LOVE & LOYALTY : avec JMK$, la messe est dite

In Chroniques by Arthur Duq Comments

Le rap souterrain français connaît un renouveau depuis quelques temps grâce aux scènes trillphonk et trap américaines en plein bouillonnement. L’effervescence française se situe surtout du côté de Lyon et ses alentours, avec le RTT Klan, Leanionnaire Mob, une partie du 667 ou encore Francis Trash. Cependant comme dans un  »olympico », Marseille a son mot à dire. On y trouve ainsi des rookies talentueux, à l’image de JMK$ qui vient de sortir sa première mixtape Love & Loyalty, du très lourd.

JMK$ (ou Jamkain$) a sorti sa première mixtape le 22 février, dropée sur Soundcloud. 9 pistes solides dans lesquelles il est question d’argent, de Polo et de Gucci, de billets, d’herbe, de khalis, de haine anti-flic et anti-fugazi, de money et de sa folie. En somme une belle présentation du personnage et de ses ambitions. La cover en est l’illustration parfaite, avec un montage à faire pâlir Koopsta Knicca, Triple 6 Mafia ou encore le plus récent Raider Klan. On y voit JMK$ en mode Lo Life dans un palace à colonnades avec une ribambelle de lustres majestueux, le tout, frappé par une foudre mystique et surmonté par une chaîne en or : le décor est posé.

Le projet débute avec « Le MDCJ 2″ (comprendre  »Meilleur de ce jeu », et 2 car un premier morceau existait avec son comparse du Summum Klan OJ Qwano) auquel l’orgue de JeanJass donne un ton grave, angoissant et solennel, qui colle parfaitement avec l’imposante demeure de Jamkain$ et ses lustres à bougies. Puis le rookie, posé dans son canap’ et fumant son gros duby, tel Tony Montana dans son fauteuil avec son cigare, parle de la concurrence composée de fugazis, de la nécessité de prouver qu’il est le meilleur dans le jeu et de son souhait d’amasser les capitaux rapidos. Une belle introduction pour la suite.

Le « roi d’la Trill » 

« 4Real » est le gros banger de la mixtape. La prod est signée Apher et provoque encore une fois l’angoisse, la folie, voire le malaise et l’horreur. Il n’aurait pas été surprenant d’entendre $crim et Oddy Nuff lâcher quelques bars cyniques dont ils ont la recette. Mais c’est bien le Jamkain$ qu’on entend et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne déçoit pas. Il reproche aux fugazis de rapper ce qu’ils ne vivent pas, au contraire de lui qui est vrai et réel. En outre, il tacle la police à la Di Meco : « pas vu pas pris, ça s’voit tu connais pas les bavures ». Les flics sont violents, à l’image des bavures coutumières, et personne n’en est à l’abri. Une défiance que l’on retrouve dans Cypress Hill : « Fuck un P.O ». Comme possédé par l’instrumentale, l’autoproclamé roi de la trill rappe sa folie, « t’as pas idée de c’qui s’passe dans mon cerveau », « problèmes dans ma tête » ou encore « j’suis un buté ». Une folie qui devient meurtrière, voire suicidaire : « c’est tentant de me mettre une balle », lui qui se voyait « pas vivre si vieux » dans MDCJ 2.

Les démons intérieurs de Jamkain$ sont le fruit de sa consommation de cannabis qui enfume les tracks. JMK$ envoie Dr Greenthumb dans le décor avec son « j’fume plus de beuh que Cypress Hill ». Une conso qui lui donne des visions et alimente sa folie. Sa défonce, encore plus forte, est chantée dans « P.2 THC ». Il parle des pilules de THC qu’il prend car la frac est plus forte et plus longue, et que la skunk ne le fait plus autant planer. Mais s’il prend des pilules, c’est aussi parce qu’elles coûtent chères et permettent d’exposer son train de vie opulent, comme ses backwoods avec lesquelles il roule ses joints. JMK$ est obnubilé par l’argent et la luxure (il s’est renommé @PARLEMONEYSTP sur tous les réseaux sociaux, c’est pas pour rien les gars). L’argent est omniprésent, il veut « faire rentrer les billets » et « tout l’or des rappeurs ». Sur « Sky Priority », en feat avec Coyotte aka Jo Bastard, ils semblent questionner l’Argent, alors personnifié et semblable à un génie. L’argent apporte les réponses et exauce les vœux (histoire de fermer la gueule du bien pensant selon lequel l’argent ne fait pas le bonheur). Dans @PARLEMONEYSTP, JMK$ feate cette fois-ci avec DIL et JEEM du Money Maker Clan (histoire de rester dans le thème oseille), collectif de Marseille. Le temps presse, les billets doivent tomber illico, JMK$ « parle money, parle dollar, parle euro » et « veut des grosses sommes ». L’argent pour « finir dans une piscine » comme le dit DIL, et acheter du Polo et du Gucci.

Amour du Gang et requiem pour la concurrence 

JMK$ a des valeurs, en témoigne le titre de sa mixtape. Des valeurs qu’il partage avec son gang parisien, le Summum Klan 8.848, composé de Him$, Beamer, Caspi, Oj Qwano et Last Ape. Cet amour de l’équipe est célébré dans OTG, soit Only The Gang, où il pose avec sa clique.

Une équipe qui s’étend : Coyote, Ormaz du Panama Bende, DIL et JEEM du MMC, Mazoo du Leanionnaire Mob, Luni Sacks de Francis Trash. Une équipe qui fait également tomber les frontières : il est question de Paris, Marseille mais aussi Madrid ou encore Bruxelles dans les différents sons. Him$, manager-producteur-rappeur du Klan le disait déjà dans l’article Vice leur étant consacré : « Mon but, c’est de faire écouter le Summum un peu partout en Europe. De percer en dehors des frontières. De s’exporter worldwide ». On dirait bien qu’ils en prennent le chemin.

Le projet se termine par un « Requiem », soit une messe pour les défunts. L’orgue de MDCJ2 annonçait déjà la couleur, avec cette impression de cérémonie solennelle. Avec « Requiem », où l’on retrouve Mazoo et Luni Sacks, la boucle est bouclée, JMK$ et ses gavas clôturent la démonstration et enterrent la concurrence : « affligé de vos tas de sons morts, t’as pas idée j’fais du crack sonore ».

Share this Post

Arthur Duq

Arthur Duq

Rédacteur chez ReapHit
Historien paranoïaque, j'aime les sons souterrains, les commentaires youtube et les théories du complot.
Arthur Duq

Les derniers articles par Arthur Duq (tout voir)