Une fois n’est pas coutume, c’est encore un excellent mois musical sur lequel nous revenons aujourd’hui. Si 2017 aura vraiment été une belle année, 2018 semble bien parti pour lui voler la vedette. Albums et clips en pagaille, news, anniversaires, voici votre désormais rendez-vous obligatoire de fin de mois, avec le meilleur de ce que l’on n’a pas ou peu traité dans nos colonnes.
LES NEWS
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Le couronnement de BBK. A l’occasion d’une tournée au Nigéria, Skepta à été élevé au rang de « Amuludun of Odo Aje » par la communauté Ogun, soit « L’Amuseur en chef d’Odo Aje », ville dont sont originaires ses parents. Après Wiley et sa nomination au rang de Membre de l’Excellentissime Ordre de l’Empire Britannique, il semble que les pionniers du Grime de chez Boy Better Know soient mis à l’honneur dernièrement. Peut être qu’on finira par ne plus dormir dessus de notre côté de la Manche, on peut toujours rêver… Putain de bouffeurs de grenouilles. Lire l’article.

Le mois du White Kanye. Qu’on l’aime ou non, il faut bien reconnaître chez Kanye West un certain génie pour la phrase choc et la polémique que même Despo dans nos contrées, ne pourrait pas renier. Ce mois d’avril a donc été marqué par une déclaration du génie américain sur l’esclavage et surtout par le relais médiatique très peu pro qui l’a suivi. Entre provocation et mauvaise interprétation, les noirs comme les racistes se sont unis pour commenter ces quelques mots. Le cynique a le sens pratique. Voir l’extrait

Les méthodes de calcul des ventes streaming changent. Depuis 2016 et la prise en compte des ventes fusionnées, les ventes d’albums en « équivalent stream » étaient devenues la norme dans le calcul des plus gros vendeurs de disques. La SNEP vient cependant de décider de ne plus comptabiliser que les écoutes issues de la consommation premium pour établir les certifications et les top ventes. Dans le même temps, l’ensemble des seuils de certification ont été rehaussés de 50%. De quoi changer radicalement la réalité des chiffres de ventes et le revenu des artistes. Voir un extrait.

Kendrick Lamar remporte le Pulitzer. Si c’est bien évidemment une première, et une excellente nouvelle, le rap étant jusqu’alors totalement absent des derniers prix, au profit des artistes issus de la musique classique. L’obtention du prix Pulitzer par Kendrick a de quoi faire sourire, tant cette décision semble politique et affiche clairement une volonté d’ouverture des membres de l’institution. Aucune prise de risque donc, pour celui qui a déjà remporté 12 Grammies et fait office de figure de proue dans ce rap « socialement accepté ». Lire le Tweet.
LES PROJETS

404Billy – Hostile / Nativité
On ne l’avait pas vu venir, mais une des claques de ce mois d’avril, c’est bien le Hostile de 404 Billy. Sur des prods chargées en basse, le jeune rappeur découpe avec une grande précision et aligne les rimes de qualité. La mort ne plane jamais très loin ici, les phases funestes et cathartiques s’intercalent entre les instants egotrip et participent a créer une ambiance entière, sombre mais authentique, ne tombant jamais dans le piège de la noirceur de façade, purement esthétique. Un disque compact mais explosif. Nadsat
TIMAL – Trop Chaud
A en écouter les auditeurs insatisfaits qui peuplent nos fils d’actualités, le rap de 2018 semble manquer de couilles comme de vécu, s’enfermant dans un ethotrip, et ne produisant plus qu’un rap de iencli. La réalité pour les plus attentifs est toute autre, et ce début d’année semble concrétiser un nouvel âge d’or d’un rap de kickeur, d’un (vrai) rap de rue. Après les succès d’estime d’YL et Maes pour ne citer qu’eux, c’est au tour de Timal de venir cramer quelques beats sombres et froids. Affiché dès le titre de l’album, « Trop chaud », l’égotrip est bien sur au centre de ce premier projet. Violent, agressif et forcément cafardeux, le rap de Timal se veut abrasif et rugueux. Toujours sur la corde raide, Timal réussi pourtant à ne pas tomber dans l’excès et son flow hurlé, très à la mode en ce moment, vient seconder les propos du jeune seine-et-marnais, de façon convaincante et sans jamais lasser. Décidément « trop chaud ». Florian


ALKPOTE – Inferno
Alkpote revient avec un nouvel album dans la continuité du virage amorcé avec Sadisme et Perversion. Des prods actuelles qui frappent fort, un rendu plus travaillé, moins rude à l’oreille histoire de faire passer des textes toujours aussi sales, du name dropping en pagaille (et quand tu connais pas, va pas te renseigner #PascalOp), des adlibs devenus classiques, une homosexualité/phobie omniprésente : la formule a fait ses preuves et c’est ce qu’on attend de l’Empereur. Bien que plus sage que Les Marches de l’Empereur, c’est un gros album mené sans featuring que nous livre ici l’aigle de Carthage. Mention spéciale à la meilleure interlude pédagogique du rap jeu, et à la prod d’Ecailles de Poisson qui nous rappelle que Myth Syzer est vraiment talentueux et qu’il sait faire autre chose que des prods des années 80 pour chanteurs pop. Charlem
DINOS – Imany
Dinos fut Punchlinovic. Un Alchimiste des Apparences. Un savant qui transformait l’or du commun en plomb pour en parer ses ailes. Trois années pour s’envoler vers le soleil, s’y brûler, chuter et atterrir. Absous de ses rimes. Dinos infirme le temps passé, rompt avec celui qu’il a été, « j’fais du bif, j’ai plus l’âge d’faire des punchlines ». Entre le diable et Dieu, Jules a trouvé la foi. Imany en swahili. Un premier album tout en nuances de gris où, à l’image de la pochette, les grands sont bâillonnés par leurs espoirs pour que le futur appartiennent aux petits. Imany c’est « le quartier, mais pas la rue », l’amour mais pas la romance, la spiritualité mais pas la religion, l’argent mais pas la fortune. Des mots et encore des maux. Un patchwork de couleurs ternes qui baignent dans une lumière blanche. La modestie de l’élève qui emprunte aux maîtres pour éclairer sa ville. Son absence des dernières années sonne comme un chemin de croix. Sorti de l’impasse Punchlinovic il laisse éclater la sincérité de Jules. 17 titres qui signent la trinité d’un Dinos accompli mais « dus-per au nom du fric et surtout pas du Saint-Esprit. » Théo


13 Block – Triple S
Pour 13 Block, l’heure de l’explosion programmée, et annoncée depuis plusieurs années est enfin arrivée. Le quatuor de Sevran nous a livré en début de mois « Triple S », leur premier album entièrement produit par Ikaz Boi. Si l’album ne révolutionne ni la trap française, ni le style des sevrannais, il faut lui reconnaître une efficacité à tout épreuve. N’ayant pas la prétention de faire autre chose qu’un rap de bicraveur, le quatuor réussit à s’approprier quelques uns des poncifs les plus évidents de la trap française, les résumant d’ailleurs dans « sueurs, soif, sous », pour les magnifier par un sens du détail, une cohérence des voix et un travail sur les adlibs, dans une délicate mixture qu’ils aiment à nommer l’Ultrap. A mi chemin entre le long EP et le court album, 13 Block trouve le format idéal et renoue grâce à une écriture surprenante mais pas dénuée d’intérêt, avec une certaine mélancolie des quartiers, donnant à des rimes parfois simplistes un impact et une énergie rares. Florian
C-SEN – Vertiges
Nous l’avions teasé dans nos précédents bilans, et fait le point avec lui juste avant la sortie, cette fois ça y est, le C-Sen est officiellement de retour avec Vertiges, son 3ème album solo. Rappeur discret par excellence, plume fine et timbre de voix singulier, le C-sen nous avait manqué. Après avoir traversé Le Tunnel, puis un désert personnel durant 5 ans, c’est un quadragénaire apaisé, toujours aussi bien dans l’ombre qui se livre sur ce nouvel opus. Matière grise, nuits blanches et idées noires, si les thèmes de prédilection du rappeur n’ont pas réellement changé, Pierre Cesseine ne s’est cette fois pourtant pas totalement fermé à la lumière. Adapte d’un rap sincère où le beau se mêle au trash, fidèle à ce qu’il est, à ceux qu’il aime. Maëlle


LETO – Trap$tar
La notoriété de PSO Thug perdure depuis quelques années déjà. Et après quelques freestyles de haute tenue, nombreux étaient ceux qui attendaient un véritable essai solo de Leto, souvent considéré comme le véritable kickeur du groupe. Le jeune rappeur a su patienter, et bien s’entourer avant de se lancer dans cette aventure. Entièrement produit par Katrina Squad, Trapstar s’offre comme un projet entier et cohérent, sur lequel Leto prouve effectivement toute sa valeur. Le problème ? Un certain manque d’identité. Le disque est certes homogène et carré, mais ne décolle jamais véritablement. Rares sont les moments où Leto parvient à attirer notre attention au détour d’une ligne bien sentie. Malgré tout, on décèle certaines qualités techniques et un talent sur pour le refrain. A réecouter après maturation, mais la moitié de PSO restera un rappeur a suivre. Nadsat
FOCUS SUR :

CARDI B – Invasion of Privacy On sait à quel point il peut être compliqué de sortir son premier album lorsque l’attente est conséquente. Portée par l’immense succès de « Bodak Yellow », Cardi B a évité la stratégie de multiplication des mixtapes pour tâter le terrain, et a mis directement les pieds dans le plat.
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POUYA – 5’5 et roi des tunnels de Miami Installé sur la scène de Miami bien avant les XXXtentacion, Lil Pump ou autres Smokepurpp, Pouya fait figure de précurseur de la scène underground actuelle aux côtés des Bones ou Xavier Wulf. Pourtant, il est rarement cité aux côtés de ces légendes caverneuses du Hall of Fame des tunnels du game.
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SYER B & DEVLIN – Something in the Water Dans le monde du grime, sortir son projet le même jour que le dernier album d’Eskiboy peut signifier deux choses : l’inconscience ou une confiance à toute épreuve en la qualité de ce que l’on a à proposer. Clairement, l’EP de Devlin et Syer B entre dans la seconde catégorie.
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VEERUS – Iceberg Slim
Les projets courts, Veerus nous en a filé quelques uns depuis le début de sa jeune carrière, et il était temps de passer à un format plus long pour vraiment nous montrer ce qu’il avait dans le ventre. C’est chose faite avec Iceberg Slim, son premier véritable album, et l’essai est plus que transformé pour l’une des plumes les plus travaillées de ce jeu. L’ambiance est souvent froide et précise comme un sniper norvégien, les références sont riches et variées, cinématographiques, populaires, sportives, littéraires, et l’imaginaire du pimp, bien qu’ultra utilisé dans le rap, est ici réinventé à la française sur des productions qui puent l’Amérique signées Ikaz Boi, Ponko, Just Music Beats ou En’Zoo pour ne citer qu’eux. Mentions spéciales aux titres « Carré d’As » et à « Jacques Chirac 2.0 » avec Caba, Infinit et Veust. Julien


FLATBUSH ZOMBIES – Vacation in Hell
Deux ans après le trip psychédélique kubrickien 3001 : A Laced Odyssey, les Flatbush Zombies reviennent fort avec leur second album studio Vacation In Hell. Loin des envolées acides du précédent opus, The Architect délivre des instrumentales plus directes, plus rythmées, sur lesquelles Meechy, Juice et lui même se relayent parfaitement, le tout agrémenté d’ad-libs bien sentis. Mais malgré cette richesse de sonorités et d’ambiances, et en dépit d’un casting de qualité (Nyck Caution, Joey Badass, Denzel Curry, Dia, Bun B, Jadakiss ou encore Portugal The Man), Vacation In Hell souffre de quelques longueurs. 19 tracks, 77 minutes de musique. Un album long, peut être trop pour certains, mais la solide fan base est ravie après cette longue absence. Arthur.
VEENCE HANAO & LE MOTEL – Bodie
Les soucis de santé de ce cher Veence Hanao ont bien failli lui coûter sa carrière. Souffrant de problèmes d’audition et d’acouphènes handicapants, le (plus si) jeune belge s’était, depuis 2015, éloigné des studios et du microcosme du rap francophone, jusqu’à presque totalement disparaître des radars. Autant dire que d’avoir la chance de réentendre en 2018 Veence Hanao sur tout un projet est déjà un petit miracle en soi. Alors qu’en plus le tout se cuisine sur les bons beat du Motel, aka le beatmaker du tout Bruxelles, on se hâterait bien vite de crier à l’EP de l’année. Dès le premier titre, Veence nous plonge, ou plus précisément, nous noie, dans un spleen épais, une douleur étouffante. Véritablement déchirant, Bodie nous emmène dans les recoins d’âme du Bruxellois, où la survie, entre cynisme et cirrhose, n’est plus qu’une routine parmi tant d’autre. Une parfaite réussite pour le retour d’une plume qui nous manquait franchement. Florian

ALPHA WANN – Alph Lauren 3
Ultime étape avant le long format, Alpha Wann nous a balancé en début de mois, plus de deux ans après « Alph Lauren II », le troisième volet de sa série. Huit titres en guise d’amuse bouche, qui démontrent une nouvelle fois toute la technique et le style du parisien. Technique, Philly Flingue l’est tout le temps, et si sur ce nouvel opus, le rappeur s’appuie sur les mêmes piliers, depuis le premier volet, le loup Alpha a gagné en maturité, développant un univers musical riche et varié sur lesquels, ses rimes stratosphériques et acérées semblent glisser avec une indécente facilité. Précis et stylé. Rendez vous est pris pour découvrir à l’automne 2018, un premier album tant attendu. Florian


KALI UCHIS – Isolation
Le romantisme à la colombienne, tout le monde en rêve depuis l’extraordinaire Shakira, ou depuis Pablo Escobar, ce qui dépend surtout des points de vue et visions de vie. Récemment, c’est la belle Kali Uchis qui récolte les suffrages avec son premier album, Isolation, sur lequel elle s’est entourée d’un casting hétérogène et détonnant venu des quatre coins de la musique (Steve Lacy, Tyler The Creator, Jorja Smith, Damon Albarn, Thundercat, Reykon…) pour nous introduire dans son univers plein de sensualité, de désir et d’introspection, un r&b sucré parfois aux limites de la musique pop, toujours mélodique as fuck. Après des apparitions en featuring sur de très bons disques, Kali Uchis sort le sien et ça va tourner fort au soleil cet été en réfléchissant sur la vie, real transat au bord de la piscine music. Julien
NIRO – Mens Rea
Depuis « Or Game » en 2016, album surprise sorti sans promotion et disponible uniquement en digital, Niro semble avoir passé un cap et changé de stratégie dans ses sorties. Désormais habitué à une productivité soutenue et aux albums surprises, il avait balancé en 2016 « les Autres », et accéléré le rythme l’année suivante offrant « Ox7 » et « M8re », coup sur coup, jouant là encore, sur l’attrait de la surprise. C’est donc sans changer d’un iota, et toujours sans prévenir que Niro nous a offert ce mois ci « Mens Rea ». Si l’album est efficace, il suit très exactement la même direction musicale que ces prédécesseurs, donnant parfois l’impression que l’ancien rappeur de Blois a enclenché le pilotage automatique. L’ensemble du projet est agréable, et Niro reste l’un des rappeurs français les plus performants, il manque parfois la brutalité animale, la rage brute que le rappeur développait sur ses premiers projets et qui lui donnait toute sa singularité. Florian

LES CLIPS DU MOIS
LES ANNIVERSAIRES
Il y a 20 ans

NTM – Suprême NTM (20 Avril 1998) Si « Paris sous les bombes », reste sans doute le meilleur essai du groupe de Saint Denis, peu d’albums ont en France un statut aussi mythique que ce « dernier » NTM. Véritable révélation aux yeux du grand public, c’est dans un contexte agité de condamnation judiciaire, de polémique et d’agitation médiatique que sort ce quatrième album éponyme.Si ce dernier long format n’a pas la cohérence d’un « J’appuie sur la gachette », les productions épurées, les BPM ralentis, et les singles imparables (« Laisse pas trainer ton fils » et » That’s my people » en tête de liste) font écho aux goûts de l’époque et permettent une démocratisation du rap à l’échelle nationale, entraînant dans son sillage toute une nouvelle génération d’auditeurs passionnés. Florian
Il y a 20 ans

OXMO PUCCINO – Opéra Puccino (28 Avril 1998) L’année 98 comporte tellement de classiques que nous trichons quelques peu ce mois ci en vous proposant deux albums issus du millésime. A coté de ce « Suprême NTM », « Opéra Puccino » se hisse sans difficulté au panthéon des albums de rap français, toute époque confondue. Trainant derrière lui son bagage Time Bomb, Oxmo sort en avril 98 son premier album solo, le classique « Opéra Puccino ». Flow mélancolique et lyrics très métaphoriques, c’est pour beaucoup la naissance d’une plume unique, d’un univers singulier, symbole d’une époque dans laquelle on replonge toujours avec autant de plaisir, même vingt ans après. Florian
Il y a 10 ans

MEDINE – Don’t Panik Tape (14 avril 2008) En 2008, après ses deux premiers albums « 11 Septembre » et « Jihad », Medine décide de regrouper ses différentes apparitions et featurings hors album, dans la « Don’t Panik Tape ». Véritable pavé de 25 titres, le rappeur du Havre y rappelle toute sa productivité, et sa cohérence. Bénéficiant de titres efficaces, trônant désormais parmi les plus belles réalisations du havrais – On pense à « Game Over », « Rappeur de Force », ou « Lecture Aléatoire » notamment – la Don’t Panik Tape, se révèle être une excellente porte d’entrée pour découvrir l’univers du rappeur. Véritable succès pour un album de ce type, la don’t panik tape réussira même une entrée remarquée dans le Top Album. Florian
Il y a 5 ans

SEMAPHORE – Hotel Iblis (12 Avril 2013) Les plus fous d’entre vous se rappellent sans doute de l’aventure Sémaphore. Regroupant deux jeunes rappeurs étranges, Jean-Pierre et Youno, le groupe développait des textes bourrés de références pop culture bordélique et shootés au rap cainri sudiste. Leur premier essai, « Hotel Iblis Vol.1 » fête aujourd’hui ses cinq ans. L’occasion de replonger dans l’écriture intrigante, les associations d’idées souvent très amusantes de Youno, et le lexique original de JP. Le groupe a fini par se dissoudre dans une nouvelle entité, plus large, toujours dans la musique, mais aussi dans la sape et la vidéo. Florian
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