Phénomène Bizness, déjà monument ?

In Chroniques by Antoine Comments

Découvert sur l’album Feu de Nekfeu il y a 7 mois, le groupe Phénomène Bizness a sorti ce mois-ci sa première mixtape, Pharaon.

Première mixtape, première partie du $-crew, le binôme composé de John Hash et Saïga enchaîne les premières fois avec talent, pourtant leur performance reste encore confidentielle, le groupe dépassant rarement les 100 000 vues sur Youtube. Mais rien n’est trop grand pour le duo qui surprend constamment par la qualité du produit qu’il écoule.

Identité propre ou somme d’influences ?
Pharaon est de cette lignée de projets old-school mais modernes. Certains verraient en leur signature sur le label Seine-Zoo Records une filiation directe avec le groupe dont ils assurent la première partie pour leur tournée des Zéniths. D’autres y voient, comme beaucoup de nouveaux artistes signant sur des labels tenus par des mastodontes, des copies. Tout comme Benash aurait dû être le successeur à l’identique de Booba, le phénomène bizzy apparaît parfois dans l’imaginaire, comme le nouveau $-Crew. Saïga, l’un des deux membres du duo, le dit lui-même : « Au contact de mes sons y’a ceux qui écoutent et ceux qui cherchent la ressemblance. » Rassurez-vous, la dose de rap délivrée par Pharaon a un goût singulier.

Un art, deux artistes
36 minutes, c’est le temps qu’il faut pour apprécier entièrement les 10 titres de ce disque. Mais il est hors de question de s’administrer Pharaon en une prise. L’ivresse s’atteint progressivement, et la bouteille prend du caractère à mesure qu’elle vieillit. « Ah ouai ouai ouai », premier titre efficace et rassembleur fait office de piqûre de rappel. On peut sonner classique et faire des hits. On peut faire un album rétro sans tomber dans le boom-bap des plus ringards et simplistes. Les titres défilent et le liquide tend à se bonifier au fil des écoutes.

« Sur 10 banlieusards combien d’survivants ? T’en as peut être qu’un / 4 au placard, 3 dans le parloir tout les autres dans le pétrin ». Les deux artistes livrent leur routine au travers d’une prose sincère, parfois engagée, toujours technique. Leurs rêves d’ascension et leur réalité sont mis en musique avec brio. Complémentaires dans la voix et dans le flow, les deux rappeurs prouvent qu’ils savent faire de leur musique un art avec l’excellent titre « Rush » au refrain magique de Tsilla.Le duo hérite de cette ambition technique propre au label Seine Zoo Records mais a su creuser son propre chemin, entre tradition et modernité.

Share this Post