brans, Fel a démontré que le taux de criminalité de Camden n’allait pas baisser grâce à lui. Auteur du solide The Invisible Garden, le MC, en mode no dayz-off, nous a aussi régalé via son Live In Paris, son Psalms Of A Soldier kickant sur des beats d’Apollo Brown et la réédition-remaster de second album The Sophomore Jinx// Thadrill

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ReapHit Bilan 2014 5 album français bannière

Reaphit Bilan 2014 Album français ahmad perdants magnifiques

« Je suis ailleurs, ni au-dessus, ni en dessous, je suis à part. Hors jeu. » C’est par ces mots que Sameer Ahmad s’est défini lors de notre rencontre en septembre dernier, pour la sortie de ce que nous savions déjà être l’album de l’année. Un sens de la formule qui colle à la peau du montpelliérain. Après ses premières pérégrinations à l’arrière-gout de coup d’essai dans « Le môme qui voulut être roi » et « Justin Herman Plaza » , Ahmad ne refait pas sa vie, il la continue en un seul paragraphe, faisant évoluer son univers, et affinant sa plume.

Premier changement, le MC a su s’entourer, déléguer, faire confiance. Déléguer la création musicale tout d’abord, et laisser Pumashan, Lartizan, James Lega, Meyso, Mr OGZ ou Skeez’Up créer l’univers subtil et sublime qui se dégage du projet. Faire confiance aussi, à BadCop/BadCop et à l’expérience de Oncle Outsh et Lartizan pour le mixage et la communication.

Lui n’avait plus qu’à nous délecter instinctivement de quelques rimes nonchalantes, codifiées et extrêmement référencées. Presque comme si il n’était pas en train de créer à lui seul, un petit bout d’éternité. 34 toutes petites minutes (pour créer le manque) de dilemmes et de paradoxes, où Ahmad nous attire chez lui, dans son monde fantasmé. Entre New-York, Bagdad et Montpellier… / Lire notre Interview et écouter l’album // Florian

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ReapHit Bilan 2014 Album Français Bavoog Avers Pannacotta

BAVOOG AVERS – Pannacotta

Derrière cette énigmatique appellation se cache le génie d’une toute petite partie de l’Animalerie qui lutte contre la bien-pensance du puriste et son carcan bien trop formaté. Les Bavoogs s’amusent et disséminent tout au long de cet excellent premier EP technique, flows variés, vraies parties vocales, refrains efficaces et name dropping anti-conventionnel… c’est fort, c’est frais, c’est couillu, ça fait du bien ! Une vraie réussite, une oeuvre globale, un projet qui ne ressemble à rien d’autre, un pavé dans la mare… // Florian

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ReapHit Bilan 2014 Albums Français Aelpéacha STC à vie

AELPEACHA – STC à vie

Comme tous les ans, l’hyperactif patron de la scène g-funk en français nous revient avec un nouveau disque. De la ride bien sûr, du cul, de la boisson, et toujours cet esprit français transposé à cette musique d’origine américaine qui ne fait pas de ses représentants de pâles copies. Phases délirantes sur le sexe, la fête ou la bouffe, textes frais et grivois, flows nonchalants et légers, richesse musicale toujours présente, Aelpéacha ne déçoit quasi-jamais. On verra l’année prochaine // JulienLVRF

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ReapHit Bilan 2014 Albums Français Furax Barbarossa Testa Nera

FURAX BARBAROSSA – Testa Nera

Qu’il fut attendu ce premier « vrai » album du grand roux ! Pour Testa Nera, Furax a quadrillé ses rimes sans pour autant perdre de la liberté avec laquelle il se livre dans ses textes. Coup d’œil dans le rétroviseur, nostalgie des années de galère entouré de ses frères, Fu nous livre un projet biographique dense et cohérent : son dernier album. Un disque sombre rempli d’espoir dans lequel le pirate exorcise ses démons d’une bien jolie manière. « Avoir la fureur de vivre évidemment c’est mourir » // Florian

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ReapHit Bilan 2014 Albums français AlKpote LorgasmixtapeALKPOTE – L’Orgasmixtape

Avec l’Orgasmixtape, l’Empereur de la Crasserie nous livre encore un projet référencé, tant de manière explicite par le biais de name-droppings toujours plus improbables, que de manière implicite, avec ses choix de flow ou de production. AlK pousse sa folie plus loin qu’à l’accoutumée tout en étant plus cohérent que jamais, jouant avec ses propres codes, perdu quelque part entre 1er et 2nd degré. Alkpote ne fait pas de rap français : il s’appuie sur le genre, mais a déjà crée son propre jeu depuis bien des années. // Nadsat

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Reaphit Bilan 2014 5 albums US bannière

ReapHit Bilan 2014 Album US Freddie Gibbs and Madlib Pinnata

Il aura fallu 3 longues années d’attente pour que la Pinata concoctée par Freddie Gibbs et Madlib nous éclate à la gueule avec son lot de saloperies surprenantes. 3 ans, et aussi beaucoup d’autres années à espérer que la nouvelle icône du gangsta rap confirme l’engouement provoqué par ses débuts sur mixtape. Le choix de s’associer avec la prolifique Madlib fut surprenant, mais c’était surement le leitmotiv parfait pour que le producteur livre un album collaboratif digne successeur de l’intemporel Madvillainy.

En une heure de temps, tous les doutes qui subsistaient sur les deux protagonistes se dissipent pour laisser place à un moment de plaisir addictif. La rencontre d’une musicalité classieuse et d’un verbe crade s’entrechoque avec une virtuosité inexplicable. Freddie Gibbs nous livre un rap de thug nombriliste et mature, un constat froid et sans concession d’une vie de chien qu’il ne troquerait pour rien au monde. Pour contrebalancer la dureté du MC, Madlib vient arrondir le discours via un enchevêtrement de styles et de mélodies, allant de la soul aérienne pour mieux repartir sur de la funk de maquereau.

Inclassable et donc incomparable, Pinata reste ce genre d’album qui regarde la concurrence avec un air dédaigneux  et un gros fusil à canon scié pointé sur sa gueule, le tout avec classe et grossièreté. // Ecouter l’album / Thadrill

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ReapHit Bilan 2014 Album US My Krazy Life YGYG – My Krazy Life

Peut être l’album le plus iconique sorti cette année. Une identité visuelle et sonore capable de moderniser le gangsta rap et de le réactualiser pour une nouvelle génération. YG réussit ainsi la parfaite synthèse : une musique assez référencée pour plaire aux puristes, et suffisamment porteuse de tubes pour faire bouger la tête de n’importe qui. C’est bien souvent la marque des grands. Reste à savoir si le rappeur de Compton sera capable de transformer l’ô combien difficile exercice du second album. // Nadsat

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ReapHit Bilan 2014 Album US 7evenThirty

7EVENTHIRTY & GENSU DEAN - The Problem

Explosion surprise orchestrée sous l’étiquette Mello Music par 7evenThirty & Gensu Dean pour une déclaration d’amour à la bonne vieille SP-1200 issue de l’âge d’or. Un choix impressionnant de samples, donnant toute cette saveur multiculturelle et la richesse d’un fond sonore des plus travaillés à cet album concept que le bout-en-train 7evenThirty se fait un plaisir de débiter de sa voix nasillarde et son flow tranchant, aidé d’une gymnastique verbale plus technique qu’à l’accoutumée. // Sam Rick

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ReapHit Bilan 2014 Album US Ray's Café

RAY WEST & OC – Ray’s Café

Vingt longues années ont passé depuis le classique Word…Life. A 43 ans, le vétéran de Brooklyn revient avec Ray’s Café, et montre que la retraite n’est pas encore pour tout de suite. Ray West se charge magnifiquement de la production de cet EP à l’ambiance résolument jazzy et enfumée, à l’image d’un café-concert des seventies où alcools et cigares côtoient playboys et loosers, faisant apparaître basses ou guitares, toujours dans un groove allant à merveille avec la musicalité de la voix du MC. // JulienLVRF

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ReapHit Bilan 2014 Album US Terrace Martin 3chordpulse

TERRACE MARTIN – 3ChordFold Pulse

Succès oblige, le multi-instrumentiste Terrace Martin a décidé de nous soumettre la suite, version Pulse de son debut album. Amoureux du jazz et du rythm and blues, Terrace et ses prestigieux invités nous emmènent spontanément dans l’antre de la black music. Le son digéré par le musicien est recraché par bribes et s’exprime avec talent, passant des sonorités plutôt hip-hop au jazz, blues ou R&B, créant plusieurs ambiances pour finalement n’en former qu’une seule. La sienne. // JulienLVRF

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ReapHit Bilan 2014 5 producteurs français bannière

ReapHit Bilan 2014 Producteur français Guts

Et de quatre ! Après trois opus instrumentaux sortis entre 2007 et 2011, et des compilations ensoleillées les années suivantes, Guts s’immisce à nouveau dans nos oreilles en cette année 2014 avec Hip Hop After All. Un album qu’il confie être un projet rêvé de beatmaker : en réunissant une pléiade d’artistes d’horizons différents (bien que tous anglophones) pour chanter/rapper sur ses productions, le producteur français associe une passion à une envie : la première, celle de créer de la musique, de construire des beats fondés sur LA boucle qui fera la différence ; la seconde, celle d’enregistrer aux Etats-Unis, avec les artistes avec lesquels il souhaitait collaborer.

En apprenant que les seuls artistes que Guts aurait aimé voir contribuer à l’album, et qui ne figurent finalement pas au générique de fin, sont Q-Tip et Pharoahe Monch, on ne s’inquiète pas une seconde de la qualité du casting final, avec raison : Grand PubaMasta AceRah DiggaLeron ThomasLorine ChiaAkua NaruCody ChesnuttMurs ou encore le jeune Dillon Cooper font partie de cette aventure qui vous mène en immersion au cœur du hip-hop, celui fait de samples chinés dans des vinylothèques de tout type.

La quiétude constante des instrumentaux de Paradise For All est nuancée sur ce nouvel album par des tracks comme « Innovations«  ou « The Forgotten (Don’t Look Away)«  . Mais l’énergie insufflée par des titres comme « As the World Turns«  ou « Want It Back » (feat. respectivement Rah Digga/Akua Naru - exceptionnelles – et Patrice) ou encore la bienveillance « chill » de « Forever My Love«  (feat. Grand Puba) et « It’s Like That » (feat.Dillon Cooper, définitivement proche de Joey Bada$$), dissipent toute inquiétude. Enfin, que serait un album de Guts sans sa petite dose (au moins) de funk et soul ( « Man Funk«  et « Roses«  , feat. Leron Thomas) ?

Mais n’allez pas croire qu’il s’agit là d’un retour aux sources hip-hop pour Guts, puisqu’il ne les a jamais quittées. / Lire notre interview et écouter l’album // Lilia

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ReapHit Bilan 2014 Producteur français Mr Ogz

MR OGZ - Bat la Mesure

Année prolifique pour le beatmaker nordiste. Moitié des Welsh Recordz et éminent représentant de la secte #SVBDP, le photographe/vidéaste/producteur nous a offert la prod de « Barabbas » sur Perdants Magnifiques, une collab avec Wapi et Liqid, les premières vidéos de No More Heroes, sans oublier bien sur un Battements des plus rafraîchissants. Donnant le tempo à Ahmad, Veerus, Perso, Samm, Grems ou encore A2H, Mr Ogz a réalisé l’un des projets les plus intéressants de l’année. // Florian

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ReapHit Bilan 2014 Producteur français Krampf

KRAMPF - Beatmaking Coloré

Des productions placées pour la MZ ou pour Metek, quelques remixes de morceaux américains bien sentis, deux ou trois instrus pour les copains de DFHDGB, et mêmes quelques morceaux d’electronica. Alors oui, on aura pas retrouvé le producteur sur une foule de titres, mais chacune de ses productions aura eu un certain retentissement. Cette année, Krampf aura surtout prouvé que son champ d’action est plus large que l’on ne pouvait l’imaginer, et qu’il faudra définitivement compter sur lui à l’avenir. // Nadsat

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10877601_10152961326397682_912557020_nJUST MUSIC BEATS – Marseille Envahit

Pas besoin d’un doctorat musical pour savoir que la scène marseillaise se porte à merveille. Entre les anciens d’IAM et la nouvelle génération symbolisée par PersoGino, ou les Kraftsmen, il fait bon de rapper à Marseille. Derrière cette réussite, un dénominateur commun et deux beatmakers : Oliver & Buddah Kriss. Toujours aussi productifs en 2014, ne leur demandez pas quel type de beats ils affectionnent, cela fait longtemps qu’ils ne raisonnent plus au style, mais au feeling. // Thadrill

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ReapHit Bilan 2014 Producteur français Frencizzle

FRENCIZZLE – L’Expatrié

Frencizzle fait partie – avec C-Sick – de ces quelques producteurs français qui sont parvenus à exporter leurs productions du côté d’Atlanta ou encore de la nouvelle scène de Chicago. Cette année, on le retrouve donc sur des projets de Chief Keef ou de Frenchie, mais aussi en France sur l’album de Metek. Ses réseaux américains devraient se pérenniser puisque le producteur est désormais signé sur la structure GBE, ce qui nous promet encore quelques belles collaborations à l’avenir. // Nadsat

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ReapHit Bilan 2014 5 Producteurs US bannière

ReapHit Bilan 2014 Producteur US El P

La carrière du bonhomme bien considérée, nous pourrions organiser une conférence de deux heures pour vous en parler. Sans compter que les flemmards que nous sommes avons décidé de ranger EL-P dans le tiroir des producteurs, quand nous aurions également pu vous parler du rap un peu brutal mais surtout provocateur du Producto. Mais finalement, c’est avec les mêmes adjectifs que nous serions tentés de décrire la musique d’EL-P. Pour résumer, une carrière sans faute, faite de plusieurs idées de ce que doit être la musique – l’évolution sensible entre Company Flow et ses trois albums solo, d’une agressivité parfois difficile d’accès, a probablement marqué plus d’un producteur hip-hop.

Et que serait une belle carrière sans quelques digressions ? Le duo qu’il forme depuis plus de deux ans avec Killer Mike, Run The Jewels, fait partie de celles-ci. Un premier opus en 2013, un deuxième cette année (même titre, jaquette quasi-identique), tout aussi réussi : un son futuriste, qui coule assez facilement pendant 40 minutes, issu d’un travail que l’on imagine appliqué ET rigolard à la fois : les résultats de la combinaison El-PKiller Mike sont en effet constamment d’un cynisme marqué, leur shit-talk toujours au service d’une dénonciation de l’hypocrisie ambiante. En témoignent les prises de position des deux artistes au sujet des événements qui secouent les Etats-Unis depuis la rentrée. Pas de violence gratuite, donc. // Ecouter Run The Jewels 2 / Lilia

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ReapHit Bilan 2014 Producteur US DJ Mustard

DJ MUSTARD – Le Colonel

Toute la génération Y danse au son de DJ Mustard. Productions minimalistes basées sur quelques notes de synthé-bass alliées à des kicks de 808, ajoutez ça quelques samples vocaux dissimulés dans la piste instrumentale et vous avez un beat de Mustard. La recette paraît simple mais reste diablement efficace, preuves en sont les multiples collaborations du producteur avec des vedettes du rap mainstream. Reste à savoir si le colonel se sera capable de se renouveler… // Nadsat

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ReapHit Bilan 2014 Producteur US L'orange

L’ORANGE - Un homme pressé

L’Orange aime le vieux jazz, l’abstrait et Billie Holiday, distribue ses quartiers disséminés ça et là depuis 2011, se raconte sans un mot, si ce n’est à travers interludes savamment choisis où l’émotion fait tout le boulot. L’Orange se joue de nous, mêlant tons sombres aux sentiments amoureux, joie sur fond noir. Surtout, L’Orange déparasite la production boom-bap avec une touche que peu se targuent de posséder…celle que l’on appelle simplement talent. Deux sorties cette année, pour autant de réussites. // JulienLVRF

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ReapHit Bilan 2014 Producteur US Metro BoomingMETRO BOOMIN – Trap Lord

Il ne lui aura fallu que deux ans pour devenir l’un des producteurs vedettes de la musique trap. On le retrouve cette année sur de nombreux projets marquants aux côtés de Migos, de Young Scooter, ou avec la surprise Travi$ Scott. Productions chargées en synthés distordus et en hi-hats, ambiances étranges, futuristes parfois, et rythmiques qui prennent à contre-pied tout en faisant bouger la tête. Si Metro Boomin était représenté par des images, il serait assurément un film de science-fiction horrifique. // Nadsat

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ReapHit Bilan 2014 Producteur US Large ProfessorLARGE PROFESSOR - Fontaine de Jouvence

L’intemporalité, c’est surement le qualificatif qui définit le mieux LP. Ne vous fiez pas aux poils blancs qui parsèment sa barbe, le quadragénaire reste la référence du beatmaking inaltérable au temps qui passe. En 2014, il a su imposer son touché que ce soit pour Mega Philosophy de Cormega, ou pour venir en aide aux anciens comme Jeru The Damaja et Illa Ghee. Large Pro devrait livrer dans les semaines à venir son 5e LP, histoire de rappeler que derrière le producteur se cache un MC de même envergure. // Thadrill

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ReapHit Bilan 2014 5 clips bannière

ReapHit Bilan 2014 clip Action Bronson Easy Rider

On le savait, Action Bronson est avant tout un personnage complètement fou dont on suit les aventures : au gré de ses différents vidéoclips, de son ancienne émission de cuisine, ou encore Fuck, That’s Delicious, délirant tour du globe gastronomique dans lequel le rouquin sort punchline sur punchline à chaque met ingurgité, ou à chaque taffe de verte avalée. Et bien voici pour vos yeux ébahis ce qui fut l’un des meilleurs clips de l’année, renversant une cinquantaine d’année de pop culture ricaine en quelques minutes.

Easy Rider. Les mordus de cinoche connaissent bien sûr ce classique de Dennis Hopper sorti à la fin des sixties, symbole d’une contre-culture où la ride, les bastons de bar et les moustaches sont légion. Dans un refrain qui « ride the Harley into the sunset », le Bronsolini ne peut pas être plus dans le ton. Las Vegas Parano, aussi. Toute une génération sous acide représentée dans cette seconde référence, avec images déformées et visions chelous. Citons Sons of Anarchy également, avec une branlée mémorable foutue à quelques blousons noirs en goguette, ou même Kill Bill, représentée par la fameuse église dans laquelle a eu lieu l’une des plus fameuses tueries tarantinesques. Et les Guns n’Roses, bien sûr, pour ce solo débranché du cuistot pour conclure cette vidéo en beauté. Pas content ? Fallait commenter le clip sur Youtube, Action t’aurait peut-être répondu sur cette vidéo Noisey, ultra-drôle as usual.

Chausse ton bandana, enfile ta mobylette, et essaie un peu d’aller défoncer quelques poivrots au PMU après avoir fumé du mauvais chichon. Trouve une gratte, rappe au-dessus et demande à un de tes potes de filmer le tout, tu verras. On déconne évidemment, il faut du budget, de bonnes références et un peu de talent. Et s’appeler Action Bronson, pardi. // Voir le clip / JulienLVRF

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ReapHit Bilan 2014 clip Kendrick Lamar & Flying Lotus Never Catch meKENDRICK LAMAR & FLYING LOTUS – Never Catch Me

Le dernier album de Flying LotusYou’re Dead! était attendu. Le clip de « Never Catch Me », sorti en amont, annonçait déjà la couleur d’un album surplombé par la mort, mais d’une façon originale : rien de lugubre dans tout ça, voilà ce que nous dit le point d’exclamation. L’interjection d’un enfant qui pointe l’un de ses copains de son index, le pouce levé vers le ciel pour lui faire comprendre qu’il est mort… Mais c’est « pour de faux » bien sûr, ou en tout cas, ce n’est pas la fin du jeu. // Lilia

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ReapHit Bilan 2014 clip 20syl Kodama20SYL – Kodama

Après avoir flairé le bon coup avec C2C et fort d’un succès énorme, 20Syl a repris son petit bonhomme de chemin solo pour l’EP Motifs. La vidéo minimaliste de « Kodama » , titre phare du projet, outre une très jolie esthétique épurée, a l’énorme avantage de faire comprendre la musique de 20Syl au plus grand nombre. Le clip compose la musique, visuellement, dévoilant toute la complexité et l’énorme travail du beatmaker, son statut de multi instrumentiste, et son boulot de chasseur de samples. // Florian

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ReapHit Bilan 2014 Clip The Roots NeverTHE ROOTS – Never ft. Patty Crash

Onzième album pour The Roots, sorti sans aucune promotion ou presque. Une explosion limitée mais des critiques unanimes. Avec la mise en image de « Never » en featuring avec Patty Crash, le thème général de l’album, et à fortiori de The Roots depuis le début de la formation, nous apparait magnifié. : la violence de la ville, de la vie, qui semble s’exprimer ici à travers l’ennui, l’immobilisme du quotidien. Un album caractéristique des nuances dont le groupe est capable, tant dans les textes que dans la musique. // Lilia

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ReapHit Bilan 2014 Clips Butters Bullet HugoBUTTER BULLETS – Hugo

Avec son imagerie surréaliste et délirante, le clip d’ « Hugo » est bel et bien cohérent vis-à-vis de l’esprit Butter Bullets : les images pop et cauchemardesques s’entrechoquent sans que l’on comprenne forcément le lien de cause à effet qui viendrait les relier. Du coup, les auditeurs ne savent toujours pas par quel bout prendre le groupe. Sont-ils vraiment sérieux ? On a pas la réponse, et ça tombe bien, c’est pour cela qu’on les aime.  Une chose est sûre, ils possèdent toujours les meilleurs haters de France. // Nadsat

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ReapHit Bilan Année 2014 5 Vinyles bannière

ReapHit Bilan 2014 vinyles BadBadNotGood III

BadBadNotGood est un trio de jazz originaire de Toronto. Des gamins d’à peine vingt ans, petits génies de conservatoire qui cumulent déjà quelques prestigieux faits d’armes. Des compos pour Tyler The Creator et Franck Ocean, et de sacrées covers de Kanye West, A Tribe Called Quest ou Feist, entre autres. En bons diggers, nous avions déjà posé nos oreilles attentives sur le très joli picture disc de Flashing Lights / UWM, et sur un BBNG II qui se vend déjà à prix d’or malgré la piètre qualité sonore du pressage vinyle.

C’est donc des plus attentifs que nous avons guetté la sortie de ce troisième opus. A peine la cellule glissant sur la surface noire qu’un premier constat s’impose : les canadiens ont compris la leçon et l’album bénéficie ici d’un pressage digne de ce nom. Rassurés, nous nous laissons embarquer à bord de ce petit chef d’oeuvre.

BadBadNotGood tente, expérimente et finalement sublime. Le panache des génies qui semblent ignorer qu’ils révolutionnent le genre. III c’est la modernité qui manquait au jazz cosy et poussiéreux de papa, le presque rien rajouté en fin de cuisson pour relever le goût. En mêlant les compositions jazz du groupe à une touche d’électro, subtile, délicate, le groupe ouvre le genre à bons nombres d’influences. Pop, rock, jungle, émo et bien sur hip-hop se côtoient dans un superbe ballet à l’intensité rare. Tout en mesure et en subtilité, III nous tient en haleine d’un bout à l’autre à la manière d’un vieux polar.

Le groupe n’a pourtant pas choisi la facilité ni fait dans la vulgarisation grand public, bien au contraire, et sortir des sonorités aux accents jazz marqués, denses et complexes, était un pari risqué, mais réussi. III est le genre de vinyle qui fait passer un groupe de petit « coup de cœur confidentiel » à « nouvelle sensation musicale planétaire » , un must have que tout bon mélomane se doit de posséder, le vinyle de l’année. // Florian

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ReapHit Bilan 2014 vinyle Shaolin SoulSHAOLIN SOUL – Trilogie  (Réédition) 

Inutile de présenter la cultissime compilation Shaolin Soul, regroupant les titres de soul originaux, samplés par les gros noms du rap dans des intrus connues de tous. Les galettes ne datent pas d’hier mais devenaient difficiles à trouver. Cette réédition des deux premiers volumes originaux, assortis pour l’occasion d’un troisième très dispensable, a fait le plus grand bonheur des diggers retardataires. A peine le diamant posé sur la surface noire que le plaisir revient et que le jeu commence. Allez…blind test ! // Florian

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ReapHit Bilan 2014 vinyle Step Brothers Lord Steppington

STEP BROTHERS – Lord Steppington       

Step Brothers, c’est le duo formé par les deux inséparables adolescents attardés Evidence et Alchemist. Milles influences et sonorités pour une compétition bon enfant entre nos deux acolytes, Lord Steppington est distrayant et travaillé. Les boug’ n’ont de surcroît pas blagué sur le packaging. Une pochette entourée d’un velours bordeaux, proprement ornée d’un logo soigné gravé en lettres d’or. Une lourde galette toute de doré vêtue, les Bro’ respectent le format et ça se sent. Shut up and take my money ! // Florian

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DILATED PEOPLES – Directors of Photography

Retour en groupe, huit ans après 20/20, pour ces piliers du rap américain. Trans-générationnel, un pied dans la old school, l’autre dans la new school, les DP sont un mythe. Directors of Photography est dense, et l’on enchaîne les tracks comme on capte un instant de vie. Le packaging n’est pas en reste et le groupe nous propose une édition vinyle simple, mais efficace. Dans un double gatefold mat, chaque titre est illustré par un polaroïd d’Evidence. Joli écrin pour deux vinyles transparents à la pureté fascinante. // Florian

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ReapHit Bilan 2014 Al Tarba Let the Ghosts Sing

AL TARBA – Let The Ghosts Sing

Après avoir longtemps exploré les sillons de vinyles oubliés, Al’Tarba sort à son tour un album au format du disque noir. Éclectique tout en restant cohérent, Let The Ghosts Sing est la représentation même de l’évolution du beatmaker qui a su intégrer de nouvelles influences tout en conservant l’esprit de sa musique. Alors quand cette chorale autant absurde que démoniaque demande à ce qu’on plonge dedans, c’est avec joie que l’on fait glisser le diamant sur l’obscurité de ce disque. // Nicolas

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ReapHit Bilan 2014 5 articles bannière

ReapHit Bilan 2014 Articles Abcdrduson prose combat histoire d'un classique

Comment ne pas être béat d’admiration devant l’énorme travail qu’à fournit l’Abcdrduson, en collaboration avec Le Mouv’, pour les vingts ans du classique Prose Combat. L’histoire est aussi belle que touchante. Tout commence, à notre connaissance, par une lettre ouverte à MC Solaar en janvier 2009. JB, à fleur de peau, nous tire presque les larmes dans un hommage tout en finesse à Claude MC. 5 ans plus tard, l’Abcdr nous livre un monument, l’histoire de Prose Combat gravée dans le marbre.

Pour la jeune génération, bête et insolente, Mc Solaar c’est avant tout le mec qui essaie de se taper Lorie à chaque tournée des enfoirés. Certains peut être ont de vague souvenirs des quelques tressauts d’une fin de carrière peu glorieuse, rien de plus. Pourtant, le destin de Monsieur Claude est étroitement lié à l’histoire du rap français, les plus studieux le savent bien. Des premiers balbutiements entouré de Dee Nasty et Lionel D sur Radio Nova au succès de « Bouge de là » , premier single rap au succès national, en passant par les collaborations avec De La Soul et Guru, monsieur M’Barali à fait ses classes avec brio au point de décrocher une victoire de la musique en 1992 (on se souvient encore du pull en laine). En 1994, c’est donc un champion toutes catégories d’a peine 25 ans qui remonte sur le ring pour son sacre, son deuxième titre successif : Prose Combat.

Un succès énorme – 100 000 exemplaires vendus en dix jours – une génération entière marquée, un succès critique et populaire, Mc Solaar ouvre le genre au média de masse et au grand public et grave son nom en lettre d’or au panthéon de l’industrie musicale. Pourtant aujourd’hui, vingt après, à l’heure où le rap français retrace son histoire, compile son patrimoine, cet album disparait. En raison d’un conflit jamais résolu entre le rappeur et sa maison de disque de l’époque, l’album n’est pas repressé, interdit à la vente digital et bannit des ondes radios. L’abcdr saisit l’occasion de cet anniversaire pour le remettre en lumière d’une magnifique manière. L’histoire de Prose Combat, le disque et son époque, racontés par ceux qui l’ont fait / Lire la suite. // Florian

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ReapHit Bilan 2014 Article Snatch metek musicien et rodeur

SNATCH : Metek, Musicien et Rodeur

Si le vécu fait l’artiste, nul doute que Metek mérite sa double citation au sein de ce bilan. Snatch frappe fort et nous offre un portrait passionnant du neveu de Jean-Jacques Goldman. Cet illustre inconnu au parcours impressionnant, à la carrière brinquebalante qui laisse pantois. Une vie d’artiste – la vraie – de réussites en embuches, d’éclairs de génie en sortie de route. Récit de 35 années en dents de scie entre la rue et la jet set, entre prison et maison d’édition, entre le marteau et l’enclume. // Lire la suite / Florian

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Reaphit Bilan 2014 Articles Arte Radio Time Bomb Explose

ARTE RADIO : Time Bomb Explose

Excellente surprise que ce documentaire radiophonique offert, presque sans prévenir par Arté Radio. Avec une justesse rare, et un sérieux journalistique qui n’est plus à prouver, l’institution Arté rend un hommage posthume au mythique label Time Bomb. Véritable pouponnière du rap français des 90′s, label indépendant luttant contre les majors, tous où presque sont passés par là. Oxmo, les X-Men, DJ Sek et Pit Baccardi témoignent sur ces rencontres qui ont marquées l’histoire. // Ecouter le podcast / Florian

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ReapHit Bilan 2014 Article Snatch Moda le rappeur trappé

SNATCH : Portrait / Moda du Ministère Ämer, le rappeur trappé

L’année 2014 fut aussi celle d’un retour des plus inattendu. Le 22 septembre dernier Stomy et Passi exhumaient le corps du Minister A.M.E.R pour un show à l’Olympia célébrant le vingtième anniversaire de 95000Les deux compères ne couraient plus aussi vite que les balles, mais même Brigitte était là pour se rappeler ses folles années. Profitant de l’occasion, Snatch nous a offert l’histoire du groupe à travers un portrait original et savoureux, celui de Moda. Soldat sarcellois inconnu et grand oublié. / Lire la suite // Florian 

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Reaphit Bilan 2014 Pure Baking Soda The Rise and Rise of Atlanta

PURE BAKING SODA : The Rise and Rise of Atlanta part. 1&2

Lampe frontale et brosse d’archéologue, Pure Baking Soda, joue les historiens et nous conte le récit méconnu du rap d’Atlanta. Des premières pierres, posées pas les migrants à l’explosion et la reconnaissance du style, ici, on écrit l’histoire. Détails fascinants et anecdotes méconnues autour du destin de John Abbey, d’Ichiban Records et Big Oomp, parsèment ce dossier en deux parties. Les plus fainéants néophytes pourrons tout de même apprécier la jolie sélection de son. / Lire la suite // Florian

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ReapHit Bilan 2014 5 Artistes 2015 bannière

Reaphit Bilan 2014 Artiste 2015 Joey Badass

2012 : Joey Bada$$, 17 ans, est découvert par une partie du public hip-hop, pourtant fatigué de tant d’autres artistes aux noms dollarisés. Mais la verve de Joey a su convaincre les plus sceptiques. Un départ si fracassant nous faisait néanmoins l’attendre au tournant. Mais après le succès de trois mixtapes en solo, quatre autres avec l’ensemble de son collectif et une tournée, il est impossible de dire qu’une réelle fausse note a été commise. 
Si l’on imagine le rappeur loin des stéréotypes américains, il ne reste pas moins le fruit de son environnement. Son œuvre est ainsi emprise de spiritualité. Inutile de s’étonner lorsque Bada$$ parle de chakras en interview, par exemple !

Si Bada$$ est prolifique, cela semble s’expliquer par le fait qu’il soit animé par le profond sentiment que chacun vit pour une raison précise. Selon lui, chacun a un but, chacun a un message à délivrer. Bada$$ transmet ainsi dans chacun de ses morceaux, son envie d’avertir les âmes ingénues. Le logo « 47 » du collective Progressive Era, détournement de la Svastika, pose néanmoins certaines questions. Le talent de Bada$$ peut-il être érodé par une volonté nouvelle de faire des morceaux « choc » ? Autrement dit, son 1er album, annoncé pour janvier 2015, pourrait-il être un échec ?

Il semble peu raisonnable de répondre par l’affirmative. Humble, concentré sur l’essentiel et détaché des tendances éphémères, Joey Bada$$ a prouvé qu’il avait les qualités nécessaires pour s’inscrire dans la durée. La tracklist de l’album, divulguée il y a peu, est alléchante. On y retrouve entre autres DJ Premier et Action Bronson. // Ecouter ses projets / Sonia

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ReapHit Bilan 2014 Artiste 2015 gradurGRADUR - Ascension Programmée

Une explosion si soudaine que certains pensèrent qu’il ne s’agissait là que d’une étoile filante. Surfant sur les vagues trap et drill, armé d’une certaine dose de charisme et d’une voix marquante, Gradur livre un rap violent et sans concessions. Après un bootleg et une mixtape, le nordiste devait sortir son album en fin d’année, mais le projet sera pour 2015. L’attente populaire ne cesse de monter, et la fanbase de l’artiste n’en finit plus de grandir. Reste à voir si l’intensité de l’explosion sera aussi forte que prévue.  // Nadsat

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ReapHit Bilan 2014 Artiste 2015 MakalaMAKALA - De la Suisse Naturellement 

Le jeune Makala ne reste que très peu exposé de notre côté de la frontière. Désintérêt pour le rap suisse ? Il doit y avoir un peu de ça… Pourtant, il apporte un univers ultra-travaillé composé de parties chantées savoureuses, de refrains accrocheurs, d’un flow solide, d’arrogance naturelle, et de talent évident. Un gamin turbulent et décomplexé qui s’éclate sur des productions trap au tempo lent. Une collaboration transfrontalière avec Alpha Wann serait prévue pour 2015… // JulienLVRF

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ReapHit Bilan 2014 Artiste 2015 The Old DroogYOUR OLD DROOG - Sur un air de Nasir Jones 

N’est pas NaS qui veut, et même si Your Old Droog s’en rapproche, il est encore loin de pouvoir dépasser le maître. Mais le MC a eu la subtilité de jouer sur les ressemblances créant un buzz solide et intelligent. Intelligent parce qu’en restant silencieux sur son identité, le MC a su attirer la curiosité des listeners donnant une vraie visibilité à son travail. Solide parce qu’il a toutes les caractéristiques du bon rappeur, un flow imposant et une écriture de rue rappelant le Nasir des débuts. Un premier LP plutôt prometteur // Thadrill

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ReapHit Bilan 2014 Artiste 2015 IchonICHON – Entre le Bif’ et l’Usine.

Cela fait un petit moment que Bon Gamin à décidé de prendre les choses en main dans un rap game parisien de plus en plus fainéant. En digne représentant du groupe, Ichon a marqué l’année grâce à un « Pulsion » charismatique, violent, totalement démentiel. Hors norme, le parisien à enfoncé le clou avec Cyclique, varié, très bien produit et cohérent, un premier EP des plus convaincants. Nul doute qu’Ichon a les dents longues et qu’il faudra compter sur lui en 2015 // Florian

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ReapHit Bilan 2014 5 retours attendus en 2015 bannière

ReapHit Bilan 2014 Artiste 2015 Despo Rutti

« Je m’appelle Simba, appelle-moi Majster… c’est majesté » . On l’a écouté, encore et encore ce nouveau titre de Despo Rutti. Tout au long de l’année, apprécié le style, reconnu la plume, ri jaune et espéré plus…

En 2011 déjà, Pascal Trésor nous annonçait Les funérailles des tabous - successeur attendu du très bon Convictions Suicidairesavec le single « Apocalypto » . Un morceau coup de poing, puis plus rien. Des différends avec son producteur de l’époque contraignent Despo à avorter le projet, et l’idée est oubliée. Pourtant, dans l’ombre, le pavillonnais n’a pas chômé, et on lui doit notamment le retour de Kaaris sur le devant de la scène via le très bon « Vendeur de Nah-Nah » , un rôle principal dans FLA de Djinn Carrenard, ainsi qu’une collaboration inattendue et dispensable avec Mokless et Guizmo pour l’épisode Jamais 203.

Fort de ces nouvelles connexions, c’est chez Yonea & Willy, qu’il annonce – de nouveau – en avril dernier, son nouvel album solo tant attendu, via le titre éponyme : « Majster » . Plaisir immense que de retrouver à nouveau le soldat sans grade, seul, dans son élément. Terminés les couplets au timing formaté, et le respect des structures rendu obligatoire par le travail de groupe, place au hors format. Un morceau de six minutes sans refrain, dense, noir, arythmique. Un humour grinçant, une arrogance et une lucidité rare : du Despo Rutti.

Une écoute, puis deux, puis cent. Nous avons attendu et espéré l’album annoncé durant le reste de l’année. Sans succès. Croisons les doigts pour un retour en force, sans embûches, en 2015. Car à en croire Despo« Dans le hardcore, il y a des choses qui n’ont pas encore été faites en France, qui n’ont pas encore été exploitées. Et je suis pressé de faire découvrir ça aux gens » . Nous, on est prêts. // Lire notre « 1 Artiste… 10 Morceaux » Despo Rutti / Florian

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ReapHit Bilan 2014 les retours Joe LucazzJoe Lucazz Réapparait 

Joe Lucazz, c’est cet homme de l’ombre officiant au sein de l’écurie Néochrome depuis plusieurs années déjà. Celui dont on reconnait la voix, mais aussi le style entre mille, même au coté des X-Men, de Flynt, Nakk ou du Rat Luciano. Un vécu « d’ex-drug dealer » assumé mis au service d’une plume sombre et imagée, presque vingt ans après ses débuts, Joe continue de cracher le verbe avec une élégance rare . L’excellent « Je disparais » nous fait attendre de pied ferme le braquage annoncé. // Juliette

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ReapHit Bilan 2014 Les retours Phat KatPhat Kat – 8 Ans Plus Tard

Derrière la ville morte que symbolise Detroit se cache une fourmilière de talents sur laquelle l’ombre de J-Dilla continue de peser. Derrière l’héritage du maître se cache un de ses collaborateurs prodiges : Phat Kat. L’homme n’a certes pas les talents de beatmaker de son frère spirituel, mais reste l’un de ses légataires les plus respectés. Après Carte Blanche, qui faisait la passation musicale entre J.Dilla et Black Milk, on devrait le retrouver avec Rededication To The Suckas en 2015. // Thadrill

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ReapHit Bilan 2014 Les retours LinoLino - VLB King

Quatre extraits de son nouvel album auront suffit à nous convaincre. C’est indéniable : en 2015, Lino vient reprendre son trône. Plus de projet depuis Paradis Assassiné en 2005, si ce n’est une version avortée de Radio Bitume et de multiples apparitions à la qualité toujours irréprochable. C’est donc bel et bien 10 ans plus tard, le 12 janvier, que Monsieur Bors reviendra distiller son Ärsenik. Il n’y a pas de doute, c’est de Villiers-Le-Bel que sonnera le glas du rap français à la sortie de ce Requiem ! // Théo

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ReapHit Bilan 2014 Les Retours SoklakSoklak – Maow Maow Tranquilamente 

Le retour surprise du maquisard de la plume derrière le mic, annoncé avec « Inadapté« , n’en finit plus de nous faire frétiller d’impatience. Quatre ans après l’excellent Maow Airlines, le Chat montreuillois revient chatouiller l’instru de sa voix rauque avec Le Marginal, un projet promis plus brut, plus direct, que son prédécesseur. L’envie d’un coup d’éclat, un dernier kif et le luxe d’un unique pressage vinyle pour ce qui sera son dernier album rap. En toute indépendance, en toute âme et conscience… // Florian

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ReapHit Bilan 2014 Playlist de l'année bannière

Vous avez tout lu ? Menteurs. Bon, comme on est compréhensifs, voici une playlist Youtube qui récapitule un peu tout ce qu’on a raconté plus haut, à laquelle on a rajouté plein de morceaux ou de clips qu’on a aimé en 2014. Classée par date de publication, donc d’une cohérence discutable au vu de la diversité des écoutes de chacun, mais il y a de quoi écouter/regarder pour quelques heures, se remémorer les meilleures sorties, ou simplement découvrir ce que vous avez pu manquer.

Voilà, c’est fini ! N’hésitez pas à déposer toute plainte sur notre page Facebook ou notre Twitter, on sait que votre cousin aurait eu sa place dans ce bilan, mais on ne peut malheureusement pas tout mettre.

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Spéciale Coely & Jabrail

A l’heure où la régularité de Sous-Culture sur Radio Campus Grenoble se réduit, l’émission Sweet Caroline diffusée sur Radio Cultures Dijon s’associe au partenariat avec ReapHit. P.O. et Antoine (ancien de Sous-Culture) vous présenteront donc chaque semaine le podcast dédié accompagnés de quelques mots et anecdotes. Quand cela sera possible, Nabil et Gabriel de Sous-Culture, y joindront leur podcast pour une double publication. Le crédo de Sweet Caroline est le même que pour Sous-Culture (thèmes, interviews, freestyle…) à la différence près que l’émission dijonnaise se la joue parfois à l’américaine.

Cette semaine nous partons à la découverte d’un jeune talent féminin belge d’à peine 20 ans. Souvent comparée Lauryn Hill, c’est à La Vapeur que Coely a bien voulu nous rencontrer pour nous parler de son ascension et son premier ep RAAH – The Soulful Yeah. Cette rappeuse est souvent congratulée pour son énergie et elle le prouve dans l’interview…

Dans le studio, en deuxième partie d’émission, nous accueillons le rappeur dijonnais Jabrail pour la sortie de son premier ep, Tour de Garde, produit par Ancery, qui mérite d’être saigné. Il n’est pas venu tout seul puisque l’émission vous permettra aussi de faire connaissance avec Ancery, Matthias Douriaux et le rappeur Maka Singjay qui accompagnera d’ailleurs Jabrail pour le freestyle final. Clin d’œil puique Mattias Douriaux le graphiste de l’EP Tour de Garde est aussi aussi l’auteur du logo de la page Facebook Le Vrai Rap Français tenu par Julien de chez notre partenaire Reaphit.com

Emission du 17 Décembre

ReapHit s’associe aux Impromptus, cette émission matinale diffusée le mercredi de 7h à 9h sur les ondes de CISM 89,3 FM, la radio étudiante de l’Université de Montréal (rien de moins que la plus grande radio universitaire francophone au monde !). Chaque semaine, vos québécois Sam Rick et JF Harvey vous proposerons un programme atypique : Rap x Politique x Sport x Humour. Des discussions sur des sujets chauds en matière de politique et de sport, agrémentées par une sélection musicale 100 % rap émergent. Êtes-vous prêt pour votre expérience Impromptus ?

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Retour en force des Impromptus avec un programme classique où l’on discute politique, sport, en plus de vous réserver un segment totalement disjoncté. On débute avec le cas du prétendant à la chefferie du Parti Québécois, Pierre Karl Péladeau , et des déclarations de la FECQ (Fédération Étudiante Collégiale du Québec) se disant inquiète de voir dans son entourage un militant appuyant le processus juridique initié par l’ancien carré vert Laurent Proulx, visant à nullifier la formule Rand en quelque sorte. De quel côté penchera PKP?

On poursuit en discutant de Saku Koivu, l’ancien capitaine finlandais du Club de Hockey des Canadiens de Montréal et de l’éventualité que ce dernier voit son chandail hissé dans les hauteurs du Centre Bell. Pour JF, la question ne se pose même pas. C’est non.

On analyse ensuite le comportement de Richard Bergeron depuis sa nomination au sein du comité exécutif du maire de Montréal, Denis Coderre. On le voit maintenant défendre le prolongement de l’Autoroute 19 ainsi que la construction de stationnements au centre-ville… Incroyable lorsqu’on connait un peu l’homme et ses idées! JF cloture l’émission en vous présentant ses 5 conseils sur les bonnes façons de se comporter aux toilettes publiques… N’importe quoi? C’est un soulagement pour lui en tout cas!

Déjà à la mi-décembre, c’est l’heure de la première édition des tops 2014 de notre Ricky-Des-Neiges national et… bientôt international, délaissant pour la première fois sa zone de confort du quartier Côte-Des-Neiges pour la Belgique! Rendez-vous la semaine prochaine pour l’édition finale des tops 2014 de vos Impromptus.

Playlist :

Rap Canadien
#8 – Swollen Members – Odd Goblins (Brand New Day)
#7 – Omar Linx – Interstellar (Single)
# 6 -KazMega – Coffee N Cream (Everybody’s KINg 1.0)
# 5 – Snak The Ripper – Karma (Just Giver)

Rap France/Belgique
#12 – Jean XVI – St-Jass De Compostelle (Jean XVI)
#11 – L’argent de la drogue – SANS TITRE, SANS THEME (NO FUTURE)
# 10 – Soklak – Inadapté (Marginal)
#9 – Lacraps – La Poignée de Punchlines pour Give me 5 prod. (Machine à Écrire)
#8 – Alpha Wann – Steven Seagal (Alph Lauren)
# 7 – Sameer Ahmad – Crop Circle (Perdants Magnifiques)

Rap US & autres
#8 – Pharoahe Monch – D.R.E.A.M. feat Talib Kweli (PTSD : Post Traumatic Stress Disorder)
#7 – Statik Selektah – The Imperial ft. Action Bronson, Royce Da 5’9, & Black Thought (What Goes Around)
#6 – Crown (of Grim Reaperz) – BACK IN A DAYZ feat Kouzumin, El Da Sensei & Paloalto (Pieces To The Puzzle)
#5 – 7even Thirty – Russian Revolver (The Problem)

Rap québécois
# 12- LOUD PACK – Représente (The Funk Phenomenon)
#11 – Ben aka Lindien & Chukk James – Anguille Sous Roche ft. Perso (Le Turf) (De Part Et D’Autre)
#10 – Loud Lary Ajust – Mort Lente (Blue Volvo)
#9- Lezestis – Poétiquement correct avec Paranoize & Sadam Huss (LEZESTIS)
#8 – EMAN X Vlooper – Mantra (XXL)
# 7 – Dézuets d’Plingrés – Suce mon index (Inédits Vol.2)

Diamond D // The Diam Piece

Ça sent bon le détergent et les draps parfumés à la lavande en ce dimanche matin. Rien d’étonnant pour l’un des événements culturels les plus attendus de l’année au sein de cette maison retraite : le bingo animé par Diamond D. Et pour cette année, le Diamond est venu avec son The Diam Piece et une liste d’invités plus fous les uns que les autres, de quoi faire monter mamie aux rideaux. Pour l’occasion, on a réglé les pacemakers en mode économie d’énergie et augmenté la dose de codéine dans les cachetons. De là à ce que ça finisse en bal guinguette version Marc Dorcel, il n’y a qu’un pas… Par contre, pour ceux n’ayant pas atteint le 3ème âge dans le rap, il est fortement conseillé de fuir directement cette session bingo à la Diam Piece… 

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Plus les années avancent, et plus on aimerait que certains MC’s et beatmakers prennent définitivement leur retraite. Dans un contexte où le rap s’écoute avec le même plaisir que de remplir un dossier administratif pour un prêt immobilier, on se dit qu’il est évitable que d’anciennes gloires viennent rajouter leur boulet musical à ceux de la nouvelle génération. Certains semblent avoir voulu appliquer ce désir bien au-delà de notre volonté, puisque Diamond D, lui, va directement se positionner avec son nouvel album dans la case maison de retraite, pour ne pas dire hospice. Une opportunité nouvelle qui nous fait penser que si le rap n’est pas mort, il attend sagement le passage de la faucheuse chaussé de ses plus belles charentaises dans un fauteuil roulant.


Diamond D feat Pharoahe Monch – Rap Life 

Évoquer Diamond D, c’est passer en revue ses albums StuntsBlunts and Hip Hop et HatredPassions and Infidelity, c’est déterrer une partie de l’héritage du plus gros crew de rap, le D.I.T.C., et enfin c’est croiser l’un des plus gros remixers du rap américain. L’auteur de « Let Your Thoughts Fly Away » sur le dernier Dilated Peoples fait partie du carré VIP des plus gros producteurs que le rap ait connu. Mais derrière ce portrait doré, il y a une part d’ombre qui démontre son incapacité actuelle à sortir un album de qualité complètement produit par ses soins depuis 10 ans. L’année 2014 en est la parfaite démonstration : là où le natif du Bronx continue à exceller dans la livraison de petites bastos ( « Cypher » pour Fat Joe en 2013, « No Time To Waste » pour J-Live en 2011, etc), il reste complètement terne sur long format. Premier exemple avec le DoomsDay de BIGREC où il gère l’ensemble de la production, une combinaison alléchante au premier abord qui finit en apocalypse de la consternation à la fin de la première écoute. C’est donc dans un sentiment d’euphorie et de méfiance que The Diam Piece vient intégrer nos playlists où Diamond D assure l’ensemble de la production, chose qu’il n’avait pas faite depuis Grown Man Talk en 2003.

The Diam Piece a donc tous les attributs, pour ne pas dire toutes les qualités, pour venir ambiancer les maisons de retraite, aussi palpitant qu’une session de bingo, ce nouvel essai de Diamond D est assez insipide pour éviter toute montée de palpitant. Offrir ce type d’album à un jeune en lui disant « ça c’est du vrai rap » aura autant d’effet que de lui offrir l’intégrale de l’Inspecteur Derrick en lui balançant : « ça c’est de la vraie série TV ». Diamond D étant au préalable plus un beatmaker de talent qu’un MC au delivery complet, on s’attendait à être bousculé par ses productions, mais malheureusement les vagues sonores sont aussi impressionnantes que celles de la Mer Morte. On est donc obligé de s’accommoder du meilleur du pire, une sélection pas plus longue qu’un fémur de nourrisson : « Rap Life » , « Only Way To Go » , « Handz Up » (mais vraiment que l’instru) et « Pain » .


Diamond D feat. Pete Rock - Only Way 2 Go 

Une fois ces 4 tracks mises de côté et avec la certitude que d’ici un mois, on les aura oublié, les 15 tracks restants sont un espèce de calvaire à vivre comme une punition. Entre ambiance smooth transparente à la « Were’s The Love » (et cet immonde hook) et « Hard Days » , sons boom-bap sans relief à la « I Aint The One To Fuc Wit » et « Take Em Off » , on se demande où sont passées les oreilles de Diamond D. Si en plus d’un manque évident de créativité musicale, vous arrivez à cumuler des prestations ridicules sur un refrain digne de la peine de mort, vous ne devriez pas tomber plus bas. Et à ce jeu, on peut aisément affirmer qu’avec « We Are The People Of The World » , Diamond D ne pourra jamais aller plus bas, on essaye de comprendre, mais on ne peut pas. L’album aurait très bien pu s’appeler « Diamond D & Friends » ce qui aurait pu légitimer de se retrouver à subir les prestations microphoniques de ses potes producteurs : Hi-TekPete RockNottzAlchemist et Scram Jones. Il est donc dur de pouvoir déblatérer sur le niveau actuel du mceeing quand les anciens se permettent de mettre derrière le micro des mecs qui n’ont aucun flow ni aucun talent d’écriture.

Pour le reste des invités, leur participation devrait leur permettre une réduction d’impôts pour participation à œuvre sociale d’intérêt public, on a donc une pensée émue pour Guilty Simpson et Rass Kass pour devoir rapper sur « 187″ , on aimerait appeler les secours pour venir en aide à Talib Kweli et Elzhi sur « Where’s The Love » et on aimerait distribuer des couvertures chauffantes à Black Rob, Kurupt et les Tha Alkaholiks plutôt que de les entendre rapper une seconde de plus sur les instrus proposés par Diamond D.

La place de ce The Diam Piece ne fait aucun doute : en maison de retraite là où les pensionnaires pourront être considérés comme chanceux que le temps passé ait détérioré leur qualité auditive pour pouvoir subir ce cauchemar musical. Diamond D a beau pouvoir se vanter d’être une part de l’histoire du rap, il n’en reste pas moins sur que cet album est complètement wack. Dur bilan certes, mais certainement moins dur que les amateurs de bon rap qui ont attendu avec impatience la sortie de cet album…

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Joey Bada$$ // No.99

Si l’on suit un tant soit peu l’actualité du rap, difficile de passer à côté de Joey Bada$$. De mixtape en mixtape, le jeune rappeur de Brooklyn a su imposer son nom et prouver qu’il faudrait désormais compter sur lui. A l’aube de son premier album, B4.DA.$$, Joey se met en image à travers « No.99″ , clip autant sauvage qu’entraînant. Venu en découdre avec ce qu’il appelle la « Supremacy », l’insolent réunit son armée pour déclarer la guerre.

Torches allumées, battes en main, les hommes armés défilent et imposent leur chaos sous l’œil des caméras. Pas de doute, Joey Bada$$ est fin prêt pour s’ancrer durablement dans le rap, et le repli n’est pas une option. De quoi patienter jusqu’à la sortie de ce premier disque studio, le 20 janvier prochain, jour de ses 20 ans.

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Georgio & Beny Le Brownies

A l’heure où la régularité de Sous-Culture sur Radio Campus Grenoble se réduit, l’émission Sweet Caroline diffusée sur Radio Cultures Dijon s’associe au partenariat avec ReapHit. P.O. et Antoine (ancien de Sous-Culture) vous présenteront donc chaque semaine le podcast dédié accompagnés de quelques mots et anecdotes. Quand cela sera possible, Nabil et Gabriel de Sous-Culture, y joindront leur podcast pour une double publication. Le crédo de Sweet Caroline est le même que pour Sous-Culture (thèmes, interviews, freestyle…) à la différence près que l’émission dijonnaise se la joue parfois à l’américaine.

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Cette semaine nous avons le plaisir de vous présenter l’interview de deux jeunes espoirs de ce rap jeu. J’ai nommé Georgio et Beny le Brownies. L’un vient de Paris 18, l’autre d’Annecy. L’un excelle dans le rap dit classique, l’autre a sur ramené un style unique en France comparable à celui des californiens de Odd future.

Nous les avons rencontrés en marge de leur concert à la Vapeur, le 27 novembre dernier. Ils partageaient l’affiche avec Set & Match et la rappeuse belge Coely. Pour Georgio, l’interview s’est faîte à 18 heures à une heure où le calme règne encore dans l’antre de la salle dijonnaise. Pour Beny, la soirée était déjà bien avancée avec tout le bordel que cela suppose et toutes les surprises que cela comporte (comme la présence de Greg Frite à ses côtés dans les loges…)

De la jeunesse dans le rap français, à leurs influences, en passant par leurs coups de cœur et leurs projets nous avons donc essayé d’en savoir plus sur deux jeunes hommes dont vous n’avez pas fini d’entendre parler.

Emission du 10 Décembre

ReapHit s’associe aux Impromptus, cette émission matinale diffusée le mercredi de 7h à 9h sur les ondes de CISM 89,3 FM, la radio étudiante de l’Université de Montréal (rien de moins que la plus grande radio universitaire francophone au monde !). Chaque semaine, vos québécois Sam Rick et JF Harvey vous proposerons un programme atypique : Rap x Politique x Sport x Humour. Des discussions sur des sujets chauds en matière de politique et de sport, agrémentées par une sélection musicale 100 % rap émergent. Êtes-vous prêt pour votre expérience Impromptus ?

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C’est le grand retour de vos Impromptus après deux semaines d’absence, en profitant pour inviter au passage le coloc du jeune Ricky-Des-Neiges, ce fervent de sport Jérémie Asselin qui a su alimenter avec brio les différents sujets toujours choisis avec soin par JF Harvey.

Au programme : un sujet plus sérieux sur la brutalité policière et rien de moins que trois sujets à saveur sportive débutant tout d’abord par : la gestion des équipes de la LNH et du cas Tyler Seguin, de l’avenir de l’équipe de foot de l’Impact de Montréal en MLS ainsi que de la boxe québécoise et de ses multiples rebondissements.

De son côté, votre DJ Ricky-Des-Neiges rattrape le temps perdu côté peura et vous soumet ses meilleures nouveautés des dernières semaines côté US/Canada/France/Belgique, en plus d’un spécial rap québécois en mode vieille école. En nouveautés : Ghostface Killah, Micronologie, PRhyme, JeanJass, CunninLynguists x The Grouch & Eligh, Deux Lyricists, Your Old Droog, Caballero, Gueule D’ange, Swamp Thing et Moka Only.

Ahmad // Entre Perdants Magnifiques

Aujourd’hui est sorti ce qui est sans l’ombre d’un doute l’un des projets rap français de l’année. Il faut dire qu’on l’a attendu, ce nouvel album du montpelliérain. Après un parfait teasing avec « Ne mourez jamais seul » et ses quelques extraits dévoilés, la tension était palpable au sein du microcosme initié, l’attente presque inhumaine. 

Privilégiés dans cette guerre de l’information, nous avions pu découvrir l’intégralité du projet a peine sorti du mastering, en septembre dernier. Une claque énorme, une admiration sans bornes et l’envie soudaine, immédiate, de sauter dans un train, traverser la France pour allez dénicher chez lui ce personnage atypique, ce Perdant Magnifique. 

Durant les quatre heures de trajet qui nous sépare de l’Hérault, les dix titres du projet s’enchaînent dans le casque, en boucle, sans lassitude aucune. Ahmad ne refait pas sa vie, il la continue en un seul paragraphe, épurant ses textes, ajustant son univers avec une musicalité impressionnante. Le train rentre en gare en même temps que se dessine une certitude : Perdants Magnifiques est un album comme il y en a peu, comme il n’y en a plus. Ceux que l’on écoutera encore dans dix ans, que l’on aura envie de faire découvrir à nos enfants. A peine le temps de sourire à ce constat limpide que nous nous installons devant le rappeur amical, timide, pour quelques heures de discussion… Morceaux choisis.

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ReapHit : Pour commencer, peux-tu nous dire dans quelles ambiances musicales tu as grandi ?

Ahmad : Renaud beaucoup, Fairuz une chanteuse libanaise que ma mère adorait, elle écoutait Moustaki aussi.  Et … Michael Jackson. Mon père aimait  une chanson de Ferré, « Avec le Temps ». C’est la seule que je connaisse. Pas du tout de soul, pas du tout de jazz, c’est venu beaucoup plus tard. Après le rap même.

Tu donnes l’impression de fournir un travail très méticuleux sur ton usage de la langue française, d’où te vient ce goût ?

C’est surtout l’oralité qui m’intéresse, les dialogues notamment.  C’est le sens de la formule que je trouve mortel, les traits d’esprits plus que l’écriture léchée. Ce n’est pas que l’écriture mon truc, j’aime bien, mais je veux construire autre chose. C’est délicat à expliquer (sourire).

Ça semble abstrait…

Ce n’est pas abstrait, en fait c’est un ressenti. Mes textes ne sont pas écrits en un jour, mais ils comportent une continuité, une couleur.  C’est un ressenti que je mets sur le papier.

Au fil des projets, on note que tu es de plus en plus minimaliste dans la construction de tes phrases, par exemple : « Rêve brisé, destin plexiglas » ou encore « Crapaud bave, colombe waterproof ». C’est ça l’idée ?

Oui, je trouve que ça marche bien. C’est une soirée diapo, ça envoie des images. Tu sais, c’est de la matière la langue française, ce n’est pas de l’écriture. On n’est pas dans l’écriture, t’envoies des mots quoi. Avec du flow et de la tension. Et tu les comprends sans les verbes, sans les compléments. J’essaie d’épurer tout le temps, j’aime que chaque phrase ait son petit truc, comme une scène de film. Le cinéma, je l’aime quand c’est épuré, net. Tarantino, même si ça peut paraître baroque, il arrive à faire quelque chose de net. Melville est impressionnant pour ça. Ils travaillent en soustraction; c’est bien quand  il n’y a plus rien à enlever. J’aime cet art là.

Puis des jeux de mots, tu peux en faire plein mais c’est nul ! Surtout quand tu connais le truc. C’est comme quand un magicien fait un tour et que tu connais le truc, ça ne t’impressionne pas. Il faut que ce soit impressionnant, compréhensible et inédit. Tu envoies des images plus que des mots. « tac tac tac » ça va très vite. « Colombe, waterproof ».

Certains disent que la langue française est plus difficile à manier dans les sonorités, tu es d’accord avec ça ?

Non, elle est différente. Si tu veux faire sonner le français comme les américains, tu te plantes complètement,. Le français a sa spécificité, ça ne sert à rien de le transformer. Tu sais, ça me fait penser à un gros rouquin qui veut s’habiller comme Michael Jordan. Non non, t’es ridicule ! (rires)

Tu choisis les sons qui te vont bien. Le français a ses sons. Et le rap français ne sera plus le petit frère du rap US quand il aura trouvé son truc, sa propre identité. Là on est encore dans une période yéyé ; il y a beaucoup de Dick Rivers, on veut faire Gene Vincent (rires). Et je pense que le rap français tu peux lui trouver une vraie spécificité en étant inspiré par pleins de trucs. Aujourd’hui, tout le monde sait rapper, mais le vrai challenge c’est de ramener un peu d’âme, un peu de soi-même.

Et ça passe par quoi ?

Se foutre du regard des autres, du public Kev Adams. Je vais être plus intéressé par un mec qui amène un vrai univers que le technicien de malade. C’est d’une froideur, c’est super scolaire, carré, nickel, mais il n’y a rien quoi. C’est de la démonstration, ça ne m’intéresse plus trop. Après, clairement il en faut…

ReapHit Interview Ahmad Perdants Magnifiques 2

Dans « Genesis », on reconnaît, entre autres, le sifflement d’Omar [personnage de la série The Wire, ndlr], pourquoi ce choix ?

J’arrive pour remettre ma justice (sourire). Et puis c’est pour moi, ça me fait kiffer même si on ne comprend pas. C’est pour ça que j’aime beaucoup Tarantino, t’as vu Django ?

Oui, bien sûr.

Alors Django, t’as des trucs, ce n’est que ça : t’es pas obligé de les comprendre pour saisir l’ensemble de l’histoire mais quand tu les comprends t’es content. Par exemple, à un moment tu as Jamie Foxx qui arrive au bar d’un salon où DiCaprio organise des combats de renois. Il s’assied et un vieux monsieur qui vient de perdre, arrive à sa hauteur et lui dit : « Comment tu t’appelles ? » «  Je m’appelle Django, (il épelle) mais le D ne se prononce pas » et le vieux lui dit «  Ouais, ouais je sais » et il part.

Plein de gens n’ont pas compris mais le vieux c’est Franco Nero qui jouait Django dans les années 70 et qui est venu juste faire ça. Je kiffe ce genre de délires ! Et si tu ne comprends pas tu t’en fous, mais quand tu comprends ça fait plaisir, tu vois ?

Oui, savoir référencer et construire subtilement un univers …

Mais il ne faut pas qu’il n’ y ait que ça. Dans un texte, il faut qu’il y ait des phrases nettes en plus des phrases codées, c’est un jeu d’équilibre entre la petite phrase poétique et la grosse punchline.

Il y a une image que j’aime beaucoup, « Regarde le ciel : t’hallucinera / J’ai pris la lune pour m’asseoir / Le soleil comme allume-cigare ». Je la trouve belle. Tu la reprends plusieurs fois dans différents morceaux. Qu’est-ce qu’elle symbolise pour toi ?

C’est une image concrète pour dire les choses. Tout part des mathématiques, le big bang. Il y a eu ce souffle magique, qui est en constante progression et tu en fais partie. On en fait tous partie, autant que la lune, le soleil, les étoiles… et tu joues avec tout ça. Le « diable », fait partie de ça.

René Guénon, un grand philosophe français soufi qui vivait en Égypte mort dans les années 50, appelait ça la tradition originelle. On fait tous partie de la tradition originelle : que tu y crois ou pas, tu es dedans, on est tous dedans. Donc c’est une façon de dire que c’est à toi. Ce n’est pas de l’inconnu.

On parlait d’impact, tu joues souvent sur le paradoxe aussi, pourquoi ?

Peut-être par rapport à mes croyances. Tu nais pur, tu nais bon. C’est vrai, un enfant tu lui mets une claque, il ne comprend pas. Ensuite tu t’abîmes. Tu sais quand tu fais le mal. Le paradoxe, j’y pense souvent.

Et quand tu dis « c’est qu’des rappeurs j’suis un putain d’paradoxe » ?

C’est le refus du game tout en faisant du rap. C’est juste ça en fait. C’est une façon de dire que je suis ailleurs, ni au-dessus, ni en dessous, je suis à part. Hors jeu.

C’est comme ça que tu envisages ta musique ?

Ouais, ouais ouais… Tout en étant meilleur qu’eux quand même…  (rires)

Il y a une omniprésence du jeu du temps également, «  j’suis trop vieux pour mourir jeune ».

Dans les années 70 on pouvait trouver ça bien, la jeunesse au pouvoir, etc. Mais aujourd’hui c’est devenu con, c’est du merchandising. Vieillir, c’est ni bien ni mal, on s’en fout. Cette peur de l’âge que les gens ont, je ne comprends pas. Mais bon, si après 25 ans tu es hors forfait, c’est cool aussi. C’est du bonus, faut profiter.

Du coup tu es libre…

Ah oui ! T’es tranquille !

Avec cet album, je trouve que tu as réussi à apporter quelque chose de nouveau, c’est ce que tu cherchais à faire ?

L’intention est toujours la même, c’est la même énergie mais je veux aller plus loin. Mais, c’est ouf, cet album je l’aime bien. Je l’aime vraiment bien. Je me rapproche un peu plus de ce que j’aimerais faire.

Donc tu n’y es pas encore ?

Je ne sais pas. Je vais voir, il faut que je teste d’autres choses. Je me rapproche de l’idée et du projet que j’ai en tête et de la finalité. Par exemple mon 1er album, quand je l’ai fini, la pratique était très loin de la théorie au final. Et là, sur Perdants Magnifiques, je m’approche. J’ai beaucoup délégué sur la musique, les idées, je ne suis pas tout seul à avoir travaillé sur cet album, pour amener autre chose, pour que ça aille plus loin.

Pour ouvrir à d’autres perspectives tout en rappelant des choses connues ?

Oui c’est ça.

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Comme avec le morceau Barabbas par exemple ?

Un des dilemmes universels du 21ème siècle, je pense, c’est le choix entre la liberté et la sécurité. Soit tu choisis la sécurité, soit tu choisis la liberté. Moi j’ai choisi la sécurité quand même. C’est mon gros dilemme, tu travailles, t’as des enfants, t’es responsable et tu n’as pas le droit d’avoir les deux. C’est impossible. Et quand tu es jeune, souvent tu choisis la liberté. Mais la sécurité revient toujours.

Et les pharisiens ont choisi la sécurité mais ils ont choisi Barabbas, un truand. Ils l’ont choisi parce que ça leur permettait de ne pas être emmerdé. Là on est dans des hautes sphères. La mauvaise sécurité quoi. Judas a également été trompé par les pharisiens : « On sait que Jésus n’est pas le messie, mais emmène le nous, on va lui poser des questions, et on démontrera qu’il n’est pas le messie. » Et Judas a accepté d’emmener Jésus pour 30 deniers. Ces 30 deniers sont le symbole de la trahison. C’est ça Barabbas : le dilemme. Et à notre époque choisir Barabbas c’est choisir le court terme. On ne voit plus à long terme, le court terme a complètement pris le dessus.

C’est le genre de morceaux qu’on a envie d’entendre sur scène, on a une chance de t’y voir ?

Un concert de rap, je ne suis jamais complètement dedans, contrairement à un concert de reggae par exemple. C’est bien, mais c’est jamais ouf un concert de rap. Jamais. Même avec des zikos. Je ne sais pas pourquoi. Même le meilleur artiste rap en scène, je trouve qu’il est très très loin d’un des moins bons artistes rock ou reggae. Ou alors sur une toute petite scène. C’est là que ça fonctionne. Tu vois la Rochelle, c’est dégueulasse ! Le rap à la Rochelle, c’est ridicule, on dirait de la zumba… (rires). A voir en petit comité ça fonctionne plutôt pas mal. Un public d’une cinquantaine de personnes ça suffit. Tout ce qui est calculé, chorégraphié, ça ne me parle plus du tout. Ce qui est impressionnant, c’est quand le charisme fait tout. C’est plus fort que la préparation. Les trucs trop préparés, ouais c’est mignon mais il y a un côté surprise partie, ça sonne faux.

Il y a quelque chose qui m’a marquée aussi dans F.451,  « Je suis pas père de famille, je suis l’père de ma fille… »

Ma fille je l’élève avec mes valeurs, mes principes. C’était le côté… je ne suis pas Charles Ingalls clairement. Tu sais le mec qui rentre à 18h etc. Je vais à l’encontre du carcan classique.

Et des pressions sociales ?

J’aime bien la culture populaire mais pas l’art populo. Comme disait Desproges : « Je ne veux pas que le peuple vote parce que le peuple regarde Sabatier ». Et c’est ça.  Parce qu’arriver sur le canapé de Drucker ou plaire à Ruquier, est-ce que c’est ça le but du jeu ? C’est ça la finalité ? Est-ce que c’est ça vraiment ?

Tu n’as pas la volonté de plaire à un public plus large ?

Dans certains labels, on me le disait qu’il fallait ratisser large. Mais non. Surtout pas !

Donc tu t’inscris dans quelque chose de confidentiel ?

Vouloir plaire à tout le monde…c’est triste. Tu finis par faire des trucs pour les enfants et t’as ton public de Kev Adams. Qui te trouve beau, bon… Alors qu’en France, t’as des vrais trucs. Après tu as les mecs qui te disent « Moi je n’écoute pas de rap français ». C’est la mauvaise posture française. Eux, en fait, il faudrait leur donner, comme aux lepénistes, un département, qu’ils se débrouillent et qu’ils nous laissent tranquilles.

En France t’as des putains de cinéastes, de rappeurs français. Après c’est vrai que c’est gangréné dans le rap et le cinéma français, mais le problème, c’est juste le mode de transmission. Du coup, c’est vrai que ça bloque un peu.

C’est le manque de diversité culturelle qui nous a rendu frileux, auditeurs et artistes, face à la créativité musicale ?

Je ne trouve pas qu’on soit frileux. En fait, les yéyés ont gagnés. Dans le sens général du terme. Dans la tête de beaucoup, le délire « populo » a gagné. Mickey a gagné ! (rires) Et le populo, comme disait Desproges, il a tort, tout le temps tort. Mais il ne faut pas tomber dans l’élitisme, ce n’est pas bon non plus…

Pourtant, tu es dans l’élitisme ?

Nougaro, il ne comprenait pas que les ouvriers ne l’écoutent pas: «  Je suis comme eux, je suis né avec eux. Pourquoi les ouvriers ne m’écoutent pas ? Pourquoi ils préfèrent les yéyés ? » Des mecs comme les X-Men à l’époque, Booba, ils avaient cette écriture, ces références. Quand tu écoutes les X-Men, Lunatic ils avaient des références de fou ! Après c’était codé, mais on avait les codes, donc on comprenait. Et je ne pense pas que ma musique soit élitiste, mais aujourd’hui, on est tellement dans l’immédiateté. Après, je sais très bien que je n’ai pas le même public que Lacrim. C’est une niche. Les gens qui écoutent mon rap ont les codes.

Les codes ?

Si tu fais écouter du Hard Bop façon Coltrane à un type qui n’a pas les codes, il va penser que c’est du bruit, il ne va pas comprendre.
Tu as des gens qui vont aimer le rap qui a enlevé le rap. Il existe du rap pour les gens qui n’aiment pas le rap. Alors que pour moi le rap c’est un vrai truc ! Le rap c’est comme le jazz, ce n’est pas fait pour tout le monde.

Vouloir plaire aux Ruquier, ça ne sert à rien parce qu’ils n’ont pas les codes. Alors qu’il y a des codes que tu dois maîtriser, apprendre et c’est après que ça devient un kiff. Pour moi l’idée, ce n’est pas que tu donnes, et après le mec s’assoit et kiffe là dessus. Pour moi, ce n’est pas ça. Ça c’est la culture du divertissement pur. D’autant plus qu’il y a des mecs qui ont pour objectif d’être divertissants, mais qui ne le sont même pas, c’est de l’entertainment foiré. Ça ne me divertit pas du tout ton truc, je ne suis pas du tout diverti ! (rires) Il faut chopper le mode d’emploi, la mécanique de l’artiste. Et c’est plus intéressant quand il y en a un, je pense.

ReapHit Interview Ahmad perdants Magnifiques 1

C’est intéressant ce que tu dis parce que le rap français a, et c’est un défaut je pense, depuis longtemps ce besoin de se légitimer en permanence auprès de ceux qui ne l’écoutent pas…

On s’en fout. Qui le perçoit mal ? Lui là, ou lui ? [il désigne au hasard des badauds dans la rue]. On s’en fout ! Il regarde quoi, il fait quoi ? C’est quoi ses codes pour dire qu’il perçoit mal le rap ? Moi je perçois mal le foot. Bon…et ils s’en foutent les gens. Ils ont le droit. Il faut arrêter de se légitimer. C’est comme quand tu es arabe et que tu dis « Non, mais regarde je leur ressemble pas trop ». Non, on s’en fout. Je suis arabe, point barre. Laisse moi tranquille.

Tu sais, c’est ce côté MJC, Jack Lang, tous ces délires. La poésie urbaine… non ce n’est pas de la poésie. Pas du tout. Le rap ce n’est pas du tout de la poésie urbaine. Pas du tout !

Pourtant tu te définis toi même comme un poète…

Oui, moi je suis un poète, tous les autres non… (rires)
Ce qui a fait beaucoup de mal, et je parle pour Montpellier, mais c’est sûrement le cas dans les autres villes, c’est tout ce qui est MJC, Maison pour tous, les associations à la con. Les ateliers d’écritures !  C’est le truc qui a fait le plus de mal…

Il y a pas mal de rappeurs qui animent des ateliers d’écriture pourtant…

Ça, c’est des mecs qui n’ont pas de thunes. Mais libre à eux. Mais je suis sûr qu’au fond d’eux ils savent que c’est pété. C’est quoi ? L’écriture, ce n’est pas ça. Le truc encadré, MJC, le rap, ce n’est pas ça ! Qu’est ce qu’on va leur expliquer ? Et puis ça ne fait pas rêver. T’imagines Miles Davis à la « Maison pour Tous » de Celleneuve ? (rires)

C’est ce que ça représente qui te dérange ?

C’est des pansements pour la banlieue. Et des pansements à la con. On te donne des profs de guitare qui sont là en CAE. C’est de la fausse culture. C’est de la culture « populo »… Même la symbolique est nulle. On t’apprend à écrire du rap le mercredi après midi de 14h à 16h ? On t’apprend à écrire un rap ? Mais quoi ? Je ne vois pas le délire. « Écrire du rap… »

C’est un déclic, c’est un tout. On te donne le mode d’emploi, tu le lis deux fois et après, à toi de t’entraîner. C’est comme le foot, quand tu commences, tu n’es pas dans un club. Tu connais déjà les règles, tu t’entraînes et ensuite tu vas dans un club. Tu sais taper dans un ballon. Tu sais déjà quoi.

On t’apprend quoi dans un atelier ? Ça prend trois heures à t’expliquer une mesure, deux trois consonances, le mode d’emploi et après ça va tout seul. Les mecs vont venir tous les mercredis et écrire des textes, une rédaction ? En plus, il n’y a pas de règle dans le rap.

Non ?

Les règles de base. Ce que t’imposent la rythmique, le choix lexical, les contraintes musicales. Une fois que tu les as… Et puis le côté faut écrire un message, toutes ces conneries là…

L’équilibre que tu sembles avoir trouvé dans ta musique, ça te suffit ?

Oui, je pense, demain je te dirais le contraire, je ne vais pas en vivre.

La musique, c’est un vrai kiff. J’en ferai tout le temps. Et je pense que je prendrais vraiment le rap au sérieux à 40 piges. Comme un jazzman ; le jazz quand il est arrivé c’était de la musique de jeunes nègres de 20 ans, et c’est devenu la musique de vieux blancs de 60 ans. Et le rap, ce sera pareil. Je pense qu’on peut faire des choses intéressantes, un mec comme Coltrane qui est parti dans le Hard Bop vers 40 ans, c’est le but du jeu. Ce n’est pas du sport. Je pense qu’à 40 ans on peut vraiment faire des trucs de oufs dans le pe-ra. A 20 ans, t’es scolaire. T’as peur du regard des autres. Alors qu’à 40, tu t’en fous.

Qu’est ce que ça veut dire le prendre au sérieux ?

Pour l’instant, je travaille, j’ai des enfants en bas-âge. Peut-être que plus tard j’aurai plus de moyens, de l’argent et du temps, pour faire un gros truc. Et amener les choses plus loin. Ou moins loin…plus épurées. Ce sera une évolution. Et je continuerai le rap, c’est clair. Quand tu joues au basket le dimanche tu n’es pas professionnel, mais tu joues pour gagner. Tu veux gagner. Et je veux gagner. Et je pense que j’ai gagné ! Je suis Earl Manigault (rires). C’est beaucoup plus beau qu’un Jordan, que j’aime beaucoup aussi, mais c’est beaucoup plus lisse, plus classique. Earl Manigault c’est sale, c’est vrai.

En France, il y en a énormément aussi, des perdants magnifiques. Des gars qui ont étés super loin comme François de Roubaix par exemple, qui ont fait énormément mais  n’ont pas été compris au début. Ils étaient loin. Des grands. Comme le Gainsbourg à l’époque de Melody Nelson, c’était génial. L’histoire de Dutronc est mortelle aussi. J’aime bien ces gens là. J’aime ces destins. Je ne me le souhaite pas, mais je m’inscris plus là dedans. Perdants Magnifiques. C’est ça…

Propos recueillis par Juliette. Crédit photos : Nadsat-Ahmad

L’excellent Perdants Magnifiques est disponible en physique et digital sur le bandcamp
de Sameer Ahmad, et en écoute ci dessous.

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JP Manova // Longueur d’onde

JP Manova, c’est plus de 15 piges de rap pour seulement une dizaine de couplets parus. Une productivité si réduite aurait pu le contraindre à un anonymat des plus total, et pourtant … Le rappeur possède une grande notoriété, tant auprès des auditeurs de rap français les plus assidus, qu’auprès de ses propres pairs, comme en témoigne la présence de nombreux artistes importants dans le clip de « Longueur d’onde » : MC Solaar et Daddy Lord C pour représenter les pionniers, pendant que Flynt, Ekoué et Rocé incarnent une génération plus intermédiaire, et que Deen Burbigo assure le relais pour les plus jeunes. Une réputation qui aura donc traversé les époques …

Avec « Longueur d’onde », JP nous fait clairement comprendre pourquoi son retour était si attendu. Avec son flow rebondi, le rappeur dompte parfaitement une production minimaliste qu’il a lui même conçu. Tout de suite, on est marqués par sa voix : une voix profonde, aux nuances infinies, qu’il utilise comme un véritable instrument. Une personnalité marquée, et des lyrics imagés qui ne pourraient sortir de la bouche de personne d’autre. Oui, JP a un véritable style. On sent que le morceau est travaillé de A à Z, et que sa personnalité influe sur toutes les étapes de la conception, raison pour laquelle le produit fini est si abouti, si personnalisé, comme si Manova était le MC le plus artisanal de ce rap français.

Mais « Longueur d’onde » n’est qu’une pièce de la véritable œuvre du rappeur, puisque son premier album devrait paraître le 23 février 2015. Cadeau : un mix de ses différentes apparitions par Built To Last.

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