Al’Tarba, l’interview

In Interviews by Nicolas Comments

Présent sur la scène hexagonale, mais aussi européenne et américaine,  Al’Tarba est un beatmaker à la carrière est bien lancée, et dont la créativité ne semble pas setarir. A l’occasion de la sortie de son dernier EP, Ladies & Ladies, le 25 novembre, Reaphit vous propose une présentation de l’artiste en 10 morceauxune chronique, et une interview, à lire ci-dessous.

La nuit tombe sur Paris et sa banlieue lorsque l’on arrive dans l’appartement du beatmaker. Collaboration, rap, beatmaking, EP, projets, films d’horreur, les sujets ne manquent pas. Et si c’est avec un difficile lendemain de soirée et la tête embrumée qu’Al’Tarba vient nous accueillir, cela ne l’arrêtera aucunement une fois le dictaphone lancé.

Est-ce que tu pourrais te présenter en trois étapes clefs de ta carrière ?

Al Tarba : Trois étapes, je dirais que la première c’est quand je rencontre Youri, qui est Sad Vicious du groupe Droogz Brigade, quand on se met à faire des instrus, faire des freestyles dans la chambre. La deuxième, je dirais la sortie de l’album Lullabies for Insomniacs, qui est celui qui a le plus marché jusqu’à présent, et qui est un peu un virage. Et la troisième, c’est lorsque j’ai commencé les prestations live avec DJ Nix’on.

Voilà, après je pourrais t’en faire plusieurs mais là, si tu me demandes trois étapes, ce sont celles-là qui me viennent à l’esprit. Ça a commencé à un peu plus se professionnaliser quand j’ai commencé les lives, disons avec les fiches de paie, des trucs comme ça. Et puis surtout la tournée, qui est un truc qu’on fait tous les week-ends, en plus de la composition. Donc voilà, ça fait partie intégrante de ma carrière.

En février, tu sortais donc Acid & Vicious avec Lord Lhus. Dix mois après, quel bilan fais-tu de cet album et de la tournée qui l’a accompagnée ? 

Ben écoute, on a fait des shows en live, c’était vraiment cool, on en a fait quelques-uns, il y en a d’autres qui arrivent. Personnellement, je suis très content de l’album, on a eu de bons retours, des retours plus mitigés aussi sur certains sites, mais on va dire que 80% des retours étaient positifs. Surtout qu’on est content du contenu, de la pochette à la tracklist.

Donc voilà, ça a duré un an et demi pour le faire, maintenant on en profite pour faire des concerts, ce qui fait qu’en plus des lives que je fais avec Nix’on qui sont plutôt orientés abstract hip-hop, je peux aussi faire des shows avec Lord Lhus, parfois les deux mélangés. Ça nous permet de nous balader. On a tourné quatre ou cinq clips, je pense qu’on a fait les trucs propres, et c’était la première sortie pour CMF Records [Crazy MotherFucker Records, label toulousain, ndlr]. Donc ça été la nôtre, et ça a permis de commencer le taf avec eux, qui sont des potes aussi. C’est un taf avec un label indépendant, mais qui reste familial.

La volonté de ce disque c’était, après Lullabies for Insomniacs, de faire un skeud plus « hip-hop hardcore » on va dire, pour pouvoir revenir ensuite dans l’abstract, histoire de varier un peu, de changer de délire. Je n’aime pas faire toujours la même chose. Même si les styles se rejoignent à chaque fois, il y a des moments où j’aurais envie de faire des morceaux agressifs, d’autres où je vais partir dans d’autres délires. Tu prends l’EP Ladies & Ladies, il y a un concept, un délire, et puis après l’album ce sera un peu différent.

Tu as sorti il y a deux mois une réédition de Lullabies for Insomniacs, je voulais savoir pourquoi, et si tu pouvais nous en parler un peu.

C’est une réédition qui a été numérique. En fait, j’avais sorti pas mal de morceaux entre-temps qui étaient dans la veine de Lullabies for Insomniacs, qui était disponible gratuitement. Il est toujours dispo gratuitement d’ailleurs, ça se trouve très facilement sur le web. Pour cette réédition, j’ai voulu faire une version payante avec 15 morceaux en plus. Donc des morceaux abstract, quelques-uns rap, qui n’étaient pas sur la première version. Il y a Lullabies for Insomniacs, et ce que j’ai appelé la Midnight séance bonus, qui est la deuxième partie du disque avec des morceaux qui n’étaient pas présents sur Lullabies.

T’as eu des bons retours sur cette réédition ?

Ouais carrément, après la plupart des morceaux, les gens les connaissaient déjà, tu vois, c’était des morceaux comme « Petite Maline« , il y avait quelques inédits mais c’était surtout des morceaux qui avaient tourné à droite à gauche.

Et du coup, là tu reviens avec Ladies & Ladies. Comment est née l’idée de cet EP ?

Déjà le concept est venu… j’avais fait deux ou trois morceaux qui avaient plus ou moins ce thème qui se retrouve sur l’EP. A chaque phase de la vie, tu t’inspires de ce qui se passe sur le moment. A ce moment-là je rencontrais des meufs, je regardais des films comme Thelma et Louise, plein de trucs comme ça qui m’ont inspiré, donc je me suis dit que ce serait pas mal de faire un skeud qui retranscrive tous les rapports que je peux avoir [avec les femmes] ou alors de donner la parole aussi à des chanteuses sur des tracks, ce qui a donné l’EP conceptuel Ladies & Ladies. L’idée m’est venue de sortir après le morceau « The One You Love », j’avais ce morceau là et un autre qui est sur l’EP qui étaient dans cette thématique, je me suis dit pourquoi pas !

Comment est-ce que tu décrirais cet EP ?

Alors, déjà, il part dans pas mal d’émotions différentes. C’est un EP conceptuel qui parle des femmes. Il y a moi qui en parle et il y a elles-mêmes qui en parlent aussi, vu qu’il y a des morceaux avec des chanteuses. Je pouvais pas faire un EP sur les femmes, la féminité, sans qu’il y ait des chanteuses dessus, sans leur donner la parole aussi. Et en fait, il passe vraiment par plusieurs ambiances, comme vous l’avez souligné dans votre chronique. Ça passe d’ambiances légères à des choses plus sombres, plus oniriques. Il y a des morceaux assez cinématographiques comme « The Vengeance Sisters » qui raconte une histoire.

Ces cinq titres, c’est vraiment l’EP, tu ne retrouvera pas ces titres sur un album ou quoi, il existe en tant que tel. Ce serait comme une nouvelle d’un livre, un passage, ou plusieurs nouvelles d’un petit livre, qui a pour thème la femme. T’as des ambiances plutôt légères, des ambiances un peu plus sombres, comme je le disais, mais après cet EP, je ferais certainement un album qui part dans des délires beaucoup plus torturés, et organiques. Celui-là reste dans des ambiances assez trip-hop classique.

Et pourquoi un EP et pas un album du coup ?

Parce que je me voyais mal faire tout un album sur ce thème-là. Ici, j’avais vraiment envie de faire un truc conceptuel, que ce soit le temps d’un EP, et parler de ça. Faire tout un album je pense qu’au bout d’un moment… il y a moyen, c’est quand même un vaste sujet, mais moi je le voyais plus dans un format court pour développer ce thème-là.

Tu me parlais des collaborations, comment le choix est venu ?

Alors dessus, tu peux retrouver Bonnie Li et Jessica FitoussiBonnie Li, c’est quelqu’un que j’ai rencontré à un concert trip-hop je crois, donc c’est une chanteuse qui fait du trip-hop, qui fait elle aussi des instrus, et qui a sorti pas mal de choses. J’aime bien ce qu’elle fait, on s’est rencontré en soirée. De là, on est devenu potes et du coup on a décidé… on avait déjà fait quelques trucs ensemble, et en fait, ce morceau je l’avais commencé il y a peut-être deux ans, on avait commencé à le maquetter avec Jessica Fitoussi, que j’avais contacté via le net.

On s’était rencontrés, on avait travaillé une maquette chez elle, un peu brute, et peut-être un an ou deux après, le morceau était un peu en stand-by. Elles se sont rencontrées elles aussi, et je me suis dit que ce serait bien d’avoir ce morceau, et qu’elles fassent un duo dessus. Un duo assez théâtral où elles se répondent, parce qu’elles ont deux voix assez différentes, mais des univers qui peuvent se rejoindre. Et comme elles s’entendent bien, ça s’est passé naturellement et ça a donné le morceau, avec Nico [DJ Nix’On] qui vient poser les scratches sur celui-là.

Les deux autres chanteuses présentes sur l’EP, c’est Camille Safiya et Latasha. Un jour, j’ai reçu un mail de Camille sur ma boîte Facebook, qui me dit « on a utilisé une de tes instrus qu’il y a sur Lullabies for Insomniacs, « Silent Smoke« , on a fait un clip, on a chanté dessus, voilà, j’espère que ça te plaira ». Elles m’ont envoyé le morceau qui s’appelle « Immortal Soul », et j’ai pris une grosse claque. J’ai vraiment kiffé, du coup je leur ai proposé de venir sur cet EP, de les inviter. J’avais vraiment apprécié l’alchimie entre elle qui chante, qui a un truc vachement nineties, un peu soul, reggae, un peu à la Fugees je trouvais, et la rappeuse, je trouve que ça se marie super bien leur délire. Ce qui a donné le morceau « Global Awakening » sur l’EP.

Et d’ailleurs, autant Jess’ que Bonnie, ou Camille que Latasha, je pense que je serais amené à travailler avec elles par la suite. Je n’avais jamais vraiment travaillé avec des chanteuses avant, enfin si, on avait fait quelques sons avec Bonnie, mais là je pense que c’est la première fois sur un projet. J’avais fait un son avec une chanteuse qui s’appelle Nif aussi, mais en tout cas sur un projet c’est la première fois.

Quelles sont les influences de cet EP ?

Alors les influences sont un peu comme le reste de mon taf, assez cinématographiques. Donc je te parlais de Thelma et Louise tout à l’heure, il y a aussi des personnages comme Bettie Page, des personnages de femmes rebelles, ou même de femmes inquiétantes. Il y a pleins de films, d’histoires comme ça qui m’ont touché. Après, les influences purement musicales, ça reste dans l’abstract hip-hop que j’affectionne, qui va de RJD2 à Amon Tobin, mais l’influence Amon Tobin, on la ressentira plus sur l’album qui vient après. Malgré qu’il y ait un morceau, « Iberian Fairy », qui est assez influencé par son univers, justement.

Je voulais te parler de ce morceau, parce qu’il m’a vraiment surpris au niveau de l’ambiance, ou même du sample que tu as utilisé. Je trouve que ça tranche un peu avec le reste de l’EP et de ce que tu fais d’habitude. Comment t’es venue l’idée du morceau ?

En gros, le morceau est inspiré de relations passées qu’on a tous plus ou moins eu. Je voulais a la fois parler du coté chieuse , fière, mais aussi malicieuse et gracieuse ! (rires) Donc l’idée, c’était de faire un morceau avec des chants espagnols fiers, si t’écoutes au début, ça fait un peu comme des montagnes russes, avec quand même ce côté féminin dedans. Justement, ce morceau ouvre la porte sur ce que sera mon album d’après en fait, qui sera plus dans ce genre d’ambiances pour le coup. Il  y aura moins de morceaux comme dans Ladies & Ladies, mais plus des ambiances comme celles-ci. Voire encore plus bizarres !

Et si tu devais cet EP à une femme en particulier, ce serait qui pour toi ?

Le truc, c’est qu’il englobe les rapports que j’ai avec les femmes sur certains morceaux, certains types de rapports, et plusieurs personnages, donc ce serait difficile de le mettre en une personne. Sachant que ça parle aussi de mes rencontres, de choses comme ça. Après je t’avoue qu’au début, la pochette, je voulais que ce soit une scène de Thelma et Louise. On a organisé un concours et c’est Robin Tedesco qui a fait la pochette, je suis vachement content de son délire, qui fait Russ Meyertarantinesque un peu. A la fois la sensualité et aussi un peu de violence, de la fierté, et de la force. Et puis le côté film tu vois, donc je trouve que ça réunissait bien tout ce qu’il y a dans l’EP.

Par rapport à Lullabies for Insomniacs, on a l’impression qu’il y a plus de détails ci-et-là au niveau des arrangements. Tu as travaillé différemment ?

Lullabies for Insomniacs, il a été un peu fait dans l’urgence, c’est-à-dire que j’habitais un peu à droite à gauche, donc tous les morceaux étaient des témoignages d’un moment. Je les travaillais peut-être moins, mais ils existaient plus dans cette urgence-là. Pour celui-ci, je suis posé depuis, donc je peux me permettre de mieux [peaufiner]… Après, ça donne un style différent aussi. C’est vrai que j’aime bien dans Lullabies le côté « fait dans l’urgence », vachement spontané.

Là, les six morceaux parlent plus ou moins de la même chose, de différentes façons, dans Lullabies ça partait un peu dans tous les sens selon mes humeurs. Vu que je suis mieux posé, j’ai pu prendre plus le temps de le tafer. Après, je pense que chaque beatmaker soit aspire à complexifier, ou à rendre son style plus minimaliste, mais en tout cas à essayer faire des trucs différents. Avancer. Ça peut être dans un sens comme dans l’autre. Un jour, tu peux écouter de la trap, le lendemain j’ai envie d’écouter du Mobb Deep, et puis sinon je passe une journée à écouter du punk-rock. Et là, ce serait plus les conditions de travail qui ont fait que le skeud est…

Et puis il est sorti pour la première fois, à part sur CMF mais ça ne fait pas longtemps que je taffe avec des labels, sur Banzaï Lab Records, qui m’a été présenté via ma manageuse, qui sont aussi le groupe Smokey Joe & The Kid. Donc j’avais aussi l’occasion de mieux travailler ce projet, ça passe plus par une voie professionnelle, donc du coup… L’autre était un peu fait à l’arrache mais c’est ce qui donne aussi son délire. Celui-là j’ai essayé de faire les choses un peu plus proprement.

Du coup pourquoi n’est-il pas sorti sur Crazy MotherFucker ?

Parce qu’on avait déjà sorti le Lhus et je pense que l’identité du projet correspondait plus à un label comme Banzaï LabCrazy MotherFucker sont plus orientés hip-hop, quand même. Et puis c’est bien de travailler avec différents labels je trouve, suivant les projets, de savoir quel projet correspond le plus à tel ou tel label.

Et il y a un morceau dont t’es le plus fier sur cet EP ?

Alors j’aime beaucoup « The Vengeance Sisters » et « Iberian Fairy« … Et « She Haunts« . En fait, je les aime tous ! Oh, le mec se kiffe ! (rires) Non il n’y a pas de morceau vraiment favori… « The Vengeance Sisters » j’en suis content parce que c’est un morceau qu’on va clipper, ça implique plus de gens, donc c’est toujours cool. Je pense que ce son devrait pas mal tourner, ça va faire marrer les gens aussi. Parce que pour le clip, là j’ai des images.

On est en train de tourner un clip où en fait Nix’On et moi, on aurait tué les parents de deux petites filles, et c’est elles qui ont grandi et qui reviennent pour se venger. On passe d’un univers western à film noir, après elles sont habillées comme dans Orange Mécanique, elles nous tabassent, elles m’attachent sur une chaise à la Reservoir Dogs en costard, donc on a tapé pas mal de délires. Je pense que celui-là ça va être un peu le single du EP.

Pour revenir sur d’autres projets, tu fais partie du label Sick Diger Records, qui a été créé il y a un an à peu près, c’est bien ça ?

En fait, ça fait pas mal de temps qu’on taffe dans l’ombre, il y a beaucoup de morceaux qui se sont accumulés, et on peut dire que le label prendra vraiment un départ avec la sortie du projet Overlords. Mais il y a beaucoup de travail qui a déjà été fait en amont au niveau de tous les beatmakers. Les gens ne savent pas encore, mais il y a vraiment un iceberg caché, on a beaucoup travaillé, que ce soit I.N.C.H. ou moi, ou tous les beatmakers du label, et Tony qui gère. Il y a beaucoup de projets qui sont en cours, et ça va être annoncé avec cette compilation Overlords. Du coup on va sortir ce truc qui en fait réuni des morceaux de tous les projets qui vont sortir sur Sick Digger.

Moi j’ai un album, enfin c’est plus un skeud conceptuel où je fais les instrus, Tony de Sick Digger s’occupe de trouver les rappeurs qui vont poser dessus, et Nico pose tous les scratches. Et ça s’appellera Breaking Tracks. Là, on en est à une quinzaine de morceaux je pense, donc on continue de bosser. Et il y a l’album d’I.N.C.H qui va sortir. Un beatmaker qui n’était jusque-là pas très connu et qui déchire qui s’appelle Mista MafUgly Tony aussi qui est dessus, Junior MakhnoFonka, pas mal de beau monde !

Donc Breaking Tracks, ce sera après Overlords, c’est bien ça ?

Ouais, je ne sais pas quand sortira Breaking Tracks, mais Overlords, ça devrait être une question de semaines maintenant. Donc t’auras un morceau d’I.N.C.H, t’auras des morceaux de tous les gars, avec beaucoup de featurings cainris. Je ne balance pas encore les blazes, mais il va y avoir des trucs sympas. Tony s’est occupé de tout ce côté-là, trouver des featurings, ramener les rappeurs.

Du coup, quels sont tes projets à venir ?

Ben voilà on y vient. Alors t’as ce truc, Breaking Tracks, il y a l’album de la Droogz Brigadesur lequel on travaille bien en ce moment, pas mal de tournées, cet EP, et ensuite il y aura mon prochain album. Je peux te balancer le titre en exclu, il s’appellera Let’s the Ghosts Sing, donc « Laisse les Fantômes Chanter », tintintin ! Qui risque de surprendre les gens au début, parce que ça peut partir dans des délires… Ça peut même partir en breakcore dessus, voilà quoi. Ça reste avec une base abstract hip-hop, mais ce sera comme un Lullabies for Insomniacs sous amphèts’. (rires)

« Still Insomniac » [morceau composé pour cet album depuis deux ans] est toujours dessus ?

Ouais, il a pas mal évolué le morceau depuis, je l’ai vraiment retravaillé. J’ai pas mal de morceaux, « Still Insomniac » sera le deuxième morceau de l’album. C’est vrai que tu l’avais entendu, ça fait depuis longtemps que je l’ai sous le coude !

2011 ! Et cet album, tu penses le sortir quand à peu près ?

A : Alors là… Je suis en pourparlers avec le label qui va le sortir, donc je ne vais pas le dire encore, parce que rien n’est acquis. Je pense qu’il y aura un EP avec deux morceaux de l’album qui sortira quelques mois avant l’album, et là, ça sera un EP pour annoncer l’album, ce ne sera pas un EP comme Ladies & Ladies qui lui est un projet à part entière. Je pense que ce sera pour septembre, histoire de bien donner le temps, parce qu’avec tous ces projets… Et puis il y a Breaking Tracks. J’ai produit pas mal d’instrus à droite à gauche pour des rappeurs aussi. Des rappeurs australiens… Je suis moins allé chercher des rappeurs connus, j’ai préféré bosser avec des rappeurs un peu underground, avec qui j’ai une marge de création, avec qui je peux me permettre de dire « on va faire comme ça ». Donc y’a pas mal de trucs qui arrivent.

Et niveau collaborations, ça tourne bien en ce moment ?

A : Ouais carrément. Après, honnêtement, je suis plus porté sur l’album. Il y a l’album Breaking Tracks qui va être rempli de collaborations pour le coup, et sur l’autre il n’y en aura que deux. Sinon, ce ne sera que des morceaux instrumentaux. Je pense qu’il n’y en aura que deux, ou trois maximum avec des rappeurs. Des morceaux bien choisis qui correspondront à l’ambiance du projet. Sinon il y a toujours des collaborations, là j’ai mixé un son avec Paco hier soir, il y a pas mal de trucs, j’ai pas tout en tête, mais il y en a beaucoup. Après, c’est vrai que j’ai plus la tête dans la création de sons abstracts plutôt que d’aller chercher des collaborations. Et puis j’ai mon groupe Droogz Brigade qui me prend pas mal de temps. A un moment, j’étais pas mal à l’affût pour collaborer avec pas mal de gens à droite à gauche, maintenant moins, enfin en ce moment en tout cas, ça peut toujours changer, tu vois c’est des cycles.

Tu as voulu te porter vers des trucs un peu plus électro, pendant un moment…

Ouais, et ça m’est passé un peu. Là, j’ai bien kiffé l’album de Gesaffelstein, j’ai bien aimé Rone aussi, ces derniers temps j’écoute des trucs un peu plus électro. J’aime bien comment ils ont ralenti le tempo, donc t’as des sonorités électro, mais t’as des tempos plus proche du rap, et peut-être qu’il y aura un ou deux délires comme ça sur le skeud. Mais l’électro en mode dirty électro, j’avais essayé de faire quelques tracks, et je me suis vite rendu compte que c’était pas ce que je préférais faire, et que ça n’est pas là où je suis le meilleur.

Il y a un style de musique vers lequel tu aimerais évoluer ?

Pas vraiment un style, vu que je resterai, je pense, toujours dans l’abstract hip-hop plus ou moins mais après… c’est tellement large. Je te ferai écouter les sons de l’album, ça garde cette base hip-hop, mais j’ai essayé des nouveaux trucs, tu vois. Quand Lullabies est un patchwork de plein d’ambiances qui se rejoignent, celui-là sera vraiment un skeud qui restera dans la même lignée du début à la fin, et qui sera assez cauchemardesque. Avec quand même deux trois petits sons au milieu, parce que bon, on est pas là pour s’emmerder ou déprimer tout le temps non plus ! (rires)

Un son dansant venant d’Al’Tarba un jour ce serait possible ?

Ah je trouve que « Mushroom Burger«  est un peu dansant, les gens dansent dessus (rires).

L’année dernière tu m’avais parlé de VALD comme d’un rappeur prometteur, je voulais savoir ce que tu pensais de l’évolution qui s’avançait sur sa musique.

J’aime beaucoup, et puis Vald on est devenu pote, avec A.D aussi, on traîne souvent ensemble. Je trouve que ça tue, j’ai entendu des morceaux qui sont pas encore sortis et là, y’a du lourd franchement, ça va être cool ! Là il est chez Tefa et Masta, donc je pense qu’il a un bel avenir devant lui. Son clip Autiste m’a fait bien tripper, je sais pas ce que tu en as pensé, mais j’ai trouvé ça fort sympathique. La tronche qu’il a quand il rappe avec les vieux ! (En imitant Vald) « J’aime bien comment tu zé-po, ouais Valentin » (rires).

Et il y a d’autres artistes en ce moment qui t’intéressent ?

En ce moment j’écoute plein de punk/rock en fait, et de hardcore. Dans le rap tu veux dire ? J’écoute un peu de tout, je sais pas… A chaque fois qu’on me pose cette question, j’oublie instantanément ce que j’étais en train d’écouter !

Mais j’écoute tout le temps des nouveaux trucs. Là je t’ai dit j’ai écouté l’album de Gesaffelstein et j’ai bien kiffé. Ça ressemble un peu au dernier album de Kanye WestYeezus, super synthétique, saturé, et sombre, sombre au possible. Sinon j’écoute de la pop de hipster, des trucs genre Alt-J. J’adore Alt-J, ça démonte ! Je suis super fan de ce groupe. J’écoute Saez aussi, et j’ai écouté le dernier morceau de Bertrand Cantat que je trouve super cool aussi, « Detroit ».

Le casting original pour un film d’horreur pour toi ?

Le casting au niveau des acteurs ou des personnages ? Les personnages, je verrais bien la meuf d’Audition enfermée dans un manoir avec les gars de Devil’s Reject mais ce serait un sombre bordel, du n’importe quoi ! (rires) J’aimerais bien voir une scène lesbienne entre la meuf de Devil’s Reject et la meuf de Audition, avec un mec qu’elles torturent ensembles, ce serait plutôt cool non ? (rires) Voilà, c’est mon casting celui-là. Une scène lesbienne de torture avec la meuf d’Audition et la meuf de Devil’s Reject, putain ouais !

Tu regardes toujours autant de films d’horreur ?

T’allais demander porno lesbien ? (rires) Ouais, en fait, le fait de travailler chez moi, vu que je suis un peu un fainéant, j’ai tendance à faire du son pendant une heure et après à regarder un film. Tu sais j’me dis « oh je l’ai bien mérité », mais des fois je peux passer quatre heures sans sortir de devant Cubase ! Donc ouais, des films d’horreur, j’en bouffe. Le dernier qui m’a marqué, c’est The Seasoning House. C’est un film qui se passe dans les maisons où ils kidnappent les jeunes filles de l’est et ils les cassent, ils essaient de casser toute leur volonté pour en faire des prostituées soumises, c’est horrible. Ils les droguent et tout.

C’est l’histoire d’une meuf qui est dans cette maison, elle aussi est captive comme les autres, et son boulot, c’est d’aller injecter les trucs, mais bon elle le fait parce qu’elle est forcée. Et du coup, ça part en couilles en mode vengeance. Le film est hardcore, il est dur ! Déconseillé aux âmes sensibles quand même, parce qu’il est vraiment vraiment difficile pour le coup. Déjà, le sujet c’est pas très drôle, mais là ça va loin quand même. Voilà, je crois que c’est le dernier film d’horreur que j’ai vu. J’ai vu aussi The Conjuring que j’ai trouvé pas mal, surtout pour l’ambiance seventies.

Ah oui, je l’ai vu il y a peu.

A : T’en as pensé quoi ?

J’ai trouvé qu’il reprend bien les grandes ficelles des films d’horreurs, elles sont bien placées.

Ouais c’est ça, c’est un train fantôme un peu le film, mais j’ai bien aimé l’ambiance années 70. J’avais grave kiffé celui qu’il avait fait avant, Incidious. Celui-là, il est flippant ! Sinon j’ai vu Grave Encouters mais il était pas terrible, même s’il y a des passages qui m’ont fait flipper, c’est un peu en mode Blair Witch. Sinon les V/H/S je sais pas si tu vois, c’est des films compilation, en mode série Z, que de la caméra embarquée et c’est plein de petites histoires. Et le premier j’ai trouvé qu’il y en avait des pas mal, même si ça reste de la grosse série Z, enfin c’est pas des films d’auteurs, clairement, mais bon ça fait tripper.

Ça t’inspire toujours autant dans tes musiques ?

Ouais, les films d’horreur, les autres aussi mais c’est sûr que les films d’horreur, carrément ! Là, ces derniers temps dans les samples j’étais plus dans le rock progressif, et là je vais récupérer une platine vinyle et j’ai une pote qui m’a ramené plein de vinyles de Russie, donc je pense qu’il y a moyen que ça tue ! Des vinyles de Sibérie. Dédicace à Catherine, merci pour les vinyles ! Elle m’a offert ça pour mon anniversaire. Donc je récupère une platine, je pense que je vais me remettre à sampler du vinyle.

Toujours sampling du coup ?

Ouais sampling, compo, les deux, j’aime bien aussi les synthés années 80, les trucs à la Carpenter. Le sound-design, j’essaie d’en faire un peu, mais c’est un truc où il faut se prendre la tête, de ouf ! Je suis pas très patient, mais bon, parfois ça en vaut la peine. Je regardais des tutoriaux de basse de glich-hop, quand même les gars se font chier pour faire leurs grosses fat basses, putain ils y passent des heures pour une basse, impressionnant !

Et toi t’utilises des VST [instruments virtuels] ?

Ouais pleins de VST, là j’ai ma guitare, ma basse, et peut-être pour mon album je vais faire quelques sessions studio, enregistrer quelques musiciens. C’est un pote qui bosse dans un studio qui me l’a proposé, il s’appelle Son of a Pitch, dédicace à lui qui est aussi producteur et DJ, il a produit des sons pour Chinese Man justement. Et donc, je pense que pour l’album à venir, je vais prendre mes morceaux et aller voir ce qu’on peut faire avec des prises de vrais instruments pour re-sampler tout ça après. Il avait déjà joué le saxophone sur le morceau avec Gavlyn sur l’album de Lord Lhus, le morceau s’appelle « Easy Take Easy ». J’avais trouvé ça cool, parce que t’as un musicien qui joue le truc mais tu peux encore après retravailler le grain, le placement, le re-sampler quoi. Je pense que c’est ce que je vais faire pour l’album qui arrive. L’EP n’est fait qu’à base de samples. Il y en a plein qui se mélangent dans la même chanson, mais ce n’est que du sample. Bon, bien sûr, il y a les basses que j’ai joué, mais ça, c’est le minimum syndical !

Quelque chose à ajouter, un mot de la fin ?

Ben merci à ReapHit, merci à toi Nico, et j’espère que les gens écouteront l’EP et qu’il leur plaira !

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Nicolas

Nicolas

Puriste de la première heure qui trouve que PNL, c’était quand meme mieux que la merde actuelle, je reste fidèle au principal : le coup de Coeur !
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