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2015
Le BILAN

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Les derniers jours de décembre passent et se ressemblent. C’est le moment des regrets et des bonnes résolutions, des émissions télévisuelles bas de gamme, et des dindes aux marrons. Bien trop heureux de perpétuer ces traditions, c’est en famille que toute l’équipe de rédaction s’est réunie pour faire le point. Un an de rap, un an de d’écoute attentive et d’écriture enflammée : voici notre Bilan de l’année 2015.

Les Editos de la rédaction

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Une année à courir après les sorties, de clips en EP, d’EP en mixtapes, de mixtapes en albums. Une année à gratter « Cassette de Bankroll Fresh » ou « Nouvel EP de Makonnen » sur sa liste de choses à faire, à planifier l’écoute de nouveaux projets pour être sur de ne rien louper… Une débauche d’énergie qui en valait bien la peine. Tout d’abord, parce que le rap français s’est rarement aussi bien porté.

2015, c’est des nouvelles grosses têtes confirmées (SCH, PNL, Gradur ou Jul) avec des univers marqués, parfois fort discutables, souvent innovants, qui n’ont pas peur de tenter des choses et surtout de se livrer en profondeur et d’exposer leurs faiblesses, de partir sur des univers sonores d’origine ricaines pour mieux les franciser, et faire ce que l’on peut cette fois légitimement appeler du « vrai » rap français. Que les projets soient consistants de A à Z ou non.

C’est donc enfin un peu de pression pour les gros noms historiques que sont Booba et Rohff, et plus récemment Kaaris, poussés dans leur retranchements, et forcés d’assurer un minimum pour continuer à exister dans le cœur d’un public qui a déjà ses nouveaux héros. Les deux premiers cités, avec Nero Nemesis et Le Rohff Game, livrent des disques perfectibles dans leur DA mais avec une véritable assise, démontrant qu’ils sont encore loin d’être morts derrière un micro. Pendant ce temps Kaaris balance « Le bruit de mon âme », un disque en demi-teinte dont les tentatives d’ouverture ne fonctionnent pas toujours, puis revient avec un « Double-Fuck » plus direct, moins osé, mais sans doute plus incisif.

Autour de ça, des noms de notoriété plus intermédiaires ont séduit en prenant des directions plus originales, à l’instar de Hyacinthe et L.O.A.S, qui n’hésitent pas à flirter avec différents genres de musiques électroniques, et à pousser très loin dans leur interprétation, quitte à livrer des disques qui pourront paraître éreintants aux oreilles des non-habitués. Au moins, il se passe quelque chose.

Pendant ce temps, des têtes installées, à la fanbase fixée, continuent à creuser leur sillon avec talent, dans des directions opposées, à l’image de Lucio Bukowski, Butter Bullets, Saza & Hype, Juicy P et Zesau, alors que JP Manova et Joe Lucazz sortent deux premiers albums attendus, quelque peu hors du temps, mais de qualité. Hors du game, Vîrus et Riski éclatent tout avec deux excellents EP. Pour eux, pas besoin de plus de quatre titres pour marquer l’année.

Enfin, 2015 dans le rap français, c’est aussi l’ascension plus ou moins rapides de rookies forts intéressants, tels que Rufyo, Jorrdee, Hoos et Plb. A confirmer sur le prochain exercice.

Parler de cette année rap du côté US, c’est encore une autre paire de manches tant elle fut fournie en projets de qualité dans tous ses sous-genres. L’attention fut encore une fois très portée sur Atlanta et Chicago, bien que Houston, Los Angeles et Memphis ne furent pas en reste. Les valeurs sures de la capitale géorgienne restent en place : Future livre une grande année, Young Thug continue à impressionner, et Young Jeezy sort encore un très beau disque. Zaytoven, Metro Boomin, TM88 et toutes les grosses têtes de la production mènent toujours la danse et adoubent des rookies en devenir. Bankroll Fresh, 21 Savage, et Ethan Sacii sont en route vers l’explosion, à des degrés différents, et assurent le futur de la ville en ramenant de nouvelles manières d’appréhender les productions mutantes des pontes du coin.

Les gros noms de Chicago continuent aussi à tracer leur route. Chief Keef tâtonne dans de nouvelles sonorités, et nous balance encore des flopées de son. Un peu de tri à opérer, forcément. L’avenir nous dira quelle influence son stakhanovisme aura eu. King Louie et Lil Herb creusent toujours leur sillon avec une musique à fleur de peau, en délivrant de véritables growers.
A Houston, c’est surtout l’explosion de l’équipe Sauce Factory qui fait du bruit. Un univers tout particulier, une capacité à défoncer n’importe quelle face B, dans n’importe quel genre, et un côté cartoonesque fort appréciable. Une sorte de Dipset de Houston.

LA sort la tête de l’eau, notamment grâce à TDE qui marche sur l’eau. Kendrick surprend encore son monde et lâche un album hors du temps, qui a de bonnes chances de devenir culte, tandis que Jay Rock livre un projet appliqué, diluant son gangsta rap avec le son de son équipe. Les patrons Dre et Game font un retour en force inattendus avec Compton et The Documentary 2 et 2.5, actualisant le son historique de la côte West sans oublier de lui rendre de fréquents hommages. Deux disques à poser sur la même étagère.

En parlant d’anciens, Memphis fait aussi le taff par le biais de l’écurie Hypnotize Minds. L’album de la Three 6 Mafia est une vraie réussite, et DJ Paul délivre des projets solos rouleaux compresseurs et efficaces, tout comme Gangsta Boo. La relève est elle déjà assurée avec les gamins de So6iX qui accouplent le son des darons avec le cloud rap et donne une direction possible pour le son horrorcore de Memphis.

Enfin, de Nashville à la Nouvelle Orlénas, Starlito et Young Buck, Kevin Gates et Boosie, continuent leur route avec un rap émotif et jusqu’au boutiste dans son introspection. Une musique qui transite de la rue jusqu’au cœur.

Un tas de directions toutes plus intéressantes les unes que les autres donc. Une grosse variété de sons, des productions et des modes d’interprétation qui ne cessent d’évoluer et de muter à toute vitesse, et l’impression d’une musique qui ne cesse d’aller de l’avant, pour le meilleur et pour le pire. Putain ce que c’est excitant d’écouter du rap en 2015.

2015, toujours pas de temps pour les regrets, ni les éditos

Comment résumer une année rap que je n’ai vécu qu’à moitié ? Du boom-bap à la grosse trap, y’en avait pour tout le monde. A boire et à manger ! Une explosion de saveurs, comme un whisky 28 ans d’âge, vieilli au fut de snare et mis en bouteille à la propriété grosse caisse. Pour ce qui est du low cost, chacun ira bien de sa petite opinion, quand les amoureux du bordel se seront bien gardés de perdre un temps précieux à écouter de mauvais projets. Y’a un avant ReapHit, et un après.

Alors pour résumer du mieux possible, ce n’est ni un projet, ni un album, ni un freestyle que je garderais de cette année. Ce qui m’a profondément marqué, c’est la découverte du milieu, de l’intérieur. Les artistes et leurs égos. Les demandes de relecture. Les modifs à appliquer pour pas froisser. Merde… On fait quoi ? Malgré tout, j’me bute au rap chaque jour que Dieu fait, et c’est toujours aussi bon. C’est pourquoi, j’en profite ici pour remercier les mc’s, les beatmakers, les artistes actifs, les auteurs, les réalisateurs de clip, les mecs (et les meufs, j’pensais pas qu’il y’en avait autant dans l’milieu) qui font vivre et avancer le truc pour faire kiffer les gens et construisent ensemble le rap de demain. 2016 va frapper fort.

L’année 2015 est d’après moi marquée par l’intrusion de la scène anglaise dans le rap international comme un genre à part entière ; Non pas que cette scène n’existait pas auparavant, mais elle s’affranchit aujourd’hui du genre musical qu’elle a tantôt enfanté – la Grime – et devient son propre genre, unique et unifié, avec ses grandes gueules, comme Lady Leshurr, ses propres acteurs tels Little Simz ou Dirty Dike, des artistes se revendiquant de cette scène là et non d’une autre, et des labels à l’apogée de leur succès tel High Focus Records, preuve que la scène anglaise n’a plus rien à démontrer à personne. Elle est là, elle s’impose à nous, cette scène s’implantant partout, allant jusqu’à collaborer avec des monstres de la production comme DJ Premier, cette scène que plus rien n’arrête, qui émerge, grâce à un nouveau flow, des rimes qu’on avait pas l’habitude d’entendre,une nouvelle baguette rythmique, celle de la Grime. On hoche la tête, on dit amen et on veut tous faire comme les anglais.

Tous ? Non, d’irréductibles français luttent sans cesse pour la nouveauté.
JP Manova nous propose ainsi un «courant alternatif pour mettre la gifle» sur son tout premier EP, alors qu’en courant alternatif on aurait plutôt cité Grems, et ses projets en continu assurant la pérennité de son nom dans le rap jeu tout comme le projet Hustla, et ce feat surprenant avec Olivia Ruiz. Des alternatives, les français ont su en trouver pleins, sans doute las d’un boom-bap usé : des avions tels Stwo, provenant de Malaisie et s’écrasant sur les cordes vocal d’un Lomepal qu’on appelle désormais Majesté, une alternative encore, un hérétique du nom de Rezinsky tombant trop facilement en amour pour une jolie môme, et cet alien sorti de nul part, qui dicte sa loi à coup de vocodeur, restant discret sur ses intentions ; 3 lettres, « PNL », et serait-ce la encore une alternative ou la nouvelle invasion, serait-ce le nouveau rap de 2015 ?

2015 est définitivement l’année du désappointement. La scène américaine n’est plus tant marquée par la dichotomie East Cost / West Cost bien que certains représentent encore et toujours leurs quartiers tel Curren$y. Freddie rappelle Pronto qui est le Thug, remettant les choses à leur place, avant même que Ghostface Killah n’ait eu besoin de le faire auprès d’Action Bronson. Mais les petits nouveaux brouillent les pistes tel que Villain People en balançant leur « same oldshit », pourtant sur un tout premier EP.

Le rap en 2015, ce n’était pas un positionnement sur l’utilisation ou non d’un vocoder mais plutôt la recherche perpétuelle d’une architecture sonore différente, ce que certains revendiquent depuis toujours sous la forme d’un certain deepkho, ce que d’autres découvrent et utilisent à tout va comme une recette du succès leur permettant d’acheter la drogue et les prostituées nécessaires à leur bonheur déprimant, et ce qu’enfin certains prennent de manière plus ou moins humble, reconnaissant qu(on) « percera pas on reste cool, ce n’est qu’une demi-trempe, sauf que notre musique sera réécoutée en 2030 ».

2015 est encore une belle année pour le rap. Ceux qui voyaient déjà cette musique mourir en 1995, année phare du prétendu « âge d’or », n’ont qu’à bien se tenir vingt ans après. Tant aux USA qu’en France, la scène a été effervescente sur une multitude de points : diversité, innovation, confirmation, retours gagnants, gros noms, découvertes… Dans tous les styles, tous les genres ou les sous-genres, 2015 a attiré l’attention. Du mainstream français (Booba et l’excellent Nero Nemesis, Kaaris avec Double Fuck) aux découvertes starifiées (PNL la sensation, SCH l’outsider), des confirmations (Hyacinthe & LOAS, Nekfeu, Espiiem, Vald) aux retours d’anciens (Joe Lucazz, JP Manova, les X.Men, Ali ou Lino), des OVNIs (Metek, Vîrus, Lalcko) aux rookies (Rufyo, Hamza, Jorrrdee), l’année a été riche en sensations nouvelles, en souvenirs remontés et en projets efficaces de ce côté de l’Atlantique.

De l’autre, même s’il est de plus en plus compliqué de tout suivre, entre les gros albums, les mixtapes avant et après l’album, les EP’s et encore, là y’a pas de farfouillage de blazes inconnus, on a vraiment de quoi donner à nos oreilles et à notre esprit. Rien qu’avec la richesse des projets de Future ou de Young Thug, une petite dizaine à eux deux cette année, on avait à faire. Rajoutons A-Wax, le Jay Rock, le Yelawolf, le Kendrick Lamar qui fera certainement date, l’extraordinaire disque de Ka et Preservation (auquel je me laisse encore une année pour tout comprendre), le dernier Drake, un disque de Dre que l’on attendait plus, la noirceur d’Earl Sweatshirt ou de Vince Staples, le retour de The Game, le trip d’A$AP Rocky, deux grosses mixtapes de Rick Ross, des Kevin Gates, King Louie et Starlito au top de leurs formes, ou de superbes Pusha T, Freddie Gibbs et Tory Lanez de toute fin d’année…

La masse sonore aura été plus qu’honorable, si ce n’est chronophage pour nous, qui essayons d’écrire et de faire partager notre passion pour le rap. Une musique qui avance à toute blinde, et qu’il est difficile de suivre en long, en large et en travers. Preuve en sont les divergences au sein même de cette rédaction, pour qui l’écriture de ce bilan est toujours un crève-cœur en termes de choix, et qui se complexifie chaque année. Bonne nouvelle pour 2016, on ne risque pas de s’ennuyer, et vous non plus !

2015 fut une année à n’y rien comprendre, le hip-hop et le rap n’ont pas échappé à la règle. Sorti de l’exaltation adolescente, le rap serait-il en train de subir une belle et bonne crise de la vingtaine ? L’étendue et la prolixité du game n’ont jamais été aussi évidentes, du côté des artistes, bien sûr, mais également du côté des webzines, comme la tendance des cinq dernières années le prédisait. Cela dit, alors qu’Internet (y compris en matière de rap) se voulait le bastion de la neutralité par le bouillonnement d’avis divers et variés qu’il proposait, tous les web-commentateurs français se sont mis d’accord cette année. Trois lettres ont hanté les plumes de toutes les petites rédactions et les bouches de beaucoup d’amateurs du genre. Si bien que les plus grandes rédactions y ont été* et y sont même retourné** !

Je me suis tu pendant douze mois, mais il faut que je vous le dise : j’ai détesté PNL, oui, j’ai dé-tes-té PNL. J’ai détesté leurs projets, mais ça, ce n’est pas grave. Je les déteste surtout comme je déteste les médias (rap ou plus généralistes) qui me forcent –pauvre de moi !- à taper aujourd’hui ces trois lettres sur mon clavier pour clôturer 2015, moi qui ai laborieusement fait l’effort de suivre cette nouvelle année rap, encore et toujours plus difficile à suivre que les précédentes. 2015 ne manquait en effet pas d’autres sujets à commenter. En vrac : des vieux sur le retour ; des jeunes bouillonnant d’une inspiration poussant à 3, 4 ou 5 le nombre de leurs sortie annuelles ; des tracklists d’album longues, très longues, alors que l’on avait consacré l’EP nouveau format à la mode ; des nouveaux et de l’innovation musicale – parfois subie.

Sur la forme (et je ne parle ni musique ni rime), PNL est presque irréprochable à mes yeux : le choix de l’indépendance, de la discrétion, de l’irrévérence envers Planète Rap et Skyrock… mais cela suffit-il pour crier au génie ? Bien-sûr que non. Le fait qu’ils témoignent d’une réalité crue et amère non plus, car bien plus que par leur art, c’est à leur insu que les deux frères représentent ce qu’est le « rap des halls » en 2015 – quitte à sombrer dans le cliché – un rap qui, quand il n’est pas complétement formaté par les géants de l’industrie, est choisi par d’autres et mis en avant d’après un savant mélange de hasard et d’opportunisme. Ces autres, les « nouveaux commentateurs », (dont nous faisons partie) giflent d’une part la liberté que permet Internet quand ils font preuve d’une unanimité digne du temps de l’ORTF, et piétinent toute forme de discernement en tentant de faire rentrer le n’importe quoi dans la case du sens. Dans le cas de PNL, comment ne pas souscrire aux lignes écrites par Thadrill sur ce site (Commencer en haut pour finir en bas***, Reaphit) en ajoutant simplement que ce n’est peut-être pas le rap qui s’uniformise, mais ceux qui l’écoutent depuis vingt ans (un peu plus, un peu moins) et qui eux aussi, bien sûr, vieillissent.

Alors pour 2016, puisque j’ai finalement moi aussi été happé par ce mini-tourbillon qu’est PNL, souhaitons plus que jamais que les médias musicaux et rap, commencent (pour les premiers) ou continuent (pour les seconds) à faire honneur à l’incroyable diversité que connaît ce genre pour éviter que cela ne se reproduise.

L’année 2k15 en fût une bien chargée tant au niveau des sorties anglophones et francophones, tant sur le plan personnel du fait de mon titre, peu commun, de rédacteur québécois pour le compte d’un webzine franco-européen. J’ai eu l’occasion de prendre part « rapologiquement » à l’incroyable expérience du Dour Festival avec l’équipe de ReapHit, l’opportunité d’entrer dans l’univers d’artistes du vieux continent que je supportais déjà à distance tels que The Four Owls, JeanJass, Lomepal, Caballero, L’Or Du Commun, Oligarshiiit et les Dust Dealers.

Ma démarche réglée de façon permanente en mode « Explorap » m’a amené à voir en concert mes coups de coeur de l’année dont Joey Badass & Statik Selektah (US), Rapper Big Pooh & Apollo Brown (US) (à Molenbeek figurez-vous), Oddisee & The Good Company (US), The Four Owls (UK), Vince Staples (US), KRS-One (US), Chance The Rapper (US), Blackalicious (US), Illa J (Canada désormais), Lomepal (France) et l’alignement belge de La Smala, JeanJass, Caballero.

Sinon, pour mes voisins du sud, il serait difficile de passer sous le silence le doublé de Top Dawg Entertainment avec les hallucinantes sorties solo de la moitié du Black Hippy, en Kendrick Lamar et Jay Rock. Mention d’honneur également à Kaytranada et sa fulgurante ascension qui se poursuit, lui qui a fait rayonner ses productions montréalaise à l’international en 2015 pour le compte de Mick Jenkins, Freddie Gibbs, Talib Kweli, The Internet, Rome Fortune et Vic Mensa.

Bien sûr, une fois de retour au bercail à Montréal, j’ai eu l’opportunité de vivre la finale mondiale de la compétition des End Of The Weak. La France a pu se réjouir pour la deuxième fois de voir son représentant Res Turner remporter les grands honneurs aux mains des sept participants des autres pays en présence. Sinon, d’assister à la clôture du festival montréalais Under Pressure avec le méga concert de grand papa hip-hop, DJ Kool Herc, DJ Q-Bert, Lord Finesse ainsi que le monument radiophonique new-yorkais du rap, Bobbito Garcia, qui apparaît notamment dans mon documentaire de l’année : « Stretch and Bobbito : Radio That Changed Lives ».

Par ailleurs, je suis devenu co-animateur de l’émission « Hip-Hop Café Radio », votre dose torréfiée de hip-hop hebdomadaire dédiée à la culture hip-hop et diffusée sur les ondes du CISM 89,3FM à Montréal, dans laquelle nous avons pu recevoir la crème du rap québécois 2015 avec la présence de Monk.E, Cheak, Les Gens D’Air (Aspect Mendoza & El Cotola) et les jeunes sensations anglophones The Posterz. Un nom qui commence à faire du bruit hors des frontières locales, eux qui préparent d’ailleurs une tournée européenne en 2016.

Dernière recension d’honneur francophone, avec le meilleur projet belge qui revient au bruxellois Primero du groupe l’Or Du Commun pour son EP Scénarios. Grand haut au lyonnais Lucio Bukowski et sa plume pour la sortie de trois projets de grande qualité, faisant de lui le roi de la constance et de la concision dans le rap francophone en 2015. Ma découverte rap en France est bretonne et porte le nom de Rezinsky, cette fusion schizophrénique entre l’étoile filante Pepso Stavinsky et son beatmaker ReZo, qui ont fait paraître leur tout premier EP commun, « Les Hérétiques », acclamé par la critique. Les notables retours sont ceux des tontons Joe Lucazz (No Name) et JP Manova (19h07) qui nous ont présentés respectivement leur premier album solo. Redonnant chacun tout son lustre à l’expression « mieux vaut tard que jamais ».

« C’est toujours les meilleurs qui partent en premier » en est une autre, moins heureuse mais qui souligne bien cette lourde perte pour la scène new-yorkaise suite aux décès des deux vétérans emcees, Sean Price et Pumpkinhead. Par chance, la jeunesse annonce une belle relève avec les premiers pas en 2015 d’A-F-R-O, le protégé de RA The Rugged Man, qui nous prépare présentement un album avec le producteur canadien Marco Polo, déjà courtisé, du haut de ses 17 piges, à poser sur des productions de MF Doom, DJ Premier, Mr. Green, Havoc, RZA et Inspectah Deck. Enfin, la britannique dans la vingtaine et à son compte, Little Simz, nous a démontré avec son premier album studio « A Curious Tale of Trials + Persons » qu’à l’avenir, les femmes peuvent aspirer à devenir roi.

2015, sacro sainte année des 20 ans. Occasion rêvée pour la nouvelle génération de croiser l’ancienne dans le public comme sur scène. C’est donc ainsi que je l’ai commencée en voyant la « reformation » de La Cliqua, un soir d’hiver à Boboche : un concert entre reprise de classiques et découvertes de l’évolution musicale de Kohndo, Daddy Lord C et Rocca. Pas (ou peu) de querelles entre Anciens et Modernes donc, et les collaborations se font aisément : Oxmo et Georgio, Les X Men et Nekfeu … 2015, aussi cette année où le crew prend une place de plus en plus importante : plus on est de fous … Démonstration avec Le Gouffre et le déploiement de l’Animalerie, où d’ailleurs les éléments simples aussi s’affirment comme Lucio Bukowski.

2015 a aussi son lot de perles rares outre atlantique. Kendrick Lamar nous a appris comment « pimper » un butterfly. Oscillations rap, jazz, funk et autres manœuvres sonores qui relèvent autant du génie que de la qualité des producteurs de l’album, plus fort que Dre même avec Compton … comme briser la faille spatiotemporelle en discutant avec Tupac par exemple …

Pour revenir dans l’Hexagone, 2015 c’est également les 20 ans pour la Haine, le film de toute une génération, et un discours qui s’applique plus que jamais au contexte actuel. Le témoignage sans doute que la culture hip hop s’est développée au travers de l’expression violente d’une société… Loin de moi l’envie de faire une analyse sociologique de la genèse du hip hop … mais est-ce que PNL aurait pu naître en 1995 ?

2015 a donc son lot de phénomènes positifs, générations jeunes ou moins jeunes. Ce que j’en retiens surtout ? Un rap français qui affirme sa couleur musicale qui se veut de plus en plus éclectique. Un rap ricain qui continue de confirmer sa position favorable en matière de prodiges … 2016 ne peut présager qu’un bon cru  …

2015, et toujours cette même routine pour se faire refourguer une came auditive de qualité. Scruter le net, discuter avec des heads addict, mater la concurrence et au final chercher la pépite qui fera de cette année un cru exceptionnel. Sauf que 2015, c’est tout sauf une année de grand-cru, on a beau user du tire-bouchon, y a comme une odeur de bouchon à chaque gorgée musicale. 2015 n’est pas l’année des bons disques mais une bonne année de single. On prend bien plus de plaisir à extirpé un track par-ci par là que de se taper une écoute complète d’un album. On arrive toujours pas à trouver le format adéquat pour faire d’un album une réussite, parfois trop, parfois trop court, les mc’s naviguent à l’aveugle dans un océan de rap indé où les fonctions vitales d’A&R en terme de conseil ont presque disparu. A cela se rajoute une grosse problématique de musicalité, à force de tirer sur l’aspect technique pour essayer d’être novateur le rap, et surtout le rap US, a abandonné le groove au détriment de la maîtrise technique.

Symbole de cette évolution technologique, le rap westcoast voit cette année comme une coupure flagrante de ce qui a fait pendant des années sa touche. Au son d’une nouvelle génération symbolisée par l’inarrêtable Kendrick Lamar et son crew TDE et par Vince Staples, sans oublier le patron Dr Dre, la Westcoast est devenue une nouvelle institution d’un son digne d’une technocratie où la musicalité n’a plus de droit de paraître, et où seul les ingénieurs du son diplômés d’une thèse en musicologie ont pignon sur rue. Fini donc de bouger la tête, on en vient à réfléchir sur la vibe, on intellectualise la musique par peur que quelqu’un dénonce le creux créatif qui en découle. Au milieu de cette nouvelle technocratie de la musique, The Game et Fashawn rament considérablement à faire survivre ce que la côte ouest a toujours symbolisé. Le premier, trop nostalgique d’une époque qu’il n’a pas vraiment connu mais voulant en être le défenseur, et le second avec un album qui manque clairement de relief.

De son côté, New York continue à s’empêtrer dans sa nostalgie, cherchant absolument à rester derrière les standards des grandes heures, sans créativité, la Rotten Apple continue de se pourrir par son manque d’initiative et sa recherche constante de Boom-Bap, ce qui explique en partie l’échec de Joey Bada$$ et de son premier album. Quelques exceptions viennent tout de même contredire mon constat à commencer par le Dr Yen Lo de Ka qui fait figure de palliatif de qualité en attendant le retour du patron Roc Marciano. Il y a aussi les retours inattendus comme celui de Mood et de l’album très intimiste Into The Mood concocté avec talent par Mil du label Effiscienz. Heureusement, le ver n’a pas pourri complètement la pomme et dans sa partie la plus reluisante, on a plaisir à squatter les corners avec le mouvement beatscoat porté par le producteur V Don et les mcs Bodega Bamz et le collectif A$AP Mob, qui est un beau doigt d’honneur à ceux qui ne voient le rap que par le boom-bap.

Un peu lassé par cette stagnation à l’Est et sur projection à l’Ouest, c’est au final en terrain britannique que j’ai eu le plus plaisir à découvrir de nouveau talents, car la scène britannique est une scène qui n’a rien à perdre, et surtout qui n’en a rien à foutre des avis extérieurs. Vraie grenade à fragmentation, cette scène fait tomber l’ensemble des standards pour mieux se les approprier, un vrai bordel musical sans ligne directrice qui finit en apothéose Darker Than Black, second album du collectif Triple Darkness et surtout leçon de rap à la saucisse classique que doivent faire envier tout mcs américains soit-disant gardien de l’âge d’or de NYC.

Enfin, il aura fallu que j’écoute de la merde addictive pour que je me réconcilie avec le rap français. Toujours blasé par le comportement de jeunes filles en fleur que représente l’ensemble des artistes rap français, PNL aura eu au moins la pertinence d’arrêter de me faire bouder une scène qui recèle toujours de bonnes surprises. En dehors des trucs émo-baltringues que peuvent nous sortir les Nekfeu et autres Georgio, au-delà du rap mongol et vraiment pas crédible de SCH, bien loin des beefs sans aucune créativité de Booba vs Rohff, il existe encore des artistes qui donnent de la profondeur au rap français : ils sont peu, les JP Manova, Ali, Lucio Bukowski et Virus, mais ils existent, ce qui me donne à penser que derrière la mort clinique réside un espoir de retour à la vie.

Au vu la productivité mais aussi de l’hétérogénéité du paysage hip-hop hexagonal en cette année 2015, je ne peux que reprendre les mots d’un de ses acteurs majeurs, Lucio Bukowski, et admettre qu’à moi aussi « le purisme m’inspire deux images : tête, tesson ». Alors à celui qui me servira l’éternelle fumisterie qu’est « le rap c’était mieux avant » je voudrais après lui avoir gracieusement ouvert le crâne lui distiller abondamment ce qui a fait de 2015 l’un des plus grands crus de l’histoire du rap français, et boire ce millésime à même sa boîte crânienne.

Dans un premier temps il me paraît indispensable de saluer le retour (réussi) des anciens. Ainsi, 10 ans après avoir vu le Paradis se faire Assassiner, on a pu à nouveau entendre un « Tchh Tchh » sortir des profondeurs des enfers. Le retour d’un Lino plus litanique que jamais venu distiller toute la noirceur de sa plume de sa légendaire voix nasillarde puisque « les hommes naissent pour mourir [ses] requiems sont des berceuses ». Un album suintant une encre sombre et noire aux allures de « lettre de suicide écrite sur [son] avis de décès ». Alors certes, on peut critiquer certaines directions prises dans l’album, ou certains morceaux quelque peu décevants, mais Mr Bors est de retour et ressuscite de sa plume le rap game et ce jusqu’au Booba des années 2000 qui réapparait grâce à lui pour un retour vers le futur en demandant un Temps Mort 2.0.

Le retour de l’autre moitié de Lunatic, Ali, me semble aussi essentiel à relever, tant le Lotus qu’il nous a cueilli permet une pause entre sagesse et spiritualité dans un rap français souvent oublieux de certaines valeurs clés…

Côté nouvelle génération, c’est sans aucun doute l’album de Nekfeu qui aura fait le plus couler d’encre. Déversant un torrent de Feu dans le paysage hexagonal, il semble avoir en grande partie fait l’unanimité. Pourtant, moi qui le suis depuis ses débuts, qui ai grandi avec 1995 ou encore son S-Crew, sans oublier le 5 Majeur, je n’ai pas retrouvé le bruit si particulier de ses boules contre les fesses du game. Ou alors, s’il l’a baisé, ce n’est pas dans le sens auquel je l’attendais. Il s’en est plutôt fait l’amant parfait, le gendre idéal. Certes, niveau technique j’ai retrouvé la plume que j’aimais, et j’ai moi aussi été scié par sa définition de « la vie c’est apprécier la vue après scier la branche » mais il a pour moi tenté trop de choses pour un premier album, a embrassé un trop large public en voulant se faire une figure unanime. Qui plus est, je l’ai trouvé bien hypocrite et moralisateur sur certains morceaux. Serais-je en train de devenir moi aussi cette figure du puriste qui me dégoûte tant ? Non, je pense qu’il s’agit plutôt d’un aveu de faiblesse de voir mon chouchou rencontrer le grand succès et devenir un rappeur adoubé par tous, un rappeur propre et bien-pensant manquant cruellement de l’audace et de l’insolence qui caractérisait ses débuts. Mais c’est indéniable, si l’on joue avec le Feu, on se brûle, et le jeune Icare a laissé quelques plumes en embrasant le succès.

Aimant considérer le rap comme une nouvelle forme de poésie, une poésie moderne avec ses codes propres et sa finalité orale indissociable du travail du mot, j’ai trouvé en Lucio Bukowski mon champion incontestable. Constant dans la qualité de ses projets comme dans sa productivité effrénée puisqu’une « insomnie égale un texte, regarde le nombre de [ses] chansons » et tu comprendras à quel genre de poète tu as affaire. Offrant un rap plus imagé et référencé que jamais, il a marqué de son empreinte cette année 2015 en se diversifiant. Ainsi, avec La Plume Et Le Brise-Glace, il témoigne de toute sa capacité à œuvrer magistralement en duo avec son comparse Anton Serra, mais aussi en réalisant ses premiers projets instrumentaux témoignant de sa polyvalence et de sa soif de découverte tout en nous livrant des EPs à la sincérité et l’authenticité glaçante rendant ses lettres de noblesse à un Homme Alité en pleine convalescence vers une renaissance avouée. Finalement, quelle joie que de pouvoir enfin, en ce frileux hiver, poser un vinyle de signature sous la diamant de sa platine. Devenu un Rônin du rap français, c’est sa singularité aussi bien que sa plume poétique qui en font pour moi un acteur majeur et incontournable de cette année comme des dernières, et espérons-le des prochaines.

Regarder rétrospectivement 2015 sans parler du phénomène qui a profondément marqué l’année serait une bêtise, tant le retentissement de PNL est grand. Débarqués clandestinement en mars, ils ont su par une stratégie bien huilée atteindre les sommets du succès. La recette est minimaliste, quasi simpliste, des beats cloudy, des textes relativement pauvres mais aux sonorités envoutantes, mais aussi et surtout l’exacerbation d’un quotidien routinier de banlieusard bicraveur empli d’une nostalgie enfantine. En bas du bâtiment, dans ta campagne profonde, dans le métro, à la sortie du lycée, au bureau ou encore dans les soirées bourgeoises parisiennes, les mêmes airs enivrants et entêtants sont omniprésents. Le duo a su subjuguer et leurs onomatopées ne nous quittent plus… En 2015 ils auront eu « Le Monde Chico… Et tout ce qu’il y a dedans »

Avec son Eloge De L’Ombre le rappeur VII aura également réussi à me réconcilier avec un rap engagé et entaché de militantisme. A l’heure où l’on est bien trop souvent agressés par une musique caricaturale au discours politique barbant et souvent décousu, le basque allie parfaitement idéologie et réflexion à une plume sublime dans un alliage faisant la puissance de son katana de Rônin au tranchant inégalé. Un album à l’authenticité rare comme une fleur d’équinoxe…

Pour finir mon regard sur cette année prolifique, il me paraît indispensable de m’attarder sur le retour remarquable et remarqué de Booba. On peut parler de retour, tant la surprise de le voir évoluer sans vocoder en a abasourdi plus d’un. Faisant taire toutes les critiques aux côtés de Lino sur Temps Mort 2.0 quant à son incapacité à kicker comme lui seul savait le faire, il revient plus sombre que jamais avec Nero Nemesis en cette fin d’année pour remettre les pendules à l’heure. Celui qui se vante de « dépenser encore de l’argent de Panthéon » semble ne rien avoir oublié de ses talents d’antan, et livre un projet homogène par sa couleur et son flow quasi dénué d’auto-tune. Un virage aux prémices annoncées en mars, confirmé donc de manière impeccable et implacable en ce mois de décembre. Booba revient écrire une page de l’histoire du rap français, histoire dont a toujours de sa plume acerbe tracé les lettres de noblesse. Quel plaisir alors pour moi, qui me suis essayé à retracer toute sa carrière, que d’assister à un tel retour aux sources. Si il m’en aura fait ainsi baver de par la complexité et toute la portée de son œuvre je ne peux qu’être heureux de retrouver le Booba des débuts, bien que je ne dénigre point les choix artistiques qu’il a pu prendre au cours de sa carrière et qui l’ont mené, et avec lui tout le rap français, vers de nouveaux horizons. Entre hommage à son histoire et ironie glaçante, il est au sommet et « te traite comme négro dans plantation [alors] 400 ans d’fouet t’as pas retenu la leçon » ?

Voilà ce qui aura pour moi fait l’essentiel de mon année rap. Conscient de l’absence d’autres horizons sonores ou lyricaux dans cet édito, je m’en excuse par mon amour pour la langue de Molière, et surtout la diversité des sorties qui m’ont (une fois de plus) conduit à n’écouter presque que du rap francophone en cette année 2015. Mais peut-être est-ce là le signe de sa bonne santé, et le contraire serait préoccupant. Une année exceptionnelle qui se clôture donc en espérant que 2016 soit un tout aussi bon millésime que je me ferais un plaisir de déguster chez ReapHit. En attendant, ne nous précipitons pas trop, « dans l’tur-fu [car moi aussi] j’dois appeler Houston en cas d’problème ».

On ne peut pas dire que l’année 2015 fut exceptionnelle. Pourtant, dire qu’elle fut fade serait encore plus éloigné de la vérité. Retours, consécrations, et surtout surprises, chacun des deux principaux continents que le rap a colonisés a eu droit à ces évènements marquants.

Ce que l’on peut retenir de cette année, c’est la surprenante réussite artistique de cette vieille recette : faire du neuf avec du vieux. Car oui, par le passé le rap et ses acteurs ont su montré leur intérêt pour l’archéologie. En faire quelque chose d’intéressant était un autre débat. Acclamé par la critique, Kendrick Lamar a pourtant sorti une belle œuvre, riche (voir trop riche) musicalement, réinterprétant son histoire de la musique. Dans des styles différents, Nekfeu et Joey Badass ont quant à eux réinterprété leur histoire du rap dans des projets réussis. 2015 a ainsi vu fleurir bon nombre de ces projets solides, bien maîtrisés, que le manque d’originalité ne rend pas forcément chiants à l’écoute.

Faire du neuf avec du vieux, cette recette peut aussi se retrouver dans les nombreux retours d’MCs que l’on croyait disparu, la même année que la sortie du nouveau Jurassic Park. Le plus bruyant fut évidemment Dr Dre, et sa surprise appelée Compton. De l’autre côté de l’Atlantique Joe Lucazz, les X, Karlito, JP Manova, sont autant de disparus du radar qui ont refait surface. Et aussi surprenant que cela puisse paraitre, aucun de ces projets ne sont catastrophiques, certains étant même très bons.

A côté de ça, la scène rap hexagonale continue de se diversifier dans sa forme. Entre un LOAS, un Virus, ou un Brav, l’écart est grand et les influences enrichissent le spectre musical du genre. Le point d’orgue est bien évidemment atteint avec Le monde Chico, réinventant l’autotune et donnant ses lettres de noblesse aux instrus aériennes trop peu présentes en Europe. Bref, sans forcément voir sortir des chefs-d’œuvre, cette année a vu défiler une originalité, une diversité plus que bienvenue, et surtout des choix d’instrumentales un peu plus pertinents. Les beatmakers ne sont pas en reste, tant dans la production des albums que dans leurs albums instrumentaux réservant de belles pépites, à l’image d’Atrahasis de Nodey.

Loin d’être insipide, 2015 fut donc une bonne année, avec son (grand) lot de bonnes surprises (Brav, JP Manova, Ali), de surprises tout courts (Karlito), de déceptions (Oxmo Puccino), et de succès attendus (Nekfeu, Joey Badass, Booba, Virus). De quoi être positif pour 2016, bien que d’une année à l’autre, les dynamiques peuvent ne pas se suivre.

Tandis que tous les puristes de France, de Navarre et d’ailleurs, continueront de crier que le rap c’était mieux avant, je leur retorquerai encore et encore que ce n’est pas si mal aujourd’hui. Car en 2015 encore, il y a eu de quoi faire plaisir à tout le monde, mais encore faut-il s’intéresser vraiment aux sorties. Mais surtout 2015 est peut-être aussi une année de renouvellement tant dans l’Hexagone, qu’outre-Atlantique.

2015 en France, c’est d’abord le retour dans le game de Booba, avec deux albums plus que corrects – quoiqu’inégaux – après le décevant Futur sorti en 2012. C’est également Nekfeu, qui prouve qu’il faudra compter sur lui. Grâce à un renouvellement musical, par rapport à 1995, salutaire et un flow toujours affuté, le premier album du jeune parisien a fait mouche et s’est très bien vendu. Ken devra cependant faire un sérieux effort côté lyrics s’il veut vraiment devenir un grand. Autre confirmation, mais dans un style totalement différent : Vald. Après NQNT (Ni Queue Ni Tête) en 2014, le rappeur originaire d’Aulnay-sous-Bois revient avec NQNT 2. Toujours prêt à casser les codes du hip hop et à proposer des textes de plus en plus absurdes, le MC nous propose une formule rafraichissante.

Mais 2015, c’est d’abord l’année PNL. Débarqués de nulle part, les deux frères du 91 ont conquis la France avec deux albums sortis en quelques mois d’intervalle (Que la famille et Le Monde Chico) et un style musical envoûtant. En outre, en 2015, on a aussi pu dire « aux trentenaires qu’ils peuvent rallumer la radio », comme le scande Lino pour son retour, auquel il faudrait ajouter celui de Rocca. Mais si les deux MC’s n’ont rien perdu de leur technique, force est de reconnaître que nous les avons connu en meilleure forme artistique. Niveau underground, on peut noter que Lucio Bukowski, meilleure plume actuelle du rap français, reste toujours aussi hyperproductif, avec deux albums et trois EP dans l’année, sans jamais sacrifier la qualité.

Outre-Atlantique, l’événement majeur est incontestablement la poursuite de l’ascension de Kendrick Lamar. Trois ans après l’excellent Good Kid, M.A.A.D City, K-Dot confirme avec To Pimp a Butterfly et signe les meilleures prestations de Compton de Dr. Dre, également un des albums de l’année. Autre événement de l’année Joey Bada$$ prouve avec son premier album intitulé B4.DA.$$. que l’avenir s’écrira avec lui. Le New-yorkais nous offre le jour de ses 20 ans un très beau cadeau, avec ce skeud qui nous rappelle les 90’s. Il faut également noter qu’Action Bronson (avec Mr. Wonderful) et d’A$AP Rocky (avec At. Long. Last. ASAP) franchissent aussi brillamment le cap du deuxième album.

PNL, Vald, Kendrick Lamar, ou encore Joey Bada$$ : cette année, une nouvelle génération semble avoir pris le pouvoir des deux côtés de l’Atlantique. Mais il faudra que la tendance perdure en 2016 pour en avoir le cœur net.

5 Artistes Français

1 / PNL – 2015, L’Année PNL

Descendus en Choupette de Namek, le duo fraternel des Tarterets a réalisé cette année l’un des go-fast les plus remarquables de l’histoire du rap français en volant la place du croupier pour distribuer eux même les cartes du rap jeu. En mars dernier, une première main est lâchée clandestinement en plein Paris, et quelques mois plus tard, lorsque Le Monde se fait Chico, c’est un véritable Tapis qui ruine l’industrie. Banqueroute. Les deux frères ont embarqué le magot et vidé de son substrat le Casino en imposant leur loi du marché.

Une définition du rap faite d’acronymes révélateurs d’un quotidien monochrome où seule la chansonnette permet de s’évader afin d’obtenir les tant désirés Peace N Lovés, mais il n’y a toujours Que La Famille qui en profite. PNL, c’est ce genre de virus qu’on attrape dans un moment de faiblesse auditive, mais qui nous contamine de manière définitive. Les relents de notre enfance sublimés par le syndrome de Peter Pan, le quotidien routinier des grammes qui s’écoulent jusqu’à ne plus être que des chiffres sur un bout de papier, un idéal toujours souhaité mais seulement esquissé, des mélodies pour errer dans les rues lorsque la ville s’éveille embrumée, et finalement de longs discours remplacés par des onomatopées brutes et parfois vides de sens qui restent planer dans nos crânes.

PNL réinvente l’art d’errer sans but, de se laisser guider par une musique nuageuse, et à la fois distille insidieusement une réalité urbaine dénuée d’espoirs. Là aura été toute la force de cet OVNI, pousser à son paroxysme le paradoxe afin d’ériger le rap en nouveau produit à bicraver. « Gros le rap ça me plait pas, j’le fais parce que y a peut-être un billet. Un charbon comme un autre, tu manges, tu tires et t’es oublié ». A peine le temps pour l’auditeur d’ouvrir les yeux que leur capsule est déjà loin, bien loin sur Namek…

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JP MANOVA – Il était le secret le mieux gardé du rap français, tellement bien gardé qu’on se demande d’où il débarquait. JP Manova est donc la nouvelle pépite du rap français, à l’âge où l’aura des old-timers s’estompe, JP Manova débarque avec sa fraîcheur et un flow juvénile. A contre-courant des onomatopées qui remplissent les cahiers d’écritures des artistes actuels, JP nous livre du Balzac en comparaison. Avec son premier EP, il confirme tout le bien que l’on pouvait attendre d’un secret aussi bien gardé. JP Manova mérite donc d’être dans le top 5 de l’année, mais qu’il ne se repose pas sur ses lauriers car le plus dur reste à faire : mettre tout le monde d’accord sur un LP.

BOOBA – Le Duczer autoproclamé du game omniscient, omnipotent, nous invite à sa graille. Reçus, en 2015, avec bonne pitance et boisson à la table, ce n’est pas moins de deux albums que Kopp nous sert. D’abord un D.U.C en amuse-gueule. On apprécie l’idée, mais l’assaisonnement laisse à désirer. C’est un peu sec, ça manque de retour et on est obligé de se resservir un Jack pour le faire passer. C’est pas plus mal, on a gardé de la place pour le plat de résistance. Avec un Nero Nemesis hyper protéiné, le Duc n’a plus envie de jouer. On en bouffé à s’en faire péter la panse. Avec le Duc, nous y sommes habitués, la surprise est toujours calibrée.

VALD – Allez dire à VALD que le rap est une forme de poésie moderne, et il vous rira au nez avant de vous le péter. Le rap n’a pour lui NQNT ou Ni Queue Ni Tête. Mais comment lui en vouloir, puisqu’il n’est que le produit de la société, le visage d’un rap décomplexé et en phase avec son temps. Pourquoi mentir, pourquoi discourir quand on peut faire la morale sur la politesse en baisant des poupées gonflables. Là réside la véritable politisation du rap actuel, dans sa plus grande absurdité. VALD aura marqué 2015 de par son originalité et son excentricité, devenant l’égérie d’un rap de consommation que l’on prend et que l’on jette comme un vulgaire film porno, un rap aussi éphémère qu’un Selfie.

SCH – Il aura fallu moins d’un an à SCH pour passer du statut de révélation à celui d’artiste complet. Ça a débuté par une pléiade de titres balancés sur Youtube, dans lesquels il expérimentait une large palette de sonorités, et ça s’est conclu par une mixtape de haut niveau : A7. Un projet marqué par les dichotomies et les paradoxes : entre une voix grave et profonde et un usage marqué de l’autotune, entre une mythologie mafiosi et des discours profondément introspectifs, le marseillais explore pleinement sa dualité, tout en développant des dizaines de manières de poser… Un projet enregistré de manière très rapide, pour un artiste réfléchi aux méthodes de travail instinctives. La suite arrive dès début 2016.

FOCUS SUR : 
Jul, La meilleure Gagneuse du rap Français

Je crois que c’est la première fois que je vais parler de Jul sans (trop) d’ironie. Bon, on ne va pas se mentir, le blondinet marseillais n’est pas le meilleur rappeur de France (ni de sa ville), mais possède un parcours atypique et plutôt impressionnant. Né en 1990, Jul commence à se faire connaître d’abord sur Youtube. Son compteur vue explose en 2013, et son premier album Dans Ma Paranoïa sort en février 2014. Sans véritable soutien médiatique, sans stratégie classique et sans maison de disques, dix mille exemplaires sont écoulés en un temps record. Un nombre qui sera décuplé dans l’année, pour atteindre le disque de platine. Pour un premier disque, on a fait pire dans le rap français, même s’il est vrai que les chansons du sudiste sont terriblement accessibles, ayant ingurgité et digéré des influences allant du raï au r&b, et écrivant des paroles simples, authentiques et sans réelle réflexion. De la soupe, me dit-on dans l’oreillette, mais il faut à manger pour tout le monde.

Le jeune homme aux chemisettes multicolores (le look est quasi aussi improbable que certains de ses couplets) et shorts en jean possède aussi, au-delà de cette proximité avec le public, une productivité assez impressionnante. Une mixtape toujours en 2014, Lacrizeomik, entre directement à la quatrième place des charts français, et finira disque d’or. Troisième sortie de l’année, Je Trouve Pas Le Sommeil, lâché en décembre, finira platine. Du succès, beaucoup. Et toujours chez Liga One Industry, petit label qu’il lâchera cet été après quelques embrouilles Facebook mémorables remplies de fautes d’orthographe. Un album gratuit et un autre certifié platine plus tard, (Je Tourne en Rond), on retrouve le chantonneur des chichas (comme le poinçonneur des lilas, mais en 2015), désormais à la tête de son propre label D’Or et de Platine, pour la sortie de son nouveau disque, My World.

Toujours en indé, mais avec une sortie prévue le 4 décembre, c’est à dire le même jour que certains poids lourds du rap en français : le duo éternel Booba – Rohff, Nekfeu (pour une réédition), et dans une moindre mesure, Joey Starr. Voilà un peu de concurrence pour la crête blonde, qui peut se frotter aux gros vendeurs dans une même première semaine, si importante aux yeux des statisticiens.

Et surprise, ou finalement en est-ce vraiment une, Jul a tout raflé. Le rappeur zumba a vendu plus que Booba et Rohff réunis. Rohff dira que ses disques se vendent sur la durée, B2O s’en bat les couilles, mais Jul a quand même tout raflé. Pourquoi ? Comment ? Dans quel but ? Des questions qui restent sans réponse, même on si on pourra expliquer son succès par son authenticité, sa timidité, sa capacité à sortir des hits autotunés mélodiques et dansants et à sortir d’un spectre musical formaté, ses showcases en chichas, et son public acquis à sa cause.

A Marseille, nombreux sont les jeunes qui adoptent son style (même vestimentaire, oui oui) et dans le rap, ça commence doucement à s’inspirer des beats reggaetton créés à la souris par Jul (le Validée de Booba, assez dégueulasse par ailleurs). Le phénomène s’étend, et ce rap très provincial touche toute la France, trouve toujours son public, avec ses chansons tristounettes et ses refrains entêtants. Une nouvelle facette du rap, qu’on le veuille ou non, et qui vend plus de disques que tes rappeurs favoris. Même si Maître Gims et Black M sont maintenant très loin dans ce variété-jeu, on espère pour Juju ce même sort. Même si on ne militera pas pour le retour des compiles Raï’n’B Fever.

JUL, En quelques chiffres :

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0
Ans
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Ans de carrière
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Millions de Vues
0
Albums de Platine

5 Artistes US

KENDRICK LAMAR – La transformation du papillon.

Ne serait-ce que par les divisions qu’il a créées, To Pimp a Butterfly est l’un des albums de l’année. Il s’est agi pour certains de « références à la pop culture afro-américaine des seventies » sur un « empilement de samples […] grillés (Kendrick Lamar ou le rap pour les nuls, Noisey).

Nous autres les nuls, nous nous sommes plutôt laissés porter par le conte tragique résolument inscrit dans son époque – et dans son année, que raconte cet album. Quel artiste peut aujourd’hui se targuer d’avoir produit un disque que l’on peut écouter de la première piste à la seizième d’une traite ? Question idiote, mais qui ? Les influences sont multiples et identifiables, oui, mais bel et bien revendiquées, et d’une jolie manière : c’est probablement en cela que Kendrick Lamar a été audacieux. L’artiste a probablement voulu l’écoute exigeante, et de fait, TPAB est bien moins désinvolte que  good kid m.A.A.d city, mais pourquoi lui reprocher ? Nous pas comprendre.

Quant au second argument, beaucoup lu, selon lequel le gamin de Compton se serait inventé un rôle de prof d’histoire au lieu de garder sa casquette de rappeur… nous pas comprendre non plus. Au contraire, en faisant le pont avec une histoire profonde et parfois douloureuse, Kendrick Lamar éclaire ce qu’il croyait connaître d’une autre lumière, et le résultat est une pierre brute et réaliste, où les éclats de joie du groupe côtoient trop facilement gémissements. Enfin, que dire, sinon que ne pas avoir réussi à apprécier To Pimp a Butterfly, c’est ne s’être pas encore remis de good kid m.A.A.d city. Et vous savez quoi ? Nous comprendre.

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YOUNG THUG – 6. C’est le nombre de mixtapes que Young Thug a sorti cette année. Ultra-prolifique, quasiment pathologique, le rappeur d’Atlanta s’impose d’année en année par la force jusqu’à faire entrer dans le crâne de la populace sa supériorité. Supériorité qui se traduit notamment par l’influence qu’il exerce auprès de ces pairs. Le style est percutant, à la fois violent et planant, créant un véritable personnage. Toutefois, avec 14 projets en deux ans, il est facile de s’y perdre dans toutes ses sorties. Heureusement entre ces flots de mixtapes, le troisième album du bonhomme ne devrait plus tarder. De quoi être optimiste quant à la présence du Thug dans le bilan 2016.

FUTURE – Et si c’était la plus belle année musicale qu’ait connu Future ? En sortant ses chutes de studio liées à Honest, le rappeur d’Atlanta est en effet parvenu à surpasser son dernier album en date, qui avait de véritables allures de fourre-tout. Les sessions d’enregistrement d’Honest n’ont finalement pas été vaines, puisqu’elles ont donné lieu à Beast Mode. Deux mixtapes finalement beaucoup plus cohérentes et personnelles que son précédent album. Puis vint DS2. Un album radical et jusqu’au boutiste qui a permit à Future de vendre plus de disques que jamais. De quoi définitivement comprendre qu’il n’y a plus de raison de se travestir lorsque l’on a un vrai style.

VINCE STAPLES. Un double album sans track à passer à la lecture ? Peu sont capables de sortir ce genre de pièce, mais le jeune rappeur le Long Beach l’a déjà fait, à seulement 22 ans. Un projet qui prend aux tripes, qui dépeint son violent quartier ainsi que l’Amérique entière, jungle, canicule et froid dans les cœurs. Ambiances sombres, femmes de joie, homicides, argent pas si facile, Vince Staples nous plonge dans un véritable documentaire audio, c’est sans conteste qu’il se place dans les albums de cette année 2015, et peut être davantage.

BOOSIE – Récemment sorti de prison, le natif de Bâton Rouge est revenu plus fort que jamais. La vengeance, le pardon, les excuses, la vertu, les péchés et surtout la repentance, toutes les grandes thématiques américaines sont passées dans son viseur, traitées avec élégance et sincérité. L’annonce de son cancer des reins a bien évidemment suscité l’émotion, et Boosie a reçu des soutiens par milliers. Des soucis de santé et de justice qui sont plus que malheureux, mais qui ont contribué à rendre ses dernières livraisons musicales encore plus puissantes. Boosie rappe un pied dans la tombe et nous donne un avant-goût de ce qui se passe de l’autre côté.

5 Artistes UK

LITTLE SIMZ – Women can be Kings

Révélation 2015 ? No way ! Little Simz n’est pas une arriviste ! Pour autant, l’artiste, qui annonçait son album par un tweet le 23 septembre, « you are not ready, let the world know », avait raison : personne ne s’attendait à ça. Cette jeune femme originaire du nord de Londres n’en est pourtant pas à son premier projet ; déjà connue pour son mix Blank Canvas relayé par Jay-Z, son premier projet E.DGE, ou encore la sortie de la série d’EP Age 101 : DROP, Simbi Ajikawo a depuis toujours travaillé dur et seule. Tenant à tout prix à son indépendance, elle crée ainsi son propre label, Age 101 music, sur lequel naturellement, l’album « A curious tale of trials + persons » sort le 18 septembre.

Trop jeune pour encore parler d’apogée de son succès, ce dernier album la propulse néanmoins extraordinairement sur la scène internationale, aux côtés de ses acolytes UK Stormzy et Leshurr. Ne se revendiquant ni d’un rap féminin, ni de la grime, ni d’une scène UK, l’artiste prouve que le rap n’a pas de frontières, ni besoin d’être modelé par une quelconque maison de production pour faire l’unanimité. A curious tale of trials + persons atteste incontestablement de la maturité de l’artiste, nous dévoilant ses divers facettes au travers de personnages fictifs, se mettant perpétuellement en scène, se décrivant avec l’assurance de Simz au micro, comme effaçant la timidité de Simbi. Confessant ses peines, ses joies, et ses angoisses sans langue de bois, le rapprochement entre l’artiste et son public opère avec une magie presque instantanée. Ayant un regard parfois très affûté sur sa génération, elle se demande, en featuring avec Stormzy et Kano, si elle ne devrait pas vendre son âme, n’ayant plus envie de faire partie de notre bon vieux monde. A la question répétitive« Will anybody miss me? », il serait bien euphémique de répondre par l’affirmative. L’album, si abouti, si complet, est un nouveau défi à relever pour Simz, celui de poursuivre et de ne pas décevoir. Loin d’en rester la, elle sort le 22 décembre, Age 101 Drop avec notamment Isaiah Rashad en featuring. Little Simz, plus si little que ça, s’était emparée de la couronne en scandant que les femmes pouvaient dès à présent être des rois. Avec ce dernier projet, elle prouve qu’assise confortablement sur son trône, l’heure n’est certainement pas à l’abdication.

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TRIPLE DARKNESS – Ici, pas de sous-genre bizarroïde ou de mash up transgenre. Composé de pas moins de 12 membres, dont les plus connus ne sont autres que Cyrus Malachi, Ray Vendetta, et Melanin 9, Triple Darkness est le symbole même qu’il n’y a pas besoin de venir de New York pour sortir une album dark avec la même ardeur que les Gravediggaz à l’époque. Provocateurs et raw as fuck, leur premier album Darker Than Black annonce directement la couleur. Les tons pastels et autres rap de licornes vous donnent la nausée, alors une bonne dose de Smecta musical délivrée par le crew vous remettra clairement sur pied.

ROOTS MANUVA – Roots Manuva est au rap UK ce que Rakim est au rap US, une espèce d’entité divine intouchable. Vrai pionnier de la scène UK, Roots Manuva a su faire plaisir à ses fans en revenant via son nouvel album Bleeds à ce qu’il sait faire de mieux : des lyrics durs, ponctués d’un humour froid, sur des tempos dub. Alors qu’une nouvelle scène britannique est en train de tout balayer sur son passage tel un tsunami, Roots Manuva démontre que l’on peut survivre à cette vague destructrice grâce à vieux rafiot bien charpenté.

LADY LESHURR – 2015 fut certainement une année fructueuse pour Leshurr. Après un premier EP (Off the Lesh) sorti en 2011, sorti sur son propre label, puis « Mona Leshurr » en 2013, Lady Leshurr enchaîne, et en 2015 explose sur la scène internationale grâce notamment au dernier freestyle de la série des « Queen’s speach ». La langue loin d’être restée coincée dans sa poche, pour un fond très référencé à l’actualité médiatique, Paul Lester du Guardian l’avait déjà qualifié de « the one to watch ». A l’aube de sa jeunesse et de son succès, nous ne pouvons que confirmer que c’est l’artiste UK dont la progression est à suivre attentivement en 2016.

STORZMY – Ce MC du sud de londres, non signé, est arrivé troisième sur la BBC’s Sound of list de 2015. Né Michael Omari Croydon, il se revendique lui-même comme l’enfant de la grime. Agé de seulement 22 ans, il cartonne cette année avec son single « Shut up ». Extrait de l’EP WickedSkengMan 4, pourtant paru en septembre dernier, « Shut Up » s’est hissé très récemment en deuxième position des charts anglais, grâce à la performance live de Stormzy, véritablement bluffante, durant le match de boxe entre Anthony Joshua et Dillian Whyte, le 30 novembre dernier.

FOCUS SUR :
Straight Outta Compton

A ce niveau, ce n’est plus de la communication, c’est du harcèlement médiatique. L’année 2015 aura incontestablement été marquée par la sortie de la superproduction hollywoodienne « Straight Outta Compton » censée retracer une certaine histoire du gangsta rap via le parcours et la naissance du groupe N.W.A. Le film nous offre donc la possibilité d’être le témoin privilégié d’un petit morceau d’histoire.

Retour à la fin des années 80, il y a quelque chose de pourri au royaume de Compton. Il ne fait pas bon être noir, la violence est omniprésente et les abus policiers sont légion. Dans ce contexte, finalement très contemporain, débarquent quelques génies du business, de la communication et de la musique : Eazy-E, Dr Dre, Ice Cube et Jerry Heller. Créant le premier super groupe hip-hop de l’histoire, et donnant au gangsta rap ses bases et ses lettres de noblesse.

Un scénario somme toute alléchant, qui malheureusement n’a pas tenu toutes ses promesses. Monté telle une tragédie Shakespearienne, le film nous offre quelques bons moments, en grande partie grâce à la puissance musicale des titres mythiques d’N.W.A. Oui mais voila, la sauce ne prend pas. Principalement basé sur les récits et souvenir d’Ice Cube et Dr Dre, le scénario comporte bien trop d’approximations historiques pour ne pas soupçonner le duo de rappeurs/producteurs de vouloir réécrire l’histoire.  

La dimension sociale, pourtant essentielle à la création du groupe, semble presque ignorée, se contentant seulement d’être gentiment vindicatif face aux problèmes raciaux et économiques de l’époque. A la place, on a le droit à l’éternel étalage d’un sentimentalisme du ghetto exacerbé, aux récits des amitiés inébranlables, et des principes sans failles des membres du groupe. Aucune mention ne sera faite bien sur aux divers clashs avec Easy-E. 

Réalisation hollywoodienne, esthétique léchée, Straight Outta Compton, c’est Fast and Furious sur basses Hip-Hop. Vite, vu, vite compris, vite oublié. Cette année on a préférée regarder « What Happened Miss Simone ? » ou « Iceberg Slim, Portrait of a Pimp ». Question de goûts.

En quelques chiffres :

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Semaines 1er au box Office
0
Millions de $ au box office
0
Milles Entrée en France
0
Millions de $ de Recettes

5 Albums Français

VIRUS – Huis Clos

2015 fut fournie, mais pas très équilibrée. Parfois fébrile. On s’est donc concentré au maximum sur ceux qui ont frappés fort, particulièrement un, à la noirceur contagieuse et à la plume épidémique : Vîrus. Venant compléter « Faire Part », « Huis-Clos » est tombé comme un pavé dans la mare de chiasse intimiste qu’est la vie. Palette nuancière de gris en quatre morceaux toujours plus sombres, exposant les vices et travers de l’Homme au grand jour; Toujours plus technique, avec des tournures de phrases truffées de doubles (voir de triples) sens, des rimes qui rebondissent un peu dans tout les sens en tapant toujours ou il faut, Vîrus nous maintiens la tête sous l’eau jusqu’au point de rupture qu’il repousse chaque fois un peu plus loin, créant chez l’auditeur cet étrange besoin d’en redemander.

La question qui se pose est donc : jusqu’où va-t-il aller ? Avec « Huis Clos », Vîrus explore en quatre morceaux le thème de l’enfermement avec une largeur d’esprit conséquente. Qu’il soit choisi et/ou subi, il est souffrance et n’a rien de réjouissant. La prison, l’hôpital psychiatrique, la piquette de supermarché dans laquelle on plonge tête la première, la démence profonde et dévastatrice. C’est en digressant sur des morceaux dont les sujets variés gardent une véritable ligne conductrice que les constats sont plus amers et que l’on peut apercevoir la noirceur des ampoules grillées au bout du tunnel. C’est brutal et sincère. A l’aveuglette, mais toujours dans la bonne direction.

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JOE LUCAZZ – No Name
Non il n’a pas changé, ce No Name, c’est juste la version 2.0 de ce vieux Joe. Cette punch nous a hantée, tout comme l’album entier durant une bonne partie de l’année. Le vétéran de Néochrome nous a offert une ligne avec cet EP, une ligne de pure sur plateau argenté. Bourré d’égotrip bien senti, contant un vécu tout en nuances, au rythmes de folles mélodies et de refrains impeccables, No Name offre enfin à Joe Lucazz le sacrement qu’il mérite. Sonner moderne tout en se foutant royalement de l’air du temps, une belle réussite pour ce renouveau totalement maîtrisé. Une suite est d’ores et déjà annoncée pour le début d’année.

ESPIIEM – Noblesse Oblige
Premier album pour le rappeur des boulevards parisiens, aussi constant dans son effort pour être un mec bien qu’entêté dans sa recherche d’originalité rapologique. Le marcheur solitaire semble avoir fait preuve d’un peu de retenue dans sa volonté de passer du côté totalement électronique de la force : on devine cet album comme une nuance entre les teintes groovy de L’Eté à Paris, et d’autres colorations musicales plus modernes. Sur scène, le duo Espiiem/Ynnek fonctionne très bien : à La Maroquinerie ce 13/11, l’énergie de la petite salle aurait presque réussi à étouffer les terribles bruits de l’extérieur.

L.O.A.S – Ndma
NDMA, c’est une montée courte mais violente. 30 minutes d’un rush électronique porté par une voix criarde et stridente, dans un joyeux mélange de sentiments contradictoires, oscillant entre la rigolade sous la ceinture et l’introspection bordélique d’un chaman toltèque sous acides. Bribes par bribes, on découvre un personnage expérimenté et pleinement incarné, bien planqué derrière son humour paillard. NDMA, c’est de la sorcellerie, un sort jeté à l’auditeur qui, s’il succombe au charme de l’envoûtement, ne cessera d’y revenir pour se recharger en énergie. Prochaine incantation en 2016.

ALI – Que la Paix soit sur vous
Cinq ans après son dernier album, Ali a fait un retour très attendu au début du mois de mars. Au titre aussi évocateur que la sagesse qu’il inspire, Que La Paix Soit Sur Vous en reflète le contenu : une réelle harmonie entre les textes à portée spirituelle et les productions hip-hop de Dj Stresh, Mr Stroke ou encore Astronote (entre autres). Porte-parole malgré lui, pacifié mais actif, Ali nous a entraînés, avec ce dernier opus, vers une introspection et une confirmation que le hip-hop peut se faire valoir en étant non violent. Intemporel, Que la Paix soit sur vous est un album nécessaire en cette fin d’année. Rendez vous en 2020 ?

5 Albums US

A$AP ROCKY – At. Long . Last. ASAP

La raison pour laquelle on l’aime ou on le déteste est en réalité la même : son côté show-off. Durant les deux années qui suivirent la sortie de Long.Live.A$AP, il a dicté depuis son Harlem natal ce qu’il était hype de porter, avec qui il était hype de traîner, où sortir, et même avec qui coucher (ou du moins le croyait-il). A$AP en a-t-il eu marre de tous ces ersatz de vie et de personnalités qu’offrent la mode et les drogues ? Pas tout à fait.

AT.LONG.LAST.A$AP, sorti au printemps, reste imprégné de délires psychotropes, à l’image d’un des singles de l’album, L$D, et la liste des producteurs et collaborateurs à l’album prouve que le rappeur cherche toujours à nous en mettre plein la vue. Les trois singles (L$D, Lord Pretty Flacko Joyde 2 (LPFJ2) et Everyday) sont d’ailleurs assez dissonants, et témoignent de l’éclectisme qui a toujours marqué le travail du membre éminent de l’A$AP Mob. Ce qui change sur cet album, c’est le retour progressif vers une réalité qu’il semblait avoir totalement mis de côté depuis le début de son ascension en 2011. La mort de son mentor et ami A$AP Yams en janvier risque de confirmer ce tournant créatif. On trouve en ce sens des similarités thématiques avec un autre album sorti cette année, GO:OD AM, de Mac Miller. 2016, année de la sagesse pour les artistes hip hop de la côte est ? Ce n’est pas ce que laisse présager la rime.

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EARL SWEATSHIRT – I Don’t Like Shit, I Don’t Go Outside
Doris avait déjà tout du coup de boule. Impulsif, sombre et nihiliste. Un 15 titres, assénés de façon brute, irréfléchie, par un jeune Earl d’à peine 19 ans. Deux ans plus tard, et un passage éclair en école militaire, Earl se retrouve seul aux commandes de son premier album. L’apparente simplicité des premiers égotrips a laissée place à un univers intimiste, noir et parfaitement maîtrisé. D’une lucidité cruelle, Earl nous dépeint ses déboires et ses envies de solitude, nous entraînant inéluctablement vers le fond de sa dépression. Un exercice de style brillamment réussi. Qu’il continue de rester cloîtré, finalement, nous non plus nous n’aimons pas trop les gens.

DR DRE – Compton
Certains étaient encore en train de l’espérer, ce Detox avorté, quand la surprise fût annoncée. Exit la cure et les antitoxines, le thé au Jasmin et les aliments sains. Le Docteur est de retour en cuisine, et tout les trottoirs de Compton en parlent. Let’s Cook. Profitant de l’énorme communication autour du film, Dre nous livre en guise de troisième album une sorte de bande son très inspirée, construit comme un album de producteur, dopée par une pléiade d’invités. Il réussit l’exploit de prendre nombre d’auditeurs à contrepied. Bien meilleur businessman que rappeur, Compton nous rappelle surtout que le principal talent de Dr Dre, à toujours été celui de bien s’entourer.

YELAWOLF – Love story
Un son unique, une voix qui l’est toute autant, des histoires et du flow, voilà le Yelawolf que l’on aime, et qui réussit avec Love Story, son véritable deuxième album, à se hisser au niveau qui doit être le sien. Le redneck de chez Shady Records sort les bottes, la guitare et l’alcool pour nous sortir l’un des disques de rap les plus country-rock de 2015, et c’est pour ces prises de risque qu’on le retiendra certainement dans les années à venir. Une fusion associée à son côté mainstream qui ramène beaucoup de fraîcheur. Cette année, enfin, on ne définira plus le loup jaune uniquement comme le jeune poulain du grand Eminem.

SCARFACE – Deeply Rooted
5 ans après son premier solo, Mr. Scarface Is Back, et 7 ans après son dernier effort, Emeritus, on pensait que Scarface, membre formateur du groupe culte Geto Boys, avait fait le tour du rap et que l’on ne reverrai plus de sitôt. Mais à 45 ans, l’unique mc à allier maîtrise du delivery et discographie de qualité décide de revenir poser sa voix de daron sur pistes. Deeply Rooted n’est pas forcément le meilleur album qu’ait pu fournir Scarface, il a le mérite de nous rappeler toutes les qualités que devraient avoir un mc. Plus qu’un simple vétéran, c’est un peu un testament, une piqûre de rappel que nous livre Face dans cet album, et pour cela, on ne peut que sincèrement le remercier.

FOCUS SUR :
Nekfeu, l’apogée d’un rap décomplexé

Depuis que le rap est devenu la musique préférée des français [selon les dires de ce cher Laurent Bouneau] et qu’il s’est invité partout, des cours de collège aux cuisines des ménagères, en passant par les soirées provinciales ou les apéros parisiens, notre hip hop hexagonal se devait d’avoir lui aussi son Egérie établissant le consensus. C’est chose faite avec Nekfeu, qui revêt tour à tour les habits du gendre idéal à la belle gueule et à la plume efficace, du grand frère nouvellement empli de sagesse, mais aussi du petit cousin rebelle à mi-chemin entre une jeunesse dorée et un romantisme révolutionnaire perdu d’avance. Embrasant un public très large d’un Feu conciliateur et fédérateur, il se fait le bon rappeur par excellence, et n’en déplaise à Yann Moix, il embrasse un succès indéniable.

Ainsi, Nekfeu allume enfin l’incendie en pyromane solitaire après des années à avoir écumé les scènes et les studios avec ses multiples comparses de passe-passe lyrical. On l’avait vu polyvalent et pluriel dans sa capacité presque cameleonesque à passer d’une entité à une autre, mais cette fois-ci, seul face au micro, il ne peut tromper personne, et doit laisser à voir l’artiste qu’il est véritablement.  Pour autant, après écoute de l’album, il se fait difficile de trancher tant l’oscillation entre incarnation d’un rap commercial décomplexé voire assumé et conscience humaniste d’une génération de combattants pacifistes par essence se fait prégnante. Là est toute la singularité du Fenek, œuvrant dans des sables mouvants, il ne se fait pas paradoxal, mais ambivalent dans la complémentarité de ces deux facettes, et de fait réussit à briller en s’extirpant d’une catégorisation toute faite.

Après une communication plus que maîtrisée sur les réseaux sociaux, et l’appui de toute une frange de la nouvelle vague hip hop ayant déjà fait ses preuves, ainsi que d’un public des plus fanatiques, l’album rencontre un immense engouement. La faute ou le mérite à des singles tantôt planants à la mélodie entêtante, ou à des morceaux plus acerbes et vindicatifs censés niquer les clones. Or, le tout est millimétré et distillé impeccablement pour un passage en radio certain et voulu, afin d’asseoir sa place de rappeur indispensable et indissociable du nouveau paysage rap, quitte à transgresser certaines valeurs chères au mouvement… Mais toujours en l’assumant « J’laisse pas les radios formater mon boulot/En autoprod’, je n’suis jamais épuisé/J’fais pas mon son pour plaire à Laurent Bouneau/Mais c’est une victoire quand il est diffusé »

Cet album est aussi le fruit d’un héritage plus qu’assimilé aux inspirations multiples donnant cette couleur si hétérogène au projet. Nekfeu se fait un Booba aseptisé imposant une réceptivité unanime. Assumant une américanisation certaine, il va chercher outre atlantique ses références et ainsi en reprend les codes à sa manière, que ce soit au niveau des productions très soignées ou des essais de voix oscillant parfois entre Kendrick et Drake, jusqu’aux clins d’œil à Kanye West dans l’imagerie de ses clips, travaillée et réfléchie afin de créer un univers propre, mais empli de références. Il se fait le fruit de l’histoire d’une discipline qu’il a pris le temps de maîtriser avant de prendre son envol. Booba était « meilleur que Molière, tatoué sans muselière », lui cultive son image de bon garçon du hip-hop, parfois acerbe et accrocheur, mais toujours humble et conciliateur. Il incarne une bienséance à la française loin de la rage du Pitbull. Toujours est-il qu’il lui rend hommage en contemplant au travers des persiennes et sa manière le Ouest-Side dont il s’imprègne, sans jamais sombrer dans la Tempête que n’esquive jamais notre démon des images.

Finalement, c’est dans cette ambivalence que réside le succès de Nekfeu, par des références constantes à la littérature, il se fait un rappeur hédoniste à la rage romantique, appuyée et légitimée par un bagage culturel sans cesse mis en avant. Il se fait la conscience fédératrice d’une jeunesse humaniste qui se bat corps et âmes contre une existence morne et superficielle cristallisée dans une lutte pacifiste. Toujours tiraillé par sa condition nouvelle de membre à part entière de la jeunesse dorée, il tend naïvement vers une volonté de sagesse et de spiritualité quelque peu incompatible avec ce succès. A Rêver d’avoir des rêves et à chercher le salut dans le vide, il en revient aux valeurs, aux idées et à la religiosité afin d’assouvir sa soif d’idylle. Toujours est-il qu’il est indéniable de relever la technicité du rappeur qui confère toute sa force à l’album, après tout « la vie c’est apprécier la vue, après scier la branche »

En quelques chiffres :

0
Ans
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Milles Ventes
0
Millions de Vues
0
Milles Followers

5 Producteurs Français

DJ WEEDIM – Partout, tout le temps 

La sauce Weedim a été distribuée partout en 2015. L’Orgasmixtape Volume 2 d’Alkpote, le très cool Plusss d’Infinit, le Go Fast de Driver, le 5 Panel vol.2 d’Atis, des productions pour VALD, Aketo ou Seth Gueko, des premières parties d’artistes US ronflants et surtout l’excellente mixtape Boulangerie Française, qui réunit une bonne partie de la nouvelle école, le parisien d’origine niçoise s’est placé dans les beatmakers les plus productifs/actifs cette année. Le drop « You make me feel so good » est quasi devenu l’intro de tes morceaux favoris, et le stakhanoviste au carnet d’adresse rempli comme les poches d’Ademo ne compte pas en rester là.

On se prend à rêver de plusieurs volumes de Boulangerie Française, les mixtapes de qualité rassemblant autant de pousses talentueuses se faisant ultra-rares voire inexistantes dans le french paysage. Un Mani Deiz sous alcool et codéine aux connexions et inspirations senties pour faire date, toujours à la pointe d’une modernité travaillée et sublimée par un travail solide et constant.

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BANANE – Quand t’entends Vîrus, y’a Banane qui va avec. Alors bien sûr, loin de nous l’idée de parler de carotte, mais bien de Banane, cet obscur beatmaker rouennais inidentifiable sur le net. Si vous êtes assez con pour taper banane sur Google, les 29 500 000 résultats obtenus ne vous informeront en rien sur ce musicien. Pâte sonore de l’univers de Vîrus, on ne sait pas réellement si on peut le qualifier de beatmaker purement rap, tellement sa musique s’amuse à vivre dans l’obscurité de mouvements plus axés punk ou hard rock. Avec Huis Clos de Vîrus, Banane prouve de nouveau son intemporalité et sa capacité à nous étonner. Banane, c’est la preuve absolue que dans le noir, la palette de couleurs peut être très variée.

KYO ITACHI – Cette année, le samouraï du hip-hop nous a gâtés de très belles collaborations. 2015 a en effet, vu l’association du beatmaker japonisant avec entre autres, Lucio Bukowski pour « Kiai sous la pluie noire », F.O.D ou Skanks et Gstats de Bankai Fam. Ebauche rapide mais représentative des petites bombes lâchées ça et là par Kyo durant l’année. Comme par exemple, très récemment, un hommage rendu au très regretté Sean Price, avec le new-yorkais Rust Juxx. En adéquation avec un présumable « esprit hip-hop » Kyo et Mani Deiz ont même sorti en fin d’année, un projet instrumental, dont l’intégralité des recettes seront versées à plusieurs associations d’aide aux sans-abris. Comme quoi, quand on se bouge un peu…

NODEY –  Prolifique et diversifié. Nodey ne renierait pas ce résumé. En 2015, le beatmaker se paie le luxe de se pavaner au Beatmaker Contest, tout en collaborant avec LOAS, Youssoupha, PNL, et un bon nombres d’autres projets, et même de nous gratifier d’un excellent EP que l’on a franchement apprécié. Mêlant le craquement du vinyle aux sonorités synthétiques, dans un univers toujours varié, le beatmaker cette année nous a marqué. Nul doute qu’il est loin d’en avoir fini avec la scène rap de l’hexagone. Reste à espérer un véritable envol pour 2016.

ONRA – Quel filou. Ce cher Arnaud Bernard,  celui là même qui nous avait laissé sur notre faim en 2011 avec « Chinoiseries part 2 » revient nous rassasier 4 ans plus tard avec la sortie de l’excellent « Fundamentals ». Les sonorités sont si west coast qu’on en oublierait presque que l’artiste est la coqueluche des parisiennes. Un retour aux G-Funk californien annoncé dès la sortie du single « we riddin’ ». Devenu la référence du beat outre-atlantique, Onra continue de poser ses pierres à l’édifice dans une discographie sans faille. A écouter en boucle.

5 Producteurs US

METRO BOOMIN – SAINT LOUIS BLUES

Excellent cru 2015 pour Metro Boomin, dont la palette s’est quelque peu affinée. Ses productions tirent de plus en plus vers un certain minimalisme : peu d’éléments, mais des sons triturés, étirés pour un résultat enveloppant et fracassant. Un carcan parfait pour des ambiances mélancoliquement agressives, ou inversement. On retrouve toujours ce côté cosmique dans sa production, parfois pour des bangers frondeurs à l’image du Covered in money de 21 Savage ou du Check de Meek Mill ; mais le jeune beatmaker s’approche surtout de plus en plus d’une musique proche du cœur, malgré sa violence intrinsèque. Preuve en est son travail sur I Wonder de SD ou sur une grosse partie du DS2 de Future.

Quoi de mieux pour lui que de s’allier avec celui qui déclenchait le mode astronaute il y a trois ans de cela ? Les deux hommes s’étaient déjà croisés à plusieurs reprises avec succès, on se souvient notamment du très bon Monster paru l’année dernière. Mais rarement leur alchimie avait été aussi forte : sur ce coup là, les deux comètes se sont croisées aux bonnes cordonnées, l’état moral de Future correspondant parfaitement au travail de Boomin cette année. Future s’est plus livré par les mots, par l’interprétation. Metro Boomin par la musique pure. L’extraterrestre d’Atlanta décrypte de mieux en mieux les émotions humaines.

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V DON – Le nom de V Don raisonne depuis quelques années, grâce notamment à ses excellentes collaborations d’avec Vado. Secret jalousement gardé, le natif d’Harlem va au final éclater au grand jour grâce à sa rencontre avec Bodega Bamz, une collaboration qui va venir bousculer les codes habituels du rap New-Yorkais via le mouvement beatscoast. Grâce à son travail tentaculaire sur le Sidewalk Exec de Bodega Bamz, et malgré un album solo loin d’être à la hauteur de son talent, V Don a finit par réellement s’imposer sur 2015 et devient ainsi un des producteurs les plus intéressants à suivre du moment.

KNWXLEDGE – Récemment signé chez Stones Throw, le beatmaker productif comme un enfant employé chez Nike a régalé son monde en 2015. Son premier « album » Hud Dreems (après 569843156 mixtapes, et c’est pas fini), des productions sur l’album de Kendrick Lamar, celui de SiR, un EP avec la révélation Anderson .Paak…aucune faute de goût pour l’homme aux batteries Parkinson et aux boucles chimiques. On espère le voir sur encore davantage de projets importants l’année prochaine, car Knxwledge est l’un des meilleurs de sa génération.

KAYTRANADA – Du remix funk qui a sans doute rythmé votre été (The Right Time – Tuxedo), aux huit titres exclusifs lâchés à la fin du mois de septembre, cette année Kaytranada s’est fait discret mais efficace en terme de sortie. 2015 fut surtout la surprise créée par le DJ et producteur canadien autant pour ses éclectiques remix : « Oh my god » de A Tribe Called Quest et « Don’t mess with my man » de Lucy Pearl, que ses belles collaborations comme avec le, très remarqué, groupe The Internet (Ego Death) et Vic Mensa. Kaytranada ne semble pas avoir fini de nous surprendre et de nous faire languir… un album peut-être pour 2016 ?

LONDON ON THE TRACK – En se posant comme l’un des producteurs fétiches de Young Thug, London on the track est incontestablement devenu une tête importante de ces deux dernières années, et pourtant, son style n’a rien de tape à l’œil … Les mélodies se font discrètes et minimalistes, tandis que les rythmiques et la basse prennent toutes la place, laissant la part belle aux voix des artistes avec qui il travaille. Le producteur d’Atlanta devient doucement un beatmaker à « voix ». Un producteur qui a besoin de rappeurs chantonnants et aux voix distordues pour venir compléter son taff, et pour en délivrer le plein potentiel. Preuve en est, la liste des artistes avec qui il a bossé cette année.

FOCUS SUR :
La renaissance de Los Angeles

La scène de Los Angeles n’est jamais morte. Difficile cependant de nier qu’elle avait fini par quelque peu quitter les radars du grand public, faute de disques marquants et fédérateurs ces dernières années. Et quoi de mieux pour remonter en haut de l’affiche que le retour de Dre ? Avec la sortie de Compton, le vétéran a tenté de fixer de nouvelles bases en actualisant son son, et en mélangeant, comme souvent les légendes de Compton à ses rookies en devenir. De belles sources de satisfaction, même si on se doute que le disque ne changera pas autant le game que ses deux précédents. Pendant ce temps, The Game, qui avait permis à LA de tenir le haut du pavé au milieu des années 2000, revient lui aussi en force. Quoi de plus symbolique ? Avec ses Documentary 2 et 2.5, il emploie une formule assez similaire à celle de Dre, mélangeant les sonorités et les fantômes de la ville, tout en s’ouvrant à l’extérieur.

La génération TDE, plus jeune – même si Jay Rock rode dans le coin depuis un bon moment – réalise elle aussi une très belle année. Kendrick devient tout simplement incontournable et pète les barrières pour finir au sommet des tops de fin d’année, tous genres confondus. Ses choix musicaux confinent aussi à une part de nostalgie, sauf qu’il ne plonge que partiellement dans les racines musicales de la côte ouest, étendant ses influences à l’ensemble de la musique noire américaine. Jay Rock, plus discret, sort un dix titres solide et contribue à son tour à placer TDE bien haut sur la carte du rap cainri.

C’est en l’espace de quatre ou cinq disques – on peut aussi penser au Bush de Snoop Dogg – que Los Angeles a regagné ses galons et son influence. LA reste une ville qui ne cesse de regarder dans le rétro tout en continuant à avancer. Plusieurs générations aux identités sonores variables s’y cooptent et contribuent à dessiner des identités sonores marquées sans jamais avoir peur de se mélanger. Le catalogue reste restreint et fragile, mais les nouvelles générations de soldats donnent espoir pour un avenir plus radieux. Reste à voir si les rookies seront capables de poser leur pierre à l’édifice pour conforter cette position.

Sans un centime :
25 projets gratuits

LALCKO – Fuck Losing Weight

On le sait depuis un petit bout de temps, Lalcko, occupé par ses multiples initiatives professionnelles et associatives est désormais hors du système rap. De quoi renforcer encore un peu plus la légende d’un homme qu’on imagine fort occupé par son élévation personnelle, sans jamais oublier de donner la main aux siens … En voilà un qui applique ses propres théorèmes. Difficile donc de savoir si Lalcko rentrera de nouveau en studio un jour, et quand …

Heureusement DJ Uka et l’ABCDR du son ont eu, cette année, la bien belle idée de délivrer quelques sons supplémentaires piochés au cœur des disques durs du principal intéressé, qui doivent encore contenir bon nombre de pépites. Au programme de ce Fuck Losing Weight, un certain nombre de morceaux déjà connus, sur de nouvelles prods, des remixs avec featurings (Ol’Kainry, Youssoupha, Atis), et surtout quelques titres inédits ! Et pas des moindres ! L’argent rend beau aux côtés de Lino, Pharmacie de rue, et surtout l’incroyable Cocaïne Rush. Riche réseau de symboles, force de l’image, écriture bourrée de potentiels aphorismes, et un vécu fort qui se dessine en filigrane. Tout ce qui fait notre fascination pour Lalcko …

‘Fuck Losing Weight’ c’est un projet qui aurait paru anecdotique pour n’importe quel rappeur mais qui prend tout de suite une dimension supérieure quand il s’agit de Lalcko. Lui, a bien compris que se cacher et se développer sur ses zones d’ombre, c’est ça qui construit une mythologie.

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BIG K.R.I.T - It's Better this Way
FUTURE - Beast Mode
YOUNG THUG - Slim Season
OG MACO & ZAYTOVEN - OGway
RICK ROSS - Black Dollar
DJ WEEDIM - La Boulangerie Française
TORY LANEZ - Cruel Intentions
RETCH - Finesse the World
BOOGIE - The Reach
TOWKIO - .Wav Theory
SURF - Donnie Trumpet & The Social Experiment
RUFYO - 00h92
JAZZ CARTIER - Marauding in Paradise
TREE - Trap Genius
DESPO RUTTI - Clé Boa
DAVE EAST - Hate Me Now
EMTOOCI - Six Feats Under
VILLAIN PARK - Same Ol Shit
A-F-R-O - Tales From the Basement
THE DOPPELGANGAZ - Part Unknow
DANISTA - Breakfast
YOUNG BUCK - Before the Beast
EXPRESS BAVON - Préliminaire
NODEY - Atrahasis EP

5 Vinyles à Choper

IAM – L’Ecole du Micro d’Argent (réédition)

C’est un véritable évènement. En 2015, prêt de vingt ans après sa sortie, l’Ecole du Micro d’Argent bénéficie d’un nouveau pressage officiel. Il y a des albums qui se transforment en morceaux d’histoire, des vinyles qui se muent en objets d’art. Depuis quelques années, l’acquisition du classique d’IAM s’était transformée en une véritable quête du graal. Une traque acharnée, faite d’envie et d’espoir, d’insurmontables obstacles, de contes et de légendes. Des histoires de digger, entre rumeurs et légendes urbaines, échangées au gré des rencontres en fond de cave de disquaires. Des récits d’exemplaires trouvés en brocantes pour 20 euros ou de proches possesseurs de plusieurs OG scellés. 

Pour les plus terre à terre, ceux, un peu plus fous, un peu plus passionnés, qui auraient franchis le pas et se seraient délestés de 300 euros pour un album qu’ils connaissent par cœur, toutes les raisons étaient bonnes pour justifier cette folie. Pour beaucoup, aucune réédition ne verrait jamais le jour. Et ils avaient de bonnes raisons. Des histoires de droits perdus, de master original US introuvable, ou de samples interdits de John Williams. Une croyance si fortement ancrée que lorsqu’un pirate honteux pointa le bout de son nez en début d’année, tout le monde sortit religieusement sa carte bleue. Tant pis pour les droits d’auteurs, la pochette rose, les fautes d’orthographe sur la cover, le pressage médiocre et le vinyle transparent bas de gamme. C’était quand même un bon moyen de le posséder pour les moins fortunés. Alors comprenez que lorsqu’on lu enfin l’annonce d’une réédition officielle, on eu presque du mal a le croire. Limitée à 4000 exemplaires, ce repress se révèle de très bonne facture. 3 vinyles 180 grammes et pochette originale à l’impression irréprochable. Déjà Sold Out, l’Ecole du Micro d’Argent était le vinyle de 2015 à ne pas manquer.

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LUCIO BUKOWSKI & KYO ITACHI – Kiai sous la pluie noire
Comme tous les ans, Lucio Bukowski nous a offert son lot de pépites par dizaines. L’exceptionnel « Homme Alité », « Ô » et « Jours sans Horloges » sans oublier « La Plume et le Brise glace » ont bercés 2015 de bons mots et douces mélodies. Mais cette année, la cuvée a tout du millésime. Profitant de sa collaboration avec Kyo Itachi pour « Kiai sous la pluie noire », le lyonnais s’offre enfin son premier vinyle. Plaisir immense de découvrir enfin les textes de Lucio sous le diamant de sa mK2. Un must have.

KENDRICK LAMAR – To Pimp a Butterfly
Déjà meilleur artiste US, comme si cela ne suffisait pas Kendrick Lamar pointe le bout de son nez dans les vinyles indispensable de l’année. Rien d’étonnant pour une oeuvre d’une telle qualité. Bénéficiant d’une sortie discrète, en décalée de la version digitale et CD, le vinyle se présente pour sa version officielle, dans un magnifique gatefold mettant en valeur la photo de Denis Rouvre. L’album bénéficie d’un pressage impeccable pour un album obligatoire à toutes vinylothèques qui se respectent.

LE SEPT – Amoco Cadiz
250 exemplaires. Pour un nouvel album du Sept, cette quantité justifie presque à elle seule l’achat de la pépite, et la présence de ce vinyle dans notre top. Presque, car comme si cela ne suffisait pas, le produit est également frappé du sceau des Welsh Recordz  : #SVBDP. Qualité oblige, la cover est soignée, et pressage garantie sans micro coupures, l’édition collector est partie en à peine quelques heures. Un voyage, le temps d’album entier, où le Sept, d’une extrême noirceur, nous livre des textes denses et d’une rare complexité.

ANDERSON .PAAK – Venice
Avant de devenir la nouvelle coqueluche de quelques auditeurs avertis et assidus du dernier Dre, Anderson .Paak sortait fin 2014, porté par le relatif succès du single « Might Be », son premier album album solo : « Venice ». A l’image de sa pochette datée, l’album est un véritable patchwork d’influences et de sons, révélateur des multiples talents d’un artiste en devenir. Sorti lui, en juillet dernier, en édition limitée, le vinyle est un pari sur l’avenir et l’espoir de voir la cote grimper d’ici quelques années.

FOCUS SUR :
Believe, petite maison deviendra grande

Believe Digital, fondée en 2005, jusqu’en 2015 leader européen de la distribution musicale numérique, est devenu leader mondial en avalant TuneCore, société américaine positionnée sur la même activité. Son cœur de cible est évidemment les artistes indépendants, avides de conseils quant à la mise en ligne de leur musique et la gestion du « marketing » afférent. En annonçant cette semaine le rachat de Musicast, Believe passe une étape majeure dans son développement en associant à sa forte expertise des sites de streaming musical une connaissance des réseaux de distribution physiques. Un bon mouvement stratégique, donc, pour Romain Vivien, qui n’hésite à communiquer sur les bonnes performances de sa petite entreprise.

Avec Musicast, Believe, qui a développé au fil des ans son propre label (Believe Recordings) agrandit son catalogue d’artistes dit « urbains », appelés rappeurs par la reste des mortels. Jul et PNL travaillent avec Musicast. Difficile pour le moment de savoir comment vont évoluer les relations de ces artistes avec leur nouvelle maman. L’indépendance des artistes ne sera sûrement pas remise en cause à court terme –le respect de cette « clause d’indépendance » étant le facteur poussant les artistes à choisir Believe ou Musicast, surtout ce dernier qui propose (proposait ?) des forfaits « à la carte » peu contraignants pour les artistes. Sur le papier, le rachat n’implique évidemment aucun changement de formule : Believe promet simplement d’ajouter au service de distribution du service marketing de prime qualité, que Musicast laissait jusqu’à aujourd’hui à la charge des artistes.

Force est donc de constater que Believe Digital tente peu à peu d’intégrer en amont l’intégralité des briques permettant la gestion verticale de toutes les étapes suivant la pure création musicale – production, édition, distribution, promotion.

 

En quelques chiffres :

0
Ans d'Existence
0
Millions de C.A en 2015
0
Millions Euros levés en 2015
0
Réseau Mondial

Chez les autres : Revue de Presse

SURL – Casey & Virginie Despentes
« Beaucoup de choses ont été dites sur la rappeuse Casey et Virginie Despentes, l’écrivaine. Complexes, provocatrices, engagées, viscérales » Avec cette interview fleuve en deux parties, Surl réussit son pari et nous offre l’une des plus belles entrevues de cette année. Une rencontre autour de deux femmes engagées, à leurs manières. Un état des lieux, du Monde, de la politique et de la violence. La vie en somme.

ABCDR – Lalcko & Virus, diamants sur canapé
Un jour, l’Abcdr a interviewé Vîrus et Lalcko ensemble, au domicile de ce dernier. Une rencontre, une discussion de quatre heures et vingt-six minutes qui a longtemps dormi au fond d’un dictaphone. A travers une relation insoupçonnée, le récit de deux destins liés autour d’une belle amitié nous est ici livré. A la fois manifeste, bilan et perspectives d’une génération voire de plusieurs, l’Abcdr nous offre un morceau d’histoire.

LAURENT MEMMI – Episode 2, Arm (Ex-Psykick Lyrikah)
Pour Arm, une page se tourne. Psykick Lyrikah, c’est fini. Laurent Memmi (Lartizan) revient avec pudeur et intelligence sur son parcours atypique, et pose avec finesse la question d’un futur en solo. Une discussion sur les à-cotés de la musique avec le rappeur-compositeur autour de l’intermittence et ses vices, de l’importance de sortir de sa zone de confort, sur l’auto-tune. Sur demain.

PURE BAKING SODA – KA, rappeur gardien des nuits de Brooklyn
Avocat le jour, Matt Murdock devient le super héros Daredevil aussitôt la nuit tombée sur New York et son masque à cornes rouges enfilé sur le crâne. Son alter ego lui permet au moins trois choses. D’abord, de séparer sa personnalité et sa vie en deux. Ensuite, de protéger incognito Hell’s Kitchen, son quartier de Manhattan qu’il chérit comme une mère. Attention pépite.

DOWN WITH THIS – Dee Nasty, Down with the King
L’histoire des terrains vagues et des freestyles de Deenastyle, tout le monde la connait. Down with this nous propose, vingt ans plus tard, une nouvelle interview de Dee Nasty. Vingt ans de vies et d’aléas, de nostalgie et de regret. Celui qui n’a eu de cesse d’oeuvrer pour le développement du hip hop en France, n’a pas bénéficier des retombées de l’explosion qu’il a créé, grand oublié. Dee Nasty se livre comme rarement.

SURL – Le Rat Luciano, retour vers le « No Future »
Retour sur un homme de l’ombre, de la race des « rappeurs les moins connus des rappeurs reconnus ». Son nom ? Le Rat Luciano. En l’espace de deux décennies, le rappeur de la Fonky Family a su construire sa réputation, au point de faire l’unanimité parmi ses pairs et bien au-delà des seules frontières hexagonales. Retour sur le parcours d’une humble mais non moins réelle légende vivante du rap français.

ABCDR – Pone, de la furie à la foi
Le son de la Fonky Family, c’est lui. Pone a composé des instrumentaux qui comptent parmi les plus marquants du rap marseillais et français, de « Sans rémission » à « Art de rue » en passant par « Hold Up ». Alors qu’il doit aujourd’hui composer avec une maladie incurable, Pone raconte son parcours, entre Toulouse, Marseille, sa famille et la FF. Un entretien sans faux semblant, terriblement poignant offert par l’Abcdr.

ABCDR – Abuz et les vies qui passent
Abuz a été l’un des meilleurs rappeurs français des années 90. Il a laissé derrière lui des couplets mémorables et ce fameux album de rap libidineux jamais sorti. Disparu des radars depuis une quinzaine d’années, il sortira bientôt un nouveau disque. Avec les moyens du bord, et pour la beauté du geste. Retour grâce à l’Abcdr sur des tranches de vies et plus de deux décennies de passion.

12 Mois chez Nous

JANVIER / Bavoog Avers, pour quelques Boogers de plus
Début d’année, « Pannacota » est balancé sur Youtube. Derrière ce blaze énigmatique se cache le génie d’une toute petite partie de l’Animalerie. Plongée dans l’une des plus belles réalisations de l’année. Chronique.

FEVRIER / Crowdfunding & Production: La nouvelle solution?
Le crowdfunding, ou financement participatif, ça n’a rien de neuf. Cela dit, depuis un peu plus de cinq ans, des plateformes digitales fournissent aux artistes un véritable « kit » clef-en-main pour financer leurs idées. Dossier.

MARS / L.o.a.s : Ndma, Récit d’une initiation manquée
Je suis sur un trottoir crade devant l’entrée d’un club. L’enseigne verte de la boîte clignote et se reflète sur les arbres : nDMA. Le videur me regarde et me fait signe d’ouvrir la bouche. Un cachet. Je l’avale.

AVRIL / JeanJass, L’Expert de la maison belge
Rencontre avec le rappeur-producteur de Charleroi quelques mois après la sortie de l’excellent « Goldman ». Pour parler de Charlouze, de foot et des allemands, du rap game et du boss de fin.

MAI / Tcho, Rencontre en quarantaine
Un travail long et torturé fait dans la démerde, une démarche solitaire et brute. Même dans l’ombre, Tcho reste toujours sur la mesure. Rencontre avec l’artiste proche de la quarantaine, pragmatique et sans concession.

JUIN / Action Bronson : Lsd Soul Food.
Sorti en quelque sorte de nulle part, Action Bronson a su cuisiner un univers autour de sa propre personne sans chercher une street credibility dont il n’a strictement rien à foutre. Retour sur la recette Bronsolino.

JUILLET / Au coeur des atomes de Cannibal Ox
Rencontre avec Cannibal Ox. De leurs premières expériences en collectif à aujourd’hui, de la sortie de Cold Vein, leur premier album en duo, à celle de Blade of the Ronin, sa suite tant attendue. Bilan.

AOUT / Le Voyage opiacé d’Eli MC
Un lundi de grisaille de plus sur Nantes. Nous retrouvons Eli MC et Mellow Cotton à la terrasse d’un café pour ne longue discussion sur les méandres opiacés de son album et la force de ce projet envoûtant.

SEPTEMBRE / I (really) Love Makonnen
ILoveMakonnen, c’est l’une de ces explosions express que nous livre parfois l’industrie du rap. Et pourtant, tout ne s’est pas passé aussi vite que l’on pourrait le croire… Au commencement fût Makonnen.

OCTOBRE / Little Simz, Women can be King now
Malgré sa soudaine explosion, Little Simz est loin d’être une arriviste. Elle fait parler d’elle discrètement, mais stratégiquement. Nous avons relevé les trois fondamentaux de sa réussite.

NOVEMBRE / Le Monde Chico, et tout ce qu’il y a dedans
Le Monde Chico a tout de l’album le plus attendu de l’année. Cinq rédacteurs pour six avis, contradictoires ou complémentaires, afin d’explorer Le Monde Chico, et tout ce qu’il y a dedans.

DECEMBRE / Huis-Clos, quelques nouvelles du fond 
Quatre nouvelles, quatre histoires fictives, pour une plongée dans l’univers oppressant de ce Huis-Clos magistral. Toutes ressemblances avec des situations réelles seraient recherchées, mais fortuites.

FOCUS SUR :
Leur Sélection

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SAMEER AHMAD : 
L’année 2015 fut pour moi l’année d’un mea culpa. Un mea culpa pour un groupe dont j’avais complétement occulté la discographie de mes enceintes, ce groupe c’est « The Roots ». Je ne sais pas pourquoi j’avais tellement d’apriori sur leur musique que quand mon pote Nasser m’a imposé l’ecoute de leur « Undun » dans sa 206 immatriculé 34, j’ai posé 4 fois la question « c’est les Roots ca ??? » . Parce que p—- c’est haut !!! Très haut ! Et puis je suis repartie a reculons dans leurs disques , tous , pour moins de 40 euros chez Gibert je me suis lavé de mon peché . Parce que les Roots ne sont pas sous-estimés , aucunement , ils sont « sous-écoutés  » .

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VÎRUS : 
Mon album de 2015 date de 1972. Le titre c’est « Paix ». L’artiste, Catherine Ribeiro (+ Alpes). Découvert cette année via le titre éponyme où une voix vient balancer « Paix à celui qui hurle parce qu’il voit clair » au bout de presque 6 minutes d’une musique qui déjà me faisait bloquer. C’est peut-être ce que j’attends de la musique parfois, bloquer. L’album contient 4 titres (format que j’affectionne) dont 2 font, quand même, entre 15 et 24 minutes et quelques. Les formats sont bousculés, comme certains instruments artisanaux (le cosmophone, le percuphone). C’est une marginale ou une marginalisée de la chanson française. Neuf albums viennent d’être réédités dans un coffret.

MANI DEIZ : 
2015 est sans contestation possible l’année de l’évolution capillaire du rap français. A qu’il est bien loin le temps ou Driver nous ventait les mérites de la coupe à la Yul… De toute façon à l’époque t’avais pas le choix, c’était soit le dégradé, soit la boule à Z. Maintenant, n’importe quel mec sait comment entretenir ses cheveux de façon durable avec les lotions qui vont bien et j’en arrive avec mon dealer, à parler shampoing. Le pire c’est qu’on a rien vu venir. Est-ce un mal que ce changement capillaire ? Assurément pas, vive la diversité après tout. Mais bon, on nous a un peu survendu le turfu quand même…

HYACINTHE :
J’ai écouté beaucoup de rap français cette année, presque beaucoup trop en réalité. Mais je crois que pour moi 2015, se résume au titre « Gomorra » de SCH. Dans tout ce que j’ai pu écouter durant l’année, je pense qu’il s’agit de mon morceau préféré. C’est nihiliste, c’est nouveau, c’est hyper bien interprété, la prod est magnifique et c’est très bien écrit. Ça m’a permis d’accrocher direct. Sinon j’en ai rien à foutre de la série par contre, la vie est trop courte pour regarder des séries.

LUCIO BUKOWSKI : 
Pour moi, l’album « Sour Soul » de Ghost & BadBadNotGood est le petit bijou rap de l’année : musicalement d’abord, avec cette présence entêtante des basses et rythmiques jazz façon polar noir des années 70, juste ce qu’il faut de clavier, et une unité d’ambiance qui te plonge pendant une trentaine de minutes dans un vrai songe filmique ; et puis la voix éraillée et le flow si typique de Ghostface qui orne tranquillement le tout… En boucle !

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LAURENT MEMMI (LARTIZAN) :
Bonnie Banane. Une chanteuse française avec un style à part. Son travail que je suis avec de plus en plus d’intérêt est en train de prendre une voie qui m’enthousiasme. Ce qu’elle fait est assez envoutant, avec une esthétique séduisante. De plus, c’est rare de pouvoir autant apprécier un morceau en français suivi d’un autre en anglais. Leonardo et Affection forment la première moitié de son dernier EP, et ces deux titres complémentaires sont à mon goût ce qu’elle a fait de mieux à ce jour, grâce notamment aux productions de Gautier Vizioz.

5 Artistes Français pour 2016

EDDY WOOGIE – Bob Ricard et fil de pêche

Cela fait bien trop longtemps qu’il reste dans l’ombre pour ne pas finir par exploser, notre cher Eddy Woogie. Après avoir été successivement membre émérite du CDK et architecte sonore de l’Animalerie, le plus breton des gitans officie désormais au sein du boys band pop-rap le plus couru du moment : Bavoog Avers.

Parti en solo, si l’on peut dire avec sa bite et son couteau, l’ex Dico nous a offert en cette fin d’année le premier extrait de son prochain projet « ToutEddy ». Effet VHS, vieille canne à pêche et 33 Export dans la glacière, l’univers décalé fait mouche. Dans un personnage à la Dutronc (père) : impertinent sans jamais être arrogant, Eddy nous délecte comme à son habitude de placements techniques et terriblement originaux, mettant en valeur un texte faussement léger et désinvolte.

C’est donc en tant que touche à tout autodidacte et fichtrement talentueux, qu’Eddy s’impose tranquillement au sein de l’Hexagone. Fort du succès de « La Mousse » et de ‘Pannaccota’ porté lui, par le magnifique clip de ‘Magie Noire’, le boug nous a promis un nouvel album à venir courant 2016 qui s’annonce pas piqué des hannetons. Rendez vous est pris, l’appât est lancé, la ligne est posée. Nous, on attends plus que ça morde. 

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JORDEE – A l’écoute de Boulangerie Française, nombreux sont ceux qui ont été surpris par un certain Jorrdee. Parfois suffisamment pour attiser leur curiosité et les guider vers l’étonnant « La nuit avant le jour ». Une vibe qui flirte avec le r&b et le cloud rap, une voix stridente qui se brise sur des nappes langoureuses et synthétiques pour délivrer des lyrics atmosphériques et abstraits… En 2016, Jorrdee devrait poursuivre sa progression, et quelque chose nous dit que son univers pourrait potentiellement toucher un public plus large.

ALPHA WANN : Quelques freestyles qui font sensation, et des featurings en famille, voici l’année 2015 du jeune flingueur Alpha Wann. Pauvre ? Le boug se fait juste discret, et nous réserve certainement avec Alph Lauren II, qui sort en janvier comme son prédécesseur de 2014, le meilleur de sa technique, de ses flows, de ses mouvements manuels. Inutile de préciser que l’on attend ce projet comme le supporter gunner un malheureux titre. Et on lui souhaite la même réussite que son pote le fennec.

RUFYO : Le jeune banlieusard a été l’une des découvertes de 2015 avec un très bon EP, 00h92, disponible en téléchargement gratuit. On a beaucoup aimé sa mélancolie, ses hymnes nocturnes, blafards et désespérés, sa nonchalance teintée d’un autotune léger, qui fait de ce premier projet une réussite réelle. Là est la difficulté : le deuxième doit être meilleur, plus abouti encore, plus profond, plus travaillé. On lui souhaite bonne chance, mais on a confiance, la nuit a toujours beaucoup de choses à raconter et à faire ressentir.

PLB – Cela fait déjà un petit moment que Plb traîne ses guêtres dans le rap underground français. Après quelques essais de jeunesse efficaces mais un poil timides, le jeune parisien nous a prouvé en 2015 qu’il possédait un certain groove, un vrai grain de voix et une variété de sonorités indéniables. Une heure avant le Big-Bang, son premier mini album sortira en 2016. Une explosion programmée qui n’est pas sans rappeler la découverte de Némir il y a quelques années.

5 Artistes US pour 2016

SAUCE FACTORY – Sauce blanche-Harissa 

Voilà une équipe qui ne met pas toute la sauce dans les mêmes pots. Avec une petite douzaine de mixtapes sorties cette année, la Sauce Factory a occupé le terrain et a forgé sa place avec une main de fer, tantôt sur des productions personnelles, tantôt sur faces B. Mais les rappeurs de Houston ne font pas que reprendre des instrumentales, ils les piratent. Littéralement. Quand Sauce Walka choisit de reprendre un morceau, que ce soit le Trap de Bankroll Fresh, le I’m so Awwsome de Shy Glizzy, ou le Tip Toe Wing de Riff Raff, il n’hésite pas à en reprendre tous les éléments pour les remettre à sa sauce, à bousiller les refrains de sa voix stridente, à étouffer la prod’ avec une avalanche de mots, qu’ils passent par le couplet lui même ou par les adlibs. La Sauce Factory pille les butins et le fait avec classe. Tout rappeur US devrait être honoré d’entendre les adlibs hurlés de Walka sur ses morceaux !

Alors oui, leur travail peut parfois fatiguer par sa radicalité, mais il est indéniable que cette équipe possède une véritable identité, bien au-delà de son goût des reprises. On a souvent parlé de l’influence de Migos qui peut partiellement se retrouver dans les flows, mais les jeunes loups sont également capables de piocher du côté des légendes de Houston, voir même du côté de celles de LA. L’esprit est lui clairement à Houston, et leur humour et leur côté clownesque les rapproche un peu plus des Dipset. Un mélange orchestré de manière bordélique mais souvent réussie. 2015 fut l’année de la révélation, espérons que 2016 soit celle de la confirmation. Pour cela, il faudra travailler des projets de manière un peu plus poussées sans perdre l’énergie originelle du collectif, quitte à délaisser un peu cette productivité monstrueuse. Les armes sont dans leurs mains, reste à voir si ils sauront en faire bon usage.

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A-F-R-O – A seulement 18 ans, ce californien s’est fait lui-même un nom, aux côtés de R.A The Rugged Man lors du concours « Definition of a rap flow ». Depuis, les choses se sont accélérées, ses prods sont maintenant de MF Doom et J Dilla, ses collaborations se nomment Queen Latifah et DJ Premier. Avec Tales from the basement, une mixtape dont le flow old school et les prod d’Havoc, RZA et Doom ont enchanté vos oreilles cette année, A-F-R-O nous a prouvé qu’il était capable de s’imposer sur la scène internationale. De quoi laisser présager le meilleur pour 2016.

THA SOLOIST – Passé complètement inaperçu en 2010, Tha Soloist fait partie de cette grande famille de mcs qui a commencé à kicker le mic en même temps qu’il suçait des tétines. De cette génération qui a failli percer dans les 90’s pour au final mettre 20 piges à sortir un projet. Face à ce constat d’échec, Tha Soloist a décidé de changer de stratégie pour nous offrir pas moins de 6 EP. Ce n’est certainement pas la révélation du siècle en terme de mceeing, mais son personnage sans concession nous faire croire qu’il aura beaucoup de chose à nous dire en 2016.

ANDERSON PAAK – Les chineurs iront pour sûr dégoter le vinyle de son premier album solo, Venice, avant qu’il ne devienne une pièce rare. Les avertis, eux, se dirigeront vers le dernier opus de Dre. Car c’est bel et bien Compton qui fait remarquer Anderson.Paak alias Brezzy Lovejoy aux yeux d’un plus large public un mois d’été 2015… Présent sur 6 des 16 tracks (ce n’est pas rien), largement suffisant pour percevoir une partie de ses aptitudes. Voix éraillée au groove garanti, surfant sur des productions éclectiques avec aisance, Anderson Paak est une valeur sûre pour 2016. Si vous n’êtes toujours pas convaincus, attendez le 15 janvier prochain.

TORY LANEZ – Même s’il ne débarque pas totalement, c’est indéniablement en 2015 que la carrière du jeune rappeur et chanteur canadien a décollée. Les cinq titres de Cruel Intentions sont d’une unité esthétique imparable. Sa voix fluette mais puissante, nous envoie loin tandis que les producteurs de Wedidit subliment ses divagations d’un travail magnifique. Se soumettant au traditionnel test de l’EP avant le gros album à paraître, Tory Lanez a passé le test au la main. Le rendez-vous est pris, on attend désormais l’album qui viendra confirmer tout le bien que l’on pense du gamin.

Les Clips de L’année

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