Les news de l’été, ce que vous avez (peut être) raté

In En Bref by ThadrillLeave a Comment

Il aurait pu partir après s’être pris une rafale de M-16 sur un deal de rue qui tourne mal, mais on peut être le premier des manager du gangsta rap sans pour autant être gangsta. Il aurait pu se prendre dix balles dans le caisson dans son SUV, mais on peut être l’homme le plus haï du rap game sans pour autant finir comme 2Pac ou Biggie. Jerry Heller est mort à 75 ans suite à un AVC. Pas très hip-hop comme mort me direz-vous, mais pas moins que celle de Big Punisher. Vrai entrepreneur, ou vrai juif pour Ice Cube, il aurait pu se limiter à manager du hippie à guitare façon Cat Stevens, mais l’homme qui s’autoproclame « Nigga in Cleveland » préfère faire fortune en exposant la violence rythmique du gangsta rap. Associé à Eazy-E, il fonde Ruthless Records, considéré par les initiés comme le meilleur label west coast, bien devant Death Row. Mais Jerry, c’est aussi le mec à abattre, le traître… A une époque où l’antisémitisme ne semblait pas choquer plus que ça, Ice Cube sortait le morceau « No Vaseline » suite à une histoire de deals qui tourna mal, et mis en quelque sorte fin à l’aventure NWA. Jerry resta jusqu’à sa mort une espèce de figure ambivalente, entre vrai visionnaire et agent du Mossad, traître à la cause noire ou autres conspirations pyramidales.

Et il en pense quoi Ice Cube, de la mort de Jerry Heller ? Dans les diss les plus notables de l’histoire du rap, celui entre Jerry et Cube reste un vrai symbole, entre propos de haute voltige et hache de guerre jamais enterrée, alors que derrière les projecteurs, Heller est resté jusqu’à sa mort le seul protecteur des droits de NWA, et donc d’une partie des droits d’Ice Cube. Après « No Vaseline » et le détournement du personnage de Jerry Heller en vrai fils de pute dans le film Straight Outta Compton – l’avocat de Heller accuse ce contexte d’être l’origine principale de sa crise cardiaque – on s’attendait à un dernier coup dans la gueule du défunt. Mais soit les années passées radoucissent les mœurs, soit le Cube est un hypocrite de première, répondant à une question par une non-réponse  : « La mort de Jerry Heller fait partie de la vie. On va tous mourir un jour. Ça nous fait réfléchir sur le temps passé avec Jerry. Les hauts et les bas… ». Une sortie qui sent plutôt la vaseline.

Dans les annonces rapologiques à venir, il faudra compter avec le projet entre Beanie Sigel et Jadakiss. Double bonne nouvelle : Beanie Sigel n’est donc pas mort, et Jadakiss pourra profiter des oreilles de Beanie pour choisir autre chose que des instrus moisies pour ses projets studios. Du côté d’Atlanta, il semblerait que la Dungeon Family ne soit pas morte, puisqu’un EP commun de Big Boi et Killer Mike devrait voir le jour dans le sillage du prochain solo de la moitié des Outkast. Du côté de Top Dawg Entertainement, le prochain d’Ab-Soul est prêt, celui de Jay Rock en cours de finition, et celui d’Isaiah Rashad une petite réussite. Il ne reste plus qu’à avoir le même succès que leur pote Kendrick.

Les séries passent en mode hip-hop. Après les documentaires en tout genre, c’est au tour du format série de revêtir son plus beau baggy Karl Kani et sa casquette Kangol. La première salve nous vient de l’indétrônable Netflix, qui a confié à Baz Luhrmann – réalisateur de film comme Moulin Rouge ou encore Romeo + Juliette – la lourde tâche de mettre en boite la naissance du mouvement : « The Get Down« . Si le pilote ressemble à une blague, le reste de la série mérite son intérêt, avec ses défauts et qualités. Chez FX, c’est Donald Glover aka Childish Gambino qui s’y colle, avec la comédie dramatique « Atlanta« , racontant l’histoire de deux cousins investissant la scène rap de la ville-titre. Acteur et scénariste de la série « Community », Glover possède tous les atouts pour faire de cette série la belle surprise de la rentrée.

On en parlait déjà dans notre dossier Powerule, l’histoire maudite du premier MC latino, l’histoire collective a toujours du mal à se rappeler du rôle prépondérant de cette communauté dans la naissance du rap. « The Get Down » ne fait pas exception à la règle, ce qui ne semble pas faire plaisir au vétéran Crazy Legs. Sur son compte Instagram, la légende du breakdance, et membre du Rock Steady Crew, s’interrogeait sur l’absence de latinos dans le rôle des pionniers : « Les gens doivent garder à l’esprit que les Latinos aussi ont agi dans le mouvement des droits. Nous étions à un échelon encore plus bas à l’époque, et on nous a oubliés. Ce qui est sorti du mouvement des droits civiques a non seulement affecté la communauté afro-américaine, mais aussi la communauté latina. Je pense que parfois les miens ont besoin de savoir que nous sommes à l’origine de quelque chose de grand. Et ne soyez pas partagés, vous avez le droit d’être fiers du hip-hop comme vous êtes fier du tejano ou de la salsa ».

On pourra dire ce que l’on veut de Ka, le rappeur de Brownsville est tout sauf un ultra-communiquant. Spécialiste des sorties d’album noirs et dépressifs en pleine canicule estivale, Ka est un homme assez discret, qui semble loin de tout plan promo du rap game. On le croyait donc à l’abri de toute attaque, mais malheureusement pour lui, le New York Post en a décidé autrement. Cela a surement du faire plaisir à Ka de se retrouver à la une de ce canard, mais pas très longtemps au vu du contenu. Sous le titre « Capitaine des pompiers de NYC le jour, rappeur anti-flic la nuit », le Post cherche clairement à s’en prendre à Ka, avec un récit qui insinue à demi-mot qu’un capitaine de pompiers ne peut pas exercer son art. Généralisant au maximum les textes de Ka, le Post va jusqu’à remettre en doute la capacité de l’homme à exécuter son travail le jour, vu que la nuit ça pousse la chansonnette en lâchant des n-words, parlant de drogue, violence et de haine anti-flics.

En un article grossier et rempli de préjugés, Ka est devenu l’ennemi à abattre, le loup dans la bergerie. Si le Post pensait pouvoir compter sur un soutien unanime, la réponse ne s’est pas fait attendre, non pas de Ka, mais de l’engagé Killer Mike : « Ka crée de magnifiques fictions écrites, nous donnant des regards admirables et tragiques sur le mystère et la pègre. Je pense que Susan (l’auteure de l’article) comprend cela, et je pense qu’elle savait qu’elle allait lui faire honte quand elle a utilisé ces chansons poétiques d’un capitaine de pompier, écrites sur son temps libre, quand il ne le passe pas à sauver des vies. Il pourrait facilement avoir un contrat d’enregistrement et être une légende, avec une fanbase comme celle de MF Doom, mais au contraire, il est comme Charles Bukowski, il vit et travaille avec des gens ordinaires, tout en étant un génie d’écriture. Je sais que Susan le voit mais préfère l’ignorer, tout en utilisant le langage et les subtilités éloquentes pour appeler Ka un « nègre » ingrat. Une honte, surtout que c’est une femme. Je pense que Susan devrait être une alliée, considérant que le sexisme et le racisme relèvent du même problème sociétal. Cet homme est un héros de tous les jours. En tant que défenseur acharné des bons flics, je dois dire que les pompiers et les enseignants méritent les mêmes des considérations, et plus encore. Un pompier sait que chaque jour peut apporter la mort, mais quand ça arrive, ils doivent courir pour sauver les autres, tout comme les flics. Ils doivent être réactifs d’esprit et de corps, et tout ce qu’ils obtiennent ce sont des brûlures. Comme les flics et les enseignants, ils sont sous-payés. Comme les enseignants, ils ne sont pas vraiment remerciés pour ce qu’ils font. Je salue le Capitaine Kasim Ryan pour avoir une vraie vie de super-héros, qui sauve nos vies le jour, et nous donne des mots pour consoler douleur et colère la nuit. Susan est dégueulasse pour ce qu’elle a écrit et laisse entendre, mais elle doit vivre avec ça. De la part du monde du rap et du monde réel, merci Capitaine Reed, alias Ka ». Rien à ajouter.

Dans les autres sales nouvelles de l’été, on apprenait que le pionnier Kid Frost menait son combat contre le cancer. Les plus anciens se rappelleront de son hit « La Raza« , sorti en 1990. Très actif dans les nineties, il se fait plus timide sur les décennies suivantes, tout en lâchant en 2013 « The Good Man« . Père du producteur Scoop DeVille, Kid Frost reste un symbole fort du rap latino. Atteint d’un cancer de l’intestin, il a déjà subi 4 opérations, et en attend encore une très importante. Actuellement en cours de discussion pour produire son biopic, Frost ne se déclare pas vaincu, et on espère le revoir en pleine forme derrière le mic.

Le jour où Netflix manquera d’idées, on pourra toujours leur refiler celle de résoudre les crimes d’artistes US restés dans les cartons. Et il y a de quoi faire : 2Pac, Biggie, Jam Master Jay, Scott La Rock ou encore Big L. Pour ce dernier, on vient d’apprendre que le principal suspect aux yeux de la police venait de se faire tuer à Harlem. Il s’agit de Gerard Woodley, ami d’enfance de Big L, qui apparaît sur la pochette arrière de l’album Lifestylez Ov Da Poor & Dangerous. Selon les sources policières, Gerard Woodley aurait tiré 9 fois dans le visage à bout portant sur Big L, car ce dernier aurait essayé de doubler ses potes, suite au vol d’une cargaison de drogues. Cette théorie n’a jamais été prouvée du vivant de Woodley, et elle ça risque d’être encore plus compliqué maintenant.

De retour en France pour une plongée dans ses traditions d’été. Pendant que le quidam moyen, feuilletant le dernier Voici sur la plage découvrait le lieu de villégiature estival de ses people préférés, les rappeurs, eux, cassaient leurs tirelire et réservaient sagement leur BlaBlaCar, prémisse à la grande transhumance. Ils sont venus, ils sont tous là. Montreuil avait son Narvalow, Sète aura son Demi-Festival. Réunis sous le signe de l’indépendance et des subventions régionales, et durant trois jours, les prestations de se sont enchaînées en bord de mer. Ça a chanté à la gloire de l’esprit hip-hop, ça a pris des selfies avec sa bouteille de Diplomatico, et c’est rentré chez lui, encore un peu plus aigri. Package complet.

L’éternelle et immuable gargouille de Montmartre s’en est allée « Là-Haut« , sur la butte, pour regarder la ville et s’approcher du ciel. Entre orgueil et péché,  Hugo n’a jamais eu à chercher la 18ème merveille du monde, puisqu’elle s’agite à ses pieds tel un rapide, et vient alors à sa singulière manière la poétiser. 4 ans plus tard, le MC du TSR a toujours Fenêtre Sur Rue, et lorsqu’après avoir arpenté les toits Simon Nogueira lui rend son micro, le boss ne peut qu’annoncer une nouvelle fresque lyricale peinte au fat-cap. Un retour qui n’en est pas un pour celui qui a désormais « la trentaine mais toujours une voix crue ». Du graffiti à la misère sociale, celui qui disait ne pas avoir changé d’adresse, et donc de flow, se fait ponctuel, est là « à l’heure à laquelle l’inspecteur se couche » roulant un ter, cherchant un thème, mais n’ayant que la vue du Sacré-Cœur.

667, le diable et l’antéchrist n’ont qu’à bien se tenir, le Mangemort Squad arrive au-dessus d’eux, en mode avion… La Ligue De l’Ombre débarque, bien décidée à ne pas mettre de l’eau dans le vin du rap, mais bien du sirop dans le lin. Freeze Corleone annonce la Fin Des Temps en s’entourant des meilleurs ninjas de ce manga game, et tel le Mahdi passe des s/o à ceux à qui il garde une place dans l’Arche, puisque Afro S « construit l’navire et réalise les plans comme un architecte ». C’est la 6-secte fils, ils sont dans cette merde pour le cash, et leur fumée codéinée va rester plus de 40 jours dans un ciel qu’ils veulent violet.

Dans la catégorie « on s’en bat les reins », Yasiin Bey continue à sortir des sons et c’est toujours aussi chiant, Maître Gims veut percer, ou se faire percer aux US, 50 Cent et The Game ne seraient plus en beef, Planet Rap fête ses 20 ans et nous rappelle les ravages de l’illettrisme en compilant les meilleurs freestyles de la Mafia K’1 Fry, Snoop Dogg a été menacé de mort par Suge Knight au moment de partir sur le label de XXXX (comme n’importe qui ayant côtoyé Suge, en fait), Despo Rutti a besoin de soins, mais les gens préfèrent se foutre de sa gueule avec ses vidéos FB, il y a eu un nouvel album de De La Soul, Pras raconte des anecdotes sur les Fugees pour vivre, Joe Budden, euh, non rien…, KRS-One continue à penser que ce n’est pas très hip-hop de s’en prendre à Afrika Bambaataa (voir notre article), Rakim n’a pas composé la chanson « Summertime » de Jazzy Jeff & The Fresh Prince, Sadat X a encore sorti un album, Lil Wayne arrête la musique, Young Thug pose en robe sur la cover de son nouveau disque, Birdman dort sur un matelas rempli de billets, d’un montant égal à 1 million de dollars (« Put some respekk on my bed »), et sûrement plein d’autres trucs, mais c’est déjà pas mal.

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Rédacteur chez ReapHit
Etablis depuis 2009, les abattoirs Thadrill vous proposent une large gamme de découpe rapplogique.De l’accrochage à la levée de mc en passant par la saignée des beatmakers mais aussi la ligature du turnatblism, cet établissement se veut dans la longue tradition de l’abattage traditionnel avec sa fameuse technique de la chronique sans concession.
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