‘Winter Tape’, A2H et ses mélodies polaires

In Chroniques by Antoine Comments

Il fait froid dehors, bien trop froid. Sortir est une épreuve pour le corps. Rester enfermé est une épreuve pour l’esprit. Paradoxale ? C’est comme ça qu’on pourrait définir la nouvelle mixtape d’A2H sortie le 24 février dernier. Des bangers doux, des balades rapides. Entre bonheur lourd et tristesse légère, l’artiste se joue depuis longtemps des codes, des modes et des époques. L’homme, depuis toujours en indé, est fidèle à lui-même, à son style, désormais affirmé. Les hommes pleurent en hiver c’est 13 titres, 40 minutes, 4 feats et beaucoup d’amour.

La vie à deux, un adieu à la vie ? A peine le disque enclenché, que le voyage commence. Mélodieux comme jamais, autant dire mélodieux comme d’hab, le morceau introductif du 13-titres s’appuie sur une instrumentale très jazzy de Kobébeats pour dévoiler les thèmes phares du rappeur : les femmes, la maille, le voyage. « [Partir] sans dire adieu » pour fuir le quotidien, l’hiver, la misère et le spleen, « défoncé comme Morrison ». Le voyage ne prévoit qu’un aller-simple. Une guitare électrique et la voix de Sowlie en fond, loin d’être triste le morceau se veut libérateur, profitant de l’élan que son album Libre lui a procuré. Album devenu un adage autant dans son rap que dans ses relations. Peu importe la saison, le rappeur de Melun-Nord s’occupe de « Ta copine » comme il s’occupe des femmes de sa vie : sa mère, sa weed et sa musique. On découvre dans ce son une relation libre mais passionnelle, intense et charnelle. La balade se fait à deux. Irréelle et hors du temps, tel un soleil d’hiver.

L’artiste scande « je n’écoute plus personne » dans « Ouai Ouai Ouai », ce qui le résume bien. Indépendant et original, il n’use pas de stratégie marketing cynique. Pas de pop urbaine, pas de groupie. Des grosses basses, du flow varié. Toujours un peu frivole, l’œuvre se veut scénique, musicale, chaleureuse. La flamme résiste au vent même en hiver. « Je vous emmerde, oui, je vous emmerde » le mot est lâché dans « N’oublie pas ». A2H est dans « son dièse » et rien d’autre. L’absence de bangers contraste avec son dernier projet Summer Stories Kushtape, c’est peut être ça le syndrome de l’hiver. Difficile de crever sa bulle. On retrouve quand même une ambiance très orientée trap dans « On charbonne » qui fut le premier extrait annonçant la sortie de la mixtape, « Vacances à la neige » et « Bang Bang Bang ». Doté d’une appellation explicite, ce track est l’un des plus nerveux de l’album, l’instru est pliée par le trio A2H, Young Mic et Zéfire. « Hey hey, renoi, c’est le paradis/Moi, j’vis de mon art, t’es dans une pute, tu choppes des maladies ».

L’opposition est faite. « Pas comme nous » et pas comme eux, le rappeur s’est toujours placé en dehors du jeu. Alternant refrains cloud rap, flows syncopés puis énergiques, le deuxième morceau de la tape, clippé depuis quelques semaines, sonne très egotrip et résonne comme un appel au crépuscule. Cachez vos copines, quand la nuit tombe, A2H est le meilleur. « King Chill » le son qui suit, ressemble à une virée nocturne entre potes. Comme le bruit d’une voiture qui vient rompre le silence pesant, ou les phares d’une vieille 205 qui viennent briser le noir de leur lumière jaunâtre, le son surprend. La prod est à la fois douce et glissante, rapide et périlleuse, et la voix d’A2 vient délicatement l’accompagner, s’adapte aux courbes et virages qu’elle emprunte. Serein et nonchalant, poétique et rude, voilà de quoi qualifier la patte A2H, qui parfois se montre plus mélancolique comme dans « Pourquoi », « Palace Paradise » et dans l’excellent « Les hommes pleurent en Hiver ». Le titre qui donnera son nom à la tape explore un peu plus qu’à l’ordinaire les sentiments qui le traversent. La confiance n’empêche pas la désillusion, ni les doutes qui viennent après.

Share this Post